Comment financer l'achat d'une entreprise ?

Reprendre une entreprise représente un défi stimulant pour un entrepreneur ou une personne en reconversion professionnelle. Ce projet exige une évaluation précise du potentiel de l'entreprise visée et une maîtrise du montage financier. Pour réussir, il est crucial de construire un business plan solide et un montage financier créatif, tout en connaissant les différentes options de financement disponibles.

Financement d'une entreprise

Les sources de financement pour la reprise d'une entreprise

Afin de mener à bien votre projet de reprise d'entreprise, plusieurs sources de financement peuvent être envisagées. Voici les principales options à considérer :

1. L'apport personnel

Il est rare d’acheter une entreprise « cash », en avançant l’intégralité du prix. Pour convaincre à la fois le cédant et vos partenaires financiers de votre motivation et de votre sérieux, il est essentiel d’envisager un apport personnel. Les banques attendront de votre part un apport d’au moins 20% du prix d’achat. Lors de la construction du montage financier, constituez un apport personnel correspondant au minimum à 25 %-30 % du prix d’acquisition. En couvrant toutefois 30 % (taux moyen) de vos besoins d'investissements avec votre argent personnel, vous démontrez votre détermination et votre motivation aux partenaires financiers qui compléteront vos ressources financières.

Si l'argent dont vous disposez est insuffisant, voici comment renforcer votre apport personnel avant de solliciter un prêt bancaire :

  • Demandez le déblocage anticipé de votre épargne salariale et celles de vos éventuels associés.
  • Bénéficiez de l'ARCE (aide à la reprise et à la création d'entreprise).
  • Obtenez le coup de pouce d'un proche qui va rentrer au capital de votre société.
  • Sollicitez un prêt d'honneur auprès des plateformes d'Initiative France ou du Réseau Entreprendre (couplé à un prêt bancaire).
  • Sollicitez un prêt bancaire personnel.
  • Faites appel au crowdfunding.

2. L'entourage

Votre famille ou vos amis peuvent s’impliquer dans la reprise à travers des dons, des prêts ou des participations au capital. Vous pouvez faire appel à vos proches (familles et amis) pour financer votre projet de création. Par rapport à un prêt bancaire, cette solution offre l’avantage de la souplesse et de la facilité.

Lire aussi: INPI : Guide complet Signature Électronique

Vos proches peuvent vous aider de différentes manières :

  • Don d'argent : il peut être effectué par tout moyen (chèque, virement, mandat ou remise d'espèces).
  • Prêt d'argent : lorsqu'il dépasse 1 500 €, le prêt doit faire l'objet d'un écrit. Il est possible de rédiger un contrat de prêt signé par les 2 parties, ou une reconnaissance de dette signée de la seule main de l’emprunteur.
  • Dans le cadre d'une société, vos proches peuvent aussi entrer au capital de la société et devenir associés en réalisant un apport (une somme d'argent ou un bien). Dans ce cas, ils pourront bénéficier d'un droit aux bénéfices de l'entreprise et d'un droit à la prise de décision.

Attention : La non-déclaration ou une déclaration comportant des omissions ou inexactitudes est sanctionnée d’une amende de 150 €.

3. Les aides publiques

Vous pouvez avoir accès au dispositif Nacre qui permet l'octroi d'un prêt à taux zéro, ou encore à des subventions accordées par des acteurs publics locaux. Il existe de nombreux soutiens de différente nature comme des aides financières, des prêts d’honneur, des dispositifs de garantie et des exonérations de charges sociales. Entre les dispositifs diffusés au plan national et la myriade d’aides proposées au plan local, l’offre est abondante.

Par ailleurs, n’oubliez pas que de nombreux acteurs peuvent vous apporter leur appui sous forme de conseil ou d’accompagnement : CCI, Chambres de métiers, réseaux d’accompagnement à la création et à la reprise d’entreprise, agences de développement local.

4. Le crédit-vendeur

Bénéficier d’un crédit-vendeur signifie que le cédant joue en partie le rôle de la banque : il vous accorde un délai de paiement plus ou moins long et vous le remboursez mensuellement ou annuellement. Le crédit-vendeur peut être un atout pour convaincre les banques de vous accorder votre financement. Le crédit vendeur vous permet d'obtenir un paiement échelonné (paiement en plusieurs fois) d'une partie du prix (50 % maximum).

Lire aussi: SARL : Comment distribuer des dividendes ?

La durée du remboursement du crédit vendeur est de 1 à 3 ans. Elle est plus courte que celle du crédit bancaire et vient donc alourdir les charges de l’entreprise. Le taux d’intérêt se négocie entre le repreneur et le cédant. Généralement la négociation dépendra des besoins du cédant mais surtout des capacités de remboursement du repreneur. Un crédit à taux zéro peut aussi être négocié.

Pour sécuriser son financement, le cédant qui accorde un crédit vendeur peut demander la caution d'une banque (généralement la banque qui intervient dans le financement de la reprise de l'entreprise). Bpifrance peut garantir à hauteur de 50 % la banque qui accepte de se porter caution du crédit vendeur. Les organismes de caution mutuelle peuvent également intervenir en garantie d'un crédit consenti par le cédant.

