Artisanat mexicain : bus collectif miniature en terre cuite et petites cartonerías
Le Mexique est un pays où l’artisanat est plus qu’un savoir-faire ; c’est un mode de vie ancré dans l’histoire et la culture. Le patrimoine culturel du Mexique est extrêmement riche et diversifié. Les techniques de production de nombreux produits artisanaux ont une longue histoire, transmise de génération en génération, certaines remontant à l’époque préhispanique et d’autres à l’époque coloniale.
Artisanat et transmission des savoir-faire
Les maîtres artisans se distinguent par leurs compétences techniques exceptionnelles et sont considérés comme de véritables experts dans leur art. Ils ont su tirer parti des ressources naturelles de leur région pour créer leurs modèles, qui sont aujourd’hui appréciés dans le monde entier. Les techniques sont transmises de génération en génération, souvent au sein de la même famille. La transmission est aujourd’hui l’un des enjeux les plus sensibles de la cartoneria traditionnelle. Comme pour la plupart des artisanats, la continuité des savoir-faire repose sur des dynamiques familiales et intergénérationnelles où les gestes, les techniques, se transmettent souvent dès l’enfance.
Le processus de fabrication rigoureux, il le connaît parfaitement : “Tout commence par la création d’un modèle en argile, appelé molde. Ensuite, nous préparons le papier et la colle (à base de farine et d’eau), que nous appliquons progressivement pour recouvrir le moule. Une fois exposée au soleil et sèche, la pièce est démoulée, puis commence le travail de peinture, qui est l’étape la plus minutieuse de notre métier. Le temps de réalisation dépend de la forme et des détails de chaque pièce.”
La cartonería : papier, carton et figures populaires
La cartoneria mexicana - l’art de créer des figurines traditionnelles à partir de papier et de carton recyclés - se serait principalement développée chez le peuple otomi, à Celaya dans l’État de Guanajuato. Cette pratique se serait ensuite déployée avec l’essor des usines papetières sur le territoire. Les artisans cartoneros ont commencé à créer des figurines et décorations destinées aux fêtes publiques et religieuses, comme les Judas, utilisés pour le brûlage de Judas lors de la Semaine sainte.
Parfois discrètes, parfois exubérantes, ces petites figurines incarnent l’art de la cartoneria mexicana, un élément essentiel de l’identité culturelle mexicaine. Squelettes, Judas, Catrinas, sirènes, Lupita, ils peuplent les collections du Museo d’Arte Popular de Mexico et du Museo Franz Mayer, tout comme la boutique du Musée national d’anthropologie.
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La production des cartonerias ne se limite pas aux cérémonies religieuses : elle se déploie tout au long de l’année, de l’Épiphanie à la Journée des enfants le 30 avril, avec les Lupitas, les chevaux sur bâton, les charros caricaturaux ou les masques d’animaux, jusqu’aux fêtes de décembre marquées par les crèches, les boules décorées d’angelots, de chérubins et d’étoiles.
Usages rituels et festifs : Quema de Judas et Día de los Muertos
La Quema de Judas - ou le brûlage de Judas - est un rituel annuel célébré par tradition lors de la Semaine Sainte, au cours duquel les habitants brûlent des effigies de Judas Iscariote. Cette tradition prend racine dans le récit de la trahison de Judas et symbolise la destruction du mal.
Une autre section du Museo d’Arte Popular expose de multiples productions réalisées dans le cadre de la fête des Morts, ou Día de los Muertos. Masques de crânes aux couleurs vives, calaveras, crânes symbolisant les défunts, squelettes et élégantes Catrinas sont destinés à orner et décorer les autels, à accompagner les offrandes et, dans le cas de pièces de plus grandes dimensions, à célébrer les défunts lors de défilés.
Petites échelles : miniatures et jouets artisanaux
Depuis fort longtemps, les objets miniatures mexicains sont connus dans le monde entier. L'art de reproduire des objets ou des personnages à petite échelle remonte à l'époque pré-hispanique. Ces miniatures offrent l'image de la reproduction à petite échelle de bijoux, d'objets de luxe, de personnages fantastiques ou religieux, de jouets. C'est une expression unique et originale de l'art populaire mexicain.
