Charte de franchise de Châtillon-sur-Seine histoire
Le cœur de Châtillon (le “vieux bourg“), que nous connaissons aujourd’hui, s’est constitué entre le XIIIe et le XVe siècles, autour d’activités rurales, mais il n’échappe pas aux conséquences de sa situation géographique, sur le rebord d’un plateau qui constitue un véritable balcon sur Paris. Elle verra y séjourner successivement le danseur et chorégraphe Claude Ballon (à l’initiative du bâtiment actuel, en 1705) et la comédienne Charlotte Desmares (grâce au banquier Hogguer). Dans le même temps, le bourg rural s’est ouvert à l’artisanat, grâce à l’eau et au sable qui facilitent les activités de faïencerie (la première remonte au XVIIIe) et de fonderie. Le calcaire et le gypse, qui constituent le sous-sol de la commune, sont à l’origine d’une importante activité d’extraction de la pierre à travers tout le XIXe siècle et jusqu’au début du XXe.
Au cours du XIXe, le village ne va pas cesser de croître, passant de 759 habitants en 1801 à 5 100 en 1919, et de se développer. La Guerre de 1870 puis la Commune frapperont durement Châtillon, comme les villes alentour: combats contre les Bavarois en septembre et octobre 1870, combats entre fédérés et troupes régulières en avril 1871. C’est après la Première guerre mondiale que l’agglomération urbaine se développe vers le nord et l’ouest, par morcellement des parcelles exploitées pour la culture ou les carrières. De cette même période date l’entrée de notre commune dans l’ère industrielle, avec l’installation de l’usine Brandt en 1925, qui deviendra Nord-Aviation puis Aérospatiale, enfin MBDA. Depuis le milieu des années 80, le “vieux bourg“ a été réhabilité, en préservant ses formes d’origine et en mettant en valeur tout ce qui pouvait l’être.
Les terrains à l’abandon ou à usage de dépôts ont été urbanisés, soit en quartiers d’habitations, soit en zone d’activités (qui faisaient cruellement défaut), avec le souci de respecter l’échelle humaine, de diversifier les types de logements et de faciliter l’accueil de nouvelles entreprises. Plusieurs parcs ont été créés, les équipements publics ont été multipliés et rénovés, notamment pour la petite enfance et les écoles, la ville a été fleurie et animée. La vie culturelle et sportive est particulièrement développée : elle est riche et diversifiée, créative et ouverte à tous, en y intégrant le rôle des associations. La solidarité s’y fait discrète mais efficace. Elle accueille des entreprises innovantes comme, parmi beaucoup d’autres, Orange Gardens, le site de l’innovation d’Orange.
Origines et charte de franchise du bourg
La constitution de l’agglomération de Châtillon-sur-Loire s’est vraisemblablement opérée à partir de deux initiatives : celle des moines de Fleury (actuellement Saint-Benoît-sur-Loire) qui structurèrent un premier habitat à Nancray autour d’un petit prieuré fondé vers le milieu du Xe siècle; celle d’Aymon-le-Fort, décrit comme « un homme de haute noblesse » qui rassembla quelques paysans et artisans autour d’un modeste ouvrage militaire en bois - un castellio - situé sur l’éminence naturelle où se trouve aujourd’hui l’église. Ce « mont » a sans doute servi à des implantations plus anciennes : lieu de culte dédié à Saint-Posen, poste de guet et de contrôle des passages en Loire, refuge pour les habitants de Nancray.
Devenus la puissance dominante après que le « sire » Aymon leur ait fait don de ses biens, les moines impulsent une intense activité économique fondée sur la viticulture. Débordant le cadre initial, les habitations dévalent les pentes du « mont » le long de l’actuelle rue Haute. Suivant le modèle de celle de Lorris, une charte de franchise clarifie, stabilise et limite les droits et devoirs du seigneur abbé de Saint-Benoît et ceux des habitants. Sa situation géographique confère aussi à la ville un intérêt stratégique qui lui vaut d’être dotée à la fin du XIIe siècle, selon Guillaume Le Breton, chroniqueur de Philippe Auguste, d’un château « fier de ses tours élevées, de ses murailles et de ses fossés » que le comte Etienne de Sancerre remplit « d’armes, de grains, d’hommes vaillants et de nombreux chevaliers » pour résister aux assauts de son neveu Philippe Auguste.
