Comment facturer une prestation de service en tant qu'auto-entrepreneur ?

Lorsque vous lancez votre activité de micro-entrepreneur, l’une des étapes les plus importantes est la fixation de vos tarifs. Vous devez déterminer des prix justes et cohérents par rapport à votre offre, vos clients, mais aussi vos charges. Pour vous guider dans cette démarche, nous vous présentons les différents critères à prendre en compte ainsi que les méthodes les plus efficaces pour établir vos prix de vente. Il est important de déterminer vos tarifs de manière cohérente, en prenant en compte plusieurs paramètres : votre stratégie marketing et votre positionnement, le prix psychologique que vos clients sont prêts à payer, les prix pratiqués par vos concurrents, vos charges, et bien sûr la marge et la rémunération que vous souhaitez tirer de votre activité.

Pour vous aider à fixer vos prix en tant qu’auto-entrepreneur, nous allons vous expliquer tous les éléments à prendre en compte pour déterminer vos tarifs ainsi que les différentes méthodes à utiliser pour calculer vos prix de ventes.

Calculer ses tarifs en freelance et son taux horaire, comment faire ?

Les seuils de chiffre d'affaires à ne pas dépasser

Lors de la création de votre entreprise, et en l'absence d'option pour un régime réel d'imposition, vous bénéficiez de plein droit du régime du micro-entrepreneur (anciennement appelé auto-entrepreneur) au titre de l'année de la création.

Les années suivantes, pour bénéficier de ce régime au titre d'une année N, votre chiffre d'affaires hors taxes (HT) N-1 ou N-2, ajusté s'il y a lieu au prorata du temps d'exploitation, ne doit pas avoir dépassé un certain seuil. Pour les revenus perçus en 2025, le seuil est de :

  • 188 700 € pour les activités de vente de marchandises, objets, fournitures et denrées à emporter ou consommer sur place et de fourniture de logement, à l'exception de toutes les locations meublées ;
  • 15 000 € pour les locations de meublé de tourisme non classé ;
  • 77 700 € pour toutes les autres prestations de services.

Si vous exercez une activité mixte (ventes et prestations de service), votre chiffre d'affaires global annuel N-1 ou N-2 ne doit pas avoir dépassé 188 700 €. De plus, la partie relative aux activités de service ne doit pas avoir dépassé 77 700 €, et celle relative aux activités de locations de meublé de tourisme non classé ne doit pas avoir dépassé 15 000€.

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Ainsi, si vous dépassez les seuils de chiffre d'affaires du régime de la micro-entreprise pendant 2 années consécutives, vous relevez de plein droit d’u régime réel d’imposition. Ce changement de régime s’appliquera au 1er janvier de l'année suivante.

Exemple

Vous créez votre entreprise commerciale le 8 mai 2024 et réalisez un chiffre d'affaires supérieur à 188 700 € la première année. Si vous dépassez également ce seuil en 2025, alors vous sortirez du régime de la micro-entreprise et vous serez soumis au régime réel d'imposition à partir du 1er janvier 2026.

En revanche, si vous êtes en dessous du seuil en 2025, même si vous avez dépassé le seuil en 2024, vous continuerez de bénéficier du régime de la micro-entreprise en 2026.

Les seuils de chiffre d'affaires ou de recettes à ne pas dépasser sont désormais déconnectés de ceux de la franchise en base de TVA. Pour rappel, le micro-entrepreneur ne facture pas de TVA jusqu’à certains niveaux de chiffre d’affaires hors taxes, soit pour 2025 :

  • au 1er janvier N si votre chiffre d'affaire de l’année N-1 a excédé la limite de 85 000 € (sans dépasser le seuil majoré de 93 500 €) pour les activités de vente de biens corporels, de ventes à consommer sur place, ou de fournitures de prestations d’hébergement ou 37 500 € (sans dépasser le seuil majoré de 41 250 €) pour les autres activités de prestations de services,
  • dès le 1er jour du dépassement si au cours de l'année civile, votre chiffre d'affaires excède le seuil majoré de 93 500 € pour les activités de vente et de 41 250 € pour les activités de services.

NB : la loi de finances pour 2025 a introduit un seuil unique de franchise en base de TVA fixé à 25 000 € de chiffre d’affaires à partir du 1er mars 2025. Le ministère de l'Économie a suspendu cette mesure jusqu'au 1er juin 2025 pour travailler avec les fédérations professionnelles et les parlementaires et proposer des adaptations.

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Les effets du dépassement

Le dépassement des seuils conditionnant le bénéfice de la franchise en base de TVA n’implique donc pas nécessairement la remise en cause du statut de micro-entrepreneur.

En cas de dépassement des seuils de 188 700 € (ventes de marchandises) ou 15 000 € (location de meublé de tourisme non classé) ou 77 700 € (autres prestations de services), deux situations sont possibles :

Situations N-1 N N+1
Cas 1 : Dépassement des seuils sur une seule année CA < 188 700 € ou 77 700 € ou 15 000 € CA > 188 700 € ou 77 700 € ou 15 000 € (Dépassement) Conservation du régime fiscal du micro-entrepreneur CA < 188 700 € ou 77 700 € ou 15 000 €
Cas 2 : Dépassement des seuils sur deux années consécutives CA > 188 700 € ou 77 700 € ou 15 000 € (Dépassement) CA > 188 700 € ou 77 700 € ou 15 000 € (Dépassement) Conservation du régime fiscal du micro-entrepreneur Perte du régime fiscal du micro-entrepreneur au 01/01/N+1

Conséquences de la perte du régime micro-entrepreneur :

  • Sur le plan juridique : le dépassement des seuils de chiffre d’affaires conditionnant le bénéfice du statut de micro-entrepreneur est sans incidence sur le statut juridique choisi initialement pour votre activité. Toutefois, il est possible d’opter pour une structure juridique différente .
  • Sur le plan fiscal : vous passez du régime de micro-entrepreneur au régime réel d'imposition pour les bénéfices industriels et commerciaux (BIC), ou au régime de la déclaration contrôlée pour les bénéfices non commerciaux (BNC).
  • Sur le plan social : vous ne pourrez plus payer vos cotisations mensuellement ou trimestriellement sur la base du chiffre d'affaires que vous aurez réalisé. Pour plus d’informations, nous vous invitons à vous rapprocher de votre organisme social (URSSAF, MSA, etc.)
  • D’un point de vue comptable : en tant que micro-entrepreneur, vous avez pu bénéficier d'une comptabilité ultra simplifiée. En sortant du régime de la micro-entreprise, vous ne pouvez plus en bénéficier.

Les éléments à prendre en compte pour fixer son tarif en micro-entreprise

Vous êtes micro-entrepreneur et vous avez du mal à calculer vos tarifs ? C’est LA question que tous les indépendants se posent… Que vous soyez artisan, commerçant ou en profession libérale, ce sont vos prix qui vont déterminer votre chiffre d’affaires, la rentabilité de votre micro-entreprise et votre niveau de vie ! Alors, quels sont les éléments à prendre en compte pour fixer ses tarifs quand on est micro-entrepreneur ? Comment calculer le prix d’un service ? Comment déterminer le tarif d’un produit ?

Voici les principaux éléments à considérer :

  1. La rémunération nette souhaitée
  2. Les charges professionnelles
  3. Les périodes creuses et les congés
  4. Le positionnement par rapport au marché

Voyons ces éléments plus en détail.

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La rémunération nette souhaitée

Il s’agit tout simplement du « salaire » que vous souhaitez vous verser à la fin du mois ! C’est à vous d’en déterminer le montant, selon vos besoins. 👉 La seule chose à garder en tête ? Le budget courses et/ou cantine des enfants

Libre à vous d’augmenter cette somme, ou de la diminuer, si vous avez besoin de vous constituer plus de trésorerie, par exemple. Lorsque votre activité se développera, et que vous aurez des clients réguliers, fixez un objectif de rémunération nette plus élevé. Les loisirs et les vacances ne font pas partie des « dépenses obligatoires » mais sont indispensables à votre équilibre vie pro - vie perso !

Les charges professionnelles

Votre chiffre d’affaires doit couvrir, a minima, l’ensemble de vos charges professionnelles. Vous devez donc calculer vos tarifs de micro-entrepreneur en prenant en compte cette donnée. Loyer (local ou co-working)

Soyez exhaustif car vous devez absolument répercuter ces charges sur vos tarifs !

Les périodes creuses et les congés

⚠️ Spoiler alert ! Les jours où vous serez malade : même si vous pouvez bénéficier d’indemnités journalières (en fonction de votre profession), vous pouvez le prendre en compte pour calculer vos tarifs.

Pour pallier ces baisses de revenus, nous vous conseillons d’appliquer une majoration entre 10 et 15% sur vos tarifs. Vous pourrez ainsi vous constituer un « matelas de sécurité » et piocher dedans en cas de période creuse.

Pensez également à inclure dans vos tarifs de micro-entrepreneur, le temps « non-facturable ». Ça correspond au temps passé pour la gestion du projet client et le temps réservé à la prospection, la comptabilité et l’administratif de votre micro-entreprise.

Le positionnement par rapport au marché

Cette notion peut vous paraître assez subjective si vous venez de démarrer votre activité. Pourtant, le positionnement est l’un des éléments les plus importants. En quelque sorte, il détermine la manière dont vous souhaitez être perçu par vos clients. Les bénéfices apportés par vos produits👉 Par exemple, si vous avez développé une compétence rare ou que vous proposez un service client de haut niveau, cela aura forcément un impact sur vos tarifs. Vous devez donc en tenir compte !

C’est la fameuse étude de marché ! Concrètement, il vous suffit de lister vos concurrents directs (ceux qui proposent la même offre à la même cible), détailler leur offre et le niveau du service client. Bien sûr, il faudra également relever les prix pratiqués par ces acteurs. En fonction de votre positionnement, vous aurez le choix entre :

  • « Attaquer le marché » en proposant des tarifs bien plus faibles (c’est la stratégie des fameux « hard discounter ») : attention tout de même à ne pas vous brader sous prétexte que vous débutez. Les petits prix peuvent également faire fuir certains clients qui associent un faible tarif à une mauvaise qualité.
  • Vous aligner sur les prix de vos concurrents : il faudra alors travailler vos éléments de différenciation pour sortir du lot.
  • Augmenter vos tarifs : vous êtes sur un positionnement haut-de-gamme. Dans ce cas, la qualité de vos produits ou services doit être à la hauteur des attentes induites par le prix !

Comment fixer le prix d’un service en micro-entreprise ?

Il existe deux grandes méthodes pour calculer le prix d’une prestation de service : le taux horaire et le tarif journalier. Les deux sont utilisées par des artisans et des professionnels en activité libérale (prestataire de services).

Le taux horaire pour calculer le prix d’un service

Il représente le montant payé par votre client pour une heure de travail réalisé. Divisez le montant obtenu par le nombre d’heures travaillées dans le mois

Le taux journalier pour fixer le tarif d’un service

Cela correspond au montant encaissé pour une journée de travail. Cette méthode est généralement utilisée dans le cadre de missions longues. Là encore, prenez en compte les tâches annexes : vous ne facturez donc pas 20 jours par mois. Comme base, on estime généralement que le temps réellement facturé par un entrepreneur est estimé entre 12 et 15 jours. Ce sont les mêmes critère, cités ci-dessus, que vous devez prendre en compte pour calculer votre taux journalier.

Exemple de calcul de prix pour une prestation de service

Prenons un exemple pour mieux comprendre les notions de taux horaire et taux journalier. Mathieu est webdesigner et il souhaite se verser une rémunération de 2000€/mois. Au total, ses charges professionnelles s’élèvent à 650€/mois (cotisations et impôts, logiciels, assurance, co-working, etc.). Il n’est pas redevable de la TVA.

Il travaille 5j/7 et 7 heures par jour, soit 140 heures par mois. En réalité, il s’agit du temps travaillé et non facturé. En comptant le temps passé à la réalisation des devis et factures, la prospection ou encore la comptabilité, on estime que cela représente 30% de son temps. Au final, il facture réellement 98 heures par mois à ses clients.

Pour déterminer son taux horaire, le calcul est le suivant : (rémunération souhaitée + charges mensuelles) / nombre d’heures facturées dans le mois.

Cela donne : (2000€ + 650€) / 98 = 27€, que l’on peut arrondir à 30€ de l’heure. Si on estime qu’il facture 14 jours par mois, son taux journalier sera alors d’environ 190€.

Ces chiffres restent des indicateurs et doivent être ajustés en fonction de votre expérience, de l’urgence éventuelle de la mission et tout simplement de votre positionnement ! Nous vous conseillons vivement de faire évoluer vos tarifs tout au long de votre activité de micro-entrepreneur.

Comment fixer le prix d’un produit en micro-entreprise ?

Calcul du prix de revient unitaire pour un produitCette méthode vous concerne si vous êtes artisan et/ou commerçant. Ou si vous achetez puis revendez des produits (commerçant, également appelé revendeur).

Fixer le prix d’un produit en micro-entreprise

Voici les étapes pour bien fixer vos tarifs :

  1. Fixez votre rémunération souhaitée (oui, on part toujours de la même base !)
  2. Listez toutes vos charges directes : il s’agit des frais d’achat (matières premières ou produit fini), des frais d’approvisionnement (transport, douane) et des coûts de transformation (coût de la main d’œuvre et de l’énergie, si vous êtes artisan).
  3. Listez vos charges indirectes : cela concerne les frais de distribution (coûts d’expédition et d’emballage), des frais de communication et administratifs. N’oubliez pas également vos frais généraux, comme le loyer, les assurances et vos diverses taxes.
  4. Divisez ce montant par le nombre de produits que vous espérez vendre : vous obtiendrez alors le prix de revient unitaire. C’est le prix minimum auquel vous devez vendre votre article pour qu’il couvre toutes vos charges professionnelles (hors TVA).
  5. Appliquez votre marge commerciale : la plupart du temps, elle est comprise entre 20 et 60% du prix de revient unitaire. C’est ce montant qui déterminera ce que vous allez gagner sur votre produit, une fois que vous aurez déduit toutes les charges, hors TVA si vous en êtes redevable.
  6. Ajoutez également votre « matelas de sécurité » : entre 10 et 15%. Sachez que cette étape n’est pas obligatoire, c’est à vous de voir !
  7. Pensez à ajouter la TVA, uniquement si vous dépassez le seuil de franchise de base : en fonction de votre secteur d’activité, ce pourcentage de TVA est de 5,5% ou 20%.

Exemple de calcul du prix d’un produit en micro-entreprise

Maud est pâtissière et réalise de jolis cupcakes pour ses clients. Périodes creuses : 32.5€ + 10% = 35.75€👉 Elle n’applique pas de TVA puisqu’elle n’a pas dépassé le seuil et n’est donc pas redevable. Selon les calculs, elle doit vendre chaque cupcake 35.75€.

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