Les jouets mexicains font également partie intégrante de l'art populaire, à cause de leur caractère innocent, de leurs formes basiques, de leurs couleurs vives, de leur conception simple et de leurs mécanismes. Certains sont des joyaux de l'artisanat national et le fruit de l'imagination et du talent de ceux qui les ont conçus. Ces jouets doivent éveiller l'enfant qui les utilise, en lui enseignant les traditions culturelles et en lui apprenant à maitriser son environnement.
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Terre cuite et barro : la poterie dans les régions
L’artisanat de la terre cuite : il est largement pratiqué au Mexique, et de nombreux États du pays présentent leurs propres variantes de cet artisanat. Le barro (boue argileuse) est très utilisé au Mexique. Rouge : le plus commun, on le retrouve dans de nombreuses régions. La plupart des pièces ont une fonction utile (récipient, coupe, vase…), mais le barro sert aussi à réaliser des sculptures décoratives ou symboliques (masque, figurine…).
Originaire de San Bartolo Coyotepec, la céramique noire de barro polychrome est mondialement reconnue. L’élaboration des pièces est réalisée le plus souvent de manière très artisanale, même si on a vu apparaitre peu à peu des moules. La technique la plus couramment utilisée est le colombin. Après 3 ou 4 jours de séchage, l’artisan réalise l’étape de finition. On réalise ensuite la décoration qui peut être très variée. La pièce est ensuite brunie comme en époque préhispanique en frottant la surface avec une pierre de quartz, puis cuite dans un four circulaire de deux niveaux, creusé dans la terre. C’est la cuisson et son contrôle qui va donner la couleur noire caractéristique de la céramique de San Bartolo Coyotepec.
San Bartolo Coyotepec est un village qui est resté relativement pauvre malgré l’artisanat de la poterie d’argile noire, mondialement reconnu. Le plus célèbre atelier de potier de San Bartolo Coyotepec reste l’atelier de Doña Rosa qui est tenu maintenant par ses enfants et petits enfants.
Alebrijes et cartonería sculptée
Alebrijes : nés dans la ville de San Martín Tilcajete, dans l’État d’Oaxaca, ce sont des créations artistiques uniques. Ces pièces culturelles représentent des créatures imaginaires qui fusionnent les caractéristiques de différentes espèces. Ce sont des créatures fantastiques combinant les attribut physionomiques de divers animaux réels ou imaginaires. Ces figurines sont réalisées selon la technique de la cartonería (cartonnerie) qui consiste à mouler du papier humide et le durcir à l’aide d’une pâte spéciale. Elles sont ensuite décorées de motifs géométriques et peintes de couleurs vives. Leur invention date des années 30 et est attribuée à Pedro Linares, un artisan de la Ville de Mexico.
Musées, valorisation et enjeux contemporains
Depuis plusieurs années, la cartoneria suscite un intérêt de la part des collectionneurs et des institutions culturelles. Musées, organismes publics, programmes de soutien à l’artisanat comme le FONART - Fondo Nacional para el Fomento de las Artesanías, participent à la diffusion et à la reconnaissance de ces productions. Cette reconnaissance progressive amorcée au XXe siècle s’incarne également dans un mouvement de valorisation de l’art populaire au Mexique avec des figures comme Ruth D. Lechuga et Maria Teresa Pomar, deux grandes pionnières de la culture populaire, qui conservent notamment des pièces de Sotero Lemus.
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Progressivement, les cartonerias quittent ces espaces du quotidiens, ces moments de célébrations, pour entrer dans celui de la collection. Exposées dans les musées, acquises par les collectionneurs, elles changent de statut pour passer d’une valeur d’usage à une valeur esthétique et symbolique. Si ce processus de muséification contribue à cette préservation, il ne peut seulement suffire à perpétuer la valeur patrimoniale de ces objets, qui se situe aussi dans leur activation.
Pour Sotero Lemus, cet artisanat, à la croisée de la connaissance des matériaux, des techniques, des finitions, revêt une dimension artistique. “Nous considérons notre métier comme un art, en raison du temps consacré et de la qualité de chaque pièce, même si nous sommes reconnus comme artisans.” L’attractivité de ces productions et leur standardisation - notamment liées au tourisme - révèlent un revers : des productions plus industrialisées ou de personnes ne possédant pas l’essence de l’enseignement traditionnel fondé sur la transmission familiale et la maîtrise technique.
