Méthode calcul valeur ajoutée: tableau entrées sorties, ressources, emplois et usages des ERE
Peut-on estimer le PIB en se rapprochant de la méthode des autres pays ? En France, le PIB de l’approche « revenu » issu du TEE sert de cible au PIB des autres approches, en particulier à celui de l’approche « demande » des ERE (PIB mondial). Il n’y a qu’au Royaume-Uni et en Irlande que le PIB de l’approche « revenu » est comparé aux PIB des deux autres approches, et donc pas comme cible. Il est clair qu’un équilibrage simultané du TEE et des ERE apporte davantage de fiabilité qu’une procédure consistant à équilibrer le TEE sans utiliser l’information que pourraient apporter les ERE. Autrement dit, faut-il privilégier quelques sources jugées plus fiables ou considérer qu’aucune donnée n’est parfaite et se donner le droit de modifier l’ensemble des comptes de manière à distordre au minimum leur structure, ce qui est généralement la meilleure solution en termes de qualité du résultat, mais peut être pas en termes de temps ?
Certains pays n’arbitrent pas les ERE (approche « demande »), même si ils accordent une importance croissante aux comptes des secteurs institutionnels en ajustant au mieux le solde des comptes non financiers au solde des comptes financiers : Danemark, Norvège… Mais l’approche « revenu » est-elle si fiable ? D’abord, il ne s’agit pas d’évaluer les revenus reçus par les unités institutionnelles résidentes. Aucun pays au monde (sauf peut-être les États-Unis) n’utilise cette méthode. Selon cette approche, la VA est partout calculée comme le solde entre la production et les CI. Le calcul de la VA des ménages semble poser problème (voir page Ménages et ISBLSM).
Le taux de VA des ménages est supérieur en France à celui des autres pays (tableau suivant). En France, on modifie les ERE de manière à se caler sur le PIB « revenu » (ligne arbitrage France) : par exemple, on rehausse de 100 la FBCF des SNFEI et la CF des ménages (+50). Mais ne peut-on pas trouver un montant intermédiaire du PIB, certes plus proche de celui issu de l’approche « revenu » que de celui de l’approche « demande » ,par exemple 12650, ou vérifier pour une prochaine base le calcul de la CI des ménages et donc de la VA ?
Les autres pays continuent de calculer le PIB en valeur selon les approches « demande » et « production » puis à le calculer en volume. On ose espérer que les comparaisons internationales de la croissance du PIB restent possibles même si l’effet qualité est peu pris en compte dans de nombreux services modernes. On a vu que le volume de la valeur ajoutée calculée par solde et les gains de productivité du travail des services ne sont pas simples à mesurer. La non-additivité des séries en volume chaînés pose aussi problème pour le calcul des contributions à la croissance. Selon Daniel Cohen, il y a aujourd’hui deux écoles, l’une pessimiste, et l’autre optimiste.
Les enjeux de la mesure: PIB en valeur et en volume
Au delà de la tendance vers la croissance zéro, la question est de savoir si on mesure bien le PIB en valeur et en volume en comptabilité nationale. Certains économistes avancent que la croissance du PIB en volume est sous-évaluée entre 0,5% et 1%. La première école remet en cause la fiabilité des chiffres et voit une stagnation inévitable sans progrès technique majeur. Une variante souligne les progrès surtout dans le domaine médical. La troisième révolution industrielle n’apporterait pas des gains de productivité importants, et la productivité du travail peut même diminuer dans certains périodes.
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La comparaison historique montre que les révolutions industrielles ont profondément transformé la productivité et le bien-être; toutefois, depuis les années 1970, la productivité globale des facteurs s’affaiblit dans les services et les TIC ne remplacent pas nécessairement les gains passés. Le rôle du progrès technique est discuté: certaines visions estiment que les usages des TIC ne se traduisent pas immédiatement par des gains de productivité mesurables, tandis que d’autres soutiennent une sous-estimation des effets à long terme.
