Définition et fonctionnement des échanges en valeur ajoutée

Le projet Trade in Value Added (TiVA) - ou Échanges en Valeur Ajoutée (EVA) en français - est une initiative conjointe de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Ce projet vise à améliorer la mesure du commerce international en développant des indicateurs plus adaptés à la réalité de la mondialisation et de la fragmentation des chaînes de production.

Qu’est-ce que la valeur ajoutée ?

La valeur ajoutée (VA) mesure la richesse économique créée par l’activité d’une entreprise. Selon l’Insee, elle est définie comme le « solde du compte de production » et correspond à la différence entre la valeur de la production et les consommations intermédiaires utilisées pour cette production. Cette valeur ajoutée permet de rémunérer les salariés, les actionnaires, de payer les taxes et de constituer les réserves de l’entreprise. Elle sert également de base pour calculer le profit de l’entreprise, appelé Excédent Brut d’Exploitation (EBE).

La valeur ajoutée peut être calculée globalement ou pour chaque activité spécifique d’une entreprise, ce qui permet d’identifier les secteurs et services contributeurs à l’économie de l’entreprise.

Utilité économique de la valeur ajoutée

  • Mesure de la performance : Elle permet de comparer l’efficacité de plusieurs entreprises à activité comparable. Une VA faible par rapport au chiffre d’affaires peut indiquer une faible sophistication ou une dépendance vis-à-vis des fournisseurs extérieurs.
  • Indicateur clé : Elle évalue la contribution nette à la richesse économique, la productivité et l’efficacité de la transformation des ressources en biens ou services.
  • Compétitivité : Une augmentation de la VA peut fortifier la compétitivité d’une entreprise en lui permettant d’offrir de meilleurs produits ou services à un prix compétitif.
  • Développement économique : Elle stimule la croissance, la création d’emplois et des revenus, contribuant ainsi au développement économique global.

Fonctionnement des échanges en valeur ajoutée dans le commerce mondial

Les chaînes mondiales de valeur désignent l’ensemble des étapes de production d’un bien qui s’étendent aujourd’hui sur plusieurs pays. Contrairement à un schéma simpliste où un produit est fabriqué entièrement dans un pays avant d’être exporté, la réalité contemporaine est beaucoup plus complexe et fragmentée.

Par exemple, l’iPod est un produit assemblé à Taïwan à partir de composants issus de plusieurs pays : le logiciel et le microprocesseur viennent des États-Unis, l’émetteur-récepteur d’Allemagne, les puces mémoire de Corée, et le disque dur du Japon. Cette division globale du travail illustre l’allongement et la complexification des chaînes de production internationales.

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Le schéma traditionnel basé sur des échanges de biens finis ne représente plus que 30 % des échanges mondiaux. Les 70 % restants correspondent à des biens et services intermédiaires circulant et s’incorporant progressivement dans les produits finaux exportés à travers le monde. Cette fragmentation se traduit par des échanges circulaires où des produits de base sont exportés, transformés, puis réimportés.

Limites des indicateurs commerciaux traditionnels

Les statistiques classiques du commerce international sont souvent exprimées en flux commerciaux bruts. Cela signifie que les biens intermédiaires traversant plusieurs frontières se comptent plusieurs fois, ce qui induit une surestimation de la valeur totale du commerce.

Par exemple, l’exportation d’iPods assemblés à Taïwan vers les États-Unis est comptabilisée comme une exportation complète, mais ignore que beaucoup de composants ont été importés de plusieurs pays. Les importations de biens intermédiaires ne sont ainsi pas prises en compte dans les statistiques brutes d’exportation. Cette approche peut donner une fausse impression des déficits ou surplus commerciaux entre pays.

Exemple du schéma simple entre trois pays

Un exemple simplifié entre trois pays (A, B, C) montre que, selon les statistiques brutes, un pays peut surestimer l’importance d’un partenaire commercial. Or, la prise en compte de la valeur ajoutée permet de mieux refléter la réalité économique des échanges en redistribuant les surplus et déficits commerciaux plus justement entre partenaires. L’exemple fameux est celui des États-Unis et de la Chine, où la balance commerciale en valeur ajoutée est en 2008 près de 40 % plus faible que selon les chiffres bruts.

Le projet TiVA : une révolution pour la mesure du commerce international

Le projet TiVA produit des tableaux entrées-sorties internationaux, qui décomposent chaque flux d’exportation en valeur ajoutée domestique et étrangère, suivant une méthodologie précise basée sur les données nationales, sectorielles et internationales.

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L’OCDE commercialise les données TiVA depuis 1995 et améliore régulièrement la couverture : en 2018, 64 pays et 36 secteurs industriels sont couverts, intégrant les dernières versions du système des comptes nationaux (SNA08) et classifications sectorielles (ISIC Rev.).

Applications et enjeux de TiVA

  • Mesurer l’interdépendance : Le TiVA montre que les exportations dépendent de plus en plus de composants importés. Par exemple, la Chine présente une valeur ajoutée étrangère dans ses exportations de plus de 32 % en 2011.
  • Analyser la compétitivité sectorielle : Dans l’Union Européenne, la part de la valeur ajoutée étrangère dans les exportations a augmenté, notamment en France, où elle atteint 25 % en 2011. Certains secteurs, comme les matériels de transport et l’automobile, sont particulièrement intégrés aux chaînes mondiales de valeur, avec des importations représentant jusqu’à 43,2 % de la valeur exportée.
  • Politiques publiques : La complexité accrue des chaînes d'approvisionnement montre qu’une politique protectionniste, comme la taxation des importations, peut nuire à la compétitivité d’un pays en augmentant les coûts des consommations intermédiaires et en détériorant sa position à l’export.
  • Répartition des emplois : La forte interconnexion des économies affecte l’emploi, avec une part croissante de l’emploi dans les pays de l’OCDE dépendant aujourd’hui de la demande finale étrangère.
  • Impact environnemental : Pour analyser les émissions de CO2 liées au commerce, il est crucial de connaître la localisation des secteurs et pays producteurs des biens importés.

Exemple précis : Apple et la chaîne de valeur mondiale

Les produits Apple, notamment l’iPhone, illustrent parfaitement la fragmentation de la production globale. Bien que l’iPhone soit commercialisé par une entreprise américaine, sa production incorpore une très large gamme de composants et services issus de divers pays. Les données TiVA permettent de quantifier la valeur ajoutée domestique et étrangère dans le produit final, mettant en évidence l’interdépendance des chaînes d’approvisionnement.

En 2011, le total de la valeur ajoutée liée à un Iphone reste constant à 1646 millions de dollars environ, mais la composition entre valeur domestique et étrangère illustre la complexité du commerce moderne.

Formation et compréhension des échanges en valeur ajoutée

Une formation d’une semaine a été organisée pour approfondir le concept du commerce en valeur ajoutée. Elle combinait théorie, tables rondes, démonstrations et exercices pratiques, avec la participation de fonctionnaires de l’OMC, de l’OCDE et de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI).

Cette formation a renforcé la capacité des participants à interpréter précisément les statistiques du commerce international, en intégrant la dimension de la valeur ajoutée dans les analyses.

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Base de données et accès aux statistiques

L’OMC met à disposition via un portail en ligne des bases de données et statistiques actualisées sur les échanges en valeur ajoutée, facilitant ainsi l’accès aux données nécessaires pour la recherche et l’analyse.

Critères Description
Nombre de pays couverts 64 pays dont OCDE, Union Européenne, G20
Période de couverture 2005-2015 avec projections pour 2016
Secteurs détaillés 36 secteurs industriels selon ISIC Rev.
Sources méthodologiques Système des comptes nationaux (SNA08), classification sectorielle

Cette granularité permet de mieux comprendre la fragmentation de la production mondiale, la compétitivité sectorielle et les impacts économiques et environnementaux des échanges internationaux.

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