Chiffre d'affaires Buitoni : histoire, scandales et données économiques
Un an après les scandales sanitaires des pizzas Fraîch’Up Buitoni contaminées à la bactérie E.Coli et des Kinder à la salmonelle qui ont fait des centaines de malades - énormément d’enfants -, il y a du nouveau mais pas là où on l’attendait. Aussi choquantes soient-elles, ces affaires n’ont pas nui aux chiffres d’affaires des deux géants de l’agroalimentaire, Nestlé et Ferrero, qui affichent même des augmentations insolentes. Et pour les victimes ? foodwatch a porté plainte aux côtés de plusieurs d’entre elles et ne lâchera rien jusqu’au procès.
Rappel des faits et conséquences sanitaires
Dès février 2022, les autorités sanitaires en France avaient été alertées par la recrudescence de cas d'insuffisance rénale chez des enfants (d’âge médian 5 ans et demi), liés à une contamination par Escherichia coli. Les résultats du laboratoire public étaient formels : présence de E. coli « hautement pathogène ». Les pizzas Fraîch’Up ne seront rappelées qu’à partir du 18 mars 2022. Entretemps, deux enfants sont décédés et une cinquantaine d’autres sont touchés.
Depuis le mois de février, Santé publique France a recensé 56 cas d'intoxication à la bactérie E. coli, liés à la consommation de pizzas surgelées Buitoni. Parmi eux, 55 enfants, dont deux sont décédés. D'autres gardent de graves séquelles.
Deux enfants sont décédés et des dizaines d’autres sont tombés grièvement malades après l'ingestion en 2022 de pizzas de la gamme Fraîch’Up de Buitoni. Des actionnaires demandent des comptes aux dirigeants de Nestlé lors de l’assemblée générale annuelle qui s’est tenue à Lausanne.
Enquête, mise en examen et fermeture de l'usine de Caudry
Fin mars, une inspection de la préfecture et de la DGCCRF dans l'usine de Caudry (Nord), où étaient produites les pizzas Buitoni, a révélé de graves manquements aux règles d'hygiène. Présence de rongeurs, nourriture à même le sol, salariés qui ne se lavent pas les mains... Une information judiciaire a été ouverte le 22 mars pour "homicides involontaires", "tromperie" et "mise en danger d'autrui".
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Le Préfet des Hauts-de-France fait fermer l’usine en soulignant la « menace pour la santé publique » dans son arrêté du 1er avril 2022. Huit mois après l’arrêt de la production de pizzas surgelées à l’usine Buitoni de Caudry (Nord), mise en cause dans une contamination par la bactérie Escherichia coli, en mars 2022, qui avait provoqué la mort de deux enfants et l’intoxication d’une cinquantaine d’autres, une lueur d’espoir vient de se rallumer pour ce territoire, qui compte 22 % de chômeurs.
En 2023, face à la baisse des ventes et de l'activité, Nestlé décide de fermer le site de Caudry, laissant une centaine de travailleurs sans emploi. Depuis, l'affaire continue de peser sur Nestlé. Deux ans après le début de l'affaire des pizzas contaminées Buitoni, Nestlé, ainsi que l'une de ses filiales, sont mis en examen par les juges d'instruction.
Conditions d'hygiène et pratiques industrielles mises en cause
Une inspection a révélé des problèmes majeurs de conditions d'hygiène au sein de l'usine de production française de Buitoni située à Caudry, dans le Nord. Les inspections des autorités sanitaires identifient ainsi à l'époque de possibles contaminations de la farine, la présence de rongeurs sur le site, ainsi qu'un manque d'entretien des zones de production. Ces négligences dans la surveillance et les contrôles de Nestlé sont alors pointées du doigt.
Les images diffusées dans les médias ont choqué. Les phases d’arrêts des machines. Lors d’un problème sur la ligne, plutôt que de l’éteindre pour mieux la réparer, synonyme de perte d’activité, les salariés sont appelés à laisser tourner le circuit, mais à jeter massivement les pâtes en cours de préparation, afin d’éviter un bourrage. Cette manœuvre durera le temps que le dysfonctionnement soit résolu.
