Finance Islamique : Principes et Fonctionnement
Encore méconnue dans la finance mondiale il y a quelques années et encore vague dans l’esprit des français, la finance islamique connaît pourtant une forte progression depuis une décennie et suscite de nouveaux enjeux dans la sphère financière internationale. Ribaa, Maysir, Sukuk, Moudaraba… des noms inconnus au bataillon direz-vous ? À première vue, on peut se demander quel est le lien entre l’Islam et la finance ? La finance islamique intrigue, attire ou questionne.
La finance islamique est fondée sur les principes de la loi d’inspiration religieuse, la Charia, elle se distingue de la finance conventionnelle par la mise en avant une idée d’éthique dans les échanges économiques. La finance islamique repose sur des principes fondamentaux issus de la charia, la loi islamique.
Elle incarne une approche alternative et complémentaire aux systèmes financiers traditionnels, offrant des solutions adaptées à une clientèle de plus en plus diversifiée et exigeante. La finance islamique n’est pas une simple alternative religieuse à la finance conventionnelle. La finance islamique repose sur des fondamentaux immuables, issus de sources juridiques et morales (Coran, Sunna, Fiqh).
L'expert financier Anouar Hassoune viendra présenter tous les aspects techniques de cette finance ainsi que le triptyque sur lequel elle s’adosse. Les trois volets principiel, axiologique et contractuel caractérisant la finance islamique seront passés en revue.
La finance islamique moderne existe depuis une cinquantaine d'années. Elle a émergé en Haute-Egypte où pour la première fois des expériences de finance islamique ont été conduites sur le terrain de la micro-finance et à peu près au même moment, en 1963, a vu le jour une institution malaisienne qui consistait à capturer l'épargne des ménages malais dans la perspective de leur pèlerinage à la Mecque, en conformité avec les principes de la finance islamique.
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Répartition géographique de la finance islamique dans le monde
Principes Fondamentaux de la Finance Islamique
La finance islamique puise ses grands principes dans la Loi Islamique, la Charia, et vise à amener plus d’équité en finance. La finance dite islamique est une finance principiel, elle repose sur 5 principes, les 5 piliers de l'islam financier. Il y a 3 interdictions : l'intérêt, l'illicite, la spéculation et 2 obligations : le partage des profits et des pertes, adosser toute transaction financière à un actif tangible.
Contrairement à la finance conventionnelle, elle interdit strictement le riba (l'intérêt), le gharar (l'incertitude excessive) et le maysir (le jeu). Le principe central de la finance islamique est celui du partage des risques et des profits. Dans ce système, le prêteur et l'emprunteur partagent les bénéfices comme les pertes, créant ainsi une relation plus équilibrée que dans la finance conventionnelle.
Interdiction du Ribaa (Intérêt)
L’interdiction la plus connue est celle du Ribaa ou de l’Intérêt. En effet, toute opération liée à de l’intérêt est formellement prohibée. Cette prohibition émane d’une volonté de réduire les injustices lors de l’époque pré-islamique où le développement du Ribaa provoquait des situations de quasi-esclavage des emprunteurs n’ayant pu rembourser à temps leur prêteur.
Il faut cependant préciser que la Charia ne s’oppose pas au principe multimillénaire de la rémunération de l’argent prêté, mais plutôt au caractère fixe et prédéterminé du taux d’intérêt. Toute opération financière ou bancaire dont les revenus viendraient du seul fait que le temps s’écoule est interdite.
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Instruments Financiers Islamiques
Plusieurs instruments financiers ont été développés pour respecter ces principes tout en répondant aux besoins modernes de financement.
Comprendre la finance islamique
La Mourabaha
La Mourabaha, produit le plus connu et caractérisé par une double vente entre le vendeur et l’acheteur, consiste à contracter une forme d’emprunt sans intérêt. Ainsi, lorsqu’un client souhaite acquérir un bien, la banque l’achète à sa place et lui revend à un prix majoré. Cette commission et la période de remboursement sont déterminés dans le contrat initial et restent fixes.
La Moudaraba
La Moudaraba est un partenariat d’investissement où la banque joue le rôle d’investisseur et s’engage à financer intégralement le projet, et où l’entrepreneur assure la gestion de projet et apporte son expertise. En cas de succès, l’investisseur reçoit une participation sous la forme d’une part préfixée des bénéfices, au titre de sa participation à la création de valeur, et non pas en fonction du temps pendant lequel les capitaux auront été mobilisés.
L’entrepreneur quant à lui, reçoit également sa part dans les bénéfices qui est fixée dans le contrat et renonce donc à une rémunération variable de son travail. En cas d’échec, seul l’investisseur supporte les pertes en capital.
La Moucharaka
La Moucharaka est une association entre deux parties dans le capital d’une entreprise ou d’un projet. Cette technique vise à mettre à disposition les ressources de la banque pour permettre à l’entrepreneur de renforcer ses fonds propres, définitivement ou temporairement pendant la durée d’une opération ponctuelle. A l’inverse, dans le cas d’une mouchara, la banque peut intervenir dans la gestion du projet.
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De par ses modalités de fonctionnement, ce partenariat actif entre l’entrepreneur et la banque se rapproche d’une joint-venture couramment rencontrée en finance classique.
L’Ijara
L’Ijara est la mise à disposition d’un bien moyennant un loyer et peut s’assimiler à du crédit-bail. Un autre instrument important est l'ijara, similaire à un crédit-bail, où l'institution financière achète un bien et le loue à son client, qui a la possibilité de l'acquérir à la fin du contrat.
Le Sukuk
Le Sukuk correspond à une obligation dans la finance conventionnelle (Asset-Backed Securities), mais contrairement à cette dernière qui confère la propriété d’une dette, le sukuk a une échéance fixée d’avance et est adossé à un actif permettant de rémunérer le placement en contournant le principe de l’intérêt. Les détenteurs de sukuk perçoivent ainsi une part de profit à risque quasi-nul et non un intérêt comme pour les ABS.
Les sukuk, souvent appelés "obligations islamiques", représentent une part croissante du marché. Elles sont émises par des établissements financiers islamiques, par des États (Bahreïn, Malaisie, Arabie Saoudite…) ou par des entreprises et permettent le financement de projets spécifiques.
Opérations "Sans Participation"
Les opérations « sans participation » concernent essentiellement les opérations à caractère commercial (achat ou vente d’actifs). Le premier est un contrat de vente soumis à des clauses précises issues des principes énoncés par la charia. La vente doit être instantanée, l’objet vendu licite et son prix clairement affiché et justifié.
Ce type de contrat peut également être utilisé comme source de financement. Dans ce cas, la banque islamique joue le rôle d’intermédiaire financier entre l’acheteur et le vendeur.
Les principes de la finance islamique
Les Institutions Financières Islamiques
La mise en œuvre de ces principes se matérialise à travers plusieurs types d’institutions financières. Les banques islamiques, entièrement conformes à la charia, proposent une gamme complète de services similaires à ceux des banques conventionnelles, mais structurés différemment.
Comptes Bancaires et Cartes Bancaires
- Compte bancaire : Comme en finance classique, toute personne physique ou morale peut déposer des fonds sur un compte courant qui sont garantis par la banque islamique.
- Les cartes bancaires : On rappelle que dans le cadre de la finance islamique, l’argent ne peut fructifier ex-nihilo. Dès lors, si la carte bancaire entraîne d’autres frais que les frais de gestion, son utilisation est proscrite.
- Compte épargne : Comme énoncé précédemment, la thésaurisation est en principe interdite. En finance islamique, les comptes d’épargne s’apparentent à des contrats d’épargne en unités de compte proposés en finance classique.
Financement Immobilier
Un individu décide d’acheter un bien (par exemple une voiture). La banque achète pour le compte du client ce bien et devient ainsi co-investisseur avec l’emprunteur. Le remboursement s’effectuera sous forme de versements de loyers augmentés d’une marge bénéficiaire. Cette marge ne s’apparente pas à un intérêt puisqu’elle correspond à la transformation d’un paiement de court terme en long terme, autorisée par la loi islamique.
Croissance et Défis de la Finance Islamique
Croissance à deux chiffres, plus de 1800 milliards de dollars d’avoirs bancaires en 2013, 40 millions de clients dans le monde, prévisions de doublement de volume pour atteindre 4000 milliards de dollars en 2020 ; autant de chiffres qui illustrent le boom actuel que rencontre la finance islamique dans le monde. La raison est simple : bien qu’elle soit régie par des principes religieux, cette activité n’en reste pas moins plus sécurisée.
Ainsi durant la dernière crise économique, la finance islamique a mieux résisté que les autres banques étant moins exposée aux « Sub-Primes » et aux créances toxiques, explique Mahmoud Mohieldin, directeur général de la Banque mondiale. Elle a maintenu un lien plus fort avec l’économie réelle en prohibant notamment la spéculation. « Avec de grandes réserves de fonds propres et de liquidités, les banques islamiques sont mieux outillées pour résister aux chocs du marché » estime le FMI.
Malgré une situation géographique dominante dans le Golfe Persique (60%), la finance islamique n’est pas destinée de façon exclusive aux musulmans. Elle attire aussi des clients en quête de finance responsable et participative. NoorAssur, première agence spécialisée en France, estime détenir 15% de clients non-musulmans; Rayan Bank - anciennement Islamic Bank of Britain et première banque islamique de détail en Grande-Bretagne - a réalisé une étude entre le 1er janvier et le 15 août 2014, montrant que 83% de leurs clients étaient non-musulmans.
Malgré sa croissance rapide, la finance islamique doit encore relever plusieurs défis. L'un des principaux est l'harmonisation des normes et des pratiques à l'échelle internationale. Un autre défi majeur est la formation des professionnels. La finance islamique nécessite des compétences spécifiques qui ne sont pas toujours enseignées dans les cursus financiers traditionnels. Cependant, ces défis s'accompagnent d'opportunités significatives.
L'Expansion de la Finance Islamique en Europe
A l’instar de la Grande-Bretagne qui a saisi l’opportunité de se lancer dans une activité porteuse et qui est devenue le premier pays émetteur de Sukuk (323 Millions de dollars) en dehors des pays islamiques, la France tente elle aussi d’intégrer ce marché.
Entre ses 4 à 5 millions de musulmans et sa population grandissante soucieuse de l’aspect alternatif et éthique de la vie quotidienne, la France possède un fort potentiel de développement économique en termes de finance islamique. Depuis la crise de la dette de la zone euro, plusieurs pays européens s’intéressent à cette nouvelle source de financement.
En 2004, une province allemande (Saxe-Anhalt) a ainsi émis un emprunt obligataire islamique de 100 millions d’euros. En 2008, le Royaume-Uni l’a envisagé pour un montant de 2 milliards de livres (2,3 milliards d’euros). « La finance islamique peut être un levier additionnel pour financer les grands projets d’infrastructures.
Cependant, le manque actuel d’offre des banques françaises, risque d’entraîner une transformation de ces clients en clientèle inactive. Nous l’aurons compris, la Finance islamique connait une forte expansion et saura trouver les arguments auprès d’un certain nombre de clients. Toutefois, malgré sa très forte progression, son poids global ne représente que 2% de la finance mondiale. Ce secteur reste donc assez marginal. