Le Ministère des Finances de la République Centrafricaine : Rôle et Missions

Le Ministère des Finances et du Budget (MFB) de la République Centrafricaine joue un rôle central dans la gestion économique et financière du pays. Ses missions sont vastes et visent à assurer la stabilité financière, à promouvoir la croissance économique et à garantir une utilisation efficace des ressources publiques.

Contexte Économique et Politique

Bangui, capitale politique de la République Centrafricaine, se remet progressivement de plus d’une décennie de crises, causées notamment par le coup d’État mené par les rebelles Séléka en mars 2013. Catherine Samba-Panza, maire de Bangui, est élue chef de l’Etat de la transition par le Conseil national de la transition, avec pour tâche essentielle d’organiser des élections libres et transparentes, qui se déroulent entre décembre 2015 et mars 2016.

Elles aboutissent à l’adoption d’une nouvelle Constitution, avec un régime semi-présidentiel et une décentralisation renforcée, et à l’élection le 14 février 2016 du Président Faustin Archange Touadéra. Cependant, à l’approche du premier tour des élections présidentielle et législatives du 27 décembre 2020, des groupes armés soutenus par François Bozizé se retirent de l’Accord pour former la Coalition des Patriotes pour le Changement (CPC). La réélection du Président Touadéra est confirmée par la Cour constitutionnelle le 18 janvier 2021, au terme d’un scrutin fortement contesté.

Sur le plan économique, le PIB centrafricain, estimé à 1 530 Mds FCFA (environ 2,3 Mds EUR) en 2023, reste en termes réels inférieur de 20 % au niveau atteint en 2012. L’exploitation forestière, l’extraction d’or et de diamants sont, avec le BTP, les principaux moteurs de la croissance économique récente. Le déficit budgétaire a atteint 4,5 % en 2022 (contre 5,1 % en 2021) et a légèrement diminué pour atteindre 3,6 % du PIB en fin d’année 2023. Dans ce contexte, le pays reste fortement dépendant des financements extérieurs.

L’inflation devrait par ailleurs rester élevée et se maintenir à 6,3 % en 2024 (contre 5,8 % en 2022). Ce niveau s’explique principalement par l’augmentation des prix alimentaires et énergétiques mondiaux, et les perturbations des circuits d’approvisionnement internationaux, qui ont accentué des difficultés structurelles préexistantes. L’économie centrafricaine, très dépendante des importations, est affectée par les difficultés d’approvisionnement sur le corridor Douala-Bangui.

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Sur le plan budgétaire, la Centrafrique reste fortement dépendante des financements extérieurs en raison d’un taux de prélèvement fiscal extrêmement faible (8,7 % du PIB en 2019). Avec des dépenses publiques représentant 16,9 % du PIB en 2019, la Centrafrique a enregistré un déficit budgétaire (hors dons) de 8,2 %. La Centrafrique était engagée depuis juillet 2016 dans un programme avec le FMI appuyé par la Facilité élargie de crédit (FEC) pour un montant porté à 189 millions USD. Un nouveau programme triennal appuyé par la FEC a été conclu en décembre 2019.

Dans le cadre de la stratégie gouvernementale de riposte à la Covid-19, la RCA bénéficie de l’appui de quelques partenaires extérieurs (Banque mondiale, BAD, France, UE). Le FMI a accordé une Facilité de crédit rapide (FCR) d’un montant de 27,9 millions DTS et une annulation pour six mois des créances qui lui sont dues.

Missions Principales du Ministère des Finances

Pour les autorités centrafricaines, qui saluent les efforts et les résultats obtenus à date grâce aux programmes et politiques entrepris, les défis que le pays rencontre aujourd’hui sont surmontables grâce à une meilleure gouvernance publique. Rentabiliser optimalement l’administration centrafricaine, c’est le défi que veut relever le président de la République à travers la digitalisation de celle-ci.

Ministère des Finances de la République Centrafricaine

Les missions du Ministère des Finances incluent :

  • Gestion du Budget de l'État : Préparation, exécution et contrôle du budget de l'État.
  • Collecte des Impôts et Taxes : Assurer la collecte efficace des impôts et taxes pour financer les dépenses publiques.
  • Politique Économique et Financière : Élaboration et mise en œuvre de la politique économique et financière du gouvernement.
  • Gestion de la Dette Publique : Supervision et gestion de la dette publique pour assurer la viabilité financière du pays.
  • Coopération Internationale : Collaboration avec les institutions financières internationales et les partenaires au développement pour mobiliser des ressources financières.

Digitalisation des Finances Publiques

La digitalisation, un instrument désormais au cœur des perspectives de développement des politiques centrafricaines en faveur de la croissance. L’implémentation de cette volonté a débuté avec l’administration financière de ce pays d’Afrique centrale à travers une série d’applicatifs qui, opérationnels et interconnectés, devraient permettre d’assurer une transparence dans la gestion des ressources financières du pays. Les améliorations sont attendues au niveau des dépenses, des recettes, mais aussi de la gestion du personnel.

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Dans le cadre de la gestion du budget-programme, l’applicatif SIM_BA permettra de gérer les budgets des Ministères et Institutions de l’Etat, les budgets annexes et d’assurer le suivi budgétaire et comptable des dépenses d’investissement financées sur ressources extérieures.

Digitalisation des services gouvernementaux

Plusieurs initiatives ont été mises en place pour moderniser l'administration financière, notamment :

  • E-tax : Faciliter la télédéclaration des contribuables.
  • eTVA : Prélèvement automatique de la TVA.
  • Sydonia World : Dématérialisation des procédures de dédouanement.
  • Sim_Ba : Préparation et exécution du budget.
  • Girafe : Gestion des dossiers liés au paiement des salaires.
  • Pata Paye : Dématérialisation du paiement des salaires des fonctionnaires et agents de l’État.

“Vous avez pu voir dans la vidéo qui a été présentée un nombre impressionnant d’outils que nous avons développés. “La digitalisation s’impose à nous, si on se souvient de tout ce par quoi nous sommes passés en période de crise de Covid19. C’est déjà un souci pour pérenniser l’activité en période de crise.

Reportage - Centrafrique : la digitalisation pour stimuler les finances publiques

A Bangui, nous sommes allés toucher du doigt les bénéfices de l’implémentation de la digitalisation des services financiers. Premier arrêt, aéroport de M’poko, Bangui. Ici, les brigadiers de la Douane centrafricaine sont à l’œuvre pour diligenter la réception et la vérification des cargaisons venus de différentes destinations. Après cet exercice, ils procèdent à l’enregistrement avant de poursuivre les opérations sur l’ordinateur à travers Sydonia World.

Le Projet SAFE

Le projet de Soutien à l’Autonomisation Financière de l’Etat et Lutte contre la Corruption (SAFE) en République Centrafricaine (RCA) vise à poursuivre l’effet transformatif de l’appui de l’Union européenne (UE) au Ministère des Finances et du Budget (MFB), en cours depuis 2014. Il soutiendra les efforts visant à rétablir l’autorité de l’Etat sur le territoire et à garantir un niveau acceptable de services publics de base pour ses citoyens à travers la collecte des taxes et impôts. Ce projet s’inscrit dans les lignes directrices du Plan de E-Finances Publiques du MFB ainsi que du Plan National de Développement pour la période 2024-2028.

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En lien avec le choix du MFB d’accélérer la digitalisation de ses activités et de les refondre autour de processus digitaux standardisés et cohérents, la digitalisation de la gestion des finances publiques (GFP) est un aspect clé du projet. Le projet SAFE vise à soutenir la transformation numérique comme levier pour augmenter la productivité, la mobilisation des recettes domestiques et lutter contre la fraude et la corruption au niveau de tous les services de l’État.

Partenariats et Soutien International

Expertise France est l’agence publique de conception et de mise en œuvre de projets internationaux de coopération technique, membre du groupe AFD. Un financement a ainsi été octroyé par l’Union européenne sur un projet d’appui à la société civile et des discussions sont en cours pour le financement de deux projets visant à renforcer la capacité du pays à accroître ses ressources fiscales ainsi que dans le domaine de la Justice. La réouverture d’un Bureau d’Expertise France à Bangui est en préparation.

La Centrafrique a connu une période de croissance économique relativement soutenue entre 2015 et 2017, qui reflétait avant tout un phénomène de rattrapage après l’effondrement de -36,7 % observé en 2013. Le ralentissement de l’activité depuis 2018 s’explique par la chute de la production officielle de diamants après le départ du dernier bureau d’achat et par les performances décevantes de la filière bois liées à un arrêt temporaire de la production en novembre et décembre en réaction à une hausse des impôts. La production de bois a repris depuis, augmentant de 11,4 % en glissement annuel au premier trimestre 2019. La production de diamants pourrait se redresser à la faveur des vérifications menées par le processus de Kimberley pour élargir la zone verte.

