Évolution de la Finance Islamique
La finance islamique est en constante évolution et englobe environ 1700 milliards d’euros d’encours en 2015. Les projections en 2021 sont d’environ 2900 milliards d’euros d’actifs. D’après un rapport joint des Nations Unies et de la Banque islamique de développement, cette croissance ne devrait pas ralentir au cours des années à venir.
En termes quantitatifs, on comptait en 2012 environ 1 540 milliards de dollars d’actifs bancaires islamiques avec une croissance annuelle de 19% en moyenne entre 2008 et 2011, pourtant en pleine période de crise du secteur financier.
Principes Fondamentaux de la Finance Islamique
Le grand public associe souvent à la finance islamique une simple série d’interdits, mais il s'agit d'un système complexe basé sur des principes éthiques et religieux.
- L’interdiction de l’intérêt (ribâ): L’intérêt est ce qui rémunère un prêteur dans le système financier occidental. Dans l’islam, le simple fait de prêter des fonds ne peut pas être rémunéré en soi : l’argent en tant que tel n’est en effet pas considéré comme un bien quelconque, pouvant générer des revenus par lui-même, en vertu seule de l’écoulement du temps. En revanche, le prêteur peut se rémunérer sur les revenus qui seront dégagés de l’activité que son argent a permis de financer.
- La règle du partage des profits et des pertes (« Loi des 3 P »): On la définit comme « un mécanisme financier qui lie le capital financier à l’industrie et au commerce sans utiliser un intérêt ». Dans un contrat, l’apporteur de fonds et l’entrepreneur doivent idéalement supporter tous les deux le risque.
- L’adossement à des actifs tangibles: Une opération en finance islamique doit être adossée à un actif économique tangible, réel, et matériel. Par conséquent, ne sont pas autorisés les investissements dans des produits dérivés (options, contrats futures ou forward), par lesquels un acteur peut vendre un actif qu’il ne possède pas.
- L’interdit du paiement et de l’encaissement d’intérêts préalablement déterminés: La création d’argent dans la conception islamique doit forcément être attachée à l’économie réelle et à des actifs tangibles.
- L’interdit de la spéculation: Sont formellement interdits les produits dont les actifs sous-jacents ont une évolution incertaine. Ainsi la plupart des produits dérivés comme les options sont exclus de la finance islamique.
Du fait de ces principes et pratiques, la finance islamique apparaît bien éloignée de la finance occidentale, pratiquée dans par la quasi-totalité des acteurs mondiaux.
Produits Financiers Islamiques
Il existe différents types de produits financiers islamiques qui se basent sur le principe de partage des profits et des pertes.
Lire aussi: Analyse de l'indice INSEE
- La mourabaha: Un contrat par lequel le financeur (généralement une banque) achète un produit réel et licite (au point de vue religieux) à un tiers, pour le revendre à un prix supérieur, convenu à l’avance et payé selon un échéancier.
- La moucharaka: Contrat de participation par lequel des apporteurs de fonds financent un projet.
- La moudaraba: Contrat par lequel la banque islamique apporte des fonds pour le financement d’un projet duquel seul l’entrepreneur s’occupera de la gestion. La rémunération est distribuée selon une clé de répartition déterminée au préalable.
La finance islamique dispose aussi d’un moyen de financement qui s’apparente aux obligations classiques. Nommés Al Sukuk, ils sont obligatoirement adossés à des actifs sous-jacents réels. Ces produits sont issus par des banques islamiques, par des États (Bahreïn, Koweït, …) mais aussi par des entreprises. En Europe, la province allemande de Saxe-Anhalt a émis pour 100 millions d’euros de sukuk.
Les sukuks sont un produit obligataire islamique (c’est-à-dire un produit permettant de s’endetter) qui, pour contourner l’interdiction de l’intérêt (prohibé par la charia), sont adossés à des actifs dont la performance rémunère l’investissement.
