Développement des villes après la transition écologique: défis, recherches et perspectives
En 2008, un cap a été franchi : plus de 50 % de l’humanité était alors citadine. En 2050, selon l’ONU, ce chiffre pourrait atteindre 75 % de la population mondiale. Face à une urbanisation galopante, au changement climatique, aux pollutions multiples et à l’érosion de la biodiversité, quels sont les défis concrets auxquels sont confrontées les villes aujourd’hui ? Comment la recherche se saisit-elle de ces questions ? Le point avec Anne Ruas, chercheuse à l’Université Gustave Eiffel (Laboratoire COSYS, INSE), et responsable scientifique à l’ANR sur le domaine « Ville, mobilité, construction » entre 2021 et 2024, à l’origine du colloque « Les défis de la ville en transition - bilan et perspectives de recherche », organisé les 24 et 25 septembre 2024 par l’ANR et l’Ademe.
La ville durable: définition et enjeux
Anne Ruas rappelle que le terme durable renvoie aux principes du développement durable, dont les fondements ont été popularisés internationalement en 1982 lors du Sommet de la Terre à Rio. La ville durable est une ville vertueuse qui n’épuise ni ses propres ressources ni celles des territoires qui l’alimentent sur le long terme. Elle consomme le moins possible et recycle autant qu’elle peut. Ses externalités négatives (GES, pollutions) sont les plus basses possible et elle doit aussi œuvrer pour l’éducation, la santé, la justice et le bien-être des citadins.
La ville durable est toutefois un espace composé de milliers d’individus et d’infrastructures, d’un patrimoine immobilier diversifié, d’un foncier partagé et d’une gouvernance multi-niveau. La ville, c’est aussi chacun de nous.
Les défis majeurs actuels
- Changement climatique et perte de biodiversité
- Vie digne pour tous et réduction des inégalités sociales
- Atténuation et adaptation: réduction de la production de GES et protection contre les impacts climatiques (incendies, sécheresses, canicules, inondations, tempêtes)
- Ressources énergétiques et matériaux consommés par les villes, enjeux de gouvernance et de financement
La ville est au cœur des transitions car elle est le lieu où se concentrent énergie et matériaux, et où les habitants se réfugient en période de canicule ou de crise. Réduire les inégalités dans les transformations urbaines (isolation, transports, végétalisation, gestion de l’eau, circuits courts) est essentiel pour que la transition profite à tous.
Progrès observés et leviers d’action
Le premier progrès incontestable est la prise de conscience collective des transformations à réaliser, notamment la végétalisation des villes et les mobilités douces. La végétalisation apporte ombrage, biodiversité, rafraîchissement en canicule et ralentit le ruissellement pendant les inondations. De nombreuses communes développent des plans de végétalisation, même si les arbres nouvellement plantés ne compensent pas toujours ceux coupés par les projets immobiliers. La désimperméabilisation des cours d’écoles est également en progression, contribuant à des aménagements plus résilients.
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Pour la mobilité, les pistes cyclables et les plans de rénovation incluent l’isolation thermique dans les parcs de logements sociaux et parfois des transports collectifs gratuits pour réduire l’empreinte carbone. Cependant, le passage de démonstrateur à échelle urbaine demeure un défi majeur.
Les axes européens et les modèles économiques
Les axes de l’appel DUT (Driving Urban Transition) illustrent trois grandes orientations: 1) la ville du quart d’heure, 2) la ville verte et les circuits courts, 3) les quartiers à énergie positive. La ville du quart d’heure vise à minimiser les déplacements pendulaires et viser des aménagements urbains plus locaux. Le développement des circuits courts concerne la circulation plus efficace entre ville et périphérie rurale, et les filières de réparation et réutilisation pour réduire l’extraction de ressources. Les quartiers à énergie positive étudient la production et le partage d’énergie à l’échelle locale.
En France, l’ANR soutient des axes sur la ville durable (Villes, bâtiments et construction, transport et mobilité) et sur les sociétés et territoires en transition. Le cadre ADEME privilégie l’économie circulaire, la transition des systèmes énergétiques, la transition écologique et société, et la préservation des milieux et des ressources. Deux modèles urbains coexistent potentiellement: dégradation ciblée et planification à long terme pour rénover progressivement l’ensemble du territoire.
Rôle des démonstrateurs et des réseaux locaux
Plusieurs programmes soutiennent des démonstrateurs et des territoires exemplaires. Parmi eux: Lab'2051 (incubateur de projets urbains innovants), les démonstrateurs de la ville durable (DIVD), et des initiatives comme EcoQuartier et EcoCité qui s’inscrivent dans une démarche durable et dans la lutte contre l’artificialisation des sols et le réchauffement climatique.
La culture et les arts se mêlent à l’aménagement pour accélérer les transitions, comme démontré lors d’événements et publications autour de « l’écologie, l’art et l’urbanisme ». L’ORT (Opération de revitalisation de territoire) et le contrat de projet partenarial d’aménagement (PPA) illustrent des outils juridiques et financiers pour remobiliser les centres-villes et soutenir des projets transversaux.
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Exemples concrets de villes en transition
Langouët, en Bretagne, est devenu un laboratoire écologique local avec logements sociaux passifs, cantine 100 % bio et locale, jardins maraîchers, énergie solaire locale et emprunt citoyen participatif. Grande-Synthe déploie des fermes urbaines, une énergie et des aides sociales, et promeut l’agroécologie, tout en préservant la biodiversité. Ungersheim, en Alsace, incarne une transition coordonnée autour de l’autonomie intellectuelle, énergétique et alimentaire, avec une monnaie locale et une centrale photovoltaïque. Mouans-Sartoux, dans les Alpes-Maritimes, a adopté une stratégie globale avec une cantine 100 % bio, une régie agricole municipale et l’éducation à l’alimentation durable, démontrant une réduction significative des émissions. Laon, Sète et Monestier-de-Clermont présentent des plans climats, des réseaux de production locale et des mesures d’économies d’énergie et d’eau, des circuits courts et des mobilités actives.
Ces exemples montrent que l’urbanisme durable combine solutions techniques, gouvernance participative et régulation des espaces pour limiter l’artificialisation des sols et réduire les émissions de CO2, tout en renforçant la mixité sociale et l’inclusion.
Normes, gouvernance et gestion des sols
Les normes comme HQE, HPE et THPE encadrent la performance environnementale des bâtiments. La gestion des sols est cruciale pour limiter l’artificialisation et dépolluer les sites, conformément à la loi Climat et Résilience (2021) qui fixe l’objectif de diviser par deux le rythme de consommation des sols à l’horizon 2030. L’ADEME accompagne la dépollution, la sécurité des sites et la transformation des espaces, avec des bilans et des feuilles de route territoriales.
Tableaux et données clés
| Élément | Description |
|---|---|
| Ville du quart d’heure | Organisation urbaine visant des déplacements réduits et services accessibles à pied ou vélo dans un rayon de 15 minutes |
| Quartiers à énergie positive | Production et partage d’énergie à l’échelle locale |
| ÉcoQuartier | Label pour des quartiers intégrant performance environnementale, mixité sociale et économie locale |
Perspectives et visions
Les villes devraient devenir plus vertes et plus inclusives, avec des réseaux froids pour limiter la climatisation et des toits plus clairs et plus solaires. Les ABF et les copropriétés pourraient intégrer le changement climatique dans les règlements, facilitant l’installation de panneaux solaires et d’ombrages. Le développement plus massif du réemploi des matériaux locaux et des zones végétalisées est attendu, tout comme des quartiers animés et non genrés, intégrant la culture et les arts comme leviers de transition.
Impact global et enjeux à venir
Face à une population urbaine croissante, l’urbanisme durable vise à concilier écologique, social, technique et économique pour créer des villes résilientes et équitables. La transition écologique des villes passe par une meilleure gouvernance, l’éducation des citoyens, et une coordination internationale et locale entre gouvernements, entreprises et société civile. La réduction des émissions, la préservation des sols, la création d’îlots de fraîcheur et le développement de l’économie circulaire restent des axes prioritaires.
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les lieux de la ville
FAQ rapide
- Qu’est-ce que l’urbanisme durable? C’est une approche qui concilie écologie, société, technique et économie pour repenser l’espace urbain et réduire son impact environnemental.
- Quelles normes pour les bâtiments durables? HQE, HPE et THPE, avec des certifications associées, garantissent performance et confort.
- Quels outils politiques soutiennent la transition? EcoQuartier, EcoCité, ORT, PPA et les démonstrateurs de la ville durable.
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