En toute franchise : Un regard intime sur la vie américaine à travers les yeux de Frank Bascombe

Frank Bascombe, le héros récurrent de Richard Ford, en a fini avec sa vie d’ancien journaliste sportif et agent immobilier. À 68 ans, il coule une retraite paisible dans une ville tranquille du New Jersey. Frank Bascombe n’est pas un inconnu dans l’œuvre de Richard Ford. Journaliste sportif, éphémère romancier (un roman !) puis agent immobilier il a déjà fait les beaux jours de « L’Etat des lieux » ou « Un week-end dans le Michigan » par exemple.

Dans « En toute franchise », on retrouve cette écriture dense, ses descriptions méticuleuses des comportements humains, mais Richard Ford, cette fois, va à l'essentiel. Franck Bascombe à la fin de son périple se sera délesté de fardeaux dont il ne soupçonnait même pas l'existence. Franck Bascombe un homme neuf à soixante-huit ans.

Lui qui en a vendu tant regarde le passé de son ancienne maison vendue et échouée aujourd'hui sur la plage, partage des émotions avec une ancienne propriétaire de sa maison actuelle et au travers de ses songes, revoit son premier mariage, son divorce, ses enfants, son second mariage et ce qui reste lorsqu'on est à la retraite.

Avec Arnie, Charlotte, Ann ou Eddie, sans oublier sa femme Sally, Bascombe se pose, se souvient, écoute et interroge. En toute franchise de Richard Ford, traduit par Josée Kamoun, est une longue digression en quatre actes, prétexte à explorer l'amitié, l'amour, la réussite, la mémoire la société et l'humanité. « On gagne beaucoup à vivre des événements marquants pour lesquels on n'a pas de mots tout prêts ou de gestes évidents. »

Carte du New Jersey

Un entomologiste de l'âme humaine

Car Richard Ford est un véritable entomologiste. Une fois Frank Bascombe sous l’objectif de son « microscope », placé dans une situation bien définie, Richard Ford est capable d’analyses passionnantes et éclairantes. Oh, il ne se passe pas grand-chose - amateur d’action, passe ton chemin ! Tout est traité avec une rigueur mais un humanisme aussi qui forcent le respect.

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Certains jugements sont d’une causticité sans appel : heureusement qu’une petite pointe d’humour salvatrice est toujours présente pour donner l’impression que notre Frank, peut-être un brin abattu, n’est pas non plus en plein naufrage morale.

Quatre rencontres déterminantes

Il suffira de quatre rencontres, décrites dans autant de longues nouvelles, pour qu'il redonne un début de sens à ses futures journées. Quatre petites histoires, quatre rencontres, Franck Bascombe ne le sait pas encore mais ces quatre personnes vont peut-être donner un nouveau sens à sa vie. Un ancien client qui vient de voir sa maison détruite par l'ouragan Sandy, une femme noire qui retourne dans la maison de son enfance, son ex-femme et mère de ses enfants revient s'installer à Haddam, et une connaissance oubliée l'appelle sur son lit d'agonie.

Juste après la réélection d'Obama, deux semaines avant Noël, Bascombe va passer de l'un à l'autre et faire le bilan de toutes ses vie et de la sienne, il va surtout apprendre que ce dont l'homme a le plus besoin, c'est d'écoute. Alors Franck Bascombe prête l'oreille et sortira grandi de l'écoute de ces tranches de vies minuscules.

Nous sommes en 2012. Un ouvrage, oui. Ancré dans l’actualité du XXIème siècle puisque ces grosses nouvelles se situent sous l’ère Obama, qui vient d’être réélu pour son second mandat, et peu après le passage de l’ouragan « Sandy » qui ravagea en octobre 2012 notamment la côte est des USA et dans notre cas précis le New Jersey.

Ouragan Sandy

C'est à travers les anecdotes que nous propose l'auteur que se dresse un portrait de l'Amérique d'Obama, celle de la classe moyenne, à travers ces détails triviaux de la vie quotidienne, dont le caractère dérisoire est exalté par un ouragan destructeur.

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Franck Bascombe : Un homme ordinaire face à la vie

Pour revenir à Frank Bascombe, c'est un serial-reading-séducteur si je peux me permettre ce néologisme approximatif. On ne peut que succomber au charme de cet homme que la vie ordinaire n'a pas épargné, plein d'esprit, cultivant avec brio l'auto-dérision, ironique sans méchanceté, drôle et sombre tout à tour. Il faut un sacré talent, pour mettre en lumière de façon aussi subtile les méandres de la nature humaine.

Franck Bascombe, le double littéraire de Richard Ford, est une vieille connaissance pour tous les amateurs de ce formidable écrivain. En 1986 dans « Un week-end dans le Michigan » il est un journaliste sportif de la côte est, divorcé, en crise, qui renonce à l'écriture. Dix ans plus tard dans « Indépendance » toujours dans la petite ville d' Haddam, New Jersey, agent immobilier, ex journaliste, ex écrivain, ex-mari, à plus de cinquante ans, Franck semble avoir renoncé à tout.

