La Finance Internationale : Enjeux et Déséquilibres

La finance internationale est un domaine complexe, marqué par des flux de capitaux massifs et une interdépendance croissante entre les économies. Cet article se propose d'analyser les principaux enjeux et déséquilibres qui caractérisent ce système, en mettant en lumière les défis liés à la régulation, à la spéculation et à la stabilité financière.

Déséquilibres Mondiaux et Objectifs Nationaux

L'absence de régulation à l'échelle mondiale conduit chaque pays à poursuivre ses propres objectifs de solde courant, sans tenir compte de la cohérence globale. Rien ne garantit que les désirs des pays soient compatibles. Certains pays accumulent des excédents, comme les producteurs de pétrole (Moyen-Orient, Norvège, Russie) et ceux dont la croissance repose sur l'exportation (Japon, Chine). Les pays émergents, marqués par les crises passées, refusent de dépendre des marchés financiers et sont réticents à laisser le taux de change dériver selon l'inflation ou les humeurs des spéculateurs. Ils s'obligent donc à être excédentaires pour éviter de recourir au FMI.

Les États-Unis ont massivement soutenu la croissance, leur déficit extérieur étant une des manifestations et un des remèdes à la montée des déséquilibres. Dans la zone euro, les excédents de l'Allemagne et des Pays-Bas, obtenus grâce à des politiques salariales restrictives, ainsi que ceux des pays nordiques (Pays-Bas, Suède, Finlande) qui épargnent pour financer leurs retraites, créent et financent les déficits des pays du Sud (Espagne, Portugal, Grèce), fragilisés par un endettement élevé.

Déséquilibres des comptes courants mondiaux

Déséquilibres des comptes courants mondiaux (en % du PIB). Source : FMI.

La Globalisation Financière

Un vaste marché mondial des capitaux s'est constitué, brassant des sommes de plus en plus importantes. Les gestionnaires de fonds, à la recherche d'une rentabilité maximale, arbitrent entre tous les placements possibles à l'échelle mondiale. Les progrès des NTIC (nouvelles techniques de l'information et de la communication) et de la finance mathématique ont fait naître de nouveaux instruments financiers et de nouveaux marchés où interviennent de façon de plus en plus sophistiquée des opérateurs qui mêlent des opérations de placement, d'endettement, d'assurance, d'arbitrage et de spéculation.

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Ce processus est mal contrôlé puisqu'il est mondial, marqué par des innovations continuelles alors que les autorités de contrôle restent nationales et peinent à adapter la réglementation. Les nouveaux produits financiers sont opaques. Une partie des transactions passent par des paradis fiscaux et réglementaires. La réglementation est contournée par les innovations financières. Nul n'est capable d'évaluer les risques pris par les institutions financières.

Les marchés financiers ne servent plus seulement à placer ou à financer : ils servent aussi à des opérations spéculatives où les capitaux engagés ne servent que de caution pour l'endettement. Les opérations de placement ou de financement donnent l'occasion d'une intense activité rentable et parasitaire. Les activités des agents non financiers deviennent une source de paris et de gains pour les spéculateurs. Ceux-ci tirent profit d'opérations d'arbitrage, de spéculation, d'assurance et de commissions, qui se multiplient avec la sophistication des marchés et la masse de capitaux engagés.

L'Évolution du Capitalisme Financier

Jusqu'au début des années 1980, les économies capitalistes connaissaient un compromis entre capital et travail. Il se caractérisait par une inflation importante et un comportement monopolistique du système financier contraint par les pouvoirs publics. Les taux d'intérêt réels étaient, sinon négatifs, du moins inférieurs au taux de croissance. En raison du contrôle des changes, la politique monétaire nationale pouvait facilement être utilisée à des fins conjoncturelles. Les périodes de déficit public étaient aussi des périodes de bas taux d'intérêt ; la dette publique ne pouvait pas faire boule de neige. Les entreprises pouvaient avoir de bas taux d'autofinancement. Avec des profits relativement faibles, il était possible de faire beaucoup d'investissement. Les rentiers étaient spoliés par l'inflation, la faiblesse des dividendes et de la progression de la Bourse. La politique économique pouvait facilement maintenir le plein emploi.

Cette période a pris fin avec la révolution conservatrice des années 1980 impulsée par Ronald Reagan et Margaret Thatcher. Le capitalisme a été revivifié par des politiques de dérèglementation et de privatisation. Les détenteurs du capital financier ont repris le pouvoir de décision, avec la déréglementation financière et la libéralisation des marchés de capitaux. Les détenteurs de capitaux exigent maintenant d'être rémunérés au-delà de l'inflation, tant en dividendes qu'en progression de la Bourse. Une part importante des profits doit être reversée aux actionnaires. La globalisation financière permet d'imposer cette exigence.

Les banques centrales sont devenues indépendantes (du pouvoir politique, reflet en démocratie de celui des peuples) ; elles doivent garantir une faible inflation, conforme aux intérêts du capital. Même si les politiques budgétaires restent encore aux mains de gouvernements élus, la banque centrale garantit que les intérêts des détenteurs du capital seront préservés.

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La finance internationale a introduit de nouvelles normes : libéralisation des marchés financiers, liberté totale des mouvements de capitaux (y compris vers des paradis fiscaux ou réglementaires), modernisation financière, nouvelles normes comptables. Les pays doivent attirer les détenteurs de capitaux et s'engager à les laisser jouer librement : ils doivent garantir qu'ils n'interviendront pas dans la gestion des entreprises, n'imposeront pas de nouvelles normes (par exemple, de garantie d'emplois ou de réinvestissement des profits). Ils doivent privatiser et déréglementer. Ils doivent réduire leur fiscalité tant sur les entreprises que sur les propriétaires d'entreprises et les cadres supérieurs.

Les fonds spéculatifs, destinés à la clientèle la plus fortunée, visent à la rentabilité maximale quitte à prendre des risques élevés. Les fonds de pension amassent des sommes gigantesques (pour assurer sa retraite par la seule capitalisation, chaque salarié doit accumuler 10 fois son dernier salaire, ce qui représente globalement 6 fois le PIB). Le difficile est de trouver des emprunteurs. Ceux-ci peuvent être les États des pays riches (avec des contraintes institutionnelles aux États-Unis, au Royaume-Uni, dans la zone euro), les entreprises (mais celles-ci répugnent à être trop endettées), les ménages (dans les pays anglo-saxons en particulier), les pays émergents (mais ceux-ci ne veulent plus dépendre des pays étrangers). Ils sont donc à la recherche continuelle d'une rentabilité financière maximale, peu compatible avec la rentabilité normale des projets industriels.

Les gestionnaires sont à la recherche perpétuelle de gisements de rentabilités élevées ; ils s'y précipitent en masse tels des moutons de Panurge, faisant monter les prix, ce qui crée des plus-values qui justifient ex post l'investissement. Cette hausse est justifiée par des analyses qui prétendent que des innovations radicales (comme la nouvelle économie) vont induire des croissances sans précédent. À un moment donné le marché s'aperçoit que cette rentabilité reposait sur une bulle. Les gestionnaires de fonds se retirent (il faut savoir sauter en marche), provoquant alors l'effondrement des cours, ce qui justifie leur départ. L'économie réelle vit ainsi dans une ambiance de casino qui masque les rentabilités réelles.

La croissance de l'endettement permet une forte croissance qui justifie la hausse de la valeur des actifs. L'économie est entraînée dans une spirale ascendante. Au moment du retournement, les bilans apparaissent fortement dégradés, ce qui oblige à une période d'assainissement par réduction de l'endettement. Mais cette réduction induit une baisse de la croissance, donc des profits. L'économie est entraînée dans une logique descendante, symétrique de la phase ascendante.

La forte rentabilité des fonds s'appuie sur le bas niveau des taux d'intérêt. C'est l'effet de levier. Un fonds doit mixer les capitaux à rentabiliser avec des crédits bancaires. La rentabilité du fond dépend de sa capacité à s'endetter à bas coût, donc de la confiance que lui accorde le système bancaire. Mais, sur quoi repose cette confiance ? Le fond a tendance à s'endetter au maximum pour faire jouer l'effet de levier. La Banque suit jusqu'au jour où un accident survient. Mais cette forte rentabilité peut être le signe d'une bulle financière ou celui d'un fort risque. Exemple : un actif vaut 100 ; à la suite d'une rumeur, sa valeur passe à 120 ; les détenteurs ont gagné 20 ; mais ce gain est-il extrapolable ? Ne signale-t-il pas un risque de dégonflement et de perte de 20.

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La forte volatilité des marchés financiers permet une différenciation entre la rentabilité relativement faible assurée ex post à la masse des épargnants et la rentabilité exceptionnelle des fonds spéculatifs, dont les gestionnaires sont capables d'anticiper les hausses et surtout les retournements à la baisse des marchés, sont capables de spéculer à la hausse comme à la baisse des cours, à la réussite comme à l'échec des innovations financières. Les fonds spéculatifs bénéficient de l'écart entre les primes de risque et les pertes effectives. En période faste, ils sont fortement rémunérés pour assumer les risques que la masse des épargnants ne veut pas prendre, risques qui ne se matérialisent pas. La plupart des agents n'ont pas la capacité d'analyser avec précision et rapidité le risque et la rentabilité des placements ; ils sont donc perdants par rapport aux opérateurs spécialisés, qui interviennent dans les fonds spéculatifs. La masse des épargnants est ainsi pillée au profit de la couche la plus riche des capitalistes et des traders.

Sept Contradictions

Les gestionnaires collectent des fonds de plus en plus importants qu'ils cherchent à rentabiliser à des taux élevés. La contrainte de rentabilité limite les investissements possibles. Les gestionnaires de fonds font pression sur les entreprises pour qu'elles pratiquent des politiques rigoureuses et qu'elles limitent leurs investissements aux niches de rentabilité exceptionnelle. Les rentabilités exigées ne sont souvent obtenues que grâce à des bulles financières (marchés immobiliers, bourses exotiques) au détriment des placements réels. Aussi, le risque est grand de voir l'économie asphyxiée par des taux de rentabilité requis excessifs. Heureusement, ces taux de rentabilité sont souvent virtuels, puisqu'ils sont obtenus par des plus-values illusoires.

La logique du capitalisme financier est d'accumuler puis de rentabiliser des masses énormes de capitaux. Il est impossible que, durablement, les capitaux dont la masse augmente au taux de 15 % aient une rentabilité de 15 %. Mais comment trouver la contrepartie : des emprunteurs sans risque et prêts à payer des taux d'intérêt importants ? Il faut un montant énorme de dettes face à un montant énorme d'actifs financiers. Les prêteurs veulent investir des sommes importantes, mais s'inquiètent de ce que les emprunteurs sont trop endettés ; ils recherchent des rentabilités élevées, mais celles-ci fragilisent les emprunteurs ; c'est la malédiction du prêteur.

Les pays, les entreprises ou les ménages qui bénéficient d'apports importants de fonds sont fragilisés, puisqu'ils deviennent fortement endettés et dépendants des marchés de capitaux : c'est la malédiction de l'emprunteur. Le système financier international est ainsi à la recherche perpétuelle d'emprunteurs : jadis, les pays du tiers monde ; puis les pays d'Asie en développement rapide ; puis les États-Unis et les ménages anglo-saxons. En 2011, les marchés financiers ont besoin de prêter massivement à des agents sûrs. Comme les ménages et les entreprises cherchent à se désendetter, compte tenu de l'incertitude économique, ce sont les États qui doivent s'endetter ; en même temps, leurs positions sont fragilisées. Les marchés veulent des emprunteurs, mais ils leur reprochent d'être endettés.

Beaucoup d'agents sont endettés et certains le sont plus que les autres. Il y a donc en permanence des doutes sur la solvabilité des emprunteurs. Les marchés sont moutonniers ; leurs anticipations sont auto-réalisatrices et les opérateurs le savent. Ils sont vigilants, mais leur vigilance accentue les risques de crise. La globalisation financière oblige l'économie mondiale à vivre en permanence sous la menace de crises de la dette. La crise de 2007-2008 a montré que des événements inimaginables, comme la faillite de Lehman Brothers, pouvaient se produire ; de sorte que les marchés sont plus nerveux, plus rapides à envisager des scénarios extrêmes, ce qui accentue leur instabilité.

Les marchés financiers se souviennent qu'ils ont réussi à faire exploser le Système monétaire européen en 1992, qu'ils ont obligé l'Argentine à sortir du currency board en 2001. Pourquoi ne réussiraient-ils pas à faire exploser la zone euro ? Les États sont ainsi soumis à des exigences contradictoires : soutenir l'activité économique (y compris en venant au secours des institutions financières défaillantes), et assurer leur propre situation financière.

Dans la finance globalisée, les politiques économiques doivent se consacrer à rassurer les marchés, alors même que ceux-ci n'ont aucune vision pertinente de l'équilibre et de l'évolution macroéconomique, comme en témoignent les fortes fluctuations des marchés financiers (cours boursiers ou taux de change). Les détenteurs de capitaux veulent détenir des avoirs financiers importants. Avant la crise, ce désir avait été satisfait grâce au ...

Les bases de l'économie et la finance

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