L'Entrepreneuriat selon Schumpeter : Innovation et Destruction Créatrice

Joseph Schumpeter, économiste et professeur en science politique autrichien naturalisé américain, né en 1883, est une figure majeure de la pensée économique contemporaine. Il a profondément marqué l’histoire de l’économie avec ses travaux novateurs dans le domaine de l’entrepreneuriat, de l’innovation et du développement.

Dans cet article, nous allons explorer les théories de Schumpeter, un économiste clé, dont le thème favori est l'innovation.

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Définition de l'entrepreneuriat

Il n’existe pas de définition unique de la logique entrepreneuriale, mais on peut retenir la définition suivante : l’entrepreneuriat est l' »ensemble des activités et des démarches qu’impliquent la création et le développement d’une entreprise et plus généralement la création d’activité".

Entreprendre n’est pas une simple succession d’opérations juridiques et de gestion. Entreprendre consiste en premier lieu à repérer des opportunités de développement, puis nécessaires pour créer l’activité nouvelle correspondante ou dynamiser une activité existante. La logique entrepreneuriale implique donc une capacité à anticiper, à se projeter et à innover.

L’entrepreneur ne sera reconnu comme tel que lorsqu’il aura abouti dans son projet de création d’entreprise.

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  • Création pure (dite création ex nihilo) : création d’une activité nouvelle qui n’a jamais été exercée au même endroit par une autre entreprise et que l’entrepreneur va développer dans une nouvelle organisation pour répondre à un besoin du marché ou pour susciter ce besoin.
  • Création par reprise : Reprise de tout ou partie des moyens de production d’une autre entreprise ou rachat d’un fonds de commerce.

La création d’entreprise reste dans tous les cas risqué puisque, au bout de cinq ans, seule la moitié des entreprises seront toujours en activité (six sur dix pour les créations par reprise) et que plus de 85 % des entreprises créées n’ont pas de salarié. Pourtant, les entreprises sont aujourd’hui au cœur de notre système productif. Toutes les politiques industrielles tendent à favoriser leur création compte tenu des emplois qu ‘elles font naître.

L’entrepreneur est un porteur de projet.

ANALYSE DU PROJET : réaliser une ETUDE DE FAISABILITÉ pour vérifier la cohérence du projet :

  • quelles sont les contraintes à lever ?
  • Les points forts ?
  • Les points faibles du projet ?

Si le projet est en adéquation avec l’environnement légal, concurrentiel… (repérer les contraintes ou « facteurs de contingence »)

  • financière : vérifier que l’activité envisagée va générer des bénéfices suffisants pour convaincre les partenaires de fournir les capitaux nécessaires.
  • commerciale : faire l’étude de marché (l’entreprise aura-t-elle une part de marché suffisante et durable ?)
  • Humaine : évaluer les compétences actuelles et trouver les compétences manquantes
  • juridique : trouver le bon statut juridique qui accueillera l’entreprise : entreprise individuelle ?

Comment répondre aux opportunités offertes par l’environnement ? Quels choix commerciaux exercer ? Comment évaluer et collecter les capitaux nécessaires ? Quelle structure juridique envisager ? Elle implique une capacité à anticiper, à se projeter, à innover.

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L'entrepreneur comme acteur fondamental

Joseph Schumpeter est surtout connu pour sa théorie de l’entrepreneur innovateur, qui constitue une avancée majeure dans la compréhension de la dynamique économique.

Dans la vision de Schumpeter, l’entrepreneur est l’acteur essentiel du progrès économique. Il incarne le moteur de l’innovation et du changement, agissant audacieusement en dehors des conventions établies pour créer de la valeur. Schumpeter distingue l’entrepreneur du simple gestionnaire ou du propriétaire de capital, soulignant son rôle crucial dans la dynamique économique. Pour lui, l’entrepreneur est un pionnier qui défie les normes en introduisant de nouvelles idées et en surmontant les résistances au changement. Cette vision contrastait avec les conceptions traditionnelles du profit, associées au travail productif ou à l’exploitation de la plus-value selon les théories classiques ou marxistes. Pour Schumpeter, le profit récompense l’initiative créative de l’entrepreneur et stimule l’innovation. Les monopoles résultant de l’innovation sont considérés comme nécessaires pour encourager la concurrence et favoriser la croissance économique. Malgré cela, Schumpeter reconnaît que ces monopoles sont éphémères, car la compétition les pousse à innover continuellement, alimentant ainsi les cycles économiques.

Citations Clés de Schumpeter

  • “L’entrepreneur est celui qui détruit l’ordre ancien en introduisant un nouvel ordre.”, Théorie de l’évolution économique(1912). Cette citation met en lumière le rôle crucial de l’entrepreneur dans le processus d’innovation et de changement économique. L’entrepreneur ne se contente pas de s’adapter au système existant, il le remet en question et le révolutionne en introduisant de nouvelles idées, de nouveaux produits et de nouveaux processus.
  • “Le capitalisme est un processus de destruction créatrice.”, Capitalisme, socialisme et démocratie(1942). Schumpeter décrit la dynamique fondamentale du capitalisme. Pour qu’un nouveau produit ou service puisse s’imposer sur le marché, il doit nécessairement compléter ou remplacer les produits et services existants. Ce processus de “destruction créatrice” est source d’innovation et de progrès économique, mais il peut également être source de bouleversements et d’incertitude.
  • “Le développement économique ne se fait pas par accumulation de capital, mais par l’innovation.”, Histoire de l’analyse économique(1954). L’économiste souligne l’importance de l’innovation comme moteur de la croissance économique. Si l’accumulation de capital est certes nécessaire, elle ne suffit pas à elle seule à stimuler la croissance.

L’influence de Joseph Schumpeter s’étend à divers domaines, de l’économie à l’innovation, en passant par la théorie des affaires. Son concept de “destruction créatrice” demeure un pilier dans la compréhension du développement économique, mettant en avant le rôle crucial de l’innovation dans la transformation des marchés. Les entrepreneurs, selon Schumpeter, sont les agents de ce changement, introduisant de nouvelles idées, technologies et modèles d’affaires qui révolutionnent et dynamisent les économies. Cette perspective a façonné les politiques économiques, mettant l’accent sur la promotion de l’entrepreneuriat et de l’innovation pour stimuler la croissance.

Destruction créatrice et grappe d'innovation

Dans son ouvrage “Le cycle des affaires” publié en 1939, Joseph Schumpeter expose la théorie de la destruction créatrice et des grappes d’innovation pour expliquer les cycles économiques. Selon lui, le progrès technique est le moteur central de l’économie, et les innovations se manifestent généralement sous forme de grappes.

Après une innovation majeure, souvent issue d’un progrès technique ou scientifique significatif, tels que la vapeur, les circuits intégrés, l’informatique ou internet, d’autres innovations émergent à partir de ces découvertes. Ces cycles industriels se caractérisent par une phase de croissance, durant laquelle de nouveaux emplois sont créés, suivie d’une phase de dépression où les entreprises obsolètes sont évincées par les nouvelles innovations, entraînant une destruction d’emplois. Schumpeter illustre son propos en citant les transformations du textile avec l’introduction de la machine à vapeur, ou encore le développement du chemin de fer et de la métallurgie à différentes périodes historiques.

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Cette analyse rejoint celle des cycles économiques identifiés par d’autres économistes tels que Kondratiev, Juglar ou Kitchin.

Au cœur de ce système se trouve l’entrepreneur, qui catalyse les innovations, que ce soit en termes de produits, de procédés ou de marchés.

Destruction créatrice

Destruction créatrice

Les innovations selon Schumpeter

Schumpeter distingue l’invention de l’innovation. L’invention représente la découverte de nouvelles connaissances scientifiques et techniques, tandis que l’innovation (qui n’est pas qu’une simple modification de la fonction de production) est l’introduction de nouveaux procédés techniques, de nouveaux produits, de nouvelles sources de matières premières et de nouvelles formes d’organisation industrielle.

Schumpeter définit l’innovation comme l’introduction de nouvelles idées, de nouvelles technologies ou de nouveaux produits sur le marché. Il distingue l’invention, qui représente la découverte de nouvelles connaissances, de l’innovation qui englobe la mise en œuvre de ces découvertes dans des procédés techniques, des produits, des sources de matières premières et des formes d’organisation. Selon lui, l’innovation est le moteur de la dynamique économique et peut prendre différentes formes.

L’innovation est précisément à la source de la dynamique du changement dans l’économie capitaliste. Selon Schumpeter, le caractère cyclique de l’économie ne provient ni des transformations sociales, ni des évolutions démographiques, ni des variations de la monnaie.

Toutes les innovations n’ont pas le même impact sur la croissance. Seules les innovations radicales ou majeures peuvent profondément bouleverser l’équilibre économique.

Schumpeter nous donne cinq cas caractéristiques de « nouvelle combinaison » de production :

  • L’innovation de produit : cette forme d’innovation est la plus évidente, impliquant la création d’une nouvelle catégorie de produits tels que l’automobile ou l’ordinateur par exemple.
  • L’innovation de procédés : elle correspond à l’invention de nouvelles méthodes de production, comme l’introduction par Henri Ford du système de la chaîne de montage, rendant ainsi des produits précédemment inaccessibles abordables pour la classe moyenne. Inventer une nouvelle manière de produire peut être une innovation majeure. Par exemple lorsque Henri Ford introduit le système de la chaîne de montage il peut proposer un produit auparavant inaccessible à un prix abordable pour la classe moyenne. Autre exemple, de nos jour on peut imprimer des pièces grâce à des imprimantes 3D et prototyper en un temps ridicule par rapport aux méthodes classiques.
  • L’innovation de source de matières premières : des progrès significatifs ont été rendus possibles grâce à l’exploitation de nouvelles sources d’énergie telles que l’électricité, la machine à vapeur ou le moteur thermique, entraînant des avancées industrielles et des changements majeurs dans les modes de vie. Les nouvelles sources d’énergie ont été à la base de progrès considérables.
  • L’innovations de modèle d’affaires : cela englobe l’invention de nouvelles méthodes de vente ou de promotion de produits, comme l’émergence des grands magasins ou du commerce en ligne. L’innovation se retrouve également dans l’invention de nouvelles manières de vendre ou de promouvoir un produit. Les grand magasins sont un exemple d’innovation dans la manière de vendre par exemple (le bon marché est créé juste après la naissance de Schumpeter).
  • L’innovation de marché : cette innovation peut être motivée par des changements réglementaires, tels que la création de sociétés anonymes, ou par des modèles organisationnels novateurs. Ce type d’innovation peut avoir pour origine une modification réglementaire. Par exemple la possibilité de créer des sociétés anonymes ou l’ouverture d’un marché. Mais aussi des mode d’organisation originaux de sociétés.

L'entrepreneur schumpetérien

L’entrepreneur est chez Schumpeter un « idéal type » : l’entrepreneur est celui dont l’existence fait que le changement vient de l’intérieur du processus économique. L’entrepreneur de Schumpeter ne se définit pas par sa place dans les rapports de production mais par sa fonction : innover ; définition de ce fait à la fois plus vaste et plus étroite. Plus vaste car un salarié peut être entrepreneur, mais plus étroite car tout travailleur indépendant, tout chef d’entreprise n’est pas entrepreneur. De fait, « être entrepreneur n’est pas une profession ni surtout, en règle générale, un état durable ».

L’entrepreneur est décrit comme un chef animé par la volonté de puissance ou le goût de la compétition économique. La lutte pour la réussite économique est sa motivation, le profit n’est que le résultat de l’innovation qui réussit. Il y a en effet un gain monétaire à l’innovation. Cela pousse donc l’entrepreneur à innover. L’innovation porte la croissance par le processus de destruction créatrice. L’entrepreneur a donc un rôle essentiel. L’innovation détruit les structures anciennes en créant des activités nouvelles.

Schumpeter réserve aux banques une place importante dans la réalisation des innovations. En effet, il est impossible pour les entreprises de financer les investissements nécessaires aux innovations par leurs seules ressources propres.

Pour Schumpeter, l’entrepreneur est pourtant destiné à disparaître et le capitalisme entrepreneurial avec lui. C’est la thèse qu’il développera, dans Capitalisme, Socialisme et démocratie (1942).

Cette dernière thèse de Schumpeter ne semble pas corroborée par les faits.

L'héritage de Schumpeter dans le monde contemporain

Dans le monde contemporain, l’héritage intellectuel de Schumpeter se concrétise à travers des exemples tangibles, notamment dans le secteur technologique où des entreprises comme Apple, Google et Amazon incarnent la notion de destruction créatrice en redéfinissant les marchés existants avec des innovations radicales. Cette dynamique de création et de destruction continue de façonner le paysage économique mondial, incitant les entreprises à innover constamment pour maintenir leur compétitivité.

En parallèle, de nombreux pays intègrent les idées de Schumpeter dans leurs politiques économiques, favorisant ainsi l’entrepreneuriat, la recherche et le développement, ainsi que la protection de la propriété intellectuelle pour stimuler l’innovation et la croissance. Par exemple, les États-Unis ont traditionnellement adopté une approche favorable à l’innovation, avec des politiques de soutien à la recherche et au développement ainsi qu’à l’entrepreneuriat, incarnées par des initiatives telles que le Small Business Innovation Research (SBIR) et le Small Business Technology Transfer (STTR).

En identifiant le rôle central de l’entrepreneur et de l’innovation dans la dynamique de la croissance économique, Schumpeter entrevoit aussi le risque de la disparition de cette fonction d’entrepreneur-innovateur. Dans Capitalisme, Socialisme et démocratie (1942), il explique que l’innovation verse dans une certaine routine dans l’entreprise moderne. Le progrès technique y est organisé, rationalisé, ce qui réduit l’initiative individuelle. La banalisation et la routinisation de l’activité d’innovation, son organisation en laboratoire, en équipe conduisent à une sorte de bureaucratisation du progrès technique dans les grandes entreprises.

Tout se passe comme si le système s’habituait à l’innovation et avec la concentration des entreprises, la figure emblématique de l’entrepreneur s’efface au profit du manager, du gestionnaire. Le passage à un capitalisme managérial dans lequel les propriétaires du capital délèguent de plus en plus leur rôle de gestionnaire à des cadres et techniciens de haut niveau chargés de développer l'entreprise ne laisse plus de place à l’entrepreneur schumpetérien, destiné à disparaître et le capitalisme entrepreneurial avec lui.

Cette analyse de la disparition de l’entrepreneur au profit des managers-gestionnaires transformant le capitalisme entrepreneurial en capitalisme managérial est reprise par des économistes ultérieurs. Ainsi John Kenneth Galbraith, dans Le nouvel Etat industriel (1967), analyse le pouvoir des gestionnaires et l’émergence d’une « technostructure », idée présente également chez Alfred Chandler qui, dans La main visible des managers (1988), montre le poids des cadres dans la grande entreprise.

Les limites de la définition schumpetérienne

La définition, finalement assez étroite, de l’entrepreneur schumpetérien a évidemment été nuancée par des économistes et des historiens. Il suffit d’ailleurs d’observer le rôle direct ou indirect de l’Etat dans l’émergence de nombreux grands entrepreneurs pour relativiser le portrait qu’en fait Schumpeter.

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