Biographie et parcours politique d'Hédi Baccouche en toute franchise
Après un long silence, Hédi Baccouche, ancien Premier ministre au lendemain du 7 Novembre (auquel il avait directement contribué) se met à table en publiant ses mémoires chez Sud Editions, sous le titre, «promesse de sincérité: En toute franchise».
Les coulisses du palais, les méandres du pouvoir et les rouages de la diplomatie lui sont tous familiers, sans secret et assez proches.
Il s’agit bien de Hédi Baccouche, un homme d’Etat qui a cohabité avec plusieurs gouvernements, côtoyé plusieurs ministres et vécu entre deux grands régimes de la Tunisie indépendante.
Cet état des lieux est le résultat d’une longue histoire entamée avec l’indépendance et dont Hédi Baccouche redessine les grandes lignes dans “En toute franchise”, un nouvel ouvrage-témoignage paru en mars 2018 chez Sud Editions.
Jeunesse militante et premiers pas dans l’État
Tout d’abord, Hedi Baccouche fait ses études en France durant les années 1950.
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En parallèle, il poursuit ses activités politiques au sein du syndicat étudiant de l’Union générale des étudiants de Tunisie.
A l’époque, les autorités française l’arrêtent.
On ne parlera pas ici de sa période militante à l’UGET, car rien ne fût sérieusement écrit sur cette pépinière de futurs ministres de Bourguiba et de Ben Ali, mais ce qui est frappant, dans son parcours de combattant, c’est qu’il a toujours été dans les coulisses du pouvoir, là où on faisait les carrières des uns et on défaisait celles des autres.
Carrière administrative et responsabilités locales
Durant les années 1960, il devient gouverneur et secrétaire du comité de coordination de Bizerte.
Il deviendra successivement gouverneur de Sfax et de Gabès.
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Les habitants de Sfax se rappellent de ses méthodes, pour le moins anti-démocratiques, pour imposer le collectivisme et les désastres économiques qui ont frappé cette région, cœur de l’économie tunisienne au moment où il était gouverneur de cette région.
Affaire Ahmed Ben Salah et traversée du désert
Mais, limogé du poste de gouverneur dans le cadre de l’affaire Ahmed Ben Salah, il est acquitté en fin de compte par la Haute Cour chargée de cette affaire.
Il partira comme consul général à Lyon (1981), puis ambassadeur à Berne (1982) et auprès du Saint-Siège et Alger.
Il devient par la suite PDG de l’Office national des pêches, puis conseiller au cabinet du Premier ministre Hédi Nouira.
Son long parcours de jeune destourien et de gouverneur (à Bizerte et Sfax), son engagement socialiste avec Ahmed Ben Salah qui lui a valu la prison et une longue traversée du désert avant qu’il ne soit repêché en juin 1978 par Hédi Nouira, pas pour longtemps.
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Retour à la vie politique nationale et rôles diplomatiques
De 1981 à 1982, Baccouche est ambassadeur à Berne et auprès du Saint-Siège (Vatican).
Et ce, avant de devenir ambassadeur en Algérie, puis directeur du PSD.
Il reviendra à Tunis en tant que directeur du Parti socialiste destourien (1984), avant d’être nommé en avril 1987, juste pour quelques mois, ministre des Affaires sociales.
Il a également été membre du comité central du Rassemblement constitutionnel démocratique au pouvoir.
Ascension, ambitions et relations avec les régimes
Hédi Baccouche qui a été ministre de Bourguiba et Premier ministre de Ben Ali, et qui se distingue par un mutisme légendaire, sans être très bavard sur ce sujet, a toujours voulu être Président.
C’est qu’il prépare, en tentant d’effacer de la mémoire collective son vrai parcours, un autre coup.
Hédi Baccouche ne cessa depuis son entrée au service de l’État, de régler ses comptes avec ceux qu’il a servi, souvent très servilement.
Sous Bourguiba, la vie politique de Hédi Baccouche avait été marquée par sa position proche de plusieurs figures à l’époque.
Il a surtout était là, quand se décidait, grâce à une conjugaison d’éléments extérieurs et intérieurs, les changements majeurs dans l’histoire politique du pays, les renversements de régimes, notamment en 1969, 1987 et 2011.
Le rôle lors du 7 novembre et la période Ben Ali
Dans cet annexe 4, l’auteur certifie sur 13 pages le texte de la déclaration du 7 novembre écrite en arabe par sa propre main en écrivant “J’ai commencé chez moi la rédaction de la Déclaration une semaine auparavant..”.
Hédi Baccouche, ancien Premier ministre au lendemain du 7 Novembre (auquel il avait directement contribué) se met à table en publiant ses mémoires...
Il avait auparavant convoqué le correspondant du Monde, Michel Deuré pour l’informer qu’il s’oppose à Ben Ali (Tout en étant son premier ministre sic !…), message adressé aussi à Lionel Jospin, alors Secrétaire Général du PS Français alors que Mitterrand présidait aux destins de la France.
