Revente d’électroménager avec petit défaut de fonctionnement : modèle économique et pratiques

Il y a un véritable engouement pour l’achat d’appareils de seconde main et l’électroménager ny fait pas exception. Les appareils reconditionnés, qui rassurent les consommateurs, sont particulièrement prisés. À tel point que la demande dépasse l’offre. On assiste à une véritable ruée vers l’or, à la fois de la part du grand public mais aussi des acteurs du marché, nombreux à s’atteler à la tâche.

Pourquoi un marché de l’électroménager reconditionné en croissance ?

Un cap a été franchi en faveur de l’électroménager reconditionné, la crise sanitaire ayant participé à la fois à une prise de conscience écologique et à un besoin de s’équiper ou se rééquiper pour être bien chez soi. Si les consommateurs sont toujours attirés par les prix intéressants, le choix d’acheter du reconditionné pour des raisons écologiques se fait de plus en plus prégnant.

Le fait que le matériel reconditionné ait été testé, nettoyé et remis en état par des professionnels rassure déjà les consommateurs sur la durée d'usage. Souvent, les acteurs du reconditionnement proposent d'ailleurs une garantie sur les appareils reconditionnés. Cette confiance facilite l’achat en ligne : « les gens n’ont plus forcément besoin de voir le produit avant d’acheter ».

Les canaux de distribution : qui vend quoi ?

Des appareils reconditionnés, on en trouve désormais via de nombreux canaux. D’abord, à travers des canaux traditionnels, à savoir les acteurs de l’économie sociale et solidaire tels qu’Envie ou Emmaüs. Par exemple Envie, qui propose de l’électroménager reconditionné depuis plus de 30 ans, a su moderniser son offre pour s’adapter aux nouvelles attentes et vend désormais les appareils reconditionnés directement sur son site Internet, avec un service de livraison. Eric Gastineau, Directeur d’Envie Trappes en Yvelines y voit le signe d’un véritable changement.

Les acteurs de la distribution eux aussi vendent des appareils reconditionnés : Boulanger avec son offre 2nd Life et le groupe Fnac Darty à travers Fnac 2nde Vie et Darty Occasion. Dans les deux cas, les appareils ont peu servi, parfois pas du tout. Ils sont vérifiés, testés, nettoyés et réemballés pour être vendus. Il faut également ajouter la récente initiative d'Electro Dépôt et le lancement de son concept Reconomia.

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Quant aux réparateurs, ils sont particulièrement bien placés pour remettre en état des appareils. Il n’est donc pas étonnant de voir certains se lancer dans la vente d’appareils reconditionnés, à l’instar de Murfy, qui en propose depuis octobre 2020. Enfin, les consommateurs peuvent acheter des équipements reconditionnés sur les marketplaces de sites de vente en ligne. Par exemple Cdiscount ou Rue du commerce disposent de pages dédiées à l’électroménager reconditionné. Les marketplaces spécialisées dans le reconditionné, à l’instar de BackMarket, se mettent elles aussi petit à petit à l’électroménager, parfois fourni par les marques elles-mêmes.

Parcours type d’un appareil reconditionné et incidence sur le prix

Les appareils reconditionnés vendus par les distributeurs suivent un parcours un peu différent. Il s’agit de produits ouverts pour une démonstration, retournés suite à une rétractation de client (14 jours), éventuellement un peu abîmés pendant une livraison ou présentant un défaut esthétique. Certains n’ont même pas été utilisés. Le parcours de l’appareil a forcément une incidence sur le prix de revente.

Par exemple, chez Fnac Darty lorsqu’un consommateur achète un appareil reconditionné, l’économie est de l’ordre de 30% par rapport à du neuf. Chez Envie, les produits sont vendus en moyenne deux fois moins cher que les modèles neufs en magasins classiques. Chaque année, 12.000 appareils ressortent de certains ateliers, direction la boutique.

Modèles économiques : revente d’appareils avec petit défaut de fonctionnement

Certains magasins proposent des prix cassés pour s'équiper en électroménager. Leur secret : réparer et remettre en vente des appareils de seconde main. Un concept écologique qui séduit de plus en plus. En coulisses, dans l'arrière-boutique, des employés déchargent plusieurs camions par jour, des dizaines de lave-vaisselles, de fours et de machines à laver, qui ont déjà servi. Ils sont récupérés chez les grands distributeurs et remis en état. « On donne une nouvelle vie aux appareils », résume un équipier de production.

Chez Murfy, idem, le spécialiste de la réparation collecte des appareils usagés « avant qu’ils ne finissent aux ordures ». Murfy se propose d’ailleurs de venir récupérer gratuitement, sur rendez-vous, des appareils auprès de particuliers qui souhaitent s’en débarrasser. Dans ces deux cas, les produits ont donc connu une première vie.