Les documents font froid dans le dos. Les cycles de nettoyage ? Ils sont en principe imposés toutes les 24h et doivent durer 5 heures. En pratique ? Selon la source, les procédures ne sont pas respectées et les heures sont consacrées à un simple dégrossissement des surfaces apparentes de l'usine. Ces manquements font inévitablement émerger des incidents.
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À chaque poste de production, des tonnes de pâtes, pâtes saucées, pizzas finies et pizzas emballées sont envoyées directement dans des bennes. Sur un seul poste, les pertes peuvent ainsi facilement aller jusqu’à une demi tonne par jour. Loin d’être maison, la pizza Buitoni exige une productivité élevée, à l’instar d’autres marques similaires, générant des dérives.
Impact sur les ventes, la confiance des consommateurs et le chiffre d'affaires
Les consommateurs n'ont plus confiance. Les ventes de pizzas surgelées ou fraîches en supermarché se sont effondrées depuis le scandale Buitoni. Le chiffre d'affaires généré par les ventes de pizzas surgelées en grande distribution s'est effondré de 34,2% entre le 14 mars et le 19 juin par rapport à l'année précédente, selon les données transmises par Nielsen à BFM Business. Les ventes de pizzas fraîches, dont aucun lot n'avait pourtant été contaminé, souffrent également, avec une baisse de 9,4% à cette même période.
"A mes yeux, nous sommes sur une crise profonde et durable", estime Olivier Dauvers, spécialiste de la grande distribution. Ce n'est pas une simple tromperie, il y a eu des conséquences sur des personnes. La nature du produit dont nous parlons est un autre élément, car certains portent un imaginaire plus problématique que d’autres. La pizza, c’est un produit quotidien et surtout familial. C’est ce que mangent les enfants. La superposition de ces deux niveaux fait que cette crise est grave.
A court terme, je suis très dubitatif sur le potentiel de la marque à revenir dans les rayons. A long terme, je ne sais pas, on fait des miracles en marketing. Mais il faut se dire que les distributeurs ont eux aussi été victimes, quelque part. Ils ont dû tout jeter. Si les commerciaux de Buitoni reviennent demain devant les acteurs de la grande distribution, ils ne seront pas accueillis avec des fleurs", prédit Olivier Dauvers.
Dimensions économiques du scandale et réactions d'entreprise
Le géant suisse de l’alimentation Nestlé a annoncé vendredi la création d’une co-entreprise avec le fonds d’investissement PAI Partners dans les pizzas surgelées en Europe, sans dévoiler le montant de la transaction. Ces activités génèrent un chiffre d’affaires annuel d’environ 400 millions de francs suisses (408 millions d’euros), précise toutefois Nestlé dans un communiqué, estimant que la transaction devrait être finalisée durant la seconde moitié de 2023.
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La création de cette co-entreprise, dont le nom et le montant n’ont pas été communiqués, concerne les marques Wagner, Buitoni et Garden Gourmet, commercialisées en Allemagne, en Italie, en France, en Espagne, en Suisse, au Portugal, en Autriche, en Belgique et aux Pays-Bas. Nestlé conservera une participation minoritaire dans cette co-entreprise de pizzas surgelées « avec des droits de vote équivalents à ceux de PAI Partners », précise le communiqué.
La transaction sera au préalable soumise à consultation auprès des employés et devra être avalisée par les autorités réglementaires. Le siège de l’entreprise sera situé en Allemagne et exploitera deux sites de production, l’un en Allemagne à Nonnweiler, et le second en Italie à Benevento.
Ce n’est pas le seul mouvement majeur : un comité social et économique, prévu le 6 décembre, se prononcera sur le rachat, par l’italien Italpizza, du site de Nestlé mis en cause dans le scandale sanitaire des pizzas contaminées. Le groupe transalpin, qui affichait un chiffre d’affaires de 167 millions d’euros en 2021, se présente comme « le premier producteur international de pizzas surgelées » commercialisées dans cinquante-cinq pays.
Comparaison avec Ferrero : chiffres d’affaires et scandale Kinder
Le scandale des Kinder contaminés à la salmonelle n’a, semble-t-il, pas mis Ferrero en danger financièrement. L’usine belge d’Arlon avait été fermée le 8 avril 2022 par les autorités « après investigations ». Plus de 300 victimes étaient alors recensées en Europe. La production avait repris en juin. Aujourd’hui, la multinationale se porte très bien : les rayons des supermarchés sont à nouveau envahis d’œufs de Pâques Ferrero de toutes tailles et de toutes les couleurs.
