Artisanat des ailes de papillon en République centrafricaine : entre savoir-faire local et défis de conservation

Suspendu aux branches à près de 40 mètres du sol, Nicolas Moulin scrute l’horizon. Dans les jumelles de cet entomologiste, une mer d’émeraude pétrifiée se déploie à l’infini. C’est là, quelque part dans la canopée, que se cache le Papilio antimachus, le plus grand papillon de jour d’Afrique, quasiment inconnu de la science.

Papilio antimachus et la canopée centrafricaine

Dans la canopée centrafricaine se cache le Papilio antimachus, le plus grand papillon de jour d’Afrique, quasiment inconnu de la science. Cette espèce vénéneuse dont l’envergure peut atteindre 20 à 25 cm est quasiment inconnue de la science. Depuis sa découverte, en 1782, personne n’a encore réussi à observer sa chenille et sa chrysalide. Les mâles qui volent près du sol sont particulièrement recherchés pour leurs grandes ailes orangées zébrées de noir. Mais les femelles, qui vivent dans la canopée où elles butinent les fleurs exposées au soleil, ne sont presque jamais observées.

Expédition et recherche scientifique

Pour élucider ce mystère, une expédition française d’une vingtaine de personnes, financée sur fonds privés, a pris ses quartiers durant trois semaines dans l’extrême sud de la République centrafricaine, sur les berges de la rivière Lobaye. L’Agence France-presse (AFP) l’a suivie en reportage. Philippe Annoyer à la poursuite des papillons Antimachus dans la forêt de la Lobaye, en Centrafrique, le 5 décembre 2019.

Le plan consiste ainsi à repérer les fleurs du Strophanthus dans la canopée à l’aide d’un drone. Puis à installer un réseau sophistiqué de cordes permettant d’évoluer dans les hauteurs afin d’explorer les lianes sur toute leur longueur. Une entreprise quelque peu incertaine, mais qu’importe : ces passionnés qui s’illuminent à la vue d’une fougère ou d’une mante religieuse disposent pendant trois semaines d’un terrain d’étude idéal, qu’ils font résonner d’obscurs noms latins au gré de leurs trouvailles.

Hypothèses sur l’écologie de l’espèce

Selon les hypothèses des chercheurs, l’antimachus tirerait son venin de l’ingestion par sa chenille des feuilles de Strophanthus gratus, une épaisse liane qui serpente entre les sommets des arbres. Les espoirs reposent finalement sur les prélèvements réalisés par le botaniste, qui permettront peut-être d’identifier la plante utilisée par les femelles pour la ponte.

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Résultats de l’expédition et limites

Après trois semaines de longues marches, d’escalade et d’enquête dans les villages, toujours aucune trace de la chenille ni de sa chrysalide. Même une fois l’insecte lépidoptère capturé, la présence de fourmis légionnaires joue contre les chercheurs : l’une de leurs cohortes est parvenue à grimper dans la cage de l’un des rares spécimens d’antimachus mâle et le dévore sur place, ne laissant qu’une aile et une maigre patte à ramener au laboratoire. Pour l’heure, il est toutefois impossible de déterminer précisément le statut de conservation de l’antimachus, faute de données suffisantes : « Celles dont on dispose datent des années 1960, et tiennent sur une demi-page dans une revue scientifique. »

Atelier de redynamisation du CMOP de Lobaye

Artisanat des ailes de papillon en Centrafrique

En République centrafricaine, les tableaux en ailes de papillon sont un artisanat réputé qui fait vivre de nombreux chasseurs. C’est un lieu de braconnage, où les mâles viennent boire des sels minéraux sur les rives et sont capturés pour des collectionneurs ou des confections de tableaux, explique à l’AFP l’entomologiste Nicolas Moulin. A l’étranger, un spécimen d’antimachus peut se négocier 1 500 euros.

La Centrafrique regorge de magnifiques papillons. D'un cycle de vie très court dépassant rarement 48 heures, ils sont récupérés en abondance au bord des chemins, des cases ou des arbustes. Leurs ailes multicolores sont utilisées par des artistes papillonistes pour la réalisation de tableaux de toute beauté.

Circuits économiques et acteurs locaux

En Centrafrique, les tableaux en ailes de papillon sont un artisanat réputé qui fait vivre de nombreux chasseurs. L’idée, c’est que les populations locales puissent fournir les collectionneurs et les artisans centrafricains, et limiter la chasse, explique Philippe Annoyer. Philippe Annoyer est ici dans son élément. Trente ans, aussi, qu’il tente en vain d’alerter le public sur l’extinction de ses protégés. En découvrant les premiers états de l’Antimachus, ce Français natif de Côte d’Ivoire espère inciter le développement de l’élevage de ce papillon rare.

Conflit, pression humaine et menace sur les forêts

Aux environs du camp, la forêt est plongée dans un étrange silence. Il n’y a pas un rongeur au sol, pas un primate ni un oiseau sur les branches. Partout, des collets laissés par les chasseurs. Les groupes armés qui contrôlent les deux tiers du territoire centrafricain n’ont jamais pris pied dans cette région forestière, mais les perspectives économiques y sont tout aussi embryonnaires qu’ailleurs dans le pays. A défaut, l’expédition aura au moins servi à mesurer les ravages causés aux forêts d’un pays en conflit classé parmi les plus pauvres au monde.

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Conservation et pistes d’action

« Cette espèce, comme beaucoup d’autres, est en train de se raréfier », assure le doyen des scientifiques de l’expédition, l’entomologiste Philippe Annoyer. Pour l’heure, il est toutefois impossible de déterminer précisément le statut de conservation de l’Antimachus faute de données suffisantes. L’idée de développer l’élevage de ce papillon rare vise à ce que les populations locales puissent fournir les collectionneurs et les artisans centrafricains, et limiter la chasse. Le plan scientifique - repérer les fleurs du Strophanthus dans la canopée à l’aide d’un drone, puis installer un réseau de cordes sophistiqué pour explorer les lianes sur toute leur longueur - illustre une stratégie alliant recherche fondamentale et gestion durable potentielle.

Élément Description
Espèce étudiée Papilio antimachus, plus grand papillon diurne d’Afrique
Localisation Extrême sud de la République centrafricaine, berges de la Lobaye
Menaces Braconnage pour artisanat, disparition d’habitat, conflits
Hypothèse écologique Chenille se nourrit de Strophanthus gratus (liane), source possible de toxines
Pistes Repérage par drone, exploration de la canopée, élevage contrôlé

Exemples de valorisation culturelle et sensibilisation

L'association l'Autan et l'Harmattan permet de découvrir ces œuvres d'art à travers une exposition à l'espace Halle et Art de l'Office de Tourisme Intercommunal à Grenade-sur-Garonne, 38 rue Victor Hugo. L'exposition a déjà commencé et se poursuivra jusqu'au samedi 27 janvier. Un « décro chage » aura lieu le samedi 27 janvier de 10h30 à 12h30 en présence des membres de l'association. Ouvert mardi, jeudi et vendredi de 9 heures à 12h30 et de 14 heures à 17h30, mercredi de 14 heures à 17h30, samedi de 9 heures à 12h30.

Celui qui travaille sur ces questions espère que la connaissance accrue et la mise en place d’alternatives économiques permettront de concilier artisanat traditionnel et préservation des espèces. Les espoirs des chercheurs reposent désormais sur des prélèvements, qui permettront peut-être d’identifier la plante utilisée par les femelles pour la ponte.

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