Souvent de gros pavés ces romans analysent, décortiquent de manière hyperréaliste la vie américaine. Les sentiments à vif chaque personnage, toujours lier les uns aux autres, se cherchent, se blessent, se réchauffent, s'aiment ou se détruisent.

« Il est matériellement quasi impossible d’avoir plus de cinq vrais amis. C’est bien pourquoi j’ai limité mon temps-pour-autrui à du temps avec Sally, mes deux enfants (qui habitent des villes lointaines, Dieu merci) et mon ex-femme Ann, qui a élu domicile dans un mouroir chiquissime trop proche de mon domicile pour mon confort personnel. Reste donc un créneau et un seul. À soixante-huit ans, Frank Bascombe en a fini avec sa vie d’ancien journaliste sportif et d’agent immobilier. Il coule désormais une retraite paisible dans une ville du New Jersey.

Frank rend visite à son ex-femme, laquelle vit désormais dans une résidence médicalisée ; recueille les confessions d’un vieil ami ; et se trouve confronté à... Est-ce une erreur de commencer par celui-ci? Oui sans doute, s'il est une sorte de chant du cygne du personnage, il est sans doute capital d'avoir connu le cygne dans la force de l'âge pour en apprécier l'évolution psychologique. J'ai néanmoins commis cette erreur, que je vais réparer en les épisodes précédents de la vie de Bascombe.

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Richard Ford

Un regard sur l'Amérique contemporaine

Richard Ford plante une sonde dans le coeur de l'Amérique dans une suite d'histoires, décousues et passionnantes, qui mettent en scène le personnage culte de Frank Bascombe.

Agent immobilier à la retraite, ayant survécu à un cancer de la prostate, le héros vieillissant de Richard Ford, Franck Bascombe, émarge maintenant à soixante-huit ans à la rubrique «agenda vierge». «À l'arrière-plan, l'étendue du carnage me saute aux yeux. Dans Central Avenue, vers mes anciens bureaux, et aussi loin que porte mon regard côté plage, la vie de la cité a pris une raclée mémorable – toits arrachés, façades mises à nu qui révèlent des pièces encore meublées, avec des photos sur les tables de chevet, des penderies bourrées de vêtements, des cuisinières et des frigos au blanc éclatant. D'autres maisons ont disparu corps et biens. À tous les coins de rues s'élèvent de véritables pièces montées, dont l'une est coiffée d'un sapin de Noël, faites de gravats, de crasse, de sable, de décorations de Halloween en piteux état, de capots de voitures, de buffets, de toilettes et boîtes à lettres – toutes choses pulvérisables et compactables.

À deux semaines de Noël, six semaines après le passage dévastateur de cet ouragan, Franck Bascombe est appelé par un certain Arnie Urquhart, propriétaire désemparé de son ancienne maison sur la côte, maintenant détruite, qui cherche à savoir s'il doit céder ce qui reste aux spéculateurs insistants. Dans un autre récit, dans le quartier «chargé d'histoire» qu'il habite désormais, devenu inaccessible pour les Afro-Américains qui l'habitaient autrefois, il reçoit la visite d'une des anciennes occupantes de sa maison, Mme Pines, qui a habité là dans son enfance et qui lui révèle les événements horribles qui se sont déroulés dans cette maison de bois à l'allure coquette. Plus tard, il rend visite à sa première femme, atteinte de la maladie de Parkinson et à l'un de ses anciens amis, malade et agonisant.

«Ces dernières semaines, j'ai entamé un inventaire personnel des mots qui, selon moi, ne devraient plus faire partie de la langue, orale ou autre. Du reste, l'individu vieillissant, moi par exemple, n'a que trop tendance à s'engluer dans les sédiments de la vie. Vu qu'il ne se passe plus grand-chose, sauf sur le front de la sante, autant s'alléger. La côte défigurée par l'ouragan semble former le reflet du délabrement des États-Unis, et de Franck Bascombe lui-même, tous deux également désabusés, repliés sur eux-mêmes, détachés d'un passé triomphant évanoui.

Frank se retourne sur une ancienne maison, un ancien mariage, un ancien ami, il s'inquiète, il s'épanche, pudiquement sur ses amours, ses enfants, son ex-épouse. Où va le monde? Dans "Je suis là", il se rend là où il habitait autrefois, endroit dévasté par l'ouragan Sandy. Il y retrouve Arnie à qui il avait vendu sa maison. La deuxième partie " Tout pourrait aller beaucoup plus mal" est centrée sur une jeune femme noire, Mme Pines, qui re-visite son ancienne maison - maintenant celle de Frank- et son horrible passé. Dans le troisième, il rend visite à son ex-femme Ann, atteinte de la maladie de Parkinson, à la retraite dans une résidence de luxe. Dans le quatrième, il répond à l'appel d' un ancien copain, aujourd'hui à l'agonie. Le personnage est égoïste et sympathique et le texte ne manque pas d'humour. Le livre se lit "franchement" d'une traite mais risque d'être vite oublié...

On retrouve dans ce nouvel opus de la vie de Frank Bascombe ce style si particulier de Richard Ford. On commence ce livre en pensant que l'histoire est lente, banale et que l'on va vite s'ennuyer mais voilà que Richard Ford vous enlace, vous prend par la main et tout doucement vous entraîne dans le monde de Frank et l'on est conquis.

«Bittick est un ingénieur, un ancien Navy SEAL dont l'emploi a été détruit par une société de Jamesburg qui fabrique des équipements pour les pipelines. Il a une montagne de factures en retard et la saisie immobilière lui pend au nez. Il fait flotter la bannière étoilée jour et nuit. Il est de la vieille école, brusque et robuste – ardent partisan d'enseigner ses enfants à domicile, il stocke ses conserves, ne donne jamais un pourboire, ne croit qu'au libéralisme absolu -, il fait partie des types qui refusent de payer des commissions sur quoi que ce soit («C'est du racket, on a un droit naturel a ces prestations») et ne voit pas les immigrés d'un bon oeil. Longtemps que je n'avais pas croisé ce cher Frank. Comme un ami un peu distant, un peu éloigné, qu'on rencontre à l'occasion, en constatant sur lui les passages du temps qu'on ne voit pas sur soi-même.

Ces vieilles connaissances, voisins, anciens profs, camarade de régiment aperçus à l'improviste, combien en avons-nous esquivé en plongeant dans la première ruelle pour éviter de leur faire face une seconde ? Tout ça parce que : 1) On n'en a pas envie; 2) Trop de non-dits entre nous qui ne méritent pas spécialement d'être dits- une muraille de Chine verbale nous dégringolerait dessus et nous écraserait; 3) Nous savons que d'autres éprouvent la même chose à notre endroit.

En définitive, Richard Ford nous livre encore une fois une très belle histoire en compagnie du touchant Frank !

«En toute franchise » j'ai adoré ! C'est tout ce qu'on pense sans oser le dire (parfois), c'est cruel et sensible et c'est aussi des moments désarmants par tant de sincérité et d'humanité. C'est aussi le fil conducteur de notre vie, de nos sensibilités différentes qui s'expriment au travers des mots ou des pensées de Franck Bascombe, personnage qui me plait parce qu'il est honnête avec lui-même, et c'est énorme.

Il n'est pas vrai qu'à mesure qu'on vieillit les choses se mettent à glisser comme un pet sur une toile cirée. Fike exerce un saint ministère sans portefeuille, c'est une sorte de scout toujours prêt qui a étudié à l'Alabama Princetonian and Theological Institute. Il a le don de surgir quand on en a le moins envie, et aucun individu dans son bon sens n'irait lui confier ne serait-ce qu'une congrégation de chèvres...

Ces dernières semaines, j'ai entamé un inventaire personnel de mots qui, selon moi, ne devraient plus faire partie de la langue, orale ou autre. Cela avec la conviction que la vie consiste à se délester progressivement pour atteindre à une essence plus solide, plus proche de la perfection, objectif de toute activité mentale....Une réserve de mots plus restreinte et mieux adaptée nous aiderait, me semble-t-il, en offrant l'exemple d'une pensée plus claire. Au fond, ce serait un peu comme de s'installer à Prague sans apprendre le tchèque : pour se faire comprendre, on finirait par parler un anglais qui réponde à des critères de clarté, de simplicité et de substance.

Richard Ford parle d’amitié, de vieillesse mais sans pathos. Il y a de la tendresse, de la vie et de l’humour.

Les éloges méritent de pleuvoir pour ce roman qui nous apporte enfin des nouvelles de cet homme qui a vécu la paternité, le divorce, la maladie et bon nombre d'événements qui marquent la vie. Richard Ford a écrit la saga d'un être qui ressemble à tout le monde, l'histoire d'un homme que l'on ne peut qu'aimer du fait de son humanité et en même temps l'Histoire du XX ème (XXIème aussi...) siècle américain. J'espère que ce livre n'est pas un adieu de Frank mais en tout cas c'est une oeuvre bilan.

Quatre aventures, nouvelles, rencontres ? Quatre moments de vie où le protagoniste va venir en aide : la maladie, les catastrophes naturelles, les désillusions et les malheurs semblent omniprésents mais en réalité Frank réussit à apporter un peu de lumière à l'ensemble par sa présence et son humour. Il reste perdu face à la détresse de ses proches mais il n'en reste pas moins présent. En fait je pense que si je devais retenir une chose de ce livre c'est que rien n'est plus important que cet amour que chacun porte à son prochain (son ex-femme, son ami...).

Frank Bascombe

En toute franchise j'ai adoré ce livre !

Qui ne connait pas Frank Bascombe ? Grand personnage de fiction américaine, il est devenu le meilleur ami de beaucoup de lecteur, c'est donc avec un grand plaisir que nous retrouvons ce personnage incontournable de la littérature !

Richard Ford sur l'écriture de Frank Bascombe à la Foire du livre de Miami

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