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Après les périodes difficiles du XIVe et du début du XVe siècle, le retour de la paix et de la sécurité permet le repeuplement, la reconstruction et une vigoureuse reprise économique. Dès les années 1480-1490, les campagnes retrouvent leur prospérité. On peut estimer que Châtillon atteint alors entre 1 200 et 1 500 habitants, ce qui la met au rang de petite ville. Le terrier de 1502 permet de reconstituer la société locale à l’aube du XVIe siècle. La communauté des habitants se dote d’une assemblée qui structure la vie quotidienne. C’est elle qui nomme le garde messier (garde champêtre), le berger communal et le maître d’école ; elle décide de la rotation des cultures, des dates de moisson et des vendanges ; elle gère l’usage des biens communaux.
Mais c’est la seigneurie qui encadre les activités économiques. Ainsi, le seigneur abbé de Saint-Benoît a le droit exclusif de vendre son vin avant ses tenanciers « du premier jour de mai et durant quarante jours entiers ». Propriétaires des « estaux de la boucherie », les moines contrôlent le marché de la viande ainsi que le pressoir banal, situé à l’emplacement de l’actuelle mairie, qui sert à presser le raisin des vignes leur appartenant et aussi celui prélevé par la dîme (une tinée sur dix tinées vendangées) sur les vignes des paysans.
Conflits religieux et devenir du village
Au milieu des années 1560, les protestants sont majoritaires à Châtillon-sur-Loire et disposent d’un temple édifié en 1596. Place forte, la ville est plusieurs fois assiégée, investie, pillée et saccagée tantôt par des hobereaux catholiques locaux, tantôt par les troupes envoyées par Catherine de Médicis pour contrôler la région. Elle est aussi le théâtre d’affrontements violents entre les partisans du duc de Guise et ceux d’Henri de Navarre. Au XVIIe siècle, les 280 familles protestantes composées à 70 % de vignerons et d’artisans en font la plus importante communauté huguenote du Giennois. Le 9 février 1684, un arrêt du Parlement de Paris interdit « pour jamais » l’exercice de la religion réformée à Châtillon-sur-Loire et le temple est détruit le 9 mars suivant, soit un an et huit mois avant la Révocation de l’édit de Nantes (15 octobre 1685).
Désormais traqués, les protestants châtillonnais sont contraints de fuir en Angleterre, en Suisse, en Allemagne ou en Hollande. Ceux qui restent doivent abjurer, mais certains continuent de pratiquer clandestinement leur culte dans des caves de la rue Haute, dans des carrières des Champtoux et dans le quartier du Marois. En dépit des persécutions dont ils sont l’objet, ils finissent par conquérir une place de premier plan dans la société locale et, à la fin du XVIIIe siècle, le subdélégué de Gien peut alors écrire à l’intendant de la Généralité d’Orléans qu’ils constituent « la portion la plus aisée de la paroisse : quelques-uns sont riches, distribuent des aumônes abondantes ; ils sont connus, visités, estimés de personnes les plus considérables du canton. Le curé vit et mange avec eux.
La victoire de la République, c’est aussi celle de la boutique et de l’échoppe. Les nombreux commerçants et artisans qui animent l’économie locale représentent l’idéal radical et appartiennent à ces « couches nouvelles » sur lesquelles comptait Gambetta pour fonder la République. Aux élections municipales de mai 1935, la gauche l’emporte et le socialiste Gaston Gateau devient maire. Après la victoire du Front populaire aux législatives de 1936, Pierre Dézarnaulds, conseiller général du canton de Châtillon-sur-Loire est nommé sous-secrétaire d’Etat à l’éducation physique. Mais Châtillon-sur-Loire s’inscrit déjà dans le déclin démographique qui frappe les bourgs ruraux: après avoir frôlé les 3 500 habitants en 1896, sa population entame une longue chute tout au long de la première moitié du XXe siècle : à la veille de la Seconde Guerre mondiale, elle ne compte plus que 2 500 habitants et l’étiage est atteint en 1962 avec 2 170 habitants, soit la population de…1821 !
