Comment créer une entreprise de compostage : étapes, formalités et rentabilité

Le compostage en entreprise est la valorisation sur site des biodéchets produits par l'activité professionnelle : restes de repas de la cantine, épluchures, marc de café, sachets de thé, serviettes papier, déchets verts d'entretien. C’est donc l’occasion parfaite pour sensibiliser vos collaborateurs à la valorisation des déchets organiques !

Pourquoi créer une entreprise de compostage ?

Le compostage a en effet des bénéfices majeurs : c’est une solution écologique pour gérer les déchets et lutter contre la pollution. Le compost nourrit les sols en leur apportant des nutriments essentiels, favorisant ainsi une agriculture durable. L'obligation de composter renforce la prise de conscience collective autour des déchets et de leur traitement.

En France, les entreprises produisent chaque année plus de 10 millions de tonnes de biodéchets. Depuis le 1er janvier 2024, la loi AGEC impose à tous les producteurs de biodéchets, sans seuil minimum, de les trier à la source et de les valoriser. Les sanctions sont réelles : jusqu'à 75 000 euros d'amende. Pourtant, la majorité des entreprises n'ont toujours aucune solution de compostage professionnel en place.

Étapes clés pour lancer votre entreprise de compostage

1. Analyse des matières résiduelles (diagnostic)

Avant même de penser aux bacs ou aux collectes, vous avez besoin d'un aperçu rapide de vos déchets actuels. Cette analyse vous montre ce que vous jetez et, plus important encore, ce que vous pourriez composter. C'est plus facile qu'il n'y paraît, et c'est l'étape la plus importante pour un programme réussi.

  • Collecte : Rassemblez vos déchets d'une journée typique (ou d'une semaine, pour un portrait plus complet).
  • Tri : Séparez les déchets en catégories de base : restes de table (pré-consommation et post-consommation), papier, carton, plastiques, verre et « autres ».
  • Pesée : Obtenez une estimation approximative du poids de chaque catégorie pour comprendre le volume de vos déchets.
  • Analyse : Prenez des notes pour dimensionner votre programme et identifier les problèmes de contamination.

2. Choisir la méthode de compostage

Lorsque vous compostez dans votre entreprise, vous avez des options, et la meilleure dépend de vos besoins spécifiques. Tenez compte de ce qui suit, et n'oubliez pas qu'une combinaison de méthodes pourrait être la meilleure solution :

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  • Compostage sur place : Idéal si vous avez de l'espace et une bonne quantité de déchets organiques (restaurants, hôtels, écoles). Pour les opérations à plus grand volume, envisagez les digesteurs de déchets alimentaires.
  • Programmes municipaux : Ces programmes sont un excellent point de départ, en particulier pour les petites entreprises et les bureaux.
  • Services de compostage privés : C'est l'option la plus simple pour les entreprises de toutes tailles. Nous nous occupons de tout - la collecte, le traitement et l'assurance que vous respectez toutes les règles.
  • Approche hybride : Combinez plusieurs solutions pour la plus grande flexibilité.

3. Équipement et formation

C'est là que votre plan prend vie. Il s'agit de rendre le compostage très facile pour tout le monde, du personnel de cuisine aux employés de bureau.

  • Équiper votre espace : Procurez-vous des bacs clairement identifiés, spécifiquement pour le compost. Les sacs compostables rendent les choses plus propres et plus simples.
  • Formation du personnel : Sensibilisez vos équipes à l'importance du tri des déchets et à la pratique du compostage. Des formations de rappel régulières peuvent aider à maintenir des niveaux élevés de conformité.
  • Désigner un responsable du compost si vous installez votre propre composteur : Il est essentiel de nommer une personne dédiée à la coordination et à la supervision.

4. Lancer, surveiller et améliorer

N'essayez pas de tout faire en même temps. Commencez par un petit programme pilote pour tester les choses et faire des ajustements. Gardez une trace de la quantité que vous compostez au lieu de l'enfouir - c'est votre taux de valorisation. Recueillez les commentaires de votre équipe et soyez prêt à modifier les choses en fonction de ce que vous apprenez.

5. Communiquer et valoriser les résultats

Le compostage est une chose dont on peut être fier ! Faites part de votre engagement envers la durabilité à vos clients, à vos employés et à la communauté. Mettez des informations sur votre programme de compostage sur votre site Web, vos médias sociaux et dans votre magasin. Suivez vos résultats (par exemple, « Nous avons évité que X tonnes de déchets alimentaires ne soient enfouies ! »).

Fabrication de compost, à l'échelle locale !

Aspects réglementaires et formalités

Comme l’explique le site du ministère de la Transition écologique, la généralisation du tri à la source est prévue d’ici le 1er janvier 2024 pour tous les producteurs de déchets en France, conformément à la loi du 10 février 2020 relative à la lutte contre le gaspillage et à l'économie circulaire. Objectif : éviter que ces flux de déchets soient voués à l’élimination et qu’ils soient au contraire revalorisés.

La non-conformité expose l'entreprise à des sanctions : jusqu'à 75 000 euros d'amende (article L541-46 du Code de l'environnement). A contrario, le compostage sur site permet d'éliminer ou de diminuer les coûts de collecte externalisée, qui s'élèvent entre 200 et 1 500 €/mois selon le volume et la fréquence.

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Investissement, infrastructure et matériels : retours d'expérience

La plate-forme de compostage de Pierre Raguin, Jean-Pierre (son père) et Christophe (son oncle), agriculteurs à Loches, a été ouverte en juin 2018. C’est le fruit d’une réflexion de longue haleine. En 2015, l’installation de Pierre a permis aux associés de concrétiser l'idée qu'ils avaient en tête. S’enchaînent alors les rencontres d’agriculteurs composteurs de déchets verts, les recherches d’informations sur internet et auprès de l’association Agriculteurs composteurs de France sur la technique, l’organisation à prévoir, la réglementation, les investissements, la rentabilité, les études avec le centre de gestion…

Avec ce volume, la plate-forme doit respecter la réglementation relative aux installations classées pour l’environnement (ICPE) et un dossier de déclaration est envoyé à la préfecture. Les associés ont investi 410 000 euros dans ce projet : 190 000 € pour le terrassement, le bitume, le goudron pour faire une plate-forme de 5 000 m² répondant « aux mêmes exigences qu’une autoroute », une bassine de 1 000 m3 et la fosse de récupération des eaux de ruissellement. Le pont-bascule équipé électroniquement a coûté 30 000 €, la clôture 7 000 € et le bungalow qui sert de bureau 5 000 €.

Outre les infrastructures, les agriculteurs ont aussi investi dans du matériel : un télescopique neuf car « il sert tout le temps » (80 000 €), une tonne à lisier d’occasion convertie en tonne à eau pour arroser le compost (8 000 €), et un outil d’occasion (90 000 €). « Nous avons hésité à faire réaliser le broyage, mais nous avons eu l’opportunité d’acheter un outil d’occasion d’une capacité de 10 000 t », expliquent les associés, qui pensent déjà augmenter le volume traité.

Processus technique et capacité de production

Ils broyent tous les déchets verts dont les branches font moins de 15 cm de diamètre « grâce à un rotor qui explose le bois ». Les bactéries aérobies, qui digèrent le carbone en dégageant de la chaleur, ont besoin d’air et d’eau pour vivre. Selon la pluie et l’évolution du processus, l’andain est arrosé toutes les trois semaines (500 000 l d’eau par lot).

Après le déchiquetage, la température du tas passe à environ 80 °C en trois jours et conserve ce niveau pendant deux mois. Puis elle diminue à 60 °C, et à 40 °C au bout de deux mois supplémentaires. C’est ce qu’on appelle la maturation. Le compost est alors stable. L’opération de criblage permet, par la suite, de trier la lignine. « En quatre mois, une tonne de déchets verts se transforme en 500 à 600 kg de compost, explique Pierre. Avec un volume de 4 500 à 5 000 t/an, nous prévoyons de produire 2 500 t de compost.

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Organisation opérationnelle et modèle économique

La Coved collecte les déchets verts auprès d’une dizaine de déchetteries intercommunales et les dépose sur la plate-forme. D’autres communes, un établissement et service d’aide par le travail (Esat) et une dizaine de paysagistes viennent également déposer les leurs en payant 40 €/t. Ils peuvent repartir gratuitement avec l’équivalent en poids de compost. S’ils en veulent davantage, ils le payent au même prix que nos clients agriculteurs, entre 7 et 11 €/t selon la saison.

Concrètement, le paysagiste ou le livreur de la Coved scanne son badge (il le reçoit lors de sa première visite) à l’entrée du site, ce qui actionne l’ouverture du portail. Il passe sur le pont-bascule pour peser son chargement, fait le tour du site pour déposer ses déchets, repasse sur le pont-bascule, puis scanne à nouveau son badge. La différence de poids est ainsi enregistrée automatiquement sur son compte.

« La plate-forme fonctionne en autonomie. Les collecteurs peuvent venir 24 heures sur 24, explique Pierre. Notre salarié, Raphaël, embauché à l’ouverture du site, vérifie chaque jour la qualité et la propreté des déchets déposés, et contrôle les livraisons (poids, livreur) sur l’ordinateur. Les déchets verts restent environ un mois en tas avant d’être traités. « Le broyeur avance tout seul. Le nouvel andain reçoit les eaux de ruissellement pour démarrer la fermentation. »

Rentabilité et débouchés commerciaux

Investir dans un composteur grutable offre une rentabilité attrayante : non seulement les dépenses liées à l’élimination des déchets diminuent mais ce procédé engendre aussi du profit via la commercialisation du compost fabriqué. Investir dans un composteur grutable est synonyme d’un soutien actif pour l’économie locale.

Avec un volume de 4 500 à 5 000 t/an, la plate-forme Sud Touraine Compost prévoit de produire 2 500 t de compost. Environ 1 200 t/an sont destinées aux 500 ha de leurs deux exploitations, à raison de 8 à 15 t/ha épandues tous les trois ans pour les enrichir en humus et réduire petit à petit les engrais de fond. Ils sont leurs premiers clients.

La vente aux paysagistes, collectivités, jardiniers et agriculteurs permet de dégager des recettes. Par ailleurs, la transformation de ce "déchet" en "produit normé" permet aux clients d’épandre sans contrainte ni plan d’épandage, facilitant la commercialisation.

Alternatives et innovations : arboricompostage et lombricompostage

L'arboricompostage Phytopolis transforme l'obligation biodéchets en opportunité : conformité réglementaire, végétalisation de parking, bien-être des salariés, économies, image de marque. L'arboricomposteur Phytopolis est un mobilier végétalisé en bois douglas français certifié PEFC, conçu et fabriqué à la main.

Le composteur grutable émerge comme une solution innovante pour la gestion des biodéchets au sein des collectivités. Ce système, pensé pour être aisément manipulable par un engin de levage, présente un atout considérable en matière de mobilité et d’efficience dans le traitement des résidus organiques. Sa capacité à gérer jusqu’à plusieurs tonnes de déchets quotidiennement en fait un investissement judicieux sur la durée.

Le lombricompostage utilise l'absorption des matières organiques par les lombrics. Il produit un compost appelé lombricompost à partir de leurs déjections. Aujourd’hui, la science du lombricompostage s’est beaucoup développée et il existe des lombricomposteurs esthétiques qui nécessitent un minimum d’entretien.

Financement, business plan et structure juridique

La création d'une entreprise de compostage nécessite un prévisionnel financier et un business plan solide. La recherche de financement intégrera le prévisionnel dans votre plan d’affaires qui servira de document de référence pour présenter votre projet à vos partenaires financiers.

Les entreprises ont accès à deux grandes familles de financements : les fonds propres et la dette. Les fonds propres comprennent le capital social, les comptes courants d'associés et les bénéfices non-distribués. La dette implique un remboursement et des intérêts, avec parfois des garanties sur des actifs.

La forme juridique d'une entreprise fait référence à la structure légale sous laquelle elle opère. En France, vous pouvez trouver plus d'informations sur les structures juridiques disponibles sur le site des Chambres d'Agriculture.

Communication, formation et animation

Pour intégrer le compostage dans la vie de l’entreprise, il est important de bien se former et de trouver une solution de compostage adaptée. Pas de panique si votre entreprise n’a pas de jardin : il existe plusieurs options pour composter ses déchets organiques, même sans petit coin de verdure !

  • Ateliers et team building : sensibilisez vos collaborateurs par le divertissement en leur proposant un team building sur le compostage (atelier-conférence, permaculture, visites).
  • Animation continue : packs d'entretien et ateliers pour les salariés permettent d'assurer la qualité du tri et l’appropriation du dispositif.
  • Valorisation RSE : communiquez sur vos actions pour améliorer l'image de marque et motiver les salariés.

Exemples de réussite et leviers de financement

Le projet DS Smith à Châteaubernard illustre que le compostage peut s'intégrer dans un projet paysager et social : budget total de 100 000 € HT pour un aménagement complet cofinancé à plus de 50 %, comprenant mobilier, végétaux, irrigation et installation. La contribution nette de l'entreprise a été d'environ 50 000 € pour un aménagement paysager complet de 90 m².

Le financement est souvent le premier frein perçu. C'est aussi le levier le plus sous-exploité. Phytopolis monte les dossiers de financement de A à Z : identification des dispositifs, constitution des dossiers, suivi des demandes. Avec les subventions cumulées, la contribution nette de l'entreprise est typiquement de 20 à 50 % du budget total.

Checklist pratique pour démarrer

  1. Réaliser une analyse des matières résiduelles.
  2. Choisir la méthode de compostage adaptée (site, service, hybride).
  3. Établir un business plan et un prévisionnel financier.
  4. Choisir la structure juridique et finaliser les formalités administratives.
  5. Rechercher les financements (fonds propres, dette, subventions).
  6. Acquérir l’équipement nécessaire (bacs, broyeurs, composteur grutable, lombricomposteurs).
  7. Mettre en place la communication interne et les formations.
  8. Lancer un pilote, surveiller, ajuster et communiquer les résultats.

Finies les épluchures de pommes dans la poubelle du bureau ou les restes alimentaires dans la benne de l’espace cuisine de l’entreprise… A partir du 1er janvier 2024, toute entreprise sera dans l’obligation de fournir des solutions de collecte et de compostage des biodéchets. Voilà votre entreprise prête à entrer dans l'ère du compost !

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