Filière de production et transformation des petits pois : enjeux, acteurs et perspectives des entreprises françaises
La filière des petits pois en France rassemble production, semences, transformation industrielle et circuits courts, avec des dynamiques contradictoires : leadership européen en volumes pour l’industrie mais contractions récentes des surfaces. La production nationale est presque intégralement destinée à la conservation ou à la surgélation, tandis qu’un marché frais limité offre des marges attractives pour les maraîchers.
Un poids européen et une répartition géographique concentrée
La production de petit pois de l’Union Européenne à 27 (UE) est de l’ordre de 810 000 tonnes en grains, dont 33 % sont récoltés en France. En France, la culture du petit pois est concentrée à près de 90 % dans deux régions (Hauts-de-France et Bretagne). Elle représente une surface globale de plus de 40 000 ha. La France est un acteur incontournable du petit pois en Europe, avec un poids considérable dans la production destinée à l’industrie.
Évolution des surfaces et tensions récentes
Après un recul déjà marqué en 2025, les surfaces de légumes destinés à l’industrie devraient de nouveau diminuer en 2026 pour atteindre un niveau historiquement bas. En 2026, les surfaces de légumes contractualisées pour l’industrie par les Organisations de Producteurs devraient atteindre environ 50 000 hectares, soit -10 % par rapport aux réalisations 2025 et - 8 % par rapport aux prévisions 2025. Les pois devraient couvrir environ 19 940 hectares en 2026, un niveau inférieur de 28 % à la moyenne 2021-2025.
Rendements, campagne 2025 et facteurs agronomiques
Malgré une météo marquée par des événements extrêmes (fortes chaleurs en juin, orages et pluie torrentielles fin août), la campagne 2025 des légumes d’industrie affiche des résultats globalement positifs. Les résultats pois sont très contrastés suivant les régions. Avec 22 560 ha semés (-15,6% vs 2024) et 147 440 tonnes brutes (-16%), la campagne 2025 reste moyenne et les rendements contrastés en raison de nombreux abandons (9%) liés à l’impossibilité des usines d’absorber les volumes.
Atouts agronomiques des légumineuses et intérêt pour les agriculteurs
Les légumineuses présentent des propriétés vertueuses pour l'environnement, en raison notamment de leur capacité à fixer l'azote de l’air dans le sol grâce à leurs nodosités. Cela permet de réduire l’utilisation d’intrants chimiques, car l’azote libéré bénéficie aux cultures situées à proximité ainsi qu’aux cultures suivantes. Les avantages de cette transition agricole sont multiples. Tout d’abord, l'investissement matériel nécessaire est moindre, car certains outils sont communs avec les grandes cultures.
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Maladies, gestion sanitaire et choix variétal
Le petit pois est sensible à plusieurs bioagresseurs majeurs, dont le mildiou, l’oïdium et la fusariose, qui peuvent entraîner des pertes significatives. Avec la réduction des solutions phytosanitaires disponibles, le pilotage sanitaire repose de plus en plus sur la prévention. C’est pourquoi le choix variétal, la qualité de la semence et la maîtrise de l’assolement s’avèrent aujourd’hui être des facteurs de réussite de la culture. Il est donc primordial de sélectionner les meilleures variétés de petits pois non traités.
Leviers biologiques et mécaniques pour la performance
Face au recul des solutions chimiques, les maraîchers explorent et adoptent des alternatives biologiques et mécaniques. L’utilisation de variétés résistantes ou tolérantes reste complémentaire à l’introduction d’auxiliaires et de biocontrôles. Des méthodes fiables comme le désherbage mécanique (herse étrille, bineuse) s’imposent aussi progressivement dans les itinéraires techniques.
Circuits courts et production fraîche : une niche rentable
La consommation de petits pois évolue vers des produits plus sains et respectueux de l’environnement. Lorsqu’ils sont valorisés en frais, ces légumes bénéficient de cette tendance, à condition que les producteurs puissent garantir des pratiques visant à réduire les intrants au maximum. Même si la majorité de la production française est orientée vers l’industrie, une opportunité existe en circuits courts. Les petits pois frais constituent une niche qui séduit les consommateurs recherchant un légume local, ultra-frais et différencié. Ce créneau permet une valorisation bien supérieure à celle obtenue via les débouchés industriels.
Semences et création variétale : accélérer le temps pour répondre aux agriculteurs
La création variétale doit être adaptée à chaque région et au marché. Les partenariats entre différents pays apportent de la complémentarité, permettant de faciliter et sécuriser l’approvisionnement en semences de qualité. L’innovation variétale est essentielle pour améliorer la résistance aux maladies, la productivité et la stabilité des rendements.
Exemples de variétés et caractéristiques
- ALLSUN (pois grain) : sucré, résistant et productif ; variété demi-précoce, résistance élevée au Fusarium et intermédiaire au mildiou.
- JOF : pois le plus tardif de la gamme, allie rusticité et qualité de récolte.
- DELIKATA : gousse longue, très productif, excellente qualité gustative ; variétés précoce avec résistances HR: Ep, Fop.
- GOLDEN SWEET : cosse très fine, goût sucré, demi-précoce.
- SHIRAZ POURPRE : cosse charnue de couleur pourpre, variété demi-précoce.
Recherche collaborative : l’exemple du programme Pea4Ever
Le PeaBoost Economic Interest Group (GIE) a obtenu le soutien du Ministère de l’Agriculture avec une subvention publique initiale de 5 millions d'euros pour financer son programme de recherche Pea4Ever. Créé en février 2024 à l’initiative des semenciers Limagrain, Florimond Desprez et RAGT, avec le soutien de Sofiprotéol, le PeaBoost GIE a lancé Pea4Ever en septembre 2024. Le premier croisement et les essais sont déjà en cours.
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L'objectif : développer des variétés de pois productives et consistantes pour améliorer les performances et restaurer la confiance des agriculteurs. Pour financer les cinq années de R&D, 50 M€ sont prévus : €5M d’investissement des trois entreprises fondatrices, €25M de subventions publiques, et €10M apportés par le secteur via Sofiprotéol (dont près de €2M en contributions interprofessionnelles). Les organisations de stockage via Fidicoop et Finégoce apportent aussi leur soutien financier.
Cette approche inédite de mise en commun des connaissances, outils et ressources génétiques vise à réduire à 7-8 ans le délai habituel de disponibilité de nouvelles variétés, contre 10-15 ans auparavant. Le projet bénéficie également du soutien de Terres Univia, la Fédération des producteurs (FOP) et de l’expertise technique de Terres Inovia.
Transformation industrielle : conserve et surgélation, deux débouchés historiques
La production nationale est presque intégralement destinée à la conservation ou à la surgélation. La surgélation, inventée et industrialisée depuis le XXᵉ siècle, reste un procédé majeur pour préserver qualité et disponibilité toute l’année. La conserve, quant à elle, repose sur un process historique (récolte, tri, blanchiment, stérilisation) et continue d’offrir une sécurité d’approvisionnement et une longue durée de vie.
Dans la filière, les usines jouent un rôle-clé pour l’absorption des volumes ; l’impossibilité des industries à absorber certains volumes en 2025 a conduit à des abandons et à une pression sur la rentabilité des producteurs.
Exemples d’initiatives locales et circuits structurés
Des initiatives de terrain montrent des voies de valorisation : après une année d’expérimentations en lentille verte, Unéal propose de nouveaux débouchés en partenariat avec des industriels comme Vivien Paille ; des producteurs se structurent en circuits courts pour fournir collectivités et restauration collective, comme l’exemple de Christian Hubert et de l’association Plaine de Versailles qui a permis de garantir des débouchés stables pour légumes secs.
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Certifications, durabilité et attentes sociétales
Les attentes sociétales se traduisent notamment par des critères environnementaux et par la réduction des intrants. Que ce soit par conviction, pour répondre aux attentes de la société ou pour se conformer aux nouvelles règles, les producteurs mettent en œuvre des pratiques respectueuses. Les certifications (CE2, HVE, agriculture biologique) encadrent ces démarches et de nombreuses filières affichent des taux élevés d’exploitations certifiées.
Perspectives et leviers pour relancer la filière
- Investir dans la création variétale collaborative et accélérer les délais de mise à disposition des nouvelles variétés (ex. Pea4Ever).
- Développer les circuits courts et la filière frais pour améliorer la valorisation économique.
- Accompagner les transformations industrielles pour absorber des volumes et garantir la filière de transformation (conserve, surgelé).
- Promouvoir les pratiques agronomiques limitant les intrants : variétés résistantes, biocontrôle, désherbage mécanique.
- Soutenir financièrement et institutionnellement les projets collectifs et interprofessionnels.
Bonnes pratiques recommandées pour les producteurs
- Sélectionner des semences de qualité, non traitées, adaptées au terroir et résistantes aux maladies.
- Allonger les rotations pour limiter les maladies racinaires et améliorer la fertilité via la fixation d’azote.
- Utiliser des méthodes mécaniques et biologiques pour la gestion des adventices et des bioagresseurs.
- Penser la commercialisation dès la planification culturale : contractuel industriel ou circuits courts selon le débouché visé.
Le petit pois, un produit attractif et adaptable
Le petit pois demeure un produit qui plaît : sain, riche en protéines pour certaines espèces comme les pois protéagineux, et compatible avec des pratiques agricoles durables. De plus, les variétés et l’offre commerciale évoluent : des pois sucrés aux pois de transformation industrielle, les entreprises françaises de semences et de transformation continuent d’innover pour répondre aux attentes des agriculteurs, des industriels et des consommateurs.
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