Le rôle du journalier dans la création de valeur ajoutée en entreprise

« Il n’est de richesse que d’hommes… », affirmait en son temps le philosophe Jean Bodin. Si on ne peut évidemment nier que la création de valeur est un enjeu majeur pour une entreprise, à qui incombe-t-elle réellement ? Peut-on aujourd’hui reprocher à un collaborateur de ne pas engendrer de la valeur ?

Pour tenter de répondre à cette question, nous avons fait appel à deux experts du management et de la finance. Oui. Monique Valcour, coach et professeure de management. Non. Michel Albouy, professeur de finance à Grenoble Ecole de Management.

La valeur ajoutée : définition et utilité

La valeur ajoutée (VA) est une notion qui s'efforce de mesurer la valeur économique créée par l'activité d'une entreprise. L'Insee la définit comme le « solde du compte de production ». Elle est égale à la valeur de la production diminuée des consommations intermédiaires.

La valeur ajoutée générée va permettre de payer les salaires, de rémunérer les actionnaires et de payer des taxes, le solde constituant des réserves pour l’entreprise. La valeur ajoutée sert de base au calcul du profit de l’entreprise l’EBE (Excédent Brut d’Exploitation).

La valeur ajoutée peut-être calculée globalement ou pour chacune des différentes activités de l’entreprise et permet de déterminer les secteurs et les services contributeurs au sein de celle-ci. La valeur ajoutée est un indicateur économique important, elle permet de mesurer la valeur de la production réalisée au sein d’une entreprise, donc la création de richesse.

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La valeur ajoutée peut être calculée de plusieurs manières à partir de la comptabilité de l’entreprise. Tout d’abord, la valeur ajoutée peut être calculée directement à partir de la comptabilité de l’entreprise. La valeur ajoutée peut également être calculée à partir de la marge commerciale de l’entreprise. Vous pouvez obtenir plus simplement le montant de votre valeur ajoutée grâce aux soldes intermédiaires de gestion.

La valeur ajoutée (VA) représente la richesse nouvelle produite par l’entreprise lors du processus de production qui pourra être répartie sous forme de revenus. La VA est une notion différente du chiffre d’affaires (CA) qui représente la somme de l’ensemble des ventes des entreprises.

Formule et exemple pratique

La formule la plus couramment utilisée : Valeur ajoutée = Chiffre d’affaires - Consommations intermédiaires. Les consommations intermédiaires désignent tous les biens et services achetés pour les besoins de la production : matériaux, location de matériel, frais de sous-traitance, carburant...

Exemple dans le bâtiment : Vous êtes peintre en bâtiment et avez facturé 60 000 € de chantiers sur l’année. Sur ce montant, vous avez dépensé 20 000 € en peintures, fournitures et location d’échafaudages. ➡️ Votre valeur ajoutée est donc de 40 000 €.

Plus votre entreprise réalise une part importante du travail elle-même (main d’œuvre, expertise, organisation du chantier), plus la valeur ajoutée est élevée. C’est un bon indicateur de création réelle de richesse.

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À noter : La TVA n’est pas la valeur ajoutée comptable, mais elle en découle : plus vous créez de valeur, plus vous collectez de TVA pour l’État.

Qui crée la valeur ? Points de vue d’experts

Pour Monique Valcour, le rôle des collaborateurs est évidemment dans l’idéal de créer de la valeur. Encore faut-il réussir à impliquer ses collaborateurs ! Le collaborateur doit être associé à l’objectif de l’entreprise pour donner du sens à son travail.

Il est essentiel de développer en ce sens une culture d’entreprise qui s’y prête, permettant de partager les responsabilités et les ressorts afin que chaque collaborateur se voit comme une sorte d’entrepreneur à part entière », ajoute pour conclure Monique Valcour.

Les profils les plus ambitieux pourront ainsi se lancer dans l’intraprenariat : un concept venu d’Outre-Manche qui permet à un collaborateur de transformer une idée qui lui tient à cœur en projet économiquement viable, tout en restant salarié au sein de son entreprise. Seule condition : que le projet soit en cohérence avec l’activité et la stratégie de l’entreprise.

Pour Michel Albouy, professeur de finance à Grenoble Ecole de Management, une entreprise ne peut évidemment survivre que si elle est source de profit à long terme. Et s’il reconnaît que sans l’intervention des collaborateurs et des managers, une entreprise ne peut être compétitive, il relève de l’organisation et non de ses salariés de développer les conditions adéquates pour créer de la valeur.

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En ce sens une bonne gestion des ressources humaines constitue un élément clé de ce processus de création de valeur, mais pour être efficace, elle doit se faire à tous les niveaux de l’entreprise.

Sans oublier, qu’aujourd’hui à l’ère de la mondialisation, la création de la valeur peut difficilement se passer de l’innovation. Tous les facteurs favorables au développement de l’innovation ou encore à l’intrapreneuriat au sein de l’entreprise vont ainsi permettre d’optimiser la création de la valeur.

Chroniques de finance et de gouvernance d'entreprise [Michel Albouy]

Le rôle concret du journalier et des équipes opérationnelles

La valeur ajoutée peut être calculée pour chacune des différentes activités de l’entreprise et permet de déterminer les secteurs et les services contributeurs au sein de celle-ci. Cette analyse fine permet d’identifier le rôle des équipes opérationnelles, y compris les journaliers, dans la création de valeur.

Plus concrètement, pour les artisans et pros du bâtiment, l’achat de matériaux représente une part importante du chiffre d’affaires. C’est cette richesse qui permet ensuite de rémunérer les salariés, de payer les charges sociales, les impôts, et de dégager un bénéfice.

La vraie création de valeur ajoutée, ce n’est pas ce que vous vous trouvez important. C’est celle que le client jugera utile. Et pour le comprendre, deux leviers sont essentiels : L’écoute active et l’anticipation.

L’écoute active : que vous disent vos clients pendant ou après vos chantiers ? Pourquoi vous ont-ils choisi ? Qu’ont-ils apprécié ou regretté ? Ces retours sont précieux pour ajuster votre offre. L’anticipation : c’est aller au-devant des besoins, parfois avant même qu’ils ne soient formulés. Prévoir une protection des sols, proposer un planning clair, signaler un point technique en amont… Tous ces détails montrent que vous maîtrisez votre sujet et que vous pensez pour le client.

Actions quotidiennes qui renforcent la VA

  • Respecter les délais annoncés, et avoir mis en place une façon simple de prévenir vos clients en cas d’imprévu ou de retard.
  • Proposer des conseils d’entretien ou des recommandations après vos interventions.
  • Répondre rapidement aux appels ou messages de vos clients, y compris après la fin du chantier.
  • Mettre en place un vrai service après-vente en cas de souci (retour gratuit, délai d’intervention rapide, etc.).
  • Fournir une documentation personnalisée pour le client (guide d’entretien, fiche technique, planning de chantier).

Apporter de la valeur ajoutée ne veut pas dire "faire plus pour faire plus". mieux, là où ça compte vraiment : sur ce que vos clients attendent, et ce que vos concurrents oublient. Autrement dit, c’est trouver votre espace utile et différenciant, et le faire savoir.

Faire connaître et structurer la valeur ajoutée

Le devis n’est pas qu’un prix. C’est aussi votre vitrine professionnelle. Intégrez un détail clair des prestations (ce qui est compris, ce qui ne l’est pas) pour montrer votre transparence. Mentionnez vos engagements différenciants : délai d’exécution, service après-vente, suivi client, accompagnement.

Vous proposez plus que la moyenne ? Il faut que ça se voie. Une bonne valeur ajoutée, mal exprimée, ne fait pas gagner de clients. Votre mission : rendre visible ce que vous faites déjà bien, à chaque étape du parcours client, avec des preuves concrètes.

Mobiliser les équipes pour incarner la valeur ajoutée

Donnez du sens à vos engagements. Tout part de là : si vos équipes comprennent pourquoi tel geste, tel détail ou telle exigence fait la différence, ils l’adopteront naturellement : Expliquer que prévenir en cas de retard, c’est éviter un avis négatif. Montrer que soigner une finition, c’est déclencher une recommandation client. Rappeler que porter une tenue pro, c’est rassurer dès la première minute.

Valorisez ceux qui incarnent vos valeurs sur le terrain. Un salarié qui adopte une posture pro, qui rassure un client ou qui fait un geste de plus mérite d’être reconnu : Mettez en avant les retours positifs clients lors des réunions. Offrez une prime ou un petit avantage aux bonnes pratiques. Faites de certains collaborateurs des référents internes : “le pro du SAV” ou “le spécialiste de la finition”.

Intégrez vos atouts dans vos routines d’équipe : Briefs de chantier : rappel des engagements (délais, propreté, attitude). Réunions d’équipe : retour sur les points appréciés par les clients. Accueil d’un nouveau salarié : présentation des “codes maison”.

Exemple concret : une PME de rénovation qui valorise la VA

Contexte : une entreprise basée à Nantes, est spécialisée dans la rénovation d’intérieur pour les particuliers, avec une équipe de 6 personnes. Elle tourne correctement depuis plusieurs années, mais sur un marché très concurrentiel, où beaucoup d’acteurs proposent les mêmes prestations : cuisine, salle de bain, redistribution d’espace…

Pour avancer et pérenniser l'entreprise, le dirigeant décide alors de positionner l’entreprise sur une offre plus complète, plus haut de gamme, en intégrant une compétence différenciante en interne : l’architecture d’intérieur. L’objectif ? Offrir une solution clé en main avec un vrai regard d’aménagement et de cohérence esthétique.

Concrètement : Chaque devis est précédé d’un rendez-vous avec une collaboratrice architecte d’intérieur pour cadrer les besoins, les flux, les matières. Le client reçoit un plan d’aménagement avec moodboard, avant même le chiffrage. L’entreprise est également devenue référente locale dans la pose de terrazzo, un matériau exigeant mais très recherché pour ses qualités esthétiques et durables.

En fin de chantier, un suivi client à 30 jours est systématique, avec une fiche d’entretien selon les matériaux posés. Les résultats : + de différenciation, + de recommandations, meilleure valorisation commerciale.

Mesurer et répartir la valeur ajoutée

La valeur ajoutée générée va permettre de payer les salaires, de rémunérer les actionnaires et de payer des taxes, le solde constituant des réserves pour l’entreprise. Dans la répartition de la valeur ajoutée, une part de la richesse créée est distribuée sous forme de salaires, une part peut être distribuée aux actionnaires sous forme de dividendes, et une part être conservée sous forme de réserves.

La notion de valeur ajoutée permet de mesurer et de comparer la performance de plusieurs entreprises pour un même niveau d’activité. Ainsi, un niveau de valeur ajoutée très faible par rapport au chiffre d’affaires pourra dénoter un degré faible de sophistication et une certaine fragilité, voire une dépendance de l’entreprise à son environnement extérieur (sous-traitants, fournisseurs).

Élément Impact sur la VA
Main-d'œuvre interne Augmente la VA
Achats de matériaux Diminue la VA (consommations intermédiaires)
Innovation / intrapreneuriat Optimise la VA à long terme
Organisation et RH Permet de faire émerger la VA des collaborateurs

Selon les données publiées par l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE), la valeur de la production des sociétés non financières a atteint, en 2022, près de 3 638,2 milliards d’euros, soit une augmentation de 15,8 % par rapport à l’année 2021.

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