État actuel du secteur du bâtiment et de l'artisanat en France

À 6h30, dans une boulangerie de centre-bourg, le four est déjà lancé. À quelques rues, un plombier charge son utilitaire avant sa première intervention, tandis qu’une céramiste prépare une série pour une boutique en ligne. Cette scène ordinaire dit beaucoup de l’artisanat en France : un tissu économique dense, très concret, qui continue de faire tourner les territoires.

Chiffres clés et structure du secteur

L’artisanat représente autour de 250 métiers, plus de 3 millions d’actifs et près de 1,9 million d’entreprises selon les derniers ordres de grandeur observés dans les réseaux consulaires et professionnels. En 2025, les estimations convergent vers environ 1,8 à 1,9 million d’entreprises artisanales. Quatre entreprises artisanales sur dix relèvent du secteur de la construction. En France, l’artisanat du bâtiment regroupe plus de 400 000 entreprises employant 1,1 million de salariés. En 2025, hors micro-entreprises « pures », le secteur compte 450 000 entreprises affichant un chiffre d’affaires positif. Elles rassemblent 1 731 000 actifs, répartis en 1 234 000 salariés, 90 000 intérimaires en équivalent-emplois à temps plein et 407 000 artisans non salariés.

Le bâtiment demeure le premier bloc en volume d’entreprises artisanales. Maçonnerie, plomberie, électricité, couverture, menuiserie et second œuvre concentrent une part décisive de l’activité. En détail, plus de 60 % de l’activité concerne le logement. Par ailleurs, le neuf recule de 10 % à prix constants, du fait notamment du logement. L’amélioration-entretien, qui compte pour 117 milliards d’euros, se replie en logement comme en non résidentiel.

Taille des entreprises, emploi et recrutement

Sur le terrain, un autre chiffre compte autant que le volume global : la taille moyenne des structures. L’entreprise artisanale française reste, très majoritairement, une TPE. Beaucoup n’emploient aucun salarié ou moins de cinq personnes. La taille moyenne réelle est de 2,8 personnes tandis que les Français l’estiment à 9,5 personnes en moyenne. 55 % des entreprises ont de 1 à 4 salariés. La densité d’établissements par habitant varie selon les territoires.

Le principal défi identifié est le recrutement. S’il fallait résumer le principal défi de l’artisanat en 2025 en un mot, ce serait celui-ci : recrutement. Les remontées du terrain sont constantes chez les plombiers-chauffagistes, couvreurs, menuisiers poseurs, électriciens, boulangers, bouchers, carrossiers, mécaniciens ou prothésistes de certains secteurs spécialisés. L’apprentissage reste la voie la plus directe pour entrer dans ces métiers. Les effectifs ont progressé ces dernières années, avec un niveau d’attractivité inédit dans plusieurs filières.

Lire aussi: INPI : Guide complet Signature Électronique

Au niveau national, au 1er semestre 2020, 5 % des entreprises artisanales du bâtiment ont cherché à embaucher et 4 % y sont parvenues. Les entreprises du bâtiment ont déclaré près de 59 000 projets de recrutements sur 2020. 69 % de ces recrutements envisagés en 2020 étaient jugés difficiles, contre 51 % pour l’ensemble des métiers. Les ouvriers non qualifiés sont plus recherchés que ceux ayant une spécialité.

Activité, carnets de commande et confiance

La Chambre de Métiers et de l’Artisanat Nouvelle-Aquitaine publie son Étude de Conjoncture annuelle sur l’artisanat régional. L’étude met en évidence une dégradation du climat économique pour les entreprises artisanales de Nouvelle-Aquitaine. 72 % des artisans se déclarent en situation de fragilité financière et 57 % manquent de confiance dans l’avenir de leur entreprise. Les difficultés restent globalement stables, mais une dégradation marquée est observée dans le bâtiment, où la baisse des carnets de commande atteint 53 %, contre 40 % en moyenne tous secteurs confondus.

La CAPEB déplore la poursuite du recul de l’activité des entreprises artisanales du bâtiment au troisième trimestre 2025. D’après la dernière note de conjoncture de la CAPEB, l’artisanat du bâtiment voit son volume d’activité reculer de 3,5 % au troisième trimestre 2025 par rapport à la même période l’an dernier. Ce troisième trimestre consécutif de contraction confirme une tendance négative persistante. Tous les segments sont touchés : la construction neuve reste la plus en difficulté avec une chute de 6 % sur un an. L’entretien-rénovation, qui inclut les petits chantiers d’amélioration et de rénovation, poursuit également son repli de -1,5 %.

Le climat de confiance autour du secteur du bâtiment continue de se dégrader. Bien que les carnets de commandes soient en hausse pour la première fois depuis début 2022, les soldes d’opinions sont encore négatifs pour tous les segments de l’activité. Autrement dit, plus d’artisans constatent une baisse qu’une hausse de leurs commandes.

Pressions sur les marges et gestion financière

En 2025, beaucoup d’artisans travaillent beaucoup, mais pas toujours avec la marge qu’on leur imagine. La hausse du coût des matières premières, de l’énergie, du carburant, des assurances et parfois des loyers continue de rogner les résultats. Dans le bâtiment, une mauvaise estimation de chantier peut faire basculer une semaine de travail du côté des pertes. Dans l’alimentaire, le ratio matière et la maîtrise des invendus restent déterminants.

Lire aussi: SARL : Comment distribuer des dividendes ?

Les entreprises les plus solides partagent plusieurs réflexes. D’abord, elles connaissent précisément leur coût horaire. Ensuite, elles révisent leurs tarifs sans attendre d’être étranglées. Autre point central : le tri des demandes. Le pilotage de trésorerie devient aussi une compétence métier : facturation rapide, acomptes systématiques, conditions de règlement claires, suivi des impayés dès les premiers retards.

Indicateur Tendance récente
Carnets de commande (bâtiment) Baisse jusqu’à 53 % en région Nouvelle-Aquitaine
Volume d’activité (3e trim. 2025) -3,5 % (CAPEB)
Construction neuve -6 % sur un an
Entretien-rénovation -1,5 %
Artisans en fragilité financière (NA) 72 %

Transition énergétique, rénovation et politiques publiques

La baisse du pouvoir d’achat des clients demeure le principal frein à l’activité (73 %), devant le coût des matières premières (44 %). La loi de finances pour 2014 a étendu le taux réduit de TVA de 5,5 % aux travaux d'amélioration de la performance énergétique des locaux à usage d'habitation achevés depuis plus de deux ans ainsi qu'aux travaux induits qui y sont associés. Cette mesure s'inscrit dans le prolongement du plan de rénovation de 500 000 logements par an, qui entre désormais dans sa phase opérationnelle.

Pour le secteur du bâtiment, deux leviers paraissent essentiels pour une reprise d'activité : d'une part, un taux de TVA de 5 % pour la rénovation des logements, d'autre part, la lutte pour la moralisation de la vie économique au travers de l'assainissement du régime des auto-entrepreneurs. À ces mesures de soutien fiscal direct à la construction de logements, s'ajoutent celles en faveur de la rénovation énergétique : tiers-financement avec les collectivités locales, prêts des banques tels que l'éco-prêt à taux zéro et simplification et extension du crédit d'impôt développement durable (CIDD) porté à 30 %.

Pour promouvoir la formation et la labellisation des artisans, le Gouvernement a travaillé à la structuration de la filière de rénovation énergétique au travers de la signature de la convention de financement de la formation FEEBAT, destinée aux professionnels de la rénovation. Cette démarche permet de mieux reconnaître leurs qualifications et leur savoir-faire au service de la transition énergétique. En outre, il a été créé une prime de 1 350 euros, disponible jusqu'à la mi-2015, pour les ménages désirant effectuer des travaux de rénovation énergétique dans leur logement.

Mesures de soutien économique mises en œuvre

Dans un contexte de reprise économique fragile, les pouvoirs publics sont très attentifs à la situation des entreprises et prennent toutes les mesures nécessaires pour soutenir et développer leur activité créatrice d'emplois et de croissance. Le crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi permet aux entreprises qui emploient des salariés dont la rémunération est inférieure à 2,5 SMIC, de restaurer leur taux de marge et de créer des emplois. Le mécanisme de préfinancement, qui permet aux entreprises d'en percevoir immédiatement la contrepartie en trésorerie, est par ailleurs largement utilisé par les entreprises du bâtiment. Le secteur du bâtiment bénéficie également du dispositif de soutien à la trésorerie des petites et moyennes entreprises issu du pacte pour la compétitivité, la croissance et l'emploi.

Lire aussi: Fiche INSEE : le guide

La loi n° 2014-790 du 10 juillet 2014, visant à lutter contre la concurrence sociale déloyale, renforce les contrôles et sanctions contre les entreprises qui ont recours de manière abusive à des travailleurs détachés. Par ailleurs, sur les marchés de sous-traitance, la loi de finances pour 2014 a rendu obligatoire l'auto-liquidation de la TVA pour le secteur du bâtiment. La loi n° 2014-626 du 18 juin 2014 relative à l'artisanat, au commerce et aux très petites entreprises a créé un régime unique, simplifié, de la micro-entreprise, en fusionnant les régimes du micro-social et du micro-fiscal.

Formation, transmission et attractivité des métiers

La transmission d’entreprise constitue l’autre grand sujet. Des milliers d’ateliers, commerces artisanaux et entreprises du bâtiment devront trouver un repreneur dans les prochaines années. Parmi ceux qui envisagent de devenir artisan, la majorité (59 %) préfèrerait reprendre l'activité d'un artisan qui part à la retraite, les autres étant partisans de la création de leur propre entreprise. L’apprentissage reste la voie la plus directe pour entrer dans ces métiers. 22 % des entreprises ont déjà eu recours à l’apprentissage, en progression de 2 points.

Les Français témoignent d'une bonne connaissance des métiers de l'artisanat. Un quart des personnes interrogées identifie au moins 8 professions parmi les 10 proposées comme "métier de l'artisanat" et 84 % au moins 4 parmi les 10 proposées. L'enquête met aussi en évidence l'attractivité des professions de l'artisanat : un Français sur trois déclare avoir envie de devenir un jour artisan lui-même. Malgré une moins bonne connaissance de l'artisanat que leurs aînés, de nombreux jeunes (42 %) envisagent de rejoindre cette catégorie professionnelle.

Image, satisfaction et défis sociaux

Globalement, les professionnels interrogés sont satisfaits de leur situation : quel que soit le secteur, plus des deux tiers des artisans (69 %) se déclarent satisfaits de leur situation actuelle dont plus d'un sur cinq (22 %) "très satisfaits". Ils se déclarent dans les mêmes proportions "confiants dans l'avenir" (65 %). Vu cet optimisme, il est logique que les deux tiers des artisans soient prêts à recommander à un proche de suivre leur exemple et d'embrasser une des nombreuses professions de l'artisanat.

Les sources de satisfaction sont en effet multiples. Le fait de travailler pour son propre compte constitue le principal attrait de l'artisanat : l'indépendance, la liberté et le fait de ne pas avoir de patron sont les raisons le plus souvent évoquées (par 37 % des artisans satisfaits). La passion pour le métier est la deuxième source de satisfaction (32 % de citations chez les artisans "satisfaits").

Des motifs de mécontentement existent néanmoins. Les artisans se plaignent des prélèvements obligatoires. Trois quarts (74 %) des artisans "insatisfaits" évoquent ainsi les charges (50 %) ou les taxes (18 %). Les artisans se montrent également préoccupés par le financement de leur retraite (57 % s'en préoccupent beaucoup), le financement de leur entreprise (53 %) et son développement (51 %). La principale difficulté rencontrée par les artisans du bâtiment dans l’exercice de leur activité est le manque de candidats qualifiés et motivés.

Adaptations, opportunités et bonnes pratiques

La première tendance forte : le numérique n’est plus un sujet annexe. En 2025, un artisan qui n’est pas visible en ligne se prive d’une part importante de sa clientèle. Souvent, les leviers les plus efficaces restent simples : une fiche d’établissement bien renseignée, des avis clients traités sérieusement, un site clair avec photos réelles, des délais annoncés honnêtement et un devis rapide. Le numérique, lui, ouvre des opportunités de niche à des entreprises très petites.

La montée de la demande pour des prestations plus durables est un changement visible. Dans le bâtiment, cela passe par la rénovation énergétique, l’isolation performante, les pompes à chaleur, la ventilation, les matériaux biosourcés et la réduction des consommations. Dans l’alimentaire, les clients recherchent davantage l’origine, la qualité, le fait maison, le local et la transparence sur les ingrédients.

Pour se développer, l’enjeu n’est pas forcément d’embaucher tout de suite. Beaucoup d’entreprises ont intérêt à optimiser d’abord leur production : standardiser certains process, mieux planifier, s’équiper de façon pertinente, travailler les partenariats locaux, notamment en s’appuyant sur la chambre des métiers de leur territoire, déléguer la comptabilité ou la communication quand cela devient un point de blocage. Dernier conseil très concret : soigner son réseau de prescripteurs. Architectes, agents immobiliers, commerçants voisins, syndics, maîtres d’œuvre, producteurs, offices de tourisme ou associations locales peuvent devenir des relais puissants.

Rénovation énergétique, des milliards dépensés pour rien ?

Risques récents et contexte 2020-2026

L’année 2020 a été marquée par la crise économique liée à la pandémie de la Covid-19. Dans le secteur de la construction neuve, les mises en chantier de logements et de locaux ont été fortement ralenties. Les autorisations (permis de construire) ont diminué. Pour faire face au choc économique, le Gouvernement a mis en œuvre des dispositifs exceptionnels d’aides aux entreprises : prêt garanti par l’État, fonds de solidarité, reports d’échéances fiscales, dispositifs d’aides exceptionnelles.

Le premier trimestre 2026 s’inscrit dans un contexte économique particulièrement dégradé, marqué par l’accumulation de crises successives depuis 2020 et, plus récemment, par des tensions géopolitiques qui ont ravivé la hausse des prix des hydrocarbures. Les résultats mettent en évidence une activité largement insuffisante, une baisse du chiffre d’affaires pour plus d’un artisan sur deux et des trésoreries durablement fragilisées, avec des contrastes sectoriels marqués, en particulier dans le bâtiment et l’artisanat de production.

Points d’attention pour les décideurs et professionnels

  • Renforcer les dispositifs favorisant la rénovation énergétique opérationnelle et massifiée.
  • Soutenir l’alternance, l’apprentissage et faciliter la transmission d’entreprise.
  • Améliorer l’accès au financement court terme et au préfinancement pour la trésorerie.
  • Accompagner la montée en compétence numérique et commerciale des TPE artisanales.
  • Clarifier et stabiliser le cadre fiscal et social pour éviter la concurrence déloyale.

L’artisanat en France ne relève ni de la nostalgie ni d’un simple effet de mode autour du “fait main”. C’est un socle économique vivant, capable d’absorber des reconversions, de transmettre des savoir-faire et de répondre à des besoins quotidiens très concrets. Pour les candidats à l’installation comme pour les artisans déjà en activité, la bonne stratégie n’est pas de courir après toutes les demandes, mais de bâtir une offre claire, rentable et visible. Ceux qui réussiront le mieux seront souvent les mêmes : des professionnels techniquement solides, capables de faire simple dans leur discours, précis dans leurs prix et constants dans leur relation client.

balises: #Artisanat

Articles populaires: