Cumul Revenu Auto-Entrepreneur et Chômage : Conditions et Aides

Avoir une activité sous le statut d’auto-entrepreneur en étant bénéficiaire d’allocations chômage est désormais possible. Ce régime permet d'avoir des obligations administratives et fiscales allégées dès lors que vous déclarez bien votre chiffre d'affaires tous les mois ou tous les trimestres.

Le statut d’auto-entrepreneur vous permet d’exercer tout en bénéficiant de l'allocation d'aide au retour à l'emploi (ARE). Avec votre micro-entreprise, vous continuez à percevoir vos allocations chômage. Un chiffre d’affaires égal à 0 € vous offre la possibilité d’en demander l’intégralité.

En réalité, une personne au chômage peut créer une micro-entreprise sans perdre son statut de chômeur. Depuis le 1er octobre 2014, tous les chômeurs peuvent cumuler le statut d’auto-entrepreneur et celui de chômeur. Le cumul des deux statuts concerne également le salarié qui se lance dans une activité secondaire en tant qu’auto-entrepreneur pendant son contrat de travail et qui fait ensuite l’objet d’un licenciement.

Mais est-il possible pour un auto-entrepreneur de toucher l’ARE après avoir été licencié ? Le salarié auto-entrepreneur peut toucher l’ARE après avoir été licencié. Toutefois, le montant de l’allocation dépend de la situation du chômeur auto-entrepreneur.

L’ARE désigne l’Allocation de Retour à l’Emploi destinée aux demandeurs d’emploi. Il s’agit plus précisément d’indemnités de chômage versées en remplacement du revenu. Son montant varie selon le profil du chômeur et sa situation.

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Auto-entrepreneur au chômage, comment ça marche?

Conditions d'Attribution de l'ARE

Le versement de l’ARE n’est pas automatique pour tous les demandeurs d’emploi et dépend de certaines conditions :

  • Être inscrit comme demandeur d’emploi : La première condition à remplir est l’inscription à France Travail comme demandeur d’emploi. Pour ouvrir vos droits au chômage, il vous faut effectuer votre recensement au cours des 12 mois suivant la fin de votre contrat de travail (sauf situation exceptionnelle telle qu’un congé de parentalité ou de maladie). Pour maintenir cette inscription, il est nécessaire d’être présent aux différentes convocations et d’actualiser sa situation tous les mois. En somme, vous devez être dans une demarche de recherche active d’emploi. La création ou reprise d’une entreprise (dont micro-entreprise) est également considérée comme un acte positif pour l'éligibilité à l'allocation chômage. Vous devez également être considéré comme apte au travail ainsi que résider en France.
  • Pouvoir justifier de suffisamment de jours travaillés : Afin de pouvoir déclencher vos indemnités, vous devez avoir déjà cotisé au chômage et avoir travaillé a minima 130 jours ou 910 heures (soit 6 mois) au cours des 24 derniers mois à la date de fin de votre contrat de travail. Cette période se nomme « durée d’affiliation ». Pour les personnes de plus de 53 ans, l’indemnisation se déclenche également à partir de 910 heures travaillées, mais dans un délai de 36 mois.
  • Être involontairement privé d’un emploi : À part dans certains cas particuliers (déménagement du conjoint par exemple), démissionner de son précédent emploi ne permet pas de toucher le chômage. Dans ce cas, vous devrez en effet respecter un délai de carence de 121 jours après avoir démissionné de votre précédent poste pour bénéficier d’un droit à l’indemnisation. La cessation de votre contrat de travail doit être justifiée par l’une des situations suivantes :
    • Licenciement pour motif personnel ou économique
    • Révocation
    • Rupture conventionnelle
    • Non renouvellement d’un contrat à durée déterminée (CDD)
    • Démission légitime, notamment un déménagement pour suivre un conjoint
    L’ARE peut également, dans certains cas, être ouverte à celui qui souhaite entreprendre une reconversion professionnelle, même s’il est encore salarié. Il est éligible si son dossier de projet est considéré comme abouti et réalisable.
  • Ne pas avoir atteint l’âge de la retraite : Bien que vous puissiez devenir auto-entrepreneur en étant retraité, vous ne pouvez pas percevoir l’ARE si vous remplissez ces deux conditions :
    • Vous avez atteint l’âge légal de départ à la retraite (selon votre année de naissance) ;
    • Vous avez atteint le nombre de trimestres requis pour recevoir une retraite à taux plein.

Bon à savoir : Être auto-entrepreneur ne permet pas de cotiser à l’assurance chômage. Vous n’augmenterez donc pas la durée ou le montant de vos droits grâce à votre activité.

Calcul de l'ARE et Revenus de l'Auto-Entreprise

Si l’autoentreprise génère des revenus suffisants, l’ARE est maintenue, mais son montant est réduit. Une restriction est cependant imposée : la somme des indemnités chômage et des revenus générés par l’autoentreprise ne peut être supérieure au salaire journalier de référence (SJR) qui a servi de base de calcul de son ARE.

Le SJR désigne le salaire moyen que percevait l’allocataire au titre de sa dernière activité salariée. Autrement dit, si le chiffre d’affaires mensuel de l’auto-entrepreneur dépasse 70% du revenu de référence, l’auto-entrepreneur chômeur perd son droit à l’ARE.

Le calcul du montant de l’ARE pour l’auto-entrepreneur chômeur se fondant sur le revenu perçu dans le cadre des activités auto-entrepreneuriales et des allocations chômage. Le calcul de la partie du revenu de l’auto-entrepreneur se fonde sur la nature de son activité.

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Les étapes suivantes sont nécessaires pour connaître le montant des allocations chômage de l’autoentrepreneur :

  1. Étape 1 : Déterminer le montant des revenus mensuels issus de l’autoentreprise à prendre en compte. En effet, ils doivent être minorés de l’abattement pour charges, lequel correspond à un pourcentage du chiffre d’affaires variable selon la nature de l’activité :
    • 71 % pour les activités commerciales et industrielles,
    • 50 % pour les prestations de services,
    • 34 % pour les activités libérales.
    • 30 % pour une activité de location de meublé de tourisme non classé
  2. Étape 2 : Soustraire 70 % de ce montant au montant de l’ARE habituellement perçu.

Exemple de calcul du cumul de l’ARE et des revenus d’une micro entreprise

Contexte : Pierre est demandeur d’emploi et perçoit une allocation chômage (ARE) de 1 200 € par mois. Il décide de créer une micro-entreprise de prestations de services en tant que graphiste freelance. Au cours du mois de janvier, Pierre génère un chiffre d’affaires de 1 500 €.

Règle de cumul : Pour les prestations de services, l’administration applique un abattement forfaitaire de 50 % sur le chiffre d’affaires afin de prendre en compte les charges professionnelles. Ensuite, 70 % des revenus nets (après abattement) sont déduits du montant de l’ARE habituel.

Calcul détaillé :

  • Calcul de l’abattement pour charges :
    • Chiffre d’affaires de janvier : 1 500 €
    • Abattement de 50 % : 1 500 € × 50 % = 750 €
    • Revenu net pris en compte = 750 €
  • Application du taux de déduction : 70 % de 750 € = 525 €
  • Montant de l’ARE ajustée :
    • Allocation mensuelle initiale : 1 200 €
    • Déduction des 525 € (70 % du revenu net)
    • Allocation versée par Pôle emploi : 1 200 € - 525 € = 675 €
  • Total perçu par Pierre :
    • Revenus de l’activité : 1 500 € (chiffre d’affaires brut)
    • ARE versée après ajustement : 675 €
    • Revenu total pour le mois de janvier : 2 175 €
Cumul Chômage Auto-Entrepreneur

Allocation des Travailleurs Indépendants (ATI)

Depuis le 1er novembre 2019, les autoentrepreneurs en cessation d’activité ont droit à l’Allocation chômage des Travailleurs Indépendants (ATI) au même titre que les autres indépendants.

Pour toucher l’ATI, les conditions suivantes doivent être remplies :

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  • Justifier d’une activité non salariée sur une période minimum et continue de 2 ans (pas de mise en sommeil) au sein d’une seule et même entreprise, extrait Kbis à l’appui.
  • Justifier de revenus annuels d’activité égaux ou supérieurs ou à 10 000 € en moyenne sur les deux années précédant la cessation (7 500 € à Mayotte).
  • Disposer de ressources personnelles (non générées par l’activité professionnelle et hors revenus du conjoint) inférieures au Revenu de Solidarité Active (RSA), qui s’élève à 564,78 € par mois pour une personne seule (419,81 € à Mayotte).
  • Avoir fait l’objet d’une procédure de redressement judiciaire avec éviction du dirigeant ou d’une liquidation judiciaire.
  • S’inscrire comme demandeur d’emploi dans un délai de 12 mois à partir de la date du jugement de redressement ou de liquidation.
  • Ne pas être éligible à une retraite à taux plein par atteinte de l’âge légal de départ ou par validation du nombre minimum de trimestres requis.
  • Être en recherche effective d’un emploi, c’est-à-dire multiplier les actions pour retrouver un poste, créer une entreprise ou reprendre une structure existante.

France Travail attribue l’ATI pendant un délai non renouvelable de 182 jours (environ six mois), dès lors que l’allocataire satisfait aux critères d’attribution. Le montant journalier de l’ATI s’élève à 26,30 €, à multiplier par le nombre de jours dans le mois.

Tableau Comparatif : ARE vs ATI

Critères Allocation d’Aide au Retour à l’Emploi (ARE) Allocation des Travailleurs Indépendants (ATI)
Personnes éligibles Salariés involontairement privés d’emploi (licenciement, fin de CDD, rupture conventionnelle). Certains cas de démission considérés comme légitimes. Travailleurs indépendants (artisans, commerçants, professions libérales, etc.) ayant cessé leur activité pour cause de liquidation judiciaire ou activité non viable.
Conditions d’obtention Inscription comme demandeur d’emploi. Travail de 6 mois (130 jours ou 910 heures) dans les 24 derniers mois (ou 36 mois pour les 53 ans et +). Ne pas avoir atteint l’âge de la retraite. Exercice d’une activité non salariée pendant au moins 2 ans. Revenus annuels d’activité d’au moins 10 000 € (7 500 € à Mayotte). Inscription comme demandeur d’emploi dans les 12 mois suivant la cessation.
Montant de l’allocation Calculé selon les salaires des 12 derniers mois. Inclut une partie fixe et proportionnelle. Réduction possible selon les revenus passés. Montant journalier de l’ATI s’élève à 26,30 €, à multiplier par le nombre de jours dans le mois.
Durée d’indemnisation Variable selon l’âge et la durée d’affiliation. De 6 à 24 mois (plus pour les 53 ans et +). Durée fixe de 182 jours (6 mois).
Cumul avec d’autres revenus Possible avec une activité réduite ou occasionnelle. Diminution de l’ARE selon les revenus générés. Non cumulable avec l’ARE ou ASS. Possible sous certaines conditions avec d’autres revenus.

Sources Unédic 2024

L’ARCE (Aide à la Reprise ou à la création d’Entreprise)

Le demandeur d’emploi qui envisage la création ou la reprise d’une entreprise peut toucher une partie de son ARE sous forme capital afin de réaliser son projet. Concrètement, il peut convertir 45 % du montant brut des ARE qui lui restent à la date de la création de l’entreprise ou celle de l’obtention de l’ACCRE si elle a été obtenue ultérieurement. Ce dispositif désigné par Aide à la Reprise ou à la Création d’Entreprise (ARCE) est à demander auprès de France Travail.

Le versement de l’ARCE s’effectue en deux phases :

  • la moitié du capital est versée dès le lancement de l’activité,
  • le deuxième paiement intervient après 6 mois ou 182 jours, sous réserve que l’autoentreprise soit encore en activité.

Attention, l’ARE et l’ARCE ne sont pas cumulables. Il faut donc réfléchir à l’option la plus intéressante avant de faire un choix, qui ne peut plus être modifié.

L’avantage de l’ARCE est que les revenus tirés de la nouvelle activité n’ont aucun effet sur l’aide de France Travail. En contrepartie, l’ARCE est plus faible que les allocations potentiellement perçues s’il avait opté pour leur maintien. C’est une option intéressante si l’entrepreneur anticipe des revenus élevés très rapidement, mais qu’il lui faut un financement pour son démarrage.

Choisir entre ARE et ARCE

Qu'en est-il du reliquat des droits au chômage ?

Le bénéficiaire de l’ARE ou de l’ARCE qui met fin à son autoentreprise n’a pas toujours épuisé l’intégralité de ses indemnités de chômage au moment de la cessation d’activité. Il s’agit des 55 % de l’ARE qui ne lui ont pas été versés durant sa période d’exercice sous le statut d’autoentrepreneur.

Comment Déclarer son Chiffre d'Affaires à France Travail ?

Pour continuer à toucher le chômage tout en créant son autoentreprise, le demandeur d’emploi doit accomplir certaines formalités :

  • Informer France Travail de la création de son autoentreprise, même si elle ne génère pas encore de chiffre d’affaires. Le certificat d’immatriculation doit être présenté en guide de justificatif.
  • Déclarer ses revenus professionnels à l’URSSAF chaque mois ou chaque trimestre, y compris si ces revenus sont nuls. Le justificatif de la déclaration doit ensuite être transmis à France Travail pour actualisation de la situation de l’allocataire et permettre d’ajuster ses droits à ses revenus. Il doit préciser s’il est toujours en recherche d’emploi et communiquer le nombre d’heures travaillées au cours du mois écoulé.

Conseils pour Optimiser le Maintien de l'ARE

  • Démarrez sans précipitation : Tant que vos revenus restent faibles ou nuls, vous conservez l’intégralité de l’ARE.
  • Déclarez votre chiffre d’affaires mensuellement ou trimestriellement : Pensez à actualiser votre situation chaque mois auprès de Pôle emploi, même si votre chiffre d’affaires est nul. Cela évite toute interruption du versement de l’ARE.
  • Anticipez les variations de revenus : Si votre chiffre d’affaires augmente, sachez que 70 % de vos revenus sont déduits de l’ARE. Pour maintenir vos droits le plus longtemps possible, surveillez vos seuils de chiffre d’affaires.
  • Choisissez le bon régime fiscal : L’option pour le prélèvement libératoire (impôt simplifié) permet de mieux anticiper vos charges. Toutefois, cela peut influencer le calcul de vos droits. Il est souvent préférable d’attendre avant d’opter pour ce dispositif.

Les Différentes Situations Possibles

Situations Allocation d’Aide au Retour à l’Emploi (ARE) Allocation des Travailleurs Indépendants (ATI)
Situation 1 : Chômage avant création d’entreprise Possibilité de cumuler allocations chômage et revenus d’auto-entrepreneur. - Le total des allocations + revenus (chiffre d’affaires) ne doit pas dépasser le salaire journalier de référence. - Actualisation mensuelle obligatoire auprès de France Travail : déclaration de situation, heures travaillées, et chiffre d’affaires. - Déclaration de chiffre d’affaires à transmettre à Pôle Emploi. - Reliquat non versé des allocations ARE reporté pour usage futur en cas de nouveau chômage.
Situation 2 : Création d’entreprise avant chômage Droit au chômage en auto-entrepreneur après perte d’un emploi salarié si les conditions générales de l’ARE sont respectées. - Inscription à France Travail nécessaire. - Les allocations chômage peuvent être intégralement cumulées avec le chiffre d’affaires. - Actualisation mensuelle requise (comme dans le Cas n°1).
Situation 3 : Démission pour création d’entreprise Droit au chômage pour une démission pour création d’entreprise si certaines conditions sont remplies. - Projet entrepreneurial réel et sérieux validé par une commission spéciale. - Travail pendant au moins 5 ans pour le même employeur. - Respect des conditions générales d’éligibilité aux allocations chômage. - Évaluation et validation par une commission.

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