Bloc de Franchise Corps Expéditionnaire: Définition et Contexte Historique

Si la naissance légale du Service des Renseignements du Levant n’intervient officiellement que le 14 juillet 1921, il n’en a pas moins, dès cette date, une longue histoire derrière lui. Éclairer cette préhistoire nécessite de forer dans des couches chronologiques d’épaisseur variée.

Un siècle d’expérience dans l’administration des affaires indigènes, notamment en terre d’Islam, précède la mise en place du mandat français au Levant au lendemain de la Première Guerre mondiale.

Dès la conquête de l’Algérie, l’épopée des Bureaux arabes pose les bases de cette expérience que viennent compléter dans l’entre-deux-siècles les principes d’une « école de guerre coloniale » expérimentés avec succès par Gallieni et son équipe au Tonkin et à Madagascar.

C’est finalement dans le cadre du protectorat marocain que s’opère, avec l’éclat que lui confère la personnalité de Lyautey, la synthèse de cette tradition des affaires indigènes, dont la fiabilité est définitivement consacrée par l’épreuve réussie de la Première Guerre mondiale.

L’Héritage des Bureaux Arabes

Dans les années 1830, alors que la politique algérienne de la Monarchie de Juillet se limite encore à la zone côtière, le besoin se fait sentir d’un organe de liaison avec les tribus de l’intérieur.

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De façon plus ou moins informelle, les officiers des premières unités spéciales indigènes, spahis et zouaves (qui sont encore à l’époque des auxiliaires algériens), jouaient naturellement un rôle important dans la recherche d’informations : ce cadre allait constituer le vivier des premiers officiers spécialisés dans les affaires arabes.

C’est ainsi que le capitaine La Moricière, qui participe avec succès à l’organisation des premiers bataillons de zouaves, se voit confier, en avril 1833, la responsabilité d’un « Bureau particulier des affaires arabes », organisme chargé de « suivre avec sûreté et succès les relations avec les tribus ».

Son successeur, le capitaine Pellissier de Reynaud, reste en poste jusqu’en novembre 1834, date à laquelle l’institution est provisoirement abandonnée sous cette forme.

Le relais est alors pris par le chef d’escadron Marey-Monge, avec le titre d’agha des Arabes, nom d’une ancienne charge turque.

Spécialiste des corps irréguliers, organisateur des spahis, celui-ci infléchit l’institution dans un sens plus guerrier que politique (rayonner autour d’Alger et tenir la Mitidja), à un moment où l’émergence du pouvoir d’Abd el-Kader se précise.

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En avril 1837 enfin, le nouveau gouverneur Damrémont, soucieux de contrôler au plus près la définition de la politique indigène, décide de réactiver l’ancien bureau de La Moricière, et crée une « Direction des affaires arabes » qu’il confie de nouveau au capitaine Pellissier de Reynaud.

L’institution se maintiendra jusqu’en mars 1839, date à laquelle son titulaire démissionne à la suite d’un désaccord avec ses supérieurs.

À la fin des années 1830, ces initiatives n’ont finalement introduit qu’une innovation restreinte dans la conduite de la politique indigène.

L’institution des « affaires arabes », telle qu’elle se met en place au cours de la décennie, limite en fait son action à la seule Mitidja et aux abords immédiats d’Alger.

Elle est en particulier tenue à l’écart des négociations « oranaises » qui, comme on sait, normalisent pour un temps les relations avec Abd el-Kader (traité de la Tafna de mai 1837).

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Avec la nomination de Bugeaud comme gouverneur général, les années 1840 s’ouvrent au contraire sur une politique clairement définie, puissamment dotée et impitoyablement appliquée.

Et avec le passage de l’occupation restreinte à la conquête totale de l’intérieur, ce qui n’avait été au départ qu’une structure de renseignement et de contact devient un rouage essentiel du dispositif militaire et administratif de l’Algérie coloniale.

C’est ainsi que le 16 août 1841, Bugeaud ressuscite la Direction des affaires arabes, et la confie au lieutenant-colonel de spahis Daumas, précédemment consul auprès d’Abd el-Kader.

Trois ans plus tard, un arrêté ministériel du 1er février 1844 consacre définitivement la naissance des Bureaux arabes, organismes locaux qui exercent auprès des commandants territoriaux (divisions, subdivisions et cercles) une fonction analogue à celle qu’occupe la direction centrale auprès du gouverneur.

À cette date, la direction des affaires arabes coiffe ainsi une vingtaine de bureaux, auxquels sont affectés une cinquantaine d’officiers.

Ces derniers possèdent une hiérarchie spéciale et, à partir de 1850, une inspection propre qui régule leur avancement.

Un véritable corps d’officiers spécialisés dans les « Affaires Indigènes » et distrait du service courant finit ainsi par être créé, dont le statut est définitivement fixé par une circulaire du 21 mars 1867.

De fait, la charge de khalifa, la plus importante, n’est plus attribuée après 1844, tandis que les Bureaux arabes tendent à actionner directement le rang subalterne des caïds.

Enfin, dans le cadre notamment de la politique dite du « Royaume arabe », impulsée par Napoléon III et ses conseillers indigénophiles (parmi lesquels figurent un certain nombre d’officiers des Bureaux arabes), tout un arsenal juridique érige les territoires militaires en une vaste réserve foncière, que l’on cherche à soustraire, autant que faire se peut, à la pression spoliatrice de la colonisation européenne.

Outre leur vocation première de glacis sécuritaire, les territoires militaires deviennent le cadre à l’abri duquel la société indigène pourra s’épanouir de façon équilibrée, grâce à l’action d’officiers qui se voient ainsi investis d’une mission originale d’agents de développement.

Cible des colons jugulés dans leurs appétits fonciers, compromis sur le terrain par les famines et épidémies de 1867-1868, le « régime du sabre » devient également le symbole du « césarisme » pour une opposition républicaine revigorée par l’évolution parlementaire du régime, et qui fait des questions algériennes un tremplin politique pour son action en métropole.

C’est finalement l’effondrement du Second Empire qui sonne le glas du « Royaume arabe », annonçant une nécessaire redéfinition de l’institution des Affaires Indigènes.

De fait, le dernier quart du siècle voit s’opérer la liquidation des territoires militaires du Tell algérien, tandis que se confirme au contraire la vocation saharienne et frontalière des officiers des AI.

L’organisation du protectorat tunisien ne fait que confirmer ce redéploiement.

Dans la plus pure tradition, la Tunisie est d’abord découpée en vingt-deux cercles, regroupés en six subdivisions, formant deux divisions.

Si l’administration militaire du nord de la Tunisie est supprimée dès le milieu des années 1880 par le résident Paul Cambon, qui initie à cet effet un corps de contrôleurs civils en 1884, elle perdure dans le Sud Tunisien, à partir notamment des subdivisions de Gabès et de Gafsa, en attendant la création des cercles de Médénine en 1889 et de Kebili en 1896, couvrant respectivement les confins tripolitains et sahariens.

Ainsi, au moment même où l’extension du territoire civil en Algérie entraîne une réduction des effectifs des AI, l’organisation du « Service de Renseignements » de Tunisie, rebaptisé « Service des Affaires Indigènes » en 1900, ouvre un nouveau champ d’application de la formule des territoires militaires.

L’histoire des AI en Afrique du Nord dans la seconde moitié du XIXe siècle, est bien celle de la transformation de vastes champs d’expansion gouvernés militairement, en un système de marches destiné à tenir le Sahara et ses abords.

Une évolution que parachève la création, en décembre 1902, des « Territoires du Sud », regroupant, sous la direction de Laperrine, les territoires de Touggourt, de Ghardaïa, d’Aïn Sefra et des Oasis.

Avec un décalage chronologique d’une vingtaine d’années, la même évolution se retrouve au sud du Sahara où, après la dislocation du Soudan français en décembre 1899, le système du gouvernement militaire se maintient sur ses marges érigées en territoires militaires (Tombouctou et Zinder), que le Tchad prolonge plus à l’Est.

Comme le montre Jacques Frémeaux, on assiste, au début du XXe siècle, à la stabilisation d’un véritable système saharien militairement administré : « Les territoires militaires se trouvent ainsi, de manière durable, ancrés sur les marches saharo-steppiques du Maghreb au nord, saharo-sahéliennes de l’Afrique noire au sud ».

Le Rôle Social et Colonial de l’Officier

En insérant l’outil militaire dans le cadre citoyen de la conscription universelle, la IIIe République le dote d’une forte charge idéologique, qu’accentue encore le nationalisme blessé par la défaite de 1870.

De fait, dans le dispositif républicain d’encadrement de la société, les officiers acquièrent rapidement une place de première importance.

Dans le prolongement de l’œuvre accomplie par l’instituteur, l’officier n’est plus uniquement un instructeur militaire, mais bel et bien un éducateur, au sens le plus large du terme, entre les mains duquel les vagues successives des classes d’âge se préparent à l’intégration citoyenne.

Dans un célèbre article paru dans la Revue des Deux Mondes du 15 mars 1891, le capitaine Lyautey enregistre cette évolution, qui fait de l’officier « un merveilleux agent d’action sociale ».

Mal accepté sur le moment par la hiérarchie, cet article reflète pourtant des préoccupations bien réelles, qui trouveront une consécration officielle dix ans plus tard.

C’est ainsi qu’à partir de 1901, un cours est organisé à Saint-Cyr sur la mission sociale de l’officier, tandis qu’une circulaire du 13 août 1904 fixe à l’officier un programme complet d’instruction civique et morale, où l’hygiène et l’histoire font bonne figure.

À cette fonction éducatrice de l’officier en métropole, répond outre-mer la mise en avant de sa fonction civilisatrice.

C’est en effet à la même époque que s’affine et se diffuse une conception du rôle colonial de l’armée, en accord avec les valeurs et l’idéologie de progrès du régime.

Cette entrée de l’armée coloniale en République n’avait pourtant rien d’évident. Elle était au moins gênée par un vieux fond de défiance, qu’alimentaient auprès des responsables politiques « la légende noire » d’une armée d’Afrique porteuse du risque prétorien, et la position mal définie des troupes de marine, crypto-armée de métier techniquement indispensable à l’heure de l’expansion coloniale, mais en contradiction avec l’idéal républicain de l’armée citoyenne.

Cependant, bien loin de devenir une maladie honteuse de la République industrielle et capitaliste, la conquête coloniale trouve sa place, au tournant du siècle, dans la geste patriotique du régime, tandis que sur le terrain, les praticiens mettent définitivement au point un style de « guerre coloniale » ajusté aux préoccupations du régime.

Cette « école de guerre coloniale » a son histoire, balisée par les campagnes du Tonkin, de Madagascar et des confins algéro-marocains.

Le Tonkin, c’est le laboratoire, le banc d’essai où Gallieni, précédé par le colonel Pennequin et bientôt rejoint par Lyautey, expérimente avec succès la « politique des races » (s’appuyer sur les minorités montagnardes dont on arme les villages pour lutter contre les grandes bandes chinoises et vietnamiennes) et la méthode de la « tache d’huile » (ne pas se limiter à l’ouverture de lignes d’étapes, mais se répandre en surface par l’organisation de marchés, la constructions de dispensaires).

À Madagascar, de 1896 à 1905, Gallieni - que Lyautey a suivi - peut appliquer sur une grande échelle les méthodes précédemment testées en Indochine.

C’est également l’occasion de les populariser par toute une série de publications, qui érigent en doctrine cette pratique nouvelle de la guerre coloniale : parution, sous la signature de Gallieni, du Rapport d’ensemble sur la pacification, l’organisation et la colonisation de Madagascar (1899), ou encore publication, dans la Revue des Deux Mondes, du célèbre article de Lyautey sur Le rôle colonial de l’Armée (1900).

C’est enfin l’épopée d’ Aïn Sefra qui, de 1903 à 1910, conduit Lyautey du Sud-Oranais à la Moulouya, dans une sorte d’irrésistible avancée que la propagande du temps fait mousser à la manière d’un « limes exalté comme une frontière civilisatrice ».

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