En plus du crédit vendeur, vous pouvez proposer au cédant une clause de complément de prix (ou clause d'earn out) qui permet d'indexer une partie du prix de cession aux résultats futurs de l'entreprise. Vous pouvez ainsi étaler le paiement du prix de cession.

5. Le crédit auprès de Bpifrance

À travers le contrat de développement transmission portant sur les reprises de PME, accédez à des prêts d’un montant pouvant aller de 40 000 € à 650 000 €. Aucune garantie ni caution personnelle n’est exigée. Ce prêt doit cependant être adossé à un prêt bancaire. Proposé par Bpifrance grâce au concours en garantie des régions, ce prêt est sans garantie sur les actifs de l'entreprise, ni sur le patrimoine du dirigeant et d'une durée de 7 ans maximum avec un différé d'amortissement en capital jusqu’à 24 mois. Il accompagne systématiquement un prêt bancaire d'une durée minimum de 5 ans qui peut bénéficier d'une garantie Bpifrance.

Le prêt transmission de 40 000 à 1 500 000 euros, aux côté de votre banque, peut financer :

Lire aussi: Fiche INSEE : le guide

  • la transmission de la majorité du capital, des droits de vote, ou le cas échéant, d’une position minoritaire ayant vocation à atteindre la majorité dans un temps déterminé, attestée par contrat,
  • l’acquisition par un ou des actionnaires majoritaires, d’une minorité du capital lorsque l’opération est essentielle au développement de l’entreprise,
  • la reprise du fonds de commerce.

Le contrat de développement transmission concerne les reprises effectuées de la manière suivante :

  • soit par la constitution d'une holding de reprise par des personnes physiques
  • soit par des sociétés existantes en phase de croissance externe (fusion, acquisition, prise de participation, etc.).

Le repreneur et l'entreprise ciblée par la reprise doivent être des TPE/PME créées depuis plus de 3 ans, capables de fournir une documentation comptable (bilan et compte de résultat) couvrant une période d’activité de 24 mois.

Le conseil régional précise quelles sont les activités éligibles au contrat de développement transmission. Il s’agit généralement des activités de services aux entreprises et des activités industrielles. En revanche, les opérations de reprise d’entreprise en difficulté sont exclues.

6. Le crédit bancaire

Le recours aux banques pour financer le rachat d’une entreprise est très courant. Le prêt contracté auprès d’une banque dans le cadre d’une reprise d’entreprise ne couvre généralement pas plus de 70 % du montant global de l’opération. Les banques vous accorderont plus facilement vos financements si le dossier que vous présentez est bien structuré et argumenté. Il doit mettre en évidence le fait que les résultats de la société seront suffisants pour rembourser le nouveau prêt, mais également les éventuels emprunts en cours.

Les banques demandent très fréquemment une contre-garantie de BPI ou de la SIAGI, qui les assurent du remboursement d’environ 30 à 50% de l’emprunt si votre entreprise venait à faire défaut. Il est possible également qu’elles vous demandent des garanties à titre personnel, en cautionnant vos biens propres.

En principe, les banques ne prêtent pas sans exiger des garanties :

  • sur les biens financés : hypothèque s'il y a des murs rachetés lors de la reprise, nantissement du fonds de commerce, nantissement des parts sociales ou actions dans le cas d'une reprise de société,
  • par une ou des cautions personnelles.

Un organisme tiers (fonds de garantie ou société de caution mutuelle) peut prendre en charge le risque conjointement avec la banque. Les fonds de garantie peuvent être nationaux ou régionaux.

Avant de solliciter les organismes financiers, soyez certain que rien n’est figé : tout peut faire l’objet d’une négociation (échéances, taux d’intérêts, garanties…). Il est important de s’entourer d’experts pour bénéficier des conditions les plus avantageuses. Enfin, soyez vigilant sur les garanties demandées et impliquant votre patrimoine personnel.

7. Les fonds d'investissement

Si l’entreprise que vous envisagez de reprendre présente un beau potentiel de développement ou une rentabilité importante, des fonds d’investissement seront susceptibles de s’y intéresser et de vouloir entrer à vos côtés au capital, en prenant une participation (fonds propres) ou en souscrivant des obligations (quasi fonds-propres). La présence d’un conseil vous sera là aussi très utile, car les fonds parlent leur propre langage.

8. Le Crowdfunding

Le financement participatif ou crowdfunding consiste à récolter des fonds auprès d'une communauté d'internautes qui souhaitent soutenir votre projet. Le financement participatif constitue une bonne alternative pour les entrepreneurs qui rencontrent des difficultés à mobilier des fonds de manière traditionnelle (ex : prêt bancaire). Il permet de donner vie à tout type de projet innovant : créatif, culturel, numérique, environnemental, social, etc.

La campagne de crowdfunding se déroule dans un temps imparti et sur une plateforme dédiée (ex : Ulule, Kickstarter, Kisskissbankbank...). Le choix de la plateforme dépend de la nature du projet, certaines plateformes étant généralistes et d'autres spécialisées.