Pendant deux ans, il avait la haute main sur l’administration et sur le Parti Destourien et voulait s’accaparer l’essentiel des pouvoirs.
Mais il s’était heurté à plus forts que lui, et fût obligé de végéter politiquement jusqu’au jour où à son tour Ben Ali fût destitué, et la voix fût libre devant cet éternel ambitieux, qui constitua le premier gouvernement de l’après 14 Janvier, en octroyant une grande parti des postes à ses fidèles qui se trouvaient pour la plus part issus de la région du Sahel, ce qui provoqua, souvenez vous un tollé général et enflamma la rue déjà en ébullition, et renforça le régionalisme anti-sahélien, et qui constitua l’élément décisif de la chute de tout le régime.
Le bref passage à la Kasbah après la révolution de 2011
Eloigné de la Kasbah par Ben Ali, en 1988, il gardera toujours un pied dans le paysage politique.
Il ressurgira le 14 janvier 2014, à la Kasbah, aux côtés de Mohamed Ghannouchi et Foued Mebazaa.
J’ai suivi ces informations à la télévision comme tout le monde.
J’étais déjà couché quand, vers une heure du matin, Mohamed Ghannouchi, Premier ministre devenu Président par intérim, en conclave au ministère de l’Intérieur, me réveille au téléphone.
Je commence par le féliciter pour la haute charge qu’il venait d’assumer.
Il me raconte alors les conditions dans lesquelles il était devenu Président, comment un membre de la garde présidentielle l’a appelé et lui a dit que le Président était parti, que le pays était en danger et qu’il a dû se rendre à Carthage pour prendre la succession.
De l’article 56 à l’article 57 et la désignation de Fouad Mebazaa
Influencé par les commentaires développés à la chaîne Al Jazeera par le Professeur Sadok Belaid, je lui avais dit que, compte tenu de la situation dans le pays, il fallait appliquer l’article 57 de la Constitution et désigner un nouveau Président, en l’occurrence Fouad Mebazaa.
Il y avait pensé, m’a-t-il dit, mais ce dernier n’en voulait pas, prétendant qu’il était malade.
Je téléphone à Mebazaa et insiste auprès de lui pour accepter la succession.
J’informe Mohamed Ghannouchi qui, sans tarder, saisit le Conseil constitutionnel qui, par la décision suivante, charge Fouad Mebazaa de la responsabilité de Président de la République par intérim (...) Ainsi finit le règne de Zine El Abdine Ben Ali.
Consultation de juristes et commissions
Quant à la consultation des juristes que j’avais proposée à Ghannouchi, j’avais commencé par en parler à Sadok Belaid.
J’avais également sollicité Yadh Ben Achour qui m’a demandé d’inviter, avec lui, Ghazi Gheraïri.
J’ai téléphoné à Abdelfattah Amor. Il était à Genève. Sans hésiter, il me dit : «Je viens, je vais directement à l’aéroport».
Entretemps, Mohamed Ghannouchi m’appelle pour me dire qu’il est occupé à former le gouvernement et me prie de retarder d’une heure la réunion avec les juristes.
Il les a reçus mais au lieu de discuter avec eux des prochaines élections qui devaient se dérouler dans quarante-cinq jours, selon la Constitution, il a surtout parlé avec eux des commissions annoncées quelques jours auparavant par Ben Ali et les a chargés de les présider, Abdelfattah Amor la Commission d’établissement des faits sur les affaires de malversation et de corruption et Yadh Ben Achour la Commission supérieure de la réforme politique.
Rendez-vous et rencontres décisives à la Kasbah
Au cours de l’entretien téléphonique avec Mohamed Ghannouchi, le samedi 15 janvier, vers une heure du matin, ce dernier me fixe un rendez-vous à la Kasbah pour le lundi 17 janvier à 10 heures.
A la même heure, Hammadi Jebali, le secrétaire général du Mouvement islamiste, devait venir chez moi.
De bon matin, il m’a téléphoné pour me dire qu’il avait rendez-vous avec le Premier ministre à 11 heures à la Kasbah et qu’il ne pouvait se rendre chez moi comme prévu à dix heures.
Je lui dis : «ça tombe bien, moi aussi, j’ai rendez-vous avec le Premier ministre à 10 heures. On se voit à la Kasbah». Ainsi, je me suis trouvé les premiers jours du changement à la Kasbah.
Au cours de ma discussion avec Mohamed Ghannouchi, ce dernier m’informe que Rached Ghannouchi annonçait son retour au pays dans les jours qui viennent et il se demandait s’il ne fallait pas l’en empêcher.
Je lui ai dit: « Ce n’est pas facile, tu ne peux pas, après une révolution, empêcher un citoyen de rentrer chez lui. Ses supporters ne te laisseront pas faire. D’ailleurs, je dois voir Hammadi Jebali, le secrétaire général du mouvement, je tâcherai de le modérer avant que tu ne le reçoives».
Ainsi, dans le bureau du directeur de cabinet du Premier ministre, dans son salon, je me suis entretenu avec Jebali.
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