Acteurs et Répartition Géographique
Géographiquement, elle se concentre principalement dans les pays musulmans d’Asie et dans les pays du moyen orient. Les principaux acteurs du secteur sont localisés en Arabie Saoudite (Al Rajhi et Al Jazeera Bank), au Koweït (avec Kuwait Finance House) et aux Émirats Arabes Unies avec (Dubai Islamic Bank pour investir à Dubaï et Abu Dhabi Islamic Bank pour investir à Abu Dhabi), qui sont des pure players du secteur.
Défis et Risques
L’émergence de la finance islamique dans le monde financier n’est pas sans soulever de multiples questions, que cela soit chez ses promoteurs ou ses détracteurs. Ainsi, la pratique de la finance islamique et de ses montages sont-ils légaux partout dans le monde ? La finance islamique est-elles rentables ?
- Risques liés aux taux de référence: Les rémunérations des produits financiers islamiques sont calculées en ajustant par une prime de risque les taux d’intérêt des marchés classiques et sont ensuite fixés.
- Risque de concentration: L’obligation d’actifs sous-jacents réels ainsi que la restriction des investissements à des produits religieusement licites conduit à un manque de diversification des portefeuilles.
- Le risque d’investissement: Le principe de partage des profits et des pertes concentre le risque des institutions islamiques sur le choix des projets à financer.
Tout d’abord se pose la question de l’inconstance potentielle de la finance islamique et plus spécifiquement du degré d’application des principes de la charia. Comment, en effet, être certain des pratiques qui régiront la finance islamique dans les années à venir, sachant que les pratiques du droit islamique tout comme le degré d’appréciation des lois islamiques sont sujets à modifications, de la part des sharia boards, souvent opaques ? Aussi, se pose la question des conflits d’intérêt au sein de ces comités. Cela pose directement la question de l’indépendance de ces experts et des potentiels conflits d’intérêt.
Lire aussi: Carrière dans l'Inspection des Finances Publiques
Du fait des différences par rapport à la finance traditionnelle et plus particulièrement des interdictions d’investissements (interdits sectoriels, produits financiers à effet de levier, taux élevés pour financer des projets incertains) la rentabilité des fonds et institutions bancaires islamique tend à être inférieure à celle des établissements conventionnels. Malgré leur expansion, les banques islamiques ont connu une rentabilité des capitaux propres de 11,6% contre 15,3% pour les banques traditionnelles sur la période 2008-2011.
Expansion et Perspectives d'Avenir
La finance islamique ne s’adresse pas uniquement au 1,8 milliard de musulmans. Sur ce point, le Royaume-Uni fait office de précurseur. La Financial Services Authority a ainsi créé des normes pour ces nouveaux produits financiers et a ouvert un département spécifique dédié à la finance islamique. En Allemagne et en France, comptant à eux deux près de 10 millions de musulmans, la finance islamique n’a pas encore pénétré le marché bancaire traditionnel. Quelques initiatives ont cependant émergé.
On estime à 2 666 milliards de dollars la taille du marché des actifs islamiques à l’horizon 2017. En termes de développement géographique, les zones Amérique du Sud, Afrique, Asie et Moyen-Orient devraient connaître un fort développement ; les populations islamiques de ces régions devraient en effet croître de 35% d’ici à 2030.
En Europe, la France et le Royaume-Uni considèrent la taille de leurs populations de confession musulmane comme un avantage stratégique. Ces deux grandes places bancaires européennes ont ainsi récemment développé une législation permettant l’exercice de la finance islamique dans leurs pays respectifs. En 2009 et 2010, la France, sous l’impulsion Christine Lagarde, a changé ses instructions fiscales et voté une loi spécifique afin de pouvoir accueillir les capitaux islamiques (l’objectif étant de capter 10% du marché mondial de la finance islamique d’ici 2020). Le Royaume-Uni s’apprête même à aller plus loin par l’émission d’une obligation d’Etat répondant aux critères de la charia.
En marge des zones développées en matière de finance islamique, des pays entiers représentent un fort potentiel, notamment en Afrique, du fait des croissances démographique et économique qui amèneront vraisemblablement des millions de musulmans à se bancariser.
Lire aussi: Évolution économique des taux de TVA
balises: #Financ