Acheter authentique : conseils et institutions
De plus en plus d’objets sont fabriqués de façon industrielle : ce sont ceux qu’on retrouve sur les grandes places touristiques, les marchés de souvenirs, etc. Leur prix est accessible mais la qualité est moindre. Pour de l’artisanat authentique fait à la main, favorisez l’achat directement à l’artisan ou via des boutiques certifiées. Le prix sera plus élevé mais la qualité est nettement supérieure.
Un fonds public a été créé par le gouvernement (FONART) pour “promouvoir l’activité artisanale et contribuer à la génération d’un revenu familial plus élevé pour les artisans grâce à son développement humain, social et économique”. En vous rendant sur le site, vous aurez plus d’informations sur comment acquérir de l’artisanat mexicain de bonne qualité.
San Bartolo Coyotepec et l’itinéraire potier
Pour le Transport vers San Bartolo Coyotepec, vous devez prendre l’autobus pour Ocotlan, dans le centre de Oaxaca. Sur la place du village de San Bartolo Coyotepec, vous trouverez aussi le musée estatal des arts populares de Oaxaca. Le musée est ouvert de 10 heures à 18 heures, du mardi au dimanche. Il vous en coûtera environ 20 pesos d’entrée. Le village abonde en boutiques et en ateliers, vendant de la céramique noire. Vous y verrez un côté un peu moins "à la chaîne" si vous cherchez le contact des petits producteurs.
Tableau synthétique : types d’artisanat et régions associées
| Type d'artisanat | Région / État | Caractéristique |
|---|---|---|
| Céramique noire (barro negro) | San Bartolo Coyotepec, Oaxaca | Technique du colombin, brunissage, cuisson spécifique |
| Alebrijes | San Martín Tilcajete, Oaxaca | Créatures imaginaires, cartonería, couleurs vives |
| Cartonería (Judas, Catrinas, Lupitas) | Celaya (Guanajuato), Mexico | Papier mâché, personnages festifs et rituels |
| Argenterie et métaux | Taxco (Guerrero), Hidalgo | Bijoux en argent, orfèvrerie traditionnelle |
| Textiles (huipil, sarape) | Oaxaca, Chiapas, Saltillo | Tissage manuel, motifs régionaux, laine et coton |
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Valeur culturelle et défis futurs
La transmission, en parallèle du savoir-faire, pose également la question de la reconnaissance et de la réappropriation culturelle. La cartoneria prend vie dans un ensemble de pratiques collectives - fêtes, rituels, célébrations - elle ne peut se transmettre sans être vécue et pratiquée. La Quema de Judas, le Día de los Muertos, ne sont pas uniquement des moments de production et d’usages des objets, ils constituent une étape d’activation de la valeur culturelle des objets en participant à leur transmission.
Plusieurs facteurs peuvent expliquer le désintérêt et le désengagement des jeunes générations à poursuivre dans cette voie. Les conditions économiques de la profession restent précaires, notamment en raison de l’irrégularité des ventes et au système de consignation dans les circuits de vente institutionnels. Être artisan demande beaucoup de sacrifices, parfois attendre des semaines sans ventes. L’accès aux études, l’urbanisation, les technologies numériques redéfinissent les aspirations des jeunes générations qui se tournent vers des métiers plus sécuritaires financièrement et plus valorisés socialement.
Pour préserver la vitalité de ces traditions, il est essentiel de soutenir les ateliers, d’encourager la formation intergénérationnelle et de promouvoir les circuits de vente qui rémunèrent correctement les artisans. Le musée d'Art Populaire de Mexico est l'endroit rêvé pour rencontrer les Mexicains à travers leur culture et leur mode de vie, et permet de sensibiliser le public à ces enjeux.
Le Mexique est une terre d’artisanat dont la qualité est reconnue nationalement et internationalement. Les ressources naturelles du territoire fournissent de nombreux matériaux que les artisans travaillent pour élaborer leurs créations. L’art populaire est le reflet et la culture des peuples, et transforme l’activité humaine en création artistique.
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