Alain Bashung : Analyse de "Ma Petite Entreprise", un Collector Facétieux
Quels regrets de ne pas avoir pleinement apprécié Alain Bashung de son vivant! Cet artiste a magnifiquement représenté la bonne chanson française. J'ai raté des titres terribles que j'ai découverts après son décès. Depuis, je me suis rattrapé, et j'écoute Alain plusieurs fois par jour.
Alain Bashung est le fils d'une mère d'origine bretonne et d'un père algérien kabyle, qu'il n'a jamais connu. À l'âge d'un an, Alain est envoyé chez les parents de son beau-père, près de Strasbourg. Il passe son enfance à la campagne avec une grand-mère qui ne parle pas français. Il retourne à Paris en 1959, où il découvre les grandes figures de la chanson française et Elvis Presley.
La p'tite branlette
Les Débuts et les Premiers Succès
Son premier single, sorti en 1968 et quasiment introuvable, s'intitule "Les Romantiques". En 1973, Alain Bashung interprète Robespierre dans la comédie musicale "La Révolution française". En 1977, il sort, avec Boris Bergman, son premier album innovant, "Roman-photos", qui sera un échec commercial. Il poursuit en 1979 avec "Roulette russe", album très sombre et plus rock.
En 1980, le titre "Gaby oh Gaby" lui apporte enfin le succès, avec plus d'un million d'exemplaires vendus. En 1982, Alain travaille avec Serge Gainsbourg pour l'album "Play blessures". Un disque sombre, torturé, difficile d'accès. En 1986, il publie "Passé le Rio Grande" qui renoue avec la veine de ses premiers tubes. Il renoue d'ailleurs avec Boris Bergman et le succès est au rendez-vous avec le titre "SOS Amor".
Les Années 1990 et la Consécration
En 1991, il poursuit sa collaboration avec le même parolier pour "Osez Joséphine", qui contient aussi quelques reprises de classiques du rock américain. En 1992, Alain reprend "Les Mots bleus" de Christophe, dans une compilation soutenant la recherche sur le SIDA. En 1994, il sort Chatterton.
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L'album "L'Imprudence" sort en 2002, acclamé par la critique et considéré comme le plus sombre de sa discographie. En 2004, paraît un double album live, "La Tournée des grands espaces". Il participe également au Daho Show et propose une création, "L'Homme à tête de chou", autour de Serge Gainsbourg. Il entame ensuite une tournée et est notamment programmé dans plusieurs festivals.
Le 28 février 2009, il remporte trois trophées lors des Victoires de la musique 2009, dont celui de l'interprète masculin de l'année. Avec un total de onze récompenses obtenues au cours de sa carrière, il est devenu l'artiste le plus primé de cette cérémonie.
"Ma Petite Entreprise" : Un Collector en Forme de Facétie
« Ma petite entreprise », d'Alain Bashung, est un collector en forme de facétie, au sens bien plus grivois qu’il n’y paraît ! Elle fait surtout référence à un homme qui vit une relation purement sexuelle, dénuée de tout sentiment, qu'il met en parallèle avec l'entreprise. D'où le caractère répétitif et presque mécanique de la chose.
L'histoire de ce collector, c'est celle de Jean Fauque, fils de militaire français, né en 1951 en Afrique du Nord. Précoce, l’enfant n’a que sept ans quand il écrit et chante ses premières chansons. À sa majorité, Fauque s’installe à Paris pour devenir parolier, et rencontre un jeune chanteur débutant du nom d’Alain Bashung. Nous sommes en 1975 et tout commence par une amitié solide entre les deux hommes.
Quinze ans plus tard, Bashung est sorti de l’ombre avec succès. Mais en 1989, il décide de changer de parolier et propose la fonction à son ami Jean Fauque. En quête de la juste harmonie des mots, les deux hommes se livrent à un exercice d’écriture à quatre mains. Dans la voix de Bashung, les textes de Fauque prennent une dimension inattendue. Et c'est de cette émulation artistique fusionnelle que naît Ma Petite Entreprise...
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Il est intéressant de noter l'existence d'une chanson intitulée "Ma petite rime" de Jean Constantin, qui explore des thèmes similaires de rimes et de poésie.
L'article souligne que la chanson a inspiré un film, mais que l'œuvre bifurque vite dans une direction humoristico-policière qui n’arrive pas à convaincre, compromettant le capital socioréaliste du film.
Les Collaborations et les Inspirations
RFI Musique : Malgré le nombre d'auteurs qui ont travaillé avec vous (Bergman, Fauque, Gainsbourg, notamment), on sent bien, dans cette compilation, une unité de ton et de personnalité étonnante.
Alain Bashung : On me dit parfois : "tu travailles avec quelqu'un qui est ton double". C'est faux, ça. J'ai plutôt besoin de quelqu'un de complémentaire plutôt que d'un clone. Ça ne me ferait pas avancer, d'avoir face à moi la même réflexion que la mienne. C'est la différence de perception qui fait naître un frottement - mais il faut que ce soit un frottement sympa, excitant.
À l'époque, Bashung exprime son agacement devant les relations de la France avec l'argent et l'esprit d'entreprise, soulignant que le type qui gagne de l'argent est souvent perçu comme un salaud, un raisonnement qu'il juge court.
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Trente-quatre ans de carrière, vingt de succès et toujours pas de certitude : c’est pour cela, pour cette anti-langue de bois, pour cette extrême sensibilité, qu’on aime Alain Bashung.
Climax : Une Compilation Pas Comme les Autres
Une vingtaine d'années après Gaby oh Gaby, Bashung s'est enfin livré à l'exercice de la compilation: le double-CD Climax vient de sortir (chez Barclay), avec trente-huit chansons, tubes et petit joyaux un peu oubliés.
Ce n'est pas une compilation ordinaire. Bashung a préféré composer son programme en disposant ses morceaux comme on le fait pour un concert : thématiquement, avec un peu d’aléatoire.
Pour entrer dans ce double album, celui qui connaît son AB par cœur depuis 79 sera tenté par la nouveauté : il y a beaucoup de plaisir à entendre les six re-créations qui parsèment Climax. Enfin, surtout trois d’entre elles :
- Les grands voyageurs (issu de Osez Joséphine, 1991), magistrale leçon de blues minimal.
- Volontaire (extrait de Play Blessures, l’impossible album gainsbourgeois de 82) dont se sont emparé Bertrand Cantat et Noir Désir.
- Ode à la vie (made in Fantaisie militaire, 1998) qui quitte avec bonheur son trip hop léger d’origine pour les percussions et le luth de Rachid Taha.
Il y a ceux qui ont applaudi au virage musical quasiment a-mélodique amorcé avec Gainsbourg dès 1982 pour Play Blessures. Et puis, il y a les autres fans. Moins abstraits. Ceux qui aiment le rock, les mélodies, les jeux avec les mots et qui ont tout de suite adhéré aux deux premiers albums d’Alain, Roulette Russe et Pizza.
Ces amateurs du Bashung in rock basculeront définitivement vers le climax sur la deuxième moitié du second CD, précisément à partir de Nights in white satin et de J’passe pour une caravane (live). S’enchaînent alors neuf titres qui fleurent bon la guitare, la country, l’énergie : Rebel, Hey Joe ... Avant de se terminer, en une sorte d’apothéose, sur une sorte de dernier rappel, le fort ancien Pas question que j’perde le feeling.
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