Pays Finançant le Programme Ariane 6 : Un Pilier de l'Autonomie Spatiale Européenne

Le 9 juillet 2024, lancé depuis le centre spatial de Kourou, le premier vol d'Ariane 6 a permis de concrétiser la réussite du programme européen de développement d’une nouvelle génération de lanceurs. Ariane 6 est un nouveau lanceur lourd européen de moyenne à forte puissance, successeur d'Ariane 5. Ce projet de l’Agence spatiale européenne (ESA) conforte l'Europe dans son statut de puissance spatiale de premier rang et lui permet de retrouver sa pleine autonomie d’accès à l’espace.

Après 10 ans de travaux, impliquant les États membres de l’Union européenne dont la France, le succès du lancement d’Ariane 6 est, par ailleurs, une garantie de crédibilité pour les offres commerciales européennes de satellite. L’Europe prouve également sa capacité à innover grâce au nouveau moteur réallumable Vinci qui offre une polyvalence de missions, institutionnelles et commerciales sur différentes orbites, plus importante pour Ariane 6 et ses clients.

Pour aboutir, le programme Ariane 6 a nécessité une coordination industrielle au niveau européen, regroupant près de 600 entreprises dans 13 pays. À l’initiative de la création de la filière Ariane dans les années 1970, la France a fortement soutenu le développement d’Ariane 6 et son modèle d’exploitation sur le long-terme.

En 2023, la DGE a contribué aux négociations sur le modèle économique des lanceurs Ariane 6 menées par la France, l’Allemagne et l’Italie. L’accord conclu, après six mois de négociations, sécurise les 56 premiers lancements d’Ariane 6 d’ici 2030. Un soutien de 340 millions d’euros par an et une réduction des coûts à hauteur de 11 % de la part des industriels sont aussi prévus.

Ariane 6 doit effectuer son premier vol en 2024, avec quatre ans de retard. Cet accord est « un grand soulagement », a confié M. Aschbacher lors d’une conférence de presse, tant les positions des principaux pays contributeurs étaient opposées.

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François Deneu, responsable du programme Ariane 6 chez ArianeGroup, met le doigt sur l’une des forces du nouveau lanceur européen : la coopération de plusieurs Etats pour un même but, celui de permettre à l’Europe de disposer d’un accès indépendant à l’espace. A quelques heures du vol inaugural de la très attendue nouvelle fusée européenne, prévu ce mardi soir, tout est prêt à Kourou, en Guyane. Car c’est bien du territoire français que décolleront la première Ariane 6 et toutes celles qui la suivront. Un beau symbole pour la France, pays le plus impliqué dans le projet Ariane 6, faisant de celle-ci une fusée aussi française qu’européenne.

Le vol inaugural de la fusée Ariane 6 est prévu mardi 9 juillet à Kourou en Guyane. Le nouveau lanceur lourd Ariane 6 est décliné en deux versions : l’Ariane 62 est équipée de deux boosters et l’Ariane 64 de quatre boosters. Ce premier vol censé durer un peu plus de 2 heures et 50 minutes "va permettre à l’ESA de s’assurer qu’Ariane 6 est bien opérationnelle, notamment que le moteur Vinci de l’étage supérieur est capable de se rallumer plusieurs fois" [La Dépêche].

Ariane 6

La mission permettra aussi d'envoyer "onze charges utiles" dans l'espace : des "petits satellites CubeSats qui font la taille d’une boîte à chaussures", des "microsatellites qui ne dépassent pas les 150 kg" ou encore "deux capsules spatiales", poursuit le quotidien régional. Au-delà de ces considérations techniques, "le lanceur doit permettre à l’Europe de disposer d’un accès indépendant à l’espace", souligne 20 Minutes. Pas question de passer à côté d’une économie spatiale florissante", ajoute Sud Ouest, celle-ci devant "représenter 822 milliards de dollars dans 10 ans, près de deux tiers de plus qu’aujourd’hui selon le cabinet Novaspace".

Depuis le dernier vol d’Ariane 5 il y a un an, les Européens ne peuvent plus mettre en orbite par eux-mêmes un satellite : depuis l’invasion de l’Ukraine, ils n’ont plus accès au lanceur moyen russe Soyouz, tiré pendant 10 ans depuis la Guyane, et la fusée Vega-C est clouée au sol depuis fin 2022 après un accident", détaille Sud Ouest. Quand SpaceX fragilisait Ariane, c’était la France qui semblait la plus touchée. Aujourd’hui, comme cela concerne toute la chaîne de valeur, c’est l’Europe entière qui est visée", estime Stéphane Israël, président exécutif d’Arianespace, repris par le journal du soir. Mais la concurrence du milliardaire américain reste rude et ne cesse d'imposer de nouveau défis à relever aux Européens. Le succès des deux premiers vols d’Ariane 6 marque le retour de l’Europe dans le spatial par la grande porte.

Fondé en 2016 par Airbus et Safran, ArianeGroup développe, produit, soutient et opère des lanceurs civils et militaires. Après un tir inaugural en juillet 2024, le premier vol commercial d’Ariane 6 en mars dernier a réalisé un sans-faute en plaçant en orbite le satellite d’observation militaire français CSO-3 avec une précision d’injection exceptionnelle.