Le crowdfunding peut prendre 3 formes différentes :

  • Don (reward crowdfunding) : les contributeurs vous font des dons d'argent sans retour sur investissement.
  • Prêt (crowdlending) : les contributeurs vous accordent un prêt que vous devrez rembourser, avec ou sans intérêts.
  • Investissement : les contributeurs peuvent financer le projet en achetant des titres sociaux (des actions) de votre société.

9. Le Microcrédit professionnel

Le microcrédit professionnel s'adresse aux créateurs ou repreneurs d'entreprises, quel que soit le secteur d'activité ou leur statut, qui ne peuvent pas accéder au financement bancaire classique. Il s'agit d'un prêt de 17 000 € maximum, le plus souvent assorti d'un taux d'intérêt au moins égal à 5 %. Sa durée de remboursement est de 5 ans maximum. Le microcrédit peut être remboursé par anticipation.

Pour en bénéficier, vous devez remplir toutes les conditions suivantes :

  • L'entreprise doit avoir moins de 5 ans d'existence
  • L'entreprise ne doit pas comporter plus de 3 salariés
  • Vous sollicitez le microcrédit parce que vous n'avez pas pu obtenir un prêt bancaire
  • Le besoin de financement n'excède pas 17 000 €
  • Une personne doit se porter garante à hauteur de 50 % du microcrédit accordé.

Le principal organisme habilité pour recevoir votre demande de microcrédit professionnel est l'ADIE (Association pour le Droit à l’Initiative Economique), œuvrant au niveau national.

10. Le financement des parts de SCPI

Les SCPI sont des Sociétés Civiles de Placement Immobilier, destinées à investir dans l’immobilier d'entreprise. La SCPI, aussi appelée “pierre-papier”, permet d’investir dans des bureaux ou des commerces difficilement accessibles - en direct - pour un particulier.

On distingue 4 types de financement de parts de SCPI :

  • Le financement au comptant : c’est le cas où l’entreprise dispose déjà des fonds nécessaires.
  • Le financement via une assurance-vie : l’assureur prend en charge l’achat des parts et les loyers sont placés dans le contrat assurance-vie.
  • Le financement par démembrement : cette technique permet de réduire ses montants d’impôts via la souscription unique à la nue-propriété des parts.
  • Financement par un crédit bancaire : indispensable en cas de manque de fonds propres, le crédit immobilier SCPI permettra de financer l’achat de parts tout en déduisant l’intérêt de son emprunt des revenus fonciers.

Les types d'acquisition

Dans le cadre de la reprise d’entreprise, deux cas de figure s’offrent à vous :

  • Le rachat du fonds de commerce : dans ce cas, votre rachat concerne uniquement de la reprise de l’outil de travail. Vous ne reprenez pas les dettes de la société.
  • Le rachat des titres (actions ou parts sociales) : dans ce contexte, vous devenez propriétaire de la société. Les titres rachetés couvrent l’intégralité des éléments figurant au bilan à la date du rachat, soit les actifs, les créances, la trésorerie, les dettes…

Vous pourrez ainsi décider d’un rachat portant uniquement sur le fonds ou portant également la reprise des titres.

Créer son entreprise : comment faire un BON business plan ? #GPS | Crédit Agricole

Les aides financières et exonérations

L’ARCE est une aide financière à la reprise et à la création d’entreprise qui s’adresse aux demandeurs d’emploi percevant l’allocation d’aide au retour à l’emploi (ARE). Notez que le premier versement de l’aide intervient après la reprise ou de la création : il ne peut donc pas financer l’opération de rachat.

L’ACRE est une exonération temporaire de cotisations sociales au bénéfice du repreneur d’entreprise. Elle vous permet d’économiser le coût de vos charges sociales, qui pèsent lourdement au démarrage de l’activité. L’exonération de cotisations s’applique durant 12 mois à compter de la date de la reprise.

Tableau récapitulatif des sources de financement

Source de financement Avantages Inconvénients
Apport personnel Montre votre engagement, rassure les partenaires financiers Peut être limité
Entourage Souple et facile Peut être limité, nécessite une gestion délicate des relations
Aides publiques Prêts à taux zéro, subventions Peuvent être complexes à obtenir
Crédit-vendeur Rassure les banques, conditions négociables Durée de remboursement plus courte
Crédit Bpifrance Pas de garantie personnelle, montants importants Nécessite un prêt bancaire complémentaire
Crédit bancaire Principal levier de financement Exige des garanties, taux d'intérêt
Fonds d'investissement Apport de capitaux importants, expertise Dilution du capital, exigences élevées
Crowdfunding Alternative aux prêts bancaires, teste le marché Campagne à gérer, succès non garanti
Microcrédit professionnel Accessible aux entreprises non éligibles aux prêts bancaires Montant limité, taux d'intérêt plus élevé
Financement SCPI Investissement dans l'immobilier d'entreprise Nécessite une gestion spécifique

balises: #Financ #Entreprise

Articles populaires: