Comment se verser un salaire en tant qu'auto-entrepreneur ?
Devenir auto-entrepreneur est une solution attrayante pour ceux qui souhaitent lancer leur propre activité avec une gestion administrative simplifiée. En tant que micro-entrepreneur, il est question de rémunération plutôt que de salaire. Alors, comment se verser un salaire en micro-entreprise ou en société ? Comment se rémunérer au bon moment et calculer le bon montant ?
Voici les réponses à toutes vos questions !
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Salarié et micro-entrepreneur : une différence de taille
Quand on débute en micro-entreprise (également appelée auto-entreprise), les habitudes et le vocabulaire du salariat nous collent parfois à la peau. Puisque vous êtes désormais à votre compte, il est pourtant important d’utiliser les bons termes pour notamment expliquer votre statut à vos interlocuteurs :
- Vous n’avez pas de fiche de paie : vous émettez des factures puis les encaissez
- Vous ne touchez pas un salaire : vous vous versez une rémunération sur la base de votre chiffre d’affaires
- Vous n’avez pas d’employeur : vous vendez des biens ou des services à des clients
- Vous n’êtes pas un employé : vous êtes un prestataire externe (travailleur indépendant)
- Vous ne payez pas de charges sociales salariales ou patronales : vous versez des cotisations sociales
Bon à savoir : Les micro-entrepreneurs possèdent le statut de Travailleur non salarié (TNS) pour leur couverture sociale. C’est somme toute logique ! Puisque vous êtes « non salarié », vous n’avez pas de fiches de paie.
Les documents comptables pour justifier votre chiffre d’affaires
On vous demande de justifier vos revenus dans le cadre d’un prêt immobilier ou parce que vous souhaitez déposer un dossier pour louer un appartement ? Dans la liste des pièces à joindre, figure le sacro-saint bulletin de salaire que vous n’êtes malheureusement pas en mesure de fournir. Alors comment faire ?
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Pour prouver vos revenus de micro-entrepreneur, vous pouvez remplacer les bulletins de paie par :
- Votre dernière attestation fiscale, ainsi que votre attestation de chiffre d’affaires pour l’année en cours : vous pouvez télécharger ces documents sur votre espace autoentrepreneur.urssaf.fr
- Votre dernier avis d’imposition qui mentionne lui aussi votre chiffre d’affaires de l’année précédente
Si cela ne suffit pas, vous avez également la possibilité de fournir le livre des recettes de votre auto-entreprise, ainsi qu’un tableau récapitulatif de votre gestion financière. Il n’existe pas de modèle type pour ce dernier document. Vous pouvez y mentionner les informations les plus pertinentes pour votre auto-entreprise : chiffre d’affaires, cotisations sociales, revenus nets, trésorerie, prévisionnel, etc. Enfin, une attestation Urssaf ou de vigilance peut vous être utile.
Bon à savoir : On vous demande un contrat de travail ? Tout comme la fiche de paie, vous ne pourrez bien sûr pas apporter cette pièce à votre dossier.
Cumuler salariat et auto-entreprise
Être salarié et auto-entrepreneur, c’est possible ! Dans ce cas précis, vous serez donc en mesure de remettre une fiche de paie à la personne qui vous le demande. Vous pouvez d’abord créer votre auto-entreprise puis la cumuler avec un poste salarié, ou inversement. Mais attention, vous devrez respecter quelques règles :
- Vous ne pouvez pas être salarié et prestataire pour la même entreprise
- Si vous souhaitez devenir auto-entrepreneur dans le même secteur d’activité que l’entreprise qui vous emploie en tant que salarié, vous devez vérifier qu’aucune clause de non-concurrence ou de confidentialité ne vous empêche.
- Une clause d’exclusivité de votre contrat peut vous interdire d’exercer une activité professionnelle en dehors de votre contrat salarié.
Notez également que vous avez une obligation de loyauté vis-à-vis de votre employeur. Vous devez donc lui notifier l’existence de votre micro-entreprise.
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Embaucher un salarié
À défaut d’avoir un bulletin de paie, vous pouvez vous-même en éditer si vous envisagez d’embaucher un salarié pour votre auto-entreprise. Vous aurez alors le statut d’employeur et devrez réaliser l’ensemble des formalités liées à cette embauche : déclaration préalable à l’embauche (DPAE), rédaction d’un contrat de travail (pour lequel il est possible de télécharger un modèle), ouverture d’un registre du personnel, gestion de la paie, etc.
Possible dans les faits, cette option est toutefois rarement choisie par les auto-entrepreneurs.
Chiffre d’affaires et revenus d’activité
Le bulletin de salaire mentionne le revenu net que le salarié perçoit réellement. De son revenu brut, sont en effet déduits ses charges sociales et son impôt sur le revenu calculé au titre du prélèvement à la source. À l’inverse, le chiffre d’affaires d’un auto-entrepreneur, même s’il est encaissé, ne doit pas être confondu avec son revenu net.
Votre chiffre d’affaires correspond à l’argent que vous encaissez une fois que votre client vous a réglé sa facture. C’est cette somme que vous déclarez à l’URSSAF chaque mois ou trimestre pour le paiement de vos cotisations sociales.
Pour connaître votre revenu réel (autrement dit votre bénéfice), vous devez déduire les charges de votre micro-entreprise :
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- Frais de fonctionnement : achat de matériel, frais de déplacement, factures énergétiques, communication, frais bancaires, etc.
- Cotisations sociales
- Impôt sur le revenu et cotisation foncière des entreprises (CFE)
Lorsque vous faites votre déclaration annuelle d’impôts, vous ne pouvez pas non plus déduire l’ensemble de ces frais professionnels. Vous devez déclarer la totalité de votre chiffre d’affaires, comme vous le faites pour l’URSSAF. Pour calculer votre revenu d’auto-entrepreneur, l’administration fiscale applique alors un abattement forfaitaire sur votre CA. Cet abattement est en fait une estimation de vos charges en fonction de votre type d’activité. Il s’élève à :
- 71 % pour les activités d’achat / vente et de location de logements (vous n’êtes imposable que sur 29 % de votre chiffre d’affaires).
- 50 % pour les prestataires de services commerciales et artisanales (vous n’êtes imposable que sur 50 % de votre chiffre d’affaires).
- 34 % pour les professions libérales réglementées et non réglementées (vous n’êtes imposable que sur 66 % de votre chiffre d’affaires).
Le résultat obtenu sera considéré comme votre revenu d’auto-entrepreneur.
Néanmoins, pour calculer votre revenu net n’oubliez pas de retirer de votre chiffre d’affaires vos impôts, cotisations sociales et CFE.
Revenu d’activité et rémunération
La rémunération désigne la somme d’argent qui atterrit réellement dans votre portefeuille et que vous allez utiliser pour financer vos dépenses personnelles. En d’autres termes, votre rémunération correspond au salaire que vous allez vous reverser. Si votre revenu (c’est-à-dire votre chiffre d’affaires auquel ont été déduits vos frais professionnels) est positif, vous êtes libre de déterminer ensuite la rémunération que vous souhaitez vous accorder. Pour beaucoup d’auto-entrepreneurs, elle correspond à la somme que vous versez depuis votre compte professionnel (si vous en avez un) vers votre compte personnel.
Votre rémunération n’est pas plafonnée et vous n’avez pas à la justifier. Si votre revenu est par exemple de 1 000 euros ce mois-ci, vous pouvez vous verser une rémunération équivalente ou décider de n’en prendre qu’une partie pour avoir une trésorerie professionnelle plus importante.
Une fois votre revenu déterminé, vous êtes libre de vous verser la rémunération que vous souhaitez.
Comment se verser un salaire en tant qu'auto entrepreneur ?
Pour un auto-entrepreneur, il est question de rémunération plutôt que de salaire. Le montant que l'auto-entrepreneur peut se verser dépend de son chiffre d'affaires et de ses charges effectives. Une fois toutes les charges réglées, l'auto-entrepreneur peut utiliser la trésorerie restante pour se rémunérer.
Cela se fait par un virement depuis le compte bancaire dédié à l'auto-entreprise vers son compte personnel. La décision de la rémunération est entièrement libre et n'est soumise ni à un plafond, ni à l'obligation de fournir un justificatif spécifique.
En tant que chef d’entreprise, il n’est pas toujours facile de définir la rémunération adéquate par rapport à son travail, son activité et sa trésorerie disponible. Le chiffre d’affaires n’est pas la seule variable à prendre en compte. En effet, un gérant de société ou d’auto-entreprise peut se rémunérer lorsque les revenus de l’entreprise sont suffisants pour régler ses charges fixes et qu’il reste du bénéfice.
Pour se verser un salaire, vous devez déjà réfléchir à la rémunération minimale dont vous avez besoin. Établissez un plan financier prévisionnel en tenant compte des cotisations sociales et des impôts que vous devrez payer. Le plan de financement prévisionnel permet de vous assurer de l’équilibre financier de votre activité. Il récapitule l’ensemble de vos besoins financiers et vos ressources. Vous pourrez alors déterminer vos bénéfices, donnée clé pour votre rémunération entrepreneur.
Pour déterminer le montant idéal de votre rémunération, vous devez donc estimer toutes vos charges professionnelles : frais courants, cotisations sociales, impôt sur le revenu, taxes sur le chiffre d’affaires, etc. Se verser un salaire ne dépend pas uniquement de vos revenus ! Gardez en tête que vos cotisations sociales représentent la somme la plus importante à défalquer de votre CA total. En micro-entreprise, les activités d’achat et vente de marchandises s’acquittent de 12,9 % de cotisations sociales. Pour de la prestation de services, ce taux s’élève à 22,2 % du chiffre d’affaires brut.
Jusqu’à ce que votre entreprise ait atteint son point d’équilibre avec des recettes supérieures ou égales aux dépenses, vous ne serez pas en mesure de vous verser un salaire mirobolant. De plus, si vous avez inclus des investisseurs dans la création de votre entreprise, vous devez utiliser cet argent pour participer à la croissance de la structure et non pour vous enrichir directement.
Pour déterminer le bénéfice disponible de votre entreprise vis-à-vis de votre chiffre d’affaires prévisionnel, vous devez estimer vos charges, mais pas que : votre marge commerciale est aussi une donnée clé. Il s’agit de la différence entre le prix de vente de vos prestations et les frais professionnels inhérents à ces mêmes prestations. En somme, combien vous coûtent vos services et combien vous rapportent-ils ? Pour que vous soyez rentable, la différence doit être positive.
Avant de vous verser un salaire, penchez-vous sur vos charges personnelles incompressibles. En effet, votre rémunération entrepreneur doit vous permettre de couvrir vos frais.
Pour garantir la pérennité d’une firme, sachez le montant du salaire est limité par l’administration fiscale afin d’éviter une rémunération excessive. On considère qu’un salaire est excessif s’il s’agit d’une manière détournée de percevoir les bénéfices de la société. Une rémunération de chef d’entreprise normale est cohérente vis-à-vis du travail effectif réalisé.
En règle générale, il est conseillé de fixer un montant invariable pour le salaire du chef d’entreprise avec un versement régulier (souvent mensuel) pour faciliter le suivi global.
Quand se verser un salaire ?
Pour un entrepreneur individuel, il est possible d’obtenir une rémunération dès que la trésorerie le permet. Il suffit pour cela de se baser sur ce qui est planifié dans votre bilan prévisionnel. Il n’a de comptes à rendre à des associés et peut librement choisir les dates, avec un ou plusieurs versements par mois pour se rémunérer. Mais il est aussi possible d’attendre plusieurs mois avant de se rémunérer afin d’utiliser les premières rentrées d’argent pour recruter ou investir.
Un excédent de trésorerie peut vous servir à vous constituer des réserves financières pour financer votre besoin en fonds de roulement et anticiper des périodes futures plus difficiles financièrement.
Pour les entreprises soumises à l’impôt sur les sociétés, se verser un salaire est régi par davantage de règles.
Comment ?
Le statut micro-entrepreneur offre de nombreux avantages ! Le premier est de ne pas distinguer votre patrimoine personnel de votre patrimoine professionnel. Il est donc possible de se verser un salaire sans faire de bulletin de paie. Il vous suffit de faire un virement de votre compte bancaire professionnel vers votre compte bancaire personnel, ou bien d’utiliser l’argent de votre entreprise directement si vous n’avez qu’un seul compte en banque. Votre salaire en micro-entreprise découle simplement de vos bénéfices.
En entreprise individuelle, il n’y a pas non plus de séparation juridique entre ce qui appartient à l’entreprise et ce qui appartient au gérant. Vous pouvez donc piocher dans votre trésorerie pour vous verser une rémunération, sans formalité ni bulletin de salaire nécessaires. Dans les deux cas, il s’agit d’ici d’un simple transfert de fonds.
En entreprise individuelle, les prélèvements réalisés ne sont pas non plus considérés comme une charge déductible.
Pour se verser un salaire auto-entrepreneur sans impacter la santé financière de votre entreprise, n’oubliez pas de tenir compte des versements mensuels ou trimestriels que vous devez à l’URSAAF ! Vous devez défalquer de votre chiffre d’affaires le montant à verser à cet organisme au titre du paiement des cotisations sociales. Il s’agit d’un pourcentage de votre chiffre d’affaires déclaré, pourcentage qui dépend de votre secteur d’activité.
Après la création de votre auto-entreprise, pensez à demander l’Acre si vous y avez droit. C’est un dispositif d’exonération de cotisations pour favoriser les créations et reprises d’entreprises.
Les chefs d’entreprises soumis à l’impôt sur les sociétés peuvent profiter d’une rémunération indépendante du bénéfice. Pour les autres, les bénéfices industriels et commerciaux sont directement considérés comme la rémunération du gérant. Au même titre que les salariés, le dirigeant profite d’une déduction forfaitaire de 10 %. Celle-ci sert à couvrir les dépenses professionnelles (déplacements, documentations personnelles, formations permanentes, frais de restauration, etc.). Une indemnisation supplémentaire peut être demandée si elle ne suffit pas à couvrir les dépenses réelles.
Sous le régime des assimilés-salariés, le président ou gérant non majoritaire d’une société est affilié au régime de la sécurité sociale, sauf pour les gérants majoritaires de SARL soumis à l’IS. Ils peuvent se verser un salaire en guise de rémunération et rester sous le régime social des non-salariés.
À titre d’exemple, un salaire brut de 2000 € permet de vous dégager un revenu net d’environ 1560 € (440 € en moins pour la part salariale). Le coût total de la rémunération sera de 2840 € (840 € en plus pour la part patronale).
Se verser un salaire ou des dividendes, comment choisir ?
Si vous êtes dirigeant d’une société soumise à l’impôt sur les sociétés (IS), vous avez la possibilité de percevoir une rémunération soumise à cotisations sociales ou bien un revenu sous forme de dividendes.
Pour verser ou distribuer des dividendes, il est essentiel que la société ait réalisé des bénéfices. Ensuite, durant l’Assemblée Générale Ordinaire des associés (AGO) qui a lieu une fois par an, la répartition éventuelle de la totalité ou d’une partie des bénéfices est décidée.
En SA, SAS ou SASU : les dividendes sont des revenus du capital et soumis aux prélèvements sociaux de 17,5 %.
Vous pouvez tout à fait trouver un équilibre entre rémunération et dividendes pour réaliser une optimisation fiscale.
Conseils pour une gestion financière saine
Évidemment, il est recommandé de ne jamais utiliser la totalité de votre trésorerie pour vous rémunérer. La priorité doit être de pérenniser votre entreprise et financer les imprévus, les baisses d’activité ou encore les impayés et retards clients. Veillez donc à vous constituer des économies de réserve.
Vous n’êtes pas à l’abri d’un problème qui pourrait impacter la stabilité financière de votre société !
Les facteurs influençant votre rémunération
La rémunération en tant qu'auto-entrepreneur varie selon la forme de l’entreprise : en raison du mode de calcul des cotisations sociales et des contributions fiscales qui est différent selon les statuts juridiques, et d’autre part selon les coûts variables liés à certains statuts qui peuvent être plus ou moins onéreux.
Pour savoir quelle sera la forme la plus appropriée à votre activité, les régimes au réel ou en micro-entreprise sont assez similaires, bien que le premier n’ait pas de seuil de chiffre d’affaires. Dans les deux cas, il y a désormais, depuis la Loi en faveur des Indépendants, une séparation juridique entre le patrimoine personnel et professionnel (non salarié : le cas de la micro-entreprise ou de l’auto-entrepreneur).
Par ailleurs, en tant qu’auto-entrepreneur (statut de micro-entreprise) vous n’avez pas droit au chômage comme tout dirigeant TNS ou assimilé-salarié.
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