Comment créer et gérer un cabinet comptable sous forme de SARL
Vous êtes expert-comptable diplômé et souhaitez hisser votre propre pavillon en ouvrant un cabinet comptable ? En route pour l’aventure, oui, mais pas de n’importe quelle façon. Il vous faut une boussole. Nous avons préparé un guide détaillé pour franchir chaque étape avec sérénité.
Les conditions légales pour exercer
Pour ouvrir un cabinet comptable, en toute logique, il faut être diplômé. L’exercice de la profession est réservé aux titulaires d’un diplôme de comptabilité et de gestion (DCG), d’un diplôme supérieur de comptabilité et de gestion (DSCG), ou d’un diplôme d’expertise-comptable (DEC). Ce dernier s'obtient après un stage professionnel de trois ans au sein d’un cabinet agréé.
Une fois le diplôme en poche, l’inscription à l’Ordre des experts-comptables est obligatoire pour pouvoir exercer en toute légalité. Ce sésame valide officiellement l’aptitude à proposer des services et à ouvrir un cabinet d’expertise comptable. Il est interdit de réaliser la comptabilité d’une entreprise en freelance ! Vous ne pouvez pas ouvrir un cabinet comptable pour proposer vos services à des tiers, sans passer par l’expertise !
Après le DSCG, un stage de 3 ans en cabinet est obligatoire. Il permet d’acquérir l’expérience nécessaire. Une fois le DEC validé, vous devez vous inscrire au Tableau de l’Ordre des experts-comptables, prêter serment et respecter les obligations déontologiques en vigueur.
Étape 1 - Définir son projet et valider le marché
Avant d’ouvrir un cabinet comptable, interrogez-vous sur la pertinence et la viabilité de votre projet. Ainsi, vous pourrez mettre le doigt sur les éventuels freins au développement et affiner le positionnement stratégique.
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Une étude de marché est essentielle à ce stade car elle permet d’évaluer la concurrence, d’anticiper les besoins, et, surtout, d’identifier la typologie de clients dans la zone d’implantation envisagée : TPE, PME, indépendants, etc. Certains segments sont particulièrement porteurs, comme l’accompagnement à la création d’entreprise ou le conseil fiscal.
Analyser l'offre existante et la concurrence (combien d’experts-comptables dans le secteur géographique, avec quelle typologie de clients : petites ou grandes entreprises, quelle offre d’honoraires, etc.). Étudier la demande et les besoins des clients (combien d’entreprises potentielles, quelle croissance, quelles difficultés financières, etc.). Définir son marché cible : création d’entreprise, rachat d’entreprises, entreprise en croissance ou en transformation, etc.
Le marché de l’expertise comptable représente 11,5 milliards €. Plus de 22 000 cabinets d’experts-comptables sont en activité en France, avec 130 000 salariés. De nombreux métiers coexistent au sein des cabinets : chef de mission, responsable juridique, responsable paie, etc. Plus de 2 millions d’entreprises sont clients d’un cabinet d’expertise-comptable.
Étape 2 - Rédiger le business plan
Un business plan est un document qui résume les objectifs et les stratégies d’une entreprise. Une étude de marché. Cette étape consiste à réaliser une analyse approfondie du marché dans lequel le cabinet comptable opérera. Il est essentiel d’identifier les besoins et les attentes des clients potentiels, ainsi que d’évaluer la demande pour les services comptables dans la région ciblée.
Le plan financier est une partie cruciale du business plan qui prévoit les revenus et les dépenses du cabinet comptable sur une période donnée (généralement sur 3 à 5 ans). Il doit inclure les estimations des honoraires attendus en fonction du nombre de clients et des services fournis, ainsi que les coûts liés aux locaux, au matériel, au personnel et à la publicité.
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Il est bon de rappeler que tout entrepreneur, y compris expert-comptable, ne peut négliger chaque point de cette étape : étude de marché, modèle économique, forme juridique, prévisions financières. Un business plan bien rédigé peut aider un cabinet comptable à obtenir des financements et à attirer des clients.
Étape 3 - Choisir la forme juridique : pourquoi une SARL (SELARL) ?
Le choix de la forme juridique conditionne la gestion comptable et fiscale du cabinet, et aussi sa capacité à évoluer dans le temps. Plusieurs options sont envisageables selon si vous souhaitez vous lancer seul ou avec des associés.
Les sociétés de droit commun : SARL, SAS ou SA. Les sociétés de droit commun conférant la qualité de commerçant aux associés n’étant pas admises. En tant que profession libérale réglementée, l’expert-comptable peut aussi ouvrir une société civile professionnelle (SCP) ou une société d’exercice libéral (SEL).
Née en 1990, la Société d’Exercice Libéral (SEL) est une structure juridique réservée aux professions libérales, au même titre que la Société Civile Professionnelle (SCP). Les Sociétés d’Exercice Libéral regroupent différentes formes juridiques : SELAS, SELARL, SELAFA et SELCA. Ainsi, à la différence d'une SCP, elle peut être unipersonnelle (SELARLU). La SEL est soumise à l’impôt sur les sociétés (IS). L’objet social doit s’articuler autour d’une profession bien spécifique, en l’occurrence l’expertise comptable.
La SEL présente l’avantage de pouvoir compter parmi ses associés des investisseurs, personnes physiques ou morales extérieures à la profession. Cependant, plus de la moitié du capital doit être détenue par les experts-comptables en exercice au sein de la société. Dans une SEL, les dirigeants doivent nécessairement être choisis parmi les associés qui exercent leur profession au sein de la structure.
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La caractéristique fondamentale de la SCP est la mise en commun, par les associés, des moyens matériels et financiers et des recettes pour exercer leur activité. Une SCP doit compter au minimum deux associés, mais n’exige pas de capital minimum pour être constituée. Les associés sont responsables solidairement et chaque associé est engagé sur l’ensemble de son patrimoine personnel.
Quel statut juridique privilégier entre une SCP et une SEL ? Bien que les régimes de la SCP et de la SEL soient radicalement différents, le critère fiscal ne semble pas être le plus déterminant dans le choix final. La SEL permet de constituer des réserves à des conditions fiscales moins pénalisantes. Nous vous invitons plutôt à considérer les modalités de retrait des associés.
Étapes administratives et formalités
Une fois le choix du statut juridique fait, en route pour l’immatriculation du cabinet via le guichet unique. C’est le seul moyen pour obtenir SIREN, SIRET, numéro de TVA, tous les indispensables pour démarrer l’activité. Pour exercer en libéral, il est obligatoire de s’inscrire auprès de l’Ordre des Experts-Comptables (OEC). Cette inscription se fait auprès de l’Ordre de la région où se situe le cabinet.
Rédiger ses statuts juridiques soi-même, avec une aide en ligne ou avec l'accompagnement d’un avocat ou d’un professionnel de la création d'entreprise. Ouvrir un compte professionnel en ligne. Déposer son capital social en ligne. Publier un avis de constitution au journal d’annonces légales. Constituer son dossier et immatriculer son entreprise via le Guichet Unique.
Pour la création d’une entreprise, le prix d’un expert-comptable peut varier entre 150 et 600 € HT pour la rédaction d’un business plan par exemple. Dès réception du Kbis par le Greffe du Tribunal de Commerce, nous vous le transmettons avec la copie de l’annonce légale.
Étape 4 - Investissement et financement
Vous devez compter les coûts classiques de création d’entreprise. Les chiffres sont très variables en fonction des projets de cabinets d’expertise comptable. Voici quelques ordres d’idées : cotisation à l’Ordre des experts-comptables : autour de 1 000 € / an ; assurance responsabilité civile professionnelle : autour de 200 € par an ; publication dans un journal d’annonces légales : autour de 200 €.
Puis, vous ajoutez le loyer de votre cabinet (sauf en cas d’installation à domicile), les achats de mobilier et de matériel informatique (ordinateur, imprimante, sécurité et archivage des données, logiciels spécifiques de comptabilité, etc.), les salaires de vos employés, les dépenses d’entretien, de réparation et d’énergie de vos locaux professionnels.
Pour financer l’ouverture d’un cabinet d’expert-comptable, plusieurs solutions sont envisageables : votre épargne à mettre en fonds propres ; la love money ; un prêt professionnel ; un crédit-bail pour certains investissements ; un emprunt obligataire dans les conditions de droit commun.
Étape 5 - Assurances obligatoires et protection
Une assurance responsabilité civile professionnelle est obligatoire pour couvrir les dommages causés à ses clients. L’Ordre des experts-comptables a négocié un contrat national personnalisable avec plusieurs niveaux de garantie. 4 niveaux de garantie couvrent de 1 million à 2,5 millions € par sinistre et par assuré sans limitation par année d’assurance. Au-delà de la RC Pro, des garanties défense et recours ainsi qu’une garantie cyber-risques sont proposées.
L’assurance multirisque professionnelle, quant à elle, protège les locaux, le matériel, les archives et les données numériques en cas de sinistre (incendie, dégât des eaux, vol, etc.). Dès que vous embauchez, pensez aussi à la mutuelle collective obligatoire pour vos salariés. Il est également intéressant d’avoir une assurance prévoyance pour sécuriser vos revenus personnels en cas d’arrêt maladie prolongé, une assurance auto professionnelle si vous vous déplacez chez le client, ainsi qu’une assurance cyber-risques pour contrer les diverses menaces du numérique.
Étape 6 - Trouver un local et s’équiper
Même si le télétravail s’est largement développé, disposer de locaux physiques est tout de même un levier de crédibilité. Et puis, cela permet de recevoir vos clients dans de bonnes conditions et d’entretenir une cohésion d’équipe. L’accessibilité, la visibilité, et le respect des normes ERP ne doivent pas être négligés. A titre d’information, une surface de 50 à 150 m² est suffisante pour un cabinet de taille moyenne.
Les équipements de bureau et de matériel informatique sont indispensables. L'expert-comptable peut proposer plusieurs produits d’appel : l’aide à la création d’entreprise pour nouer une relation dès les premiers jours avec le dirigeant ; la certification des comptes annuels, porte d’entrée pour délivrer des conseils à haute valeur ajoutée.
Étape 7 - S’équiper en outils, logiciels et digitalisation
Ouvrir un cabinet d’expertise comptable implique aussi d’investir dans du matériel fiable et sécurisé avec des ordinateurs performants, des imprimantes multifonctions, du mobilier ergonomique et des dispositifs de sécurisation des données. Ne l’oubliez pas, les logiciels métiers sont votre colonne vertébrale. Qu’il s’agisse de déclarations fiscales, de tenue de comptes, de gestion de la paie ou d’outils de reporting, ils vont vous permettre de garantir efficacité et conformité à vos clients.
Avec Kanta, vous pouvez transformer vos prospects en clients, générer des lettres de missions 100% conformes et assurer la conformité LAB en un temps record. Le logiciel propose des solutions innovantes qui intègrent l’automatisation des procédures de lutte anti-blanchiment, la dématérialisation et l’analyse de données en temps réel.
Utilisez des CRM et des outils de collaboration en ligne pour améliorer la communication avec vos clients et optimiser la gestion de vos dossiers. Ensuite, investissez dans des logiciels sécurisés et des protocoles de sauvegarde pour protéger les informations sensibles de vos clients.
Étape 8 - Recrutement et organisation interne
L’attractivité : pour faire tourner un cabinet, il faut pouvoir recruter des collaborateurs compétents. Le cabinet d’expertise comptable devient le médecin de famille de l’entreprise. Il se rend à son chevet périodiquement pour vérifier que tout est en ordre. Il a un rôle de prévention des difficultés financières. Il anticipe les problèmes de trésorerie en cas de croissance rapide ou en cas de perte de marchés.
Vous devez structurer votre cabinet, définir des process, mettre en place un logiciel de gestion des dossiers, contrôler le temps passé par les collaborateurs sur chaque dossier et suivre le planning et l’affectation des collaborateurs.
Étape 9 - Développer sa clientèle et marketing
Un cabinet d’expertise-comptable ne peut exister sans clients. Le bouche-à-oreille fonctionne très bien comme vecteur d’acquisition, surtout lorsque les premiers clients sont satisfaits. Nouer des partenariats localement avec des avocats, des assureurs, des banques ou des pépinières d’entreprises permet aussi de développer son portefeuille de clients.
Travailler sa présence en ligne est aussi très important. Avoir un site web optimisé et une fiche Google bien renseignée peut suffire à convaincre les plus timides. Organisez des événements offline ou en ligne (webinaires) pour partager votre expertise. Proposez des conseils en gestion, des audits personnalisés et des solutions d’accompagnement à la digitalisation. Ces services permettent de fidéliser votre clientèle et de créer une relation de confiance durable.
Alternatives et stratégies complémentaires
Si tout ce que nous venons d’évoquer vous semble trop long ou vraiment risqué, d’autres options sont envisageables : reprendre un cabinet existant. Le rachat d’un portefeuille ou d’un cabinet entier permet évidemment un démarrage plus rapide. Vous bénéficiez d’une clientèle déjà en place, d’un nom connu, et peut-être même d’une équipe bien soudée.
Ouvrir un cabinet en ligne : en proposant une offre dématérialisée vous touchez une clientèle généralement plus jeune, souvent constituée de freelances et TPE. Le métier d’expert-comptable connaît de nombreux bouleversements ces dernières années avec l’arrivée du numérique et des nombreux logiciels de gestion. L’expertise comptable reste tout de même un métier attractif avec un réseau de plus de 22 000 cabinets et une dynamique intéressante.
Checklist synthétique : étapes chronologiques
- Choix du statut juridique et rédaction des statuts.
- Réalisation de l’étude de marché.
- Élaboration du business plan et prévisionnel financier.
- Démarches administratives et immatriculation (Guichet Unique, OEC).
- Installation et aménagement du local (conformité ERP).
- Investissement en matériel et logiciels (Kanta, CRM, sauvegarde).
- Souscription aux assurances obligatoires (RC Pro, multirisque, cyber).
- Lancement des opérations commerciales et acquisition clients.
Tableau récapitulatif des coûts approximatifs
| Dépense | Montant indicatif |
|---|---|
| Cotisation Ordre | ~1 000 € / an |
| Assurance RC Pro | ~200 € / an (base) |
| Publication annonce légale | ~200 € |
| Matériel informatique & mobilier | variable (quelques milliers d'euros) |
| Loyer (50-150 m²) | variable selon localisation |
Quelques conseils pratiques
- Pensez à anticiper de nombreux paramètres avant le lancement officiel de son cabinet : positionnement, offre, tarifs.
- Le choix d’un bon logiciel comptable est crucial : il est parfois difficile de migrer ses clients sur un nouveau logiciel comptable.
- Travaillez au fil de l’eau avec vos clients pour éviter le rush de clôture au 31 décembre.
- Considérez la possibilité d’être accompagné par un expert-comptable pour la création d’entreprise : c’est souvent un choix judicieux.
Vous venez d’être diplômé du Diplôme d’Expertise Comptable (DEC) et vous commencez sérieusement à vous poser cette question : pourquoi ne pas lancer mon cabinet d’expertise-comptable ? Si vous décidez de créer votre cabinet ex-nihilo, cette solution demande le plus petit investissement financier au départ, mais en contrepartie, elle va vous demander un investissement en temps et en efforts humains conséquent.
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