Évolution sculpturale et résonances culturelles de la statue de Saint Joseph portant l’Enfant-Jésus

Après de nombreux mois de travail, une statue de St Joseph de 1,75 m avec l'Enfant-Jésus est réalisé pour la Marche St Joseph de Paris.

En avril 2016 Luc de Moustier rencontre l'organisateur de la Marche de St Joseph de Paris, au chevet de la Basilique d’Argenteuil.

Il vient de participer à une messe présidée par Mgr Rey.

Il lui dit toute son enthousiasme pour la marche de Saint Joseph, et lui propose de se lancer dans l’élaboration d’une statue de Saint Joseph portant l’enfant Jésus sur les épaules, comme le font couramment les pères d’aujourd’hui.

Une réponse positive arrive peu après.

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Dès juin, je réalise alors une esquisse (30 cm de haut) en faisant venir un modèle fin juin, et je demande de m'entourer de quelques pères de la marche pour suivre le projet.

Durant l’été je trouve, à la sortie d’une messe en Lot et Garonne, un petit garçon de 3 ans au regard pétillant de malice.

Je demande aussitôt à ses parents la possibilité de le choisir comme modèle pour l’enfant Jésus.

Ceux-ci acceptent bien volontiers et quelques séances de pose s’en suivent.

Je commence le buste de l’enfant.

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En septembre, la première esquisse est jugée trop statique par le comité des pères, je demande alors à mon modèle de revenir avec les pères de la Marche un samedi matin.

L’attitude d’un homme montant un escalier est tout de suite agréée et je réalise dans la matinée une nouvelle esquisse.

Celle-ci est approuvée par les pères.

La demande est faite d’une statue de 1,75 m de haut pour pouvoir la transporter en voiture.

Dès le mois d’octobre je me lance dans la réalisation de l’armature, puis de la mise en volumes en plâtre de Saint Joseph.

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Fin décembre la statue est réalisée sans la tête.

Les bras sont rapidement esquissés en plâtre.

Je travail en parallèle au buste de l’enfant, mais je n’arrive pas à trouver un portrait qui me satisfasse.

En janvier, je travaille à la taille de la tête de Saint Joseph sans en définir les traits.

Quand je suis satisfait de sa taille, je m’attelle à l’enfant Jésus, son buste arrive en 4 jours de modelage.

Je réalise aussi les bras du Saint qui retiennent fermement les jambes de l’enfant.

Le mois de février est consacré à trouver les traits de Saint Joseph, mouler les portraits et le buste de l’enfant.

Début mars nous réalisons une tunique semblable à la Tunique d’Argenteuil.

J’assemble et je patine l’ensemble.

Tout s'enchaine très vite, et dès le 18 mars la statue est bénie lors de la marche des pères à Notre Dame de Paris par Mgr de Moulins-Beaufort.

En octobre 2017, Nathalie de Moustier retrouve même une iconographie du 12ième siècle en Sicile et une du 14ième siècle en Serbie, où l’on voit Saint Joseph portant l’enfant Jésus sur ses épaules lors du retour d’Egypte.

MESSAGES DE LA STATUE : Saint Joseph porte l’enfant sur ses épaules et gravit un escalier.

Cette nouvelle représentation de Saint-Joseph contient le signe d’une paternité très masculine, courageuse, engagée et forte.

La sculpture actuelle est en plâtre, et donc assez lourde.

Nous aimerions réaliser un moule, afin de pouvoir couler la même statue en résine et ainsi pérégriner derrière elle dans Paris.

Le sanctuaire de Cotignac m'a appelé récemment, pour me demander la possibilité d'avoir ma sculpture pendant l'année jubilaire des 500 ans des apparitions de Cotignac.

Je suis profondément touché par cette proposition !

Cette statue accueillerai les pèlerins entre l'église et la chapelle des apparitions.

Il est évident que le ni le plâtre ni la résine ne conviendrai à cette destination.

Lorsqu’en 1804, un certain Joseph débarque enfant à Marseille de sa Saint-Domingue natale, qui vient tout juste de gagner son indépendance, l’Hexagone compte déjà plusieurs milliers de personnes de couleur noire sur son territoire.

Plusieurs Noirs sont d’ailleurs passés à la postérité avant lui : le musicien guadeloupéen Joseph Bologne de Saint-George, le général Thomas-Alexandre Dumas, père du célèbre écrivain et originaire de Saint-Domingue lui aussi, Jean-Baptiste Belley, élu député de l’île en 1793 bien qu’il fût sans doute né au Sénégal, pour ne citer que quelques personnalités notoires de la fin du XVIIIe siècle et du début du XIXe.

A la veille des révolutions française et haïtienne, on recense environ cinq mille Noirs en France.

Aucun d’entre eux n’y est esclave, en vertu d’un édit de 1315 interdisant l’esclavage dans le royaume de France.

Joseph, lui, devient modèle professionnel.

Admis comme tel à l’École des Beaux-Arts de Paris en 1832 après avoir été engagé adolescent dans une troupe de cirque, Joseph poursuit sa carrière au moins jusqu’en 1865 ; il n’est plus représenté après.

Théodore Chassériau, lui-même natif de Saint-Domingue mais d’une famille de colons, réalise de lui une étude anatomique à la demande de Jean-Auguste-Dominique Ingres en 1836.

Le musée Ingres Bourdelle de Montauban conserve d’ailleurs une autre étude de Joseph, de son dos cette fois, signée Théodore Géricault.

Le jeune peintre, qui n’a pas encore trente ans mais s’est déjà fait remarqué lors du Salon de 1812, avait réalisé cette feuille en préparation de la figure de l’homme signalant sa présence au brick L’Argus dont on aperçoit la voilure à l’horizon dans son célèbre Radeau de La Méduse (1818-1819, musée du Louvre).

Bien que, selon les récits des survivants, il ne s’y trouvât plus qu’un soldat noir à bord, prénommé Jean-Charles, Géricault aurait fait poser Joseph pour les trois figures noires du tableau.

En dépit de son titre, l’Étude de Joseph possède toutes les qualités d’un authentique portrait.

Sur un fond légèrement ombré de noir à gauche de la figure représentée en buste et de trois-quarts, se détache son visage traité par une multitude de nuances chromatiques : marrons, bruns, beiges, bleu-gris.

Les rehauts indiquent la provenance de la source lumineuse, traditionnellement dirigée de la gauche vers la droite.

Ils forment un triangle approximatif entre le bout du nez de Joseph et ses pupilles.

Celles-ci sont d’ailleurs cernées d’un rouge pâle que le peintre intensifie au niveau de l’épaulette.

Joseph est en effet négligemment vêtu d’une veste qui pourrait appartenir à la Marine.

Son col ouvert évoque cependant les figures de penseurs telles qu’ils étaient représentés au siècle précédent, sans cravate et tête nue, mais le cadrage ne permet pas d’en distinguer les attributs traditionnels (livre, cahier, plume…).

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