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Au début des années 1960, Châtillon-sur-Loire compte encore un commerçant ou artisan pour 18 habitants et une boutique pour 30 habitants. L’alimentation arrive en tête avec ses neuf épiceries, six boulangeries, quatre boucheries, deux pâtisseries et une charcuterie. Neuf débits de boisson rappellent le passé viticole de la ville tandis que cinq hôtels-restaurants témoignent d’un certain dynamisme du tourisme né entre les deux guerres. A côté d’industries traditionnelles comme la faïencerie, les élus tentent de profiter de la croissance économique en attirant des activités nouvelles liées à l’explosion de la consommation comme les équipements automobile Laurent et Bloch. Mais, la ville est entrée dans une phase de mutations décisives.
Vue moderne et patrimoine
Elle change de visage : inadaptées à la croissance de la circulation automobile, les rues sont élargies par démolition des bâtiments anciens. La population non-agricole l’emporte désormais sur les agriculteurs. L’habitat pavillonnaire se dissémine autour du noyau ancien qui perd ses commerces tandis que les gîtes ruraux accueillent des citadins en quête de nature. De manière assez commune, notre première étape nous conduit à l’office de tourisme de la ville, qui déménagera bientôt à proximité de la gare. Une aubaine, car le bâtiment est d’une grande beauté. Il s’agit, en effet, d’un hôtel particulier daté du XVIe siècle qui abritait auparavant l’ancien musée du Pays chatillonnais, dont une des pièces majeures n’est autre que le vase de Vix ou, plus exactement, le cratère de Vix.
Le temps de rencontrer notre guide, Régis Gatteau, responsable de l’office, et en route pour une promenade chargée d’histoire. Une ville qui à l’origine en était deux. D’une part Chaumont, gérée par les ducs de Bourgogne et d’autre part le Bourg, géré par l’évêque de Langres. La réunion eut lieu au XVIIe siècle et les deux entités devinrent Châtillon-sur-Seine. Détruite à 60 % en 1940, la ville a subi de violents bombardements et a été reconstruite en partie sur des plans modernisés, tout en préservant ses parties historiques.
Lorsqu’on déambule dans la partie préservée, on peut admirer les nombreuses maisons en pierre du Châtillonnais, une pierre très calcaire qui habille notamment le hall de la pyramide du Louvre à Paris. On franchit le pont du Perthuis-aux-Loups qui enjambe un bras de la Seine pour se diriger vers l’église Saint-Vorles, datée du Xe siècle et d’inspiration romane, demeure l’une des plus anciennes de Bourgogne. Avant son entrée, on remarque la statue de saint Bernard de Clairvaux qui a fait ses études dans la cité Côte-d’Orienne. L’incendie du clocher au XVIe siècle lui a permis d’être rehaussée et d’avoir davantage de luminosité qu’une église romane traditionnelle.
Autre pièce majeure du musée et du trésor de Vix, un torque en or pesant 480 grammes et une statuette de Bacchus; le tout illustre les échanges culturels antiques de la région. Pour la petite histoire, elle avait été volée en 1973 dans l’ancien musée et a été retrouvée en 2022 par un détective privé néerlandais. Châtillon-sur-Seine est une des cent dix communes de Côte-d’Or et Haute-Marne, adhérentes du Parc national des forêts de Champagne et Bourgogne. Créé en 2019, il est le onzième parc national français et le premier dédié à la protection des forêts feuillues de plaines. Il préserve ainsi les massifs forestiers tel celui de Châtillon-sur-Seine, qui s’étend sur 9 000 hectares.
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