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Le gisement de produits à reconditionner existe bel et bien, mais les acteurs du marché peinent à suivre la cadence. « L’offre n’est pas encore assez développée. Il y a des intentions d’achat qui ne se concrétisent pas parce que l’offre n’est pas déployée sur une large échelle » remarque Nathalie Yserd. La distribution assure sa volonté de développer encore l’offre, sans avoir vocation toutefois à en faire une activité à part entière : le but est de revaloriser les produits à disposition, un gisement déjà important.

Freins structurels au développement : logistique, main d’œuvre, pièces détachées

Parce que les produits sont logistiquement volumineux à transporter, parce que compte tenu de la durée de vie des produits, il faut avoir des pièces détachées… Il y a sans doute un business model qui va se monter pour répondre à une attente des consommateurs, qui concerne l’ensemble des équipements. La réponse pourrait venir du côté des spécialistes de la réparation, mais comment reconditionner encore plus d’appareils quand le manque de techniciens spécialisés se fait déjà cruellement sentir ?

Allouer des ressources qualifiées au reconditionnement reviendrait à priver le secteur de la réparation déjà en tension d’une partie de sa main d’œuvre. Cela ne risquerait-il pas d’engendrer d’autres freins en allongeant les délais d’intervention, ce qui inciterait les consommateurs à acheter neuf sans même chercher à réparer ?

Réglementation et obligations de reprise : impact sur l’offre

Depuis 2020, de nombreux distributeurs doivent récupérer gratuitement les produits usagés de leurs clients, qu’il y ait achat ou non. Une double obligation, issue de la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire (Agec) de 2020, incombe aux vendeurs : ils doivent reprendre les anciens produits des consommateurs, que ces derniers achètent ou non un équipement. Les deux dispositifs en vigueur sont la reprise « 1 pour 1 » et la reprise « 1 pour 0 » (sans obligation d’achat).

Selon les articles L.541-10-1, L.541-10-8 et R.541-160 du Code de l’environnement, les distributeurs doivent proposer une solution de reprise gratuite « 1 pour 1 », c’est-à-dire reprendre gratuitement un équipement électrique usagé lors de l’achat d’un équipement électrique neuf équivalent, y compris dans le cas de la vente à distance. Au minimum, les distributeurs sont tenus de proposer systématiquement et de manière facilement visible et accessible des solutions de reprise.

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Sur le lieu de vente, dans le cas d’un enlèvement du nouvel appareil directement en magasin, la reprise de l'électroménager usagé ou de tout autre appareil électrique ou ampoule doit être effectuée gratuitement sur le lieu de vente. Selon l’article R.541-160 a) du Code de l’environnement, les distributeurs disposant d’une surface de vente d’équipements électriques d’au moins 400 m² doivent proposer une solution gratuite de reprise, sans obligation d'achat, dite reprise « 1 pour 0 », pour une même catégorie d'appareil.

Lors de la livraison, dans le cas d’une livraison du nouvel appareil sur son lieu d’utilisation, la reprise de l’équipement usagé doit se faire lors de la livraison, sur le lieu d’utilisation. Dans le cas d’une livraison du nouvel équipement sur un lieu autre que celui de son utilisation (dans un relais colis par exemple), l’ancien appareil doit être repris sur le lieu de la livraison ou une autre solution de reprise doit être proposée aux consommateurs.

Sanctions et contrôles : respect des obligations

La Répression des fraudes (DGCCRF) a mené une enquête entre 2022 et 2023 auprès de 780 enseignes et a relevé une méconnaissance de la part des professionnels du dispositif « un pour zéro ». In fine, elle a délivré 284 avertissements, 129 injonctions et 10 procès-verbaux pénaux, soulignant en premier lieu un non-respect de l’obligation d’information, la loi stipulant que « l’utilisateur final est informé dans le lieu de vente des conditions de reprise mises à sa disposition de manière visible, lisible et facilement accessible, et avant que la vente ne soit conclue ».

Une sanction est prévue pour le fait, pour un distributeur, de ne pas assurer la reprise d'un produit usagé dont son détenteur se défait lorsque cette reprise est obligatoire, ou de ne pas respecter les obligations d’information du consommateur concernant la reprise des produits usagés. Il s'agit d'une amende de 1 500 € (personne physique) ou de 7 500 € (personne morale).

Collecte et recyclage : rôle des éco-organismes

Nos magasins sont des points de collectes pour vos produits hors d’usage. Les déchets électriques et électroniques sont pris en charge par notre prestataire Eco système qui les achemine dans l’un des 80 centres spécialisés dans le recyclage des équipements électriques, tous situés en France. Les substances dangereuses contenues dans votre équipement y sont soigneusement retirées et éliminées selon des normes environnementales strictes et exigeantes. Enfin, les matières qui composent votre vieil équipement (plastiques, métaux…) sont triées puis utilisées dans la fabrication de nouveaux produits.

Cette récolte de produits évite qu’ils soient jetés dans des déchèteries sauvages. Si vous achetez une ampoule ou un appareil neuf, en remplacement d’un équipement hors service, votre magasin a l’obligation de reprendre l’ancien au moment de l’achat en point de vente ou au moment de la livraison. Les produits collectés sont ensuite transmis aux éco-organismes ou systèmes individuels chargés de la fin de vie des équipements.

Chiffres de recyclage et potentiel de réemploi

Sont recyclés en moyenne : 79,9% du poids des gros appareils électriques (lave-linge, cuisinière…), 78,3% du poids des gros appareils contenant des gaz réfrigérant (frigo, climatiseur…), 73% du poids des petits appareils électriques (cafetière, aspirateur, sèche-cheveux…), 68% du poids des écrans (téléviseur, ordinateur…).

CatégorieTaux moyen recyclé
Gros appareils électriques79,9%
Gros appareils avec gaz réfrigérant78,3%
Petits appareils électriques73%
Écrans68%

Exemples concrets et retours d’expérience

Certains magasins montrent l’attractivité du concept : Sébastien et Benjamin ont acheté deux frigos pour un total de 298 euros. Ils ont réalisé une économie de 71 euros, mais au prix d'une petite concession tout de même, à savoir un impact visible sur l'appareil. « Le but n'est pas forcément que ce soit esthétique, mais fonctionnel », explique l'un des ouvriers dans un reportage.

Dans les ateliers, on lit que « si l'appareil tombe en panne, il peut être réparé pendant deux ans ». Michel, par exemple, s'est laissé tenter. En moyenne, les produits sont vendus deux fois moins cher que les modèles neufs en magasins classiques. « Écologiquement, je trouve ça bien de ne pas jeter dès que c'est abîmé, et je pense que réparer, c'est l'avenir », plaide une cliente.

Envie - "Sept à Huit Life" sur TF1 : "L'électroménager d'occasion, gaspi et bonnes affaires"

Rôle des éco-organismes et chiffres 2020

« L’enjeu c’est la facilité d’accès pour le consommateur, pour ne pas le décourager dans sa démarche de consommateur acteur d’une économie plus durable. Dans le cas des acteurs de l’économie sociale et solidaire, ils s’approvisionnent auprès d’ecosystem. En 2020, 600 000 équipements électriques et électroniques collectés par l’éco-organisme ont pu être rénovés par Envie et Emmaüs - c’est 23 000 de plus que l’année précédente. « Les structures d’économie sociale et solidaire ont bénéficié de ce marché particulièrement dynamique, notamment sur le second semestre pour augmenter leur approvisionnement en produits susceptibles d’être réutilisés ou réemployés » relève Nathalie Yserd, Directrice Générale d’ecosystem.

Perspectives : structuration du marché et opportunités

Mais pour se développer, le marché de l’électroménager reconditionné a besoin de se structurer. Lorsque nous avons enquêté, nous avons échangé avec de nombreux acteurs œuvrant dans le secteur de l’électroménager d’occasion et/ou reconditionné. Tous nous ont rapporté les mêmes constats. D’abord, pour que le marché de la seconde main se développe, les consommateurs ont besoin d’être rassurés - un pari que le reconditionné parvient à relever en grande partie. Ensuite, ce marché n’en est qu’à ses balbutiements et a besoin de se structurer, voire de s’inventer.

« On ne reconditionne pas assez vite par rapport à ce qu’il faudrait. On risque de ne pas avoir assez d’offre par rapport à la demande mais c’est aussi le jeu de l’occasion et du reconditionné. Il y a un peu un côté chasse au trésor », explique Katell Bergot, Directrice Seconde Vie chez Fnac-Darty. De son côté, Envie ouvre de nouveaux ateliers pour proposer plus d’appareils reconditionnés aux consommateurs et ce, sur un territoire le plus large possible.

La distribution apporte sa pierre à l'édifice en matière d'appareils reconditionnés : exemple avec Boulanger 2nd Life. « Si on a des produits et qu’on s’organise pour les revaloriser, les ventes suivent la demande des clients. Diverses études cherchent à identifier les freins qui empêcheraient les consommateurs d’acheter des appareils d’occasion ou reconditionnés. Mais paradoxalement, ils sont déjà prêts à tel point que l’offre n’est pas suffisante pour répondre à la demande. »

Le marché reste prometteur : « l’offre de produits réemployés et réutilisés est proposée par les acteurs de l’économie sociale et solidaire en partenariat avec ecosystem, notamment du gros électroménager. Mais cette demande n’est pas encore captée par les grands acteurs notamment du reconditionné ».

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