Défis et Perspectives

Dans un contexte d’amenuisement de l’aide au développement et au regard de ses ambitions de développement, la République Centrafricaine doit pouvoir compter sur ses ressources internes. Des ressources qui, au regard de son potentiel économique, existent. Le pays jouit d’un sous sol riche en minerais dont l’or, le diamant, uranium, bois, mercure, lithium entre autres; des richesses qui, malheureusement, ne profitent pas encore de façon optimale au pays.

Le projet de digitalisation, contenu dans le plan de développement 2024-2028, et mis en œuvre par le gouvernement, va aboutir à la réduction de la fracture numérique et doter les jeunes en compétences numériques utiles dans le marché de l’emploi mondial. “Les pays africains ne pourront véritablement accélérer leur développement qu’en réduisant la dépendance aux aides extérieures et en augmentant leur autonomie financière par la mise en place de mécanismes efficaces de collecte de leurs ressources propres. La digitalisation c’est l’outil, l’instrument. Mais le but ultime c’est de pouvoir créer un espace fiscal, au bénéfice de la Centrafrique.

Doubler les recettes de l’Etat centrafricain, c’est l’objectif de ces initiatives. Selon les perspectives, l’économie centrafricaine devrait connaître une hausse de ses recettes intérieures à hauteur de 160 milliards FCFA à la fin de 2024, contre 140 milliards FCFA en 2023. “Juin 2026 c’est la limite que nous nous sommes fixés. Nous devons pouvoir doubler les recettes domestiques que nous avons aujourd’hui.

Ateliers et Séminaires sur la Digitalisation

Deux grandes importantes activités sont organisées par le ministre des finances et du budget Hervé Ndoba en vue d’une digitalisation des services des finances. Il s’agit notamment de l’atelier autour du thème « le digital au service de la mobilisation de ressources et de la transparence des dépenses publiques: quels leviers pour accélérer la transformation digitale et maximiser l’impact ? », qui se tient du 24-25 juin suivi d’un séminaire sur le ‘’ Cap sur la transformation digitale des finances publiques: vision et feuille de route ‘’.

Plus de 200 fonctionnaires venant des ministères de la fonction publique, de l’urbanisme, du commerce, des mines et géologie, de l’économie numérique, de la justice, des finances et du budget… prennent part à un atelier de deux jours sur le digital au service de la mobilisation et de la transparence des dépenses publiques à Bangui. « En réalité trois jours seront consacrés à la question de la transformation digitale de notre administration financière parce qu’il convient de rappeler qu’en octobre 2021 déjà lorsque nous organisons une première édition de ce type d’activité, nous avions déjà identifié que la transformation digitale était l’épine dorsale de la transformation de notre économie. Et d’ailleurs nous n’avons pas beaucoup cherché parce que les très hautes instructions du président de la République dans sa vision politique étaient déjà axées sur les questions de transformation numérique.

« Nous allons tout simplement mettre à plat l’ensemble des outils, des applicatifs, des logiciels que nous avons au sein du ministère des finances et du budget. Nous constatons que nous avons un nombre important d’initiatives. Certaines de ces initiatives sont performantes, d’autres le sont un peu moins. Je pense qu’il est temps que nous puissions regarder cela avec froideur et objectivité pour nous permettre de faire le point. Quels sont les applicatifs qui marchent bien, est-ce que ces applicatifs sont en ligne avec la vision que nous avons ? Nous avons besoin d’accélérer désormais l’atteinte des résultats qui sont escomptés à travers ces différents applicatifs. Cet exercice va nous permettre de poser sur la table, les défis que nous avons. Les défis énergétiques, les défis de connectivité avec internet, défis matériels, défis humains également.

Avantages de la Digitalisation

Cependant, la digitalisation des services du ministère des Finances présente de nombreux avantages quant à la gestion du personnel et des fonctionnaires de l’État. Si l’on parvient à digitaliser tout le système, le problème des « fonctionnaires fictifs » qui est tant combattu sera mis de côté, car toutes les données numériques seront uniformes et les fonctionnaires seront identifiés par les empreintes numériques, comme expliqué par le ministre.

Applicatif Fonction
E-tax Télédéclaration des contribuables
eTVA Prélèvement automatique de la TVA
Sydonia World Dématérialisation des procédures de dédouanement
Sim_Ba Préparation et exécution du budget
Girafe Gestion des dossiers de salaires
Pata Paye Dématérialisation des paiements de salaires

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