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L’ESA, maître d’ouvrage, définit les exigences de haut niveau, a la responsabilité globale de l’architecture du système de lancement, regroupe le financement des États européens participant au programme, et supervise la répartition industrielle. ArianeGroup est le maître d’œuvre du développement, de la fabrication et de l’exploitation du système de lancement d’Ariane 6.

L’agence spatiale française (CNES) a développé la base de lancement et procède à l’application de la Loi française sur les opérations spatiales (LOS). Ces éléments sont ensuite assemblés dans les usines ArianeGroup de Brême, où est réalisé l’étage supérieur de la fusée, et des Mureaux, où est fabriqué l’étage principal. Les boosters à propulsion solide, produits à Kourou par des coentreprises ArianeGroup/Avio (Regulus et Europropulsion), constituent aussi le premier étage du petit lanceur VEGA-C.

Le développement d’un lanceur lourd pour asseoir la souveraineté européenne ne peut reposer uniquement sur le financement privé. Il faut une contribution de plusieurs États, en échange de quoi des contrats d’un montant équivalent à leur contribution sont proposés à leurs industriels. Pour la première fois, certains industriels, au premier rang desquels ArianeGroup, ont contribué au financement de technologies clés et d’infrastructure de production.

Par exemple, toutes les grandes structures métalliques sont fabriquées par MT Aerospace en Allemagne, les structures composites par Airbus en Espagne, les servo-gouvernes des étages par SABCA en Belgique et les structures bobinées carbone des propulseurs à propergols solides en Italie. Cette optimisation globale limite les duplications en s’appuyant sur les compétences issues de l’historique d’Ariane.

L’autorité de conception du lanceur (« design authority ») est désormais assurée par ArianeGroup, qui s’assure que les exigences de haut niveau sont correctement déclinées en exigences de conception, que le lanceur est qualifié pour l’ensemble de son domaine de mission et que l’aptitude au vol est assurée. Une part de cette autorité est déléguée aux participants clés qui développent, qualifient et industrialisent les parties dont ils sont responsables, en s’appuyant sur leurs compétences propres.

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Avec le nom de code VA263, s’est déroulé le premier vol commercial d’Ariane 6, lanceur lourd, qui a décollé de Kourou avec à son bord le satellite militaire CSO-3. Ariane 6, développée par l’Agence spatiale européenne (ESA) et opérée par Arianespace, a été conçue pour succéder à Ariane 5 et garantir un accès autonome à l’espace pour l’Europe.

Une coordination industrielle française La forte implication de la France se retrouve d’abord au niveau du porte-monnaie : elle a financé le programme Ariane 6 à 55,6 %, loin devant les 12 autres pays qui ont souhaité y contribuer (lire l’encadré). « La souscription à ce programme est faite sur la base du volontariat des Etats membres, qui peuvent compter sur la règle du retour géographique », pose Pier Domenico Resta, responsable de l’ingénierie du système de lancement de la nouvelle fusée à l’Agence spatiale européenne (ESA). Cette règle du retour géographique implique que l’ESA « investit dans chaque État membre, sous forme de contrats attribués à son industrie pour la réalisation d’activités spatiales, un montant équivalant à peu près à la contribution de ce pays », indique l’agence sur son site.

C’est donc à ArianeGroup, industriel français, qu’a été confiée la tâche de concevoir et fabriquer le lanceur. De nombreuses parties de la fusée sont construites en France, comme les boosters, fabriqués à Saint-Médard-en-Jalles (Gironde), ou l’étage principal, construit aux Mureaux (Yvelines), mais les industries des 12 autres pays européens financeurs ont participé à la construction du lanceur. « Par exemple, on fait les structures métalliques en Allemagne, les structures composites en Espagne, les vérins en Belgique, la coiffe en Suisse… On a rationalisé la production en prenant le meilleur de chaque pays et de chaque industriel pour construire en série les différentes pièces », développe François Deneu. ArianeGroup coordonne ainsi plus de 550 entreprises dans toute l’Europe.

Le lien étroit entre l’Hexagone et les lanceurs européens est historique : « La France a toujours été leader, en financement, sur les fusées Ariane, dès Ariane 1 décidée en 1973 », explique Olivier Bugnet, chef du programme Ariane 6 au Cnes (Centre national d’études spatiales). A l’origine, entre autres, « une volonté française forte, avec le général de Gaulle, d’avoir une certaine autonomie d’accès à l’espace, d’avoir les premiers satellites, les premières fusées sondes, les premières petites fusées, etc. Il y avait cette volonté politique et financière de la France de tirer l’ensemble des pays européens vers ça ». La France étant le financeur principal du programme Ariane, son industrie y a beaucoup participé, développant ainsi des compétences « dont certaines sont uniques en Europe ».

ARIANEGROUP - Le défi Ariane 6

La France a aussi joué un rôle important dans le projet Ariane 6 via le Cnes. Celui-ci est responsable du système sol et a été chargé de développer le pas de tir d’Ariane 6 à Kourou, une mission de taille tant les tâches sont variées : « Le système sol va d’un banc de contrôle, qui est un ordinateur qui va contrôler l’ensemble des systèmes automatiques ou semi-automatiques qui vont ouvrir les vannes, les capteurs de température, donner des ordres de réchauffage, de refroidissement ou d’aération, au système de tuyauterie qui permet d’alimenter la fusée pour la remplir en ergols cryotechniques, en passant par le dispositif de transport et de verticalisation du lanceur et le développement des bras cryotechniques, qui alimentent l’étage supérieur en ergols », décrit Olivier Bugnet.

L’agence spatiale française assiste aussi l’ESA dans la maîtrise d’ouvrage, « soit à travers des équipes intégrées, soit en support technique, c’est-à-dire en soutien sur des sujets techniques en réalisant des études ou des vérifications », poursuit l’ingénieur. Le Cnes est également responsable de la sécurité des biens, des personnes et de l’environnement, dans le cadre de la loi sur les opérations spatiales : « On vérifie que tout se passe dans le respect des règles et en limitant les impacts sur l’environnement, les risques pour les populations, pour le pas de tir et pour les terres qui seront survolées par la fusée. »

Bien que développé par la France, « le pas de tir est un projet pour lequel on a fait appel, à la demande de l’ESA, à des entreprises allemandes, espagnoles, italiennes, suisses. Même ce projet-là, qui paraît très français vu de loin, est aussi européen », nuance Olivier Bugnet.

Au total, ce sont plusieurs milliers de personnes qui ont travaillé sur le lanceur. « A l’ESA, on n’est pas nombreux, c’est surtout dans l’industrie qu’il y a beaucoup de monde au travail », précise Pier Domenico Resta. Ce que confirme François Deneu : « Chez ArianeGroup et ses partenaires, en ordre de grandeur, on est sur des milliers d’ingénieurs, avec quelques centaines au début du projet et quelques centaines à la fin. C’est une sacrée machine à faire tourner. » Côté Cnes, Olivier Bugnet évoque « un petit 150 personnes impliquées, mais pas toutes à temps plein. En équivalent temps plein, on est plutôt sur une cinquantaine de personnes aux moments les plus forts ».

Pour faire coopérer tout ce petit monde, le processus est bien huilé. « On se coordonne avec ArianeGroup pour le segment vol et le Cnes pour le segment sol, car chacun a sa chaîne d’approvisionnement avec ses sous-traitants à plusieurs niveaux, détaille Pier Domenico Resta. On fait l’intégration de ce qu’ils produisent, pour ensuite valider ces systèmes. » Pour cela, « on fait de la co-ingénieurie, des analyses communes pour vérifier que tout va bien se passer quand on va envoyer, par exemple, un ordre électrique du sol vers le bord, explicite Olivier Bugnet. Au niveau du management du projet, on a des routines. Les chefs de projet se réunissent toutes les semaines aux Mureaux et travaillent ensemble pour résoudre les difficultés ».

Si François Deneu concède que « ce n’est pas facile tous les jours, car ça fait des dizaines, voire plus, de contrats, de relations de partenariat, de relations entre industriels », la bonne volonté de tous les acteurs rend le processus plus gérable : « Ensemble, nous développons le lanceur de souveraineté européenne, c’est quelque chose qui réunit tous les partenaires, pas seulement les agences spatiales. » Même impression chez Olivier Bugnet : « Ces trois entités [l’ESA, ArianeGroup et le Cnes] avaient envie qu’Ariane 6 réussisse globalement, et pas seulement leur contrat spécifique. Elles ont toutes intérêt à ce que ce lanceur soit une belle réussite, pour des années et des dizaines d’années. »

Avant d’en arriver là, il reste tout de même une étape cruciale pour Ariane 6 : celle du premier vol, que tout le monde attend avec impatience. « Quand on arrive à ce point-là, on n’a qu’une seule envie, c’est de la faire voler, trépigne Pier Domenico Resta. C’est très beau à regarder sur le pas de tir, surtout le soir, avec les lumières, mais la voir s’élancer, c’est autre chose. » « La fusée est magnifique », confirme François Deneu, chez qui l’excitation monte : « Depuis qu’elle est sur le pas de tir, c’est devenu extrêmement concret. C’est vraiment un moment très intense. » Au Cnes, malgré « les risques d’un premier lancement », Olivier Bugnet se dit « serein » : « On a fait tout ce qu’il fallait, tout se passe bien, donc je suis confiant. » Confiant et, lui aussi, impatient : « Déjà, quand on voyait une fusée Ariane 5 décoller, on avait le cœur qui battait fort, même après une centaine de lancements.

Tableau des Contributions Financières au Programme Ariane 6

Pays Contribution (estimée) Rôle Principal
France 55.6% Financement majeur, développement du système sol, sécurité
Allemagne Important contributeur Structures métalliques
Italie Contributeur Structures bobinées carbone
Espagne Contributeur Structures composites
Belgique Contributeur Servo-gouvernes des étages
Suisse Contributeur Coiffe
Autres pays européens Variable Divers composants et expertises

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