Les tableaux et les cadres: TES, TEE et ERE
Les tableaux des ressources et des emplois retracent la production intérieure des biens et services par industrie, de pair avec les importations, jusqu'à leur utilisation par d'autres industries ou de consommation finale, d'investissements ou d'exportations. Les comptes des entrées-sorties visent à mesurer la structure productive de l'économie. Le cadre comprend les tableaux ressources-emplois, les tableaux entrées-sorties industrie par industrie et de nombreux produits dérivés. Le système fournit une mesure de la valeur ajoutée selon l'industrie: production totale moins les intrants intermédiaires.
Les TES permettent d’examiner les interconnexions inter‑industries et inter‑produits; ils peuvent être produits sous forme de matrices produit par produit ou branche par branche. Les TES intègrent le calcul du PIB par branche (approche verticale) et l’approche des ERE (approche horizontale). Lorsqu’il est difficile de ventiler les intrants par produit, une approche ERE peut être suivie. Le cadre central confronte deux valeurs ajoutées: celle issue d’Esane et celle issue des ERE (approche « demande »). On cale la VA de l’approche « demande » sur celle de l’approche « revenu » globalement, tout en ajoutant la VA des SNF-EI et en ajustant les CI par branches.
- Les TES en France sont élaborés par une méthode de branche pure, distincte des pratiques de certains pays qui utilisent des unités d’activité locale (UAEL) ou des unités institutionnelles pour les comparaisons en colonne.
- La méthode française permet d’identifier les flux de produits par niveau de détail (327 produits, par exemple) et de suivre les échanges entre branches et emplois finals.
- Les ERE, dans le cadre des TES, peuvent intégrer les importations, les impôts nets des subventions, et les productions intermédiaires, avec des données parfois exogènes et d’autres déterminées par l’équilibre final.
Le calcul de l’équilibre ressources-emplois et les ajustements (Coresane, Esane) visent à assurer la cohérence temporelle et structurelle des chiffres. Des révisions et des contrôles sont menés pour lisser les exogènes, les corrections et les marges commerciales par produit, afin de garantir une cohérence des résultats entre VA, CI et production par branche.
Exemple synthétique de calcul TES (illustratif)
Supposons un exemple avec l’acier: importations CAF = 1200, exportations FAB = 2000. La TVA sur l’acier est de 20% du prix hors TVA; le total des achats d’acier par des unités non assujetties TVA est 480, dont la TVA inclut déjà le montant. Le calcul itératif des ERE se fait à partir des ventes de branche et des corrections Esane, afin d’obtenir une VA cohérente entre les niveaux G et H. Les marges commerciales et les usages domestiques peuvent être réallocués pour équilibrer VA selon les besoins du cadre; les échanges avec les stocks, les importations et les exportations influencent directement les CI et les VA par branche.
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Les tableaux d’entrées-sorties permettent d’explorer des scénarios hypothétiques: par exemple, si les exportations pétrolières doublaient, quelles industries seraient les plus touchées? Le TES permet d’estimer les effets directs et indirects et de calculer les multiplicateurs correspondants.
La comparaison internationale des méthodes TES et ERE met en lumière les différences entre les conventions comptables et les conventions de calcul du PIB en volume et en valeur. Le contrôle de cohérence entre les composants (VA, CI, production) et les erreurs d’exogènes est une étape clé du recueil et de l’élaboration des chiffres annuels et trimestriels.
PIB et IDH : les limites que personne n'explique
Tableau récapitulatif: élémentaires du système TES et ERE
| Élément | Rôle | Impact sur le PIB |
|---|---|---|
| Tables ressources-emplois | Production, importations, utilisation | Base du calcul de la VA et du PIB |
| Tables d’entrées-sorties | Interdépendances inter-industrielles | Calcul des multiplicateurs et scénarios |
| ERE (approche « demande ») | Ventes de branches estimées et CI par branches | Alignement VA et CI, calcul du PIB en volume |
| Esane et Coresane | Corrections et cohérence des données | Qualité et stabilité temporelle des séries |
Cette articulation entre TES et ERE, et l’arbitrage entre les approches « revenu », « demande » et « production » est au cœur des débats sur la fiabilité et la lisibilité des comptes nationaux. Le cadre permet d’analyser non seulement le niveau du PIB mais aussi sa structure et son évolution dans le temps, tout en soulignant les limites inhérentes aux mesures de volume et de valeur dans une économie moderne fortement digitalisée et marquée par des services intensifs en main-d’œuvre et par l’innovation continue.
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