Charte de franchise de Villefranche-de-Rouergue : histoire, contenu et héritage

Villefranche-de-Rouergue, bastide royale au cœur de l’Aveyron, est née d’un acte politique et urbanistique porté par Alphonse de Poitiers. Pour faciliter le développement, des franchises sont accordées, d’où le nom Villefranche. Le nom de la ville de Villefranche-de-Rouergue provient d’ailleurs de ces anciens privilèges.

Contexte historique de la fondation

L’histoire de Villefranche commence en 1252, lorsque Alphonse de Poitiers, frère de Saint Louis, décide d’y fonder une bastide royale. En effet, après la défaite de Raymond VII, alors comte de Toulouse, dans la croisade contre les Albigeois - une guerre sur fond religieux, la couronne française voulant mettre un terme aux hérésies cathares et vaudoises -, cette défaite oblige le comte occitan à marier sa fille à Alphonse de Poitiers, frère cadet du roi. Pour montrer la force de la royauté dans le Midi, Alphonse voulait construire une ville imposante. Plusieurs possibilités ont été évoquées, mais la création de Villefranche a été retenue vers 1252.

Villefranche a été fondé dans le but de faire plier Najac, capitale administrative du Rouergue à cette époque. Seulement l’idée a si bien marché que Najac a perdu son importance dès le milieu du XIVème siècle. Les bastides, ces villes nouvelles, incarnent un projet politique : reconstruire, pacifier, attirer les marchands, fixer les populations.

Que contient la charte de franchise ?

Une charte de franchise accorde libertés et avantages à ceux qui viendront s’y installer. Villefranche est donc déclarée « franche ». A chaque nouvel habitant est donné un « ayral », un lot à bâtir pour édifier sa maison, ainsi qu’un « casal » (jardin) et un « ortus » (champ) en bordure de l’Aveyron pour subvenir aux besoins de sa famille. Durant deux ans, le temps de bâtir sa maison, aucun impôt ne lui est réclamé. Ensuite, il paiera le « fouage » une taxe en fonction de la surface au sol bâtie. Pour éviter d’en trop payer, les habitants sont autorisés à border les rues de « gitats » (arcades) qui permettent d’agrandir leurs maisons.

Franche, Villefranche l’est également sur le plan politique. Ici, pas de seigneur. Les habitants qui bénéficient déjà de libertés et d’avantages fiscaux désignent chaque année parmi les bourgeois quatre consuls, un pour chacune de ses quatre gaches (quartiers). A eux, de gérer la ville dans tous ses aspects sous la surveillance d’officiers royaux. Grâce à cette double politique, Villefranche s’est développée et enrichie rapidement.

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Plan urbain : la bastide et ses aménagements

Villefranche-de-Rouergue se structure autour d’un plan défini: la Bastide. Le plan quadrillé, les rues se croisant à angle droit, la place centrale destinée au marché, les maisons à arcades abritant les échoppes… tout répond à une logique d’équilibre et de commerce. Aujourd’hui encore, la bastide a conservé son tracé d’origine, et marcher dans ses rues revient à remonter le temps.

La place centrale est réservée au commerce et permet l'organisation de grands marchés et de foires. La place Notre-Dame, cœur battant de la bastide, est vaste, entourée d’arcades où se tient depuis le Moyen Âge un marché animé. Chaque semaine, sous la surveillance des agents des consuls qui contrôlaient la marchandise et calculer les « leudes », trois marchés s’y déroulaient. A ces marchés s’ajoutaient quatre fois l’an des foires sous les murs de la ville.

Économie et ressources : Aveyron, mines et marché

Villefranche de Rouergue se développe économiquement autour de trois axes: L’Aveyron (rivière qui passe à côté de la ville), les mines situées de l’autre côté de l’Aveyron et le marché qui devient le plus dynamique du Rouergue. L’Aveyron est une source d’énergie qui va grandement aider la ville à se développer. Elle permet la construction de martinet à battre le cuivre, de papeteries, de moulins à farine et de tanneries.

Les mines de l’autre côté de l’Aveyron permettent une activité d’extraction des minerais. On y retrouve plusieurs minerais depuis l’Antiquité tels que l’argent. Le roi y créer un atelier monétaire royal. Dans le Rouergue même près Villefranche, Rodez, Albin et Nant y a plusieurs martinets, qui sont forges à battre cuivre pour faire chaudières, chaudrons, poêles, poêlons, conches et autres ustensiles de cuivre, dont les habitants de Rouergue font profit annuel de 60 000 écus ou plus.

Le marché est la clef de voûte de l’économie. Une multitude de facteurs explique son importance. Des lopins de terres sont vendus avec les propriétés en ville et le lieu le plus proche pour écouler la production est le marché. Villefranche est marchande et bien assise. On y vend un infini nombre de bétail, marché de draperie, bonneterie et autres produits. Les marchands trafiquent en Allemagne et tous autres pays (Angleterre, Espagne, Italie).

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Aspects sociaux, religieux et culturels

Pour l'aspect religieux, le développement est très rapide. Dès 1276, c’est-à-dire trente ans après la fondation, on assiste à l’établissement de couvents (Cordeliers [1279], Clarisses [1330]). Puis les lieux religieux vont se multiplier partout dans la ville. Ce sont des lieux où s’installent en premier temps des Franciscains. Villefranche-de-Rouergue s’est, sans surprise, couverte de nombreux édifices religieux. Le plus impressionnant reste l’énorme collégiale Notre-Dame.

La collégiale Notre-Dame : sa construction, débutée en 1260, s’est achevée deux siècles plus tard. D’où les deux styles gothiques flamboyant et rayonnant qui la façonnent. Elle doit son nom au « collège » de chanoines qui la dirigeaient. La collégiale est dominée par un gigantesque clocher-porche enjambant la rue et empiétant sur la place. Sa construction, jamais achevée, a commencé au XIIIè siècle et s’est terminée au XVIè. Pour autant, son clocher culmine à 58 m de haut ! Soit 163 marches pour arriver à son sommet qui offre une vue à 360 degrés sur la cité et ses alentours.

Les sièges de chanoines servant la collégiale ne pouvaient être décorés de motifs religieux car on… ne s’assoie pas sur des scènes religieuses. Les artistes avaient donc libre court pour y sculpter des scènes profanes. La création de ces stalles en chêne s’est achevée en 1485. Bien que peu touché par le protestantisme, Villefranche a fait l’objet d’un soin particulier lors de la Contre-Réforme du XVIè siècle visant à rendre sa prééminence au catholicisme. Deux ordres religieux s’y sont installés : les pénitents bleus et les pénitents noirs.

La chapelle des Pénitents Noirs abrite dans son chœur un splendide retable baroque. Dominée par un impressionnant clocheton, elle abrite dans son chœur un splendide retable baroque. En bois doré à la feuille, il est dominé par la représentation de la Sainte-Trinité : Dieu, le fils et le Saint-Esprit.

Institutions, pouvoir et évolution politique

À la fondation peu de formes de pouvoirs citadins sont visibles. Les plus importants sont les consuls (cossols). Les consuls devaient définir le montant de la taille (qui parvenait à la ville et non au roi) et son rôle. Ainsi, ils avancent et prélèvent l’impôts. Cependant, le rôle politique de la ville va évoluer lorsqu’en 1369, le roi de France déplace de Najac vers Villefranche son administration. Le sénéchal, le juge-mage et le trésorier du Rouergue s’installe à Villefranche.

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Louis XI fait de Villefranche un comté englobant la région jusqu’au Lot. Il le donne à Frédéric d’Aragon, prince de Tarente pour son mariage avec Anne de Savoie, sa nièce. En 1551, un présidial, dépendant du parlement de Toulouse est créé. Villefranche a réussi à se créer une place dans l’administration locale du Rouergue en un siècle. C’est ainsi que Villefranche devint capitale royale du Rouergue, mais aussi que naît véritablement la rivalité avec Rodez.

Fortifications, ponts et aménagements

Pour comprendre à quel point son développement propulse Villefranche en ville importante du Rouergue, deux exemples architecturaux sont frappants. Les murailles en sont le premier. Elles apparaissent dès 1342 à l’approche de la guerre de cent ans. En comparaison, Rodez ne peut s’en équiper qu’en 1350. Le pont est le second exemple. Construit par les consuls au début du XIV° siècle, c’est véritablement l’un des aménagements les plus importants de la ville. Il est doté de fortifications pour éviter que ne soit prise la ville.

Au sujet du pont : au cours de votre visite à Villefranche-Rouergue, ne manquez pas le pont des Consuls (pont dels Consols). Edifié en 1321, il remplaçait un gué plus en amont. Il était initialement surmonté de deux tours et se terminait par un pont-levis pour interdire l’accès à la bastide. Le pont servait aussi de péage pour les marchands et voyageurs qui séjournaient en ville.

Crises, révoltes et résilience

La grande Peste sévit dans la région en 1348-1349. On fait construire à la hâte l’hôpital Saint-Martial à côté de la collégiale pour soigner les malades. Environ 3 000 personnes meurent, la construction de la collégiale et des remparts est contrariée par les affres de l’épidémie, elle est donc interrompue. En 1356, au début de la guerre de Cent Ans, les consuls se plaignent des dépenses mal venues et inappropriées en vêtements luxueux. Ainsi que d’autres griefs du même ordre reprochés aux bourgeois de la ville. Et ce, alors que la guerre gronde.

En 1643, la jacquerie des Croquants amène environ 10 000 paysans révoltés aux portes de Villefranche. Capturé par les troupes royales pour être un des deux chefs de file de la révolte des « croquants » en 1643, le chirurgien Jean Petit subit la roue. D’où la « danse » de ses membres frappés tour à tour évoquée dans la chanson. Sa maison est rasée. Depuis ce jour, aucun bâtiment n’a été édifié sur son emplacement.

Patrimoine monastique : Chartreuse Saint-Sauveur et abbaye de Loc-Dieu

Non loin du centre de Villefranche se trouve la chartreuse Saint-Sauveur dont une partie des bâtiments abritent toujours un hôpital en activité. Côté histoire, ce joyau de l’art gothique flamboyant recèle un des plus grands cloîtres de France (62 m de long, 44 de large). Durant 300 ans, cet ensemble religieux a abrité une communauté de vingt chartreux. La vie des membres de cet ordre catholique rigoureux se passait dans l’isolement, le silence et la prière.

Perdue dans une vallée boisée à quelques kilomètres de Villefranche-de-Rouergue, l’abbaye de Loc-Dieu s’élève au bord d’un étang comme une apparition de pierre et d’eau. L’abbaye devient rapidement un centre prospère. Quand la Seconde Guerre mondiale éclate et que Paris se vide, la Joconde quitte Paris discrètement et repose pendant plusieurs mois à l’abbaye de Loc-Dieu.

Architecture civile et maisons bourgeoises

En témoignent les magnifiques maisons à pans de bois bordant ses rues ou débordant sur les couverts comme la maison Dardenne. La maison Dardenne est une des plus belles de Villefranche-de-Rouergue. De style renaissance, elle déborde sur les couverts de la place Notre-Dame. Sa cour intérieure est particulièrement soignée. Sur le mur en face de l’entrée, des bustes représentent très probablement Jean-Imbert Dardenne et son épouse, Marguerite de Chalvet.

Une balade dans Villefranche peut s’apparenter à un jeu de piste conduisant de lieux remarquables en lieux remarquables grâce à des cartes numérotées. Ainsi, peut-on aller de la maison Gaubert édifiée à la fin du XVe siècle à la maison Combettes début XVIè dominée par une imposante tour Renaissance. Toutes valent qu’on s’y arrête pour admirer leur façade remplies de symboles comme ces grappes de raisin qui témoignent de la prospérité de la famille y vivant.

Villefranche aujourd’hui : tourisme, culture et gastronomie

Vue aérienne de la bastide de Villefranche-de-Rouergue dominée par sa collégiale. Forte aujourd’hui de 12 000 habitants, cette bastide est née en 1252 de la volonté d’Alphonse de Poitiers. Villefranche-de-Rouergue est devenue une étape gastronomique incontournable avec « L’Atelier de Damien ». Ce restaurant, au décor moderne et sobre a été créé par un jeune chef de 25 ans, Damien Espeillac.

Marcher dans les rues de Villefranche-de-Rouergue c’est parcourir l’histoire. De la Collégiale Notre-Dame, à la divine Chartreuse Saint-Sauveur, du château de Graves à la chapelle des Pénitents noirs, Villefranche additionne les trésors. Villefranche, ville des différences, aimante les visiteurs. Au fil de la journée, l’exploration mène des Pénitents noirs jusqu’à la chartreuse Saint-Sauveur, havre de silence et de pierre sculptée.

PREMIER COUP D’ŒIL À L’INTÉRIEUR DE NOTRE DAME (ce qu’ils ont accompli est vraiment époustouflant 👀)

Infos pratiques et conseils de visite

  • Monter dans les tours : une expérience à ne pas manquer consiste à monter dans les tours de la collégiale. 163 marches de pierre offrent une vue à 360 degrés.
  • Marchés : les marchés ont lieu place Notre-Dame ; le marché du jeudi reste un rendez-vous incontournable.
  • Itinéraires voisins : lors de ce séjour en Aveyron, pensez à visiter Najac, Villeneuve-d'Aveyron et l’abbaye de Loc-Dieu.

Repères chronologiques essentiels

Année / PériodeÉvénement
1252Fondation de la bastide par Alphonse de Poitiers
1260 - XVe s.Construction de la collégiale Notre-Dame
1321Construction du Pont des Consuls
1348-1349Grande Peste, construction de l'hôpital Saint-Martial
1369-1371Installation du siège du sénéchal à Villefranche et atelier monétaire
1452-1528Construction et installation des chartreux à la Chartreuse Saint-Sauveur
1643Révolte des Croquants et supplice de Jean Petit

Villefranche-de-Rouergue est une ville nouvelle qui a réussie à s'ancrer dans le temps, jusqu'à aujourd'hui. Elle rappelle combien une charte de franchise, en accordant libertés et avantages et en dessinant un plan urbain cohérent, peut produire un tissu urbain, économique et social durable.

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