Impact de la délocalisation des PME sur le chômage
La délocalisation désigne le transfert d'activités industrielles ou de services d'un pays développé vers un pays émergent où les coûts salariaux sont inférieurs. Vous avez sûrement entendu parler de délocalisation dans l'actualité. Ce terme désigne le transfert d'activités industrielles ou de services d'un pays développé vers un pays émergent où les coûts salariaux sont inférieurs. Les entreprises agissent ainsi pour améliorer leur compétitivité et réduire leurs dépenses de main-d'œuvre.
La mondialisation est largement appréhendée comme une menace pour l'emploi. Lorsqu'on a posé cette question dans une enquête d'opinion publique en mai 2005 en France, un total de 73 pour cent des personnes interrogées ont déclaré qu'elles percevaient la mondialisation comme une menace pour l'emploi. Pendant la campagne pour le référendum sur la Constitution européenne, la question des délocalisations a également joué un rôle important dans le débat. Il semble que presque partout dans les pays industrialisés la mondialisation soit perçue comme une menace plutôt qu'une chance pour l'emploi.
Quelle part des pertes d'emplois est réellement due aux délocalisations ?
Les chiffres montrent que la délocalisation n'explique qu'une part limitée des pertes d'emplois industriels, avec d'autres facteurs comme l'automatisation jouant un rôle majeur. Les études montrent que ce phénomène reste limité face à l'ensemble du marché du travail. Le chapitre sur "Les emplois de service en marche" dans l'étude montre clairement que moins de 5 pour cent de toutes les pertes d'emplois dans l'industrie et les services peuvent être attribuées à la décision de l'entreprise de délocaliser ses activités de production. En d'autres termes, sur les 50 000 emplois que l'on perd en moyenne chaque mois dans les 18 pays européens étudiés, moins de 3 000 sont dus aux délocalisations.
En France, entre 2001 et 2019, moins de 5% des suppressions de postes industriels proviennent directement d'une délocalisation (DARES, « L'emploi industriel en France », 2022). Une récente étude de l'Insee relativise leur impact : seulement 4,2 % des entreprises implantées en France ont procédé à des délocalisations d’activités entre 2009 et 2011, occasionnant 6 600 suppressions directes de postes par an durant cette période, soit 0,3 % de l’emploi salarié. Surtout, la majorité de ces délocalisations s’est effectuée vers d’autres pays européens.
Différences selon les pays et secteurs
Aux États-Unis, seulement 20% des pertes d'emplois manufacturiers entre 1999 et 2011 s'expliquent par la concurrence accrue de la Chine (Autor, Dorn et Hanson, The China Shock, 2016). Ainsi, si la délocalisation a un impact réel, il demeure minoritaire comparé à d'autres facteurs comme l'automatisation ou le progrès technique.
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Dans le cas de la France, il s'agit des biens de consommation à fort contenu en main-d'œuvre : textile-habillement, cuir-chaussures, jouet, bijouterie, petit mobilier, électronique grand public. Ces transferts ne génèrent que peu d'importations en retour sauf dans l'habillement-cuir. Les pays concernés sont traditionnellement ceux du Bassin méditerranéen.
PME et délocalisation : un phénomène sous-estimé
Les statistiques ne prennent souvent en compte que les grandes entreprises et ne collectent pas les données relatives aux services et aux petites et moyennes entreprises, où la tendance à délocaliser semble s'être accélérée. Nous devons reconnaître que nous n'avons pas pris la pleine mesure du phénomène. Ces chiffres sont cependant à prendre avec beaucoup de prudence, car ils ne prennent en compte que les délocalisations directes, et ne comptent pas les suppressions d'emplois induites chez les sous-traitants. De quoi faire remonter la jauge, en particulier dans l’industrie.
La propension à délocaliser augmente avec la taille de l’entreprise et son envergure internationale : seulement 2,7 % des entreprises employant moins de 100 salariés ont délocalisé, contre 10 % de celles de 5 000 salariés ou plus. Et les sociétés exportatrices ont délocalisé en moyenne quatre fois plus souvent que les autres. Au total, 94 % des délocalisations sont le fait de grands groupes, qui le plus souvent choisissent de délocaliser en interne, dans une filiale déjà existante.
Destinations et motifs
Contrairement aux idées reçues, la majorité des délocalisations (55 %) ne s’effectue pas vers la Chine, mais vers l’Europe. Et même en priorité au sein de l’Union européenne des Quinze (38 % des délocalisations), plutôt que vers les nouveaux Etats membres (22 %). L’Inde est la destination d’un quart des activités support délocalisées depuis la France. Concernant la Chine, le risque de non-respect de la propriété intellectuelle suscite toujours la méfiance des entreprises. Celles qui choisissent tout de même de s’implanter dans ces pays émergents justifient leur stratégie par la volonté de pénétrer des marchés prometteurs.
L'attraction que ces pays exercent peut paraître très importante à certaines périodes et encourager les industries à fort coefficient de main-d'œuvre à y délocaliser des activités de sous-traitance. Un tel mouvement a incontestablement avantagé les pays du Maghreb au début des années 80. Cependant, l'avantage de compétitivité tenant à des coûts de main-d'œuvre bas n'est ni automatique ni durable.
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Conséquences sur les travailleurs : mobilité, salaires et reconversion
De manière générale, les travailleurs évincés se ressemblent assez en termes d'âge, de niveau de formation, d'ancienneté dans leur poste et de niveaux de rémunération. Mais il existe des contrastes entre les travailleurs évincés dans l'industrie et ceux qui ont perdu leur emploi de service. Comme le montre la contribution de Raymond Torres, aussi bien aux États-Unis qu'en Europe, la moitié ou plus des travailleurs qui ont perdu leur emploi dans l'industrie ont trouvé un nouvel emploi dans le même secteur, malgré la tendance à la baisse de l'emploi dans ce secteur dans la plupart des pays.
Presque tous les autres travailleurs se sont dirigés vers le secteur des services, tels que le commerce de détail dans lequel les compétences requises sont assez générales et basiques. Il est important de noter que les salaires dans les nouveaux emplois sont plus favorables que dans les anciens si les travailleurs restent dans le même secteur, surtout aux États-Unis. La proportion de travailleurs européens rapportant des chutes de revenus d'au moins 30 pour cent est beaucoup plus réduite qu'aux États-Unis: la différence de salaire entre anciens et nouveaux emplois est plus faible en Europe.
Politiques publiques et mesures d'accompagnement
Bernhard Gazier montre que les politiques d'emploi efficaces conjuguent l'attribution d'une aide à ceux qui sont licenciés en raison de la mondialisation avec une plus forte mobilité vers les nouvelles zones de croissance. Des mesures ciblées en faveur de ceux qui sont affectés par la libéralisation du commerce peuvent être utiles dans certaines circonstances, en particulier là où les suppressions d'emplois se concentrent, dans les régions en déclin ou si elles touchent un secteur tout entier. Cependant, de telles mesures spécifiques ont leurs limites et sont parfois un véritable obstacle à l'ajustement.
C'est pourquoi des stratégies d'activation, des services publics de l'emploi efficaces, des périodes de préavis de licenciement suffisamment longues et un niveau approprié d'indemnisation chômage sont nécessaires. En reconnaissant que le travail décent est un concept dynamique qui va bien au-delà d'un simple travail et comprend un véritable accompagnement social ou la restructuration d'activités. Pour réintégrer les travailleurs de manière stable, nous devons promouvoir des politiques de l'emploi appropriées et bâtir des institutions permanentes pour gérer les ajustements au niveau local, national et international.
Il pourrait être politiquement sage de s'attaquer spécifiquement au problème de ceux qui ont été licenciés à cause du commerce international et des délocalisations, ce qui pourrait réduire la résistance à la mondialisation et aux ajustements. Cependant, pour des raisons d'équité, de telles institutions qui visent à réinsérer les chômeurs doivent être considérées comme un bien public et être accessibles à tous ceux qui ont été touchés par des licenciements collectifs, que la cause en soit la mondialisation, la technologie ou autre chose. A l'avenir, l'adaptation des travailleurs aux restructurations doit être considérée comme un droit, ce qui implique le devoir d'accepter des offres qui assurent sa propre employabilité.
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Une politique d'entreprise pour aider à l'intégration des salariés en situation de handicap
Autres facteurs structurels influençant le chômage
Outre la délocalisation, l'automatisation et le vieillissement de la population influencent profondément le marché du travail dans les pays développés. Selon l'OCDE, jusqu'à 14% des emplois actuels pourraient disparaître sous l'effet de la robotisation et de l'intelligence artificielle, tandis que 32% des métiers devront évoluer (OCDE, « L'avenir du travail », 2019). Dans l'industrie automobile, par exemple, l'usage grandissant de robots a fait grimper la productivité tout en réduisant le besoin de main-d'œuvre. Ce phénomène affecte aussi bien les pays développés que les pays émergents.
Le vieillissement de la population influe également sur le taux de chômage. Dans plusieurs pays européens, l'allongement de la durée de vie ralentit les entrées sur le marché du travail et modifie la structure sectorielle de l'emploi. Le système éducatif, l'accès à la formation professionnelle et le dynamisme entrepreneurial jouent eux aussi un rôle important. Une analyse rigoureuse invite donc à replacer la délocalisation parmi l'ensemble des forces qui transforment continuellement le marché du travail.
Comparaison des causes de suppression d'emplois en France
| Facteur | % Suppressions d'emplois industriels | Source |
|---|---|---|
| Délocalisation | 4,7% | DARES, 2022 |
| Automatisation | 22% | OCDE, 2019 |
| Changements de goût/demande | 12% | INSEE, 2018 |
| Autres (restructurations, fermetures non délocalisées) | 61,3% | Compilation études diverses |
Politiques nationales: fiscalité, réglementation et relocalisation
La fiscalité française pousse aux délocalisations et aux importations. Nous avons la triple spécificité d’avoir des charges sociales, des impôts sur les sociétés et des impôts de production très élevés. Ces fiscalités expliquent la persistance d’un chômage anormal en France. Avec plus de 8 % de chômage, soit 1,5 points de plus que la moyenne européenne, nous avons 500 000 chômeurs en trop par rapport à nos voisins.
La France est la championne en la matière, avec 109 milliards d’impôts de production en 2018. Ces impôts sont particulièrement nocifs. Ils sont calculés en amont du résultat, par exemple sur le chiffre d’affaires, la masse salariale ou la valeur ajoutée. Ils pénalisent les activités en fonction de critères arbitraires, indépendants de leur rentabilité. Les impôts de production français sont aussi particulièrement excessifs dans le domaine du médicament. Ils représentent de l’ordre de 8 % du chiffre d’affaires ce qui, là encore, surenchérit les coûts de production. La France est le pays d’Europe dans lequel l’excédent brut d’exploitation de l’industrie pharmaceutique est le plus faible, avec à peine 9 % du chiffre d’affaires, contre 22 % dans l’Union européenne en 2017. Conséquence, les groupes pharmaceutiques sont incités à investir moins et à délocaliser.
Nos règlementations sont, en effet, une source de rigidités. Elles complexifient l’action des entreprises dans tout une série de domaines, des investissements à la gestion du personnel. Selon la Banque mondiale, la France est seulement 32ème en matière de facilité à conduire une activité économique, ce qui nous place entre la Chine et la Turquie, après une grande partie de voisins européens. La surrèglementation française se surajoute à la tendance réglementaire européenne.
Il faudrait aller vers des simplifications globales. La fiscalité et la surrèglementation française étouffent l’économie, en poussant les entreprises et les individus à s’exiler. On en pâtit même dans la lutte contre le coronavirus, entravée par des normes tatillonnes, contradictoires et contreproductives. Alors que nous manquons de masques, l’Etat s’est arrogé le droit de réquisitionner les stocks, productions et importations à venir. Etant lui-même prisonnier de règles d’achat public inadaptées, il n’a pas réussi à se procurer en direct les matériels de protections qui manquent. Malheureusement, l’expérience montre que nous ne sommes pas les plus efficaces lorsqu’il s’agit d’alléger les contraintes administratives.
Points à retenir
- La délocalisation désigne le transfert d'activités vers des pays émergents pour réduire les coûts salariaux, suscitant débats sur son impact sur le chômage.
- Les chiffres montrent que la délocalisation n'explique qu'une part limitée des pertes d'emplois industriels; d'autres facteurs comme l'automatisation jouent un rôle majeur.
- Les secteurs tels que le textile et l'électronique sont plus exposés à la délocalisation, accentuant les inégalités sociales et territoriales.
- Les PME sont moins souvent à l'origine des délocalisations directes que les grands groupes, mais les statistiques peuvent sous-estimer l'effet via les sous-traitants.
- Des politiques d'accompagnement, une fiscalité compétitive et des institutions de réinsertion durable sont nécessaires pour atténuer l'impact sur l'emploi.
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