L'Entrepreneur Innovateur : Définition et Rôle dans le Capitalisme
L'innovation est un moteur essentiel de la croissance économique et de la transformation des marchés. Parmi les économistes qui ont mis en lumière ce rôle crucial, Joseph Schumpeter occupe une place de choix. Cet article explore la définition de l'entrepreneur innovateur selon Schumpeter, son impact sur l'économie capitaliste et les différentes formes d'innovation.
Schumpeter et la Théorie de l'Innovation
Dans cet article, nous revenons avec toi sur les théories de Schumpeter, économiste clé de ton programme. Son thème favori ? L’innovation ! Schumpeter distingue l’invention de l’innovation.
L’invention représente la découverte de nouvelles connaissances scientifiques et techniques, tandis que l’innovation (qui n’est pas qu’une simple modification de la fonction de production) est l’introduction de nouveaux procédés techniques, de nouveaux produits, de nouvelles sources de matières premières et de nouvelles formes d’organisation industrielle. L’innovation est précisément à la source de la dynamique du changement dans l’économie capitaliste.
Selon Schumpeter, le caractère cyclique de l’économie ne provient ni des transformations sociales, ni des évolutions démographiques, ni des variations de la monnaie. Toutes les innovations n’ont pas le même impact sur la croissance. Seules les innovations radicales ou majeures peuvent profondément bouleverser l’équilibre économique.
[Economie de l'innovation] - Quel est le lien entre l'innovation et la croissance économique ? #1
Les Types d'Innovation
Le type d’innovation qui vient le plus facilement à l’esprit. Inventer une nouvelle manière de produire peut être une innovation majeure. Par exemple lorsque Henri Ford introduit le système de la chaîne de montage il peut proposer un produit auparavant inaccessible à un prix abordable pour la classe moyenne. Autre exemple, de nos jour on peut imprimer des pièces grâce à des imprimantes 3D et prototyper en un temps ridicule par rapport aux méthodes classiques.
Lire aussi: Choisir un logiciel de comptabilité pour auto-entrepreneur
Les nouvelles sources d’énergie ont été à la base de progrès considérables. L’innovation se retrouve également dans l’invention de nouvelles manières de vendre ou de promouvoir un produit. Les grand magasins sont un exemple d’innovation dans la manière de vendre par exemple (le bon marché est créé juste après la naissance de Schumpeter). Ce type d’innovation peut avoir pour origine une modification réglementaire. Par exemple la possibilité de créer des sociétés anonymes ou l’ouverture d’un marché.
Mais aussi des mode d’organisation originaux de sociétés.
Voici une classification plus détaillée des types d'innovation :
- Innovation de produit, de service ou d’usage : améliore les produits/services/usages existants ou en introduit de nouveaux.
- Innovation de procédé ou d’organisation : change la manière dont l’entreprise organise son travail et sa chaîne logistique.
- Innovation marketing et commerciale : change la présentation, la distribution, la tarification, la promotion de l’offre…
- Innovation de « modèle d’affaires » : réorganise la structure des revenus et des coûts.
- Innovation technologique : crée ou intègre une ou plusieurs nouvelle(s) technologie(s).
Les nouvelles entreprises qui investissent dans la recherche et le développement (R&D) ont le statut de jeune entreprise innovante (JEI) ou de jeune entreprise universitaire (JEU). Elles peuvent bénéficier d’exonérations fiscales et sociales. JEI (Jeune Entreprise Innovante) est un statut spécifique pour les entreprises nouvellement créées.
Lire aussi: Auto-Entrepreneur Artisan: Guide Complet
L'Entrepreneur Innovateur selon Schumpeter
Malgré la révolution industrielle et le développement de l’entreprise au XIXème siècle, les économistes ont tardé à définir l’entrepreneur. Turgot (1727-1781), le premier, définit l’entrepreneur ou plutôt les taches qui caractérisent son rôle (transformer l’épargne en capital, avancer le capital, etc.). C’est Cantillon (1680-1734) qui emploie pour la première fois le terme entrepreneur dans une acception proche de celle retenue aujourd’hui en l’associant à l’incertitude et à la prise de risque mais c’est vraiment Jean-Baptiste Say (1767-1832) qui distingue l’entrepreneur du propriétaire capitaliste. Au XIXème siècle, les économistes néoclassiques se sont peu intéressés à cette figure de l’entrepreneur. Finalement, c’est avec les analyses de Joseph Schumpeter (1883-1950) que l’entrepreneur prend une place importante dans l’analyse économique.
Avec Schumpeter, l’entrepreneur n’est pas un simple créateur ou repreneur d’entreprise ; il est le moteur de l’évolution économique. Il est celui qui vient bouleverser l’activité économique en apportant l’innovation. Son dynamisme et sa volonté de créer sont au cœur de la croissance du système capitaliste. Par l’innovation, l’entrepreneur réforme, dynamise et révolutionne le circuit économique. Il casse la routine de la production en fabriquant de nouveaux produits, en utilisant de nouvelles matières premières, en trouvant de nouveaux débouchés, en transformant les méthodes de production ou encore en améliorant l’organisation du travail. L’entrepreneur est celui qui amène ces cinq types d’innovations. L’entrepreneur est donc défini par son comportement.
L’entrepreneur est chez Schumpeter un « idéal type » : l’entrepreneur est celui dont l’existence fait que le changement vient de l’intérieur du processus économique. L’entrepreneur de Schumpeter ne se définit pas par sa place dans les rapports de production mais par sa fonction : innover ; définition de ce fait à la fois plus vaste et plus étroite. Plus vaste car un salarié peut être entrepreneur, mais plus étroite car tout travailleur indépendant, tout chef d’entreprise n’est pas entrepreneur. De fait, « être entrepreneur n’est pas une profession ni surtout, en règle générale, un état durable ».
Bien sûr, cette attitude suppose des qualités spécifiques que Schumpeter estime indispensables : énergie, sens de la décision, intuition, capacité à convaincre (les financeurs, les consommateurs, etc.). Ces qualités font, selon Schumpeter, la différence entre l’entrepreneur et un simple gestionnaire routinier et prudent.
La Motivation de l'Entrepreneur : Le Profit et la Destruction Créatrice
L’entrepreneur est décrit comme un chef animé par la volonté de puissance ou le goût de la compétition économique. La lutte pour la réussite économique est sa motivation, le profit n’est que le résultat de l’innovation qui réussit. Il y a en effet un gain monétaire à l’innovation. Cela pousse donc l’entrepreneur à innover. Le profit constitue la récompense de l’entrepreneur dynamique et innovant ; c’est grâce à cette motivation que l’entrepreneur est incité à innover. Mais la recherche du profit ne résume pas l’entrepreneur ; c’est un créateur, un aventurier moderne.
Lire aussi: Micro-entreprise : Tout ce qu'il faut savoir
L’innovation porte la croissance par le processus de destruction créatrice. L’entrepreneur a donc un rôle essentiel. L’innovation détruit les structures anciennes en créant des activités nouvelles. Il bouleverse les modes de consommation et de production et transforme le marché. En innovant, il devient le seul à fabriquer un produit spécifique et échappe ainsi à la concurrence : il se met dans une position de monopole. Quand une innovation de procédé lui permet de diminuer ses coûts de production, il se donne un avantage concurrentiel. Sa stratégie d’innovation, quelle qu’elle soit, génère donc une rente de monopole mais le surprofit n’est que temporaire, d’autres entreprises imitant inévitablement l’entreprise innovatrice afin de profiter du débouché nouveau. La position de monopole étant instable, ce dernier ne peut être durable.
Schumpeter pense donc que la recherche du monopole est un moteur de la croissance, ce qui le distingue des économistes néoclassiques attachés au modèle de concurrence pure et parfaite. Schumpeter réserve aux banques une place importante dans la réalisation des innovations. En effet, il est impossible pour les entreprises de financer les investissements nécessaires aux innovations par leurs seules ressources propres.
La Disparition de l'Entrepreneur ?
En identifiant le rôle central de l’entrepreneur et de l’innovation dans la dynamique de la croissance économique, Schumpeter entrevoit aussi le risque de la disparition de cette fonction d’entrepreneur-innovateur. Pour Schumpeter, l’entrepreneur est pourtant destiné à disparaître et le capitalisme entrepreneurial avec lui. C’est la thèse qu’il développera, dans Capitalisme, Socialisme et démocratie (1942).
Dans Capitalisme, Socialisme et démocratie (1942), il explique que l’innovation verse dans une certaine routine dans l’entreprise moderne. Le progrès technique y est organisé, rationalisé, ce qui réduit l’initiative individuelle. La banalisation et la routinisation de l’activité d’innovation, son organisation en laboratoire, en équipe conduisent à une sorte de bureaucratisation du progrès technique dans les grandes entreprises. Tout se passe comme si le système s’habituait à l’innovation et avec la concentration des entreprises, la figure emblématique de l’entrepreneur s’efface au profit du manager, du gestionnaire.
Le passage à un capitalisme managérial dans lequel les propriétaires du capital délèguent de plus en plus leur rôle de gestionnaire à des cadres et techniciens de haut niveau chargés de développer l'entreprise ne laisse plus de place à l’entrepreneur schumpetérien, destiné à disparaître et le capitalisme entrepreneurial avec lui.
Cette analyse de la disparition de l’entrepreneur au profit des managers-gestionnaires transformant le capitalisme entrepreneurial en capitalisme managérial est reprise par des économistes ultérieurs. Ainsi John Kenneth Galbraith, dans Le nouvel Etat industriel (1967), analyse le pouvoir des gestionnaires et l’émergence d’une « technostructure », idée présente également chez Alfred Chandler qui, dans La main visible des managers (1988), montre le poids des cadres dans la grande entreprise.
Cette dernière thèse de Schumpeter ne semble pas corroborée par les faits.
Nuances et Évolutions de la Définition de l'Entrepreneur
La définition, finalement assez étroite, de l’entrepreneur schumpetérien a évidemment été nuancée par des économistes et des historiens. Il suffit d’ailleurs d’observer le rôle direct ou indirect de l’Etat dans l’émergence de nombreux grands entrepreneurs pour relativiser le portrait qu’en fait Schumpeter. Elon Musk n’a pas inventé la voiture électrique ; il a transformé un marché existant en imposant de nouveaux standards.
Dans l’économie actuelle, l’innovateur et l’entrepreneur avancent souvent côte à côte, mais chacun emprunte sa propre trajectoire. Le premier jette les bases, invente, imagine ce que d’autres ne voient pas encore. Le second saisit la balle au bond, met en place les outils, construit et fédère. À toute idée ambitieuse, il faut un souffle de concrétisation. L’innovateur fonctionne en défricheur. Il esquisse de futurs usages, provoque la nouveauté, laisse libre cours à sa curiosité et à ses intuitions, quitte à s’écarter des chemins balisés. Il détecte les signaux faibles, sent venir les mutations, bouscule les habitudes établies.
Face à lui se dresse l’entrepreneur, stratège du passage à l’acte. Il ne se contente pas de participer à l’aventure : il orchestre le tout, constitue une équipe, s’arme d’un plan, trouve les ressources, anticipe les risques. Rien ne lui échappe. La vitalité d’une entreprise passe par cette interaction. L’un dynamise, l’autre fait aboutir. L’innovateur garde toujours quelques pas d’avance. Son terrain de jeu ? L’intuition, la capacité à saisir l’insolite, l’envie de bouleverser. Il questionne les habitudes, expérimente sans cesse, et n’hésite pas à remettre en cause l’ordre établi. À l’opposé, l’entrepreneur s’attaque immédiatement au concret. Un point unit tout de même ces deux postures : le désir d’inscrire une rupture. Mais leur rapport au risque diffère, tout comme leur temporalité.
L’innovateur mise sur la création pour elle-même, sans se soucier du marché au départ. L’entrepreneur bâtit la crédibilité, fédère autour de l’idée, affine la présentation, écoute le terrain et mène l’innovation à la rentabilité. Portés par leur énergie propre, ces deux profils déplacent les lignes. L’innovation naît alors dans la confrontation fructueuse des horizons, entre la prise de risque imaginative et la discipline de la réalisation.
balises: #Entrepreneur