Ferrero International S.A., société mère du Groupe Ferrero, est fière d’annoncer pour l'exercice clos le 31 août 2022 « un chiffre d'affaires consolidé de 14 milliards d'euros, soit une augmentation de +10,4% par rapport au chiffre d'affaires de 12,7 milliards d'euros de l'année précédente ». Pourtant, Ferrero considère que « l'exercice 2021/2022 a été marqué par un environnement économique et géopolitique difficile ».
Les Kinder à la salmonelle ont été commercialisés dans plus de 120 pays dans le monde. Les promotions Kinder en rayons sont-elles là pour faire oublier le scandale ?
Responsabilité, réactions des associations et enjeux de prévention
Un an après les scandales Buitoni et Kinder, foodwatch se doit de répéter une fois de plus l’évidence : on ne peut pas faire confiance à ces deux multinationales, Nestlé et Ferrero, qui ont attendu que les autorités les informent d’un grave problème sanitaire sur leurs chaînes de production pour enfin rappeler leurs produits contaminés. Pire : les deux marques ont ensuite minimisé les faits et manqué à leurs obligations. Si ces multinationales suivaient la loi, l’alerte aurait dû partir des fabricants. Cela aurait permis d’éviter des malades, avec souvent l’hospitalisation d’enfants dont certains garderont des séquelles.
Au niveau politique, les leçons de ces deux récents scandales ne semblent pas avoir été tirées. Depuis plusieurs années, foodwatch dénonce le système défaillant qui favorise ces scandales alimentaires pourtant évitables : de la réaction au lieu de la prévention et des rappels quand il est déjà trop tard, le problème posé par des autocontrôles inefficients, des sanctions trop rares ou peu dissuasives et le manque cruel de moyens publics à la hauteur de l’enjeu.
Votre signature à cette lettre de soutien sera ajoutée aux dossiers de plaintes contre Nestlé et Ferrero dans l’affaire des produits Kinder et Buitoni contaminés. foodwatch est une association 100% indépendante qui refuse tout financement public ou dons d’entreprises. Ce sont donc vos dons qui garantissent notre liberté de parole et d’action pour enquêter, lancer l’alerte et faire bouger les choses. Ensemble, notre voix compte. Merci !
Aspects économiques synthétiques
| Entreprise | Période / Exercice | Chiffre d'affaires indiqué | Commentaires |
|---|---|---|---|
| Ferrero International S.A. | Exercice clos 31/08/2022 | 14 milliards d'euros (+10,4%) | Croissance malgré scandale Kinder; ventes de marques iconiques solides |
| Nestlé (pizzas surgelées) | Activité pizza Europe | ≈ 408 millions d'euros (activité pizza) | Création d'une co-entreprise avec PAI Partners; cession partielle envisagée |
L'affaire Buitoni, nouvelles révélations des salariés
Questions en suspens et perspectives
Les leçons à tirer portent autant sur la gouvernance des grands groupes agroalimentaires que sur le renforcement des contrôles publics. Tant que l’on fera confiance aux autocontrôles réalisés par les entreprises et que l’on ne fera pas de la sécurité sanitaire une priorité avec des moyens à la hauteur de l’enjeu, ce type de drame risquera de se reproduire. A chaque nouveau scandale, nous découvrons en effet les informations au compte-goutte. Nous réalisons alors que non seulement nous avons souvent déjà consommé ces produits, mais aussi que les autorités et les entreprises concernées savaient ou auraient dû savoir.
Pour le groupe agro-alimentaire, les scandales sanitaires n'en finissent plus de s'accumuler. Depuis le début de l'année, ce sont notamment les productions d'eau minérale, et notamment les eaux de la marque Perrier, appartenant à Nestlé, qui ont également été secouées par des problèmes de contaminations. Polluants et matières fécales avaient été retrouvés par les autorités sanitaires dans les eaux du groupe.
Les consommateurs arrivent à douter et les ventes s'effondrent localement malgré des performances globales confortables des groupes. Ce contraste entre réputation financière et crise sanitaire met en lumière un dilemme : la robustesse économique des multinationales peut masquer des risques graves pour la santé publique et la confiance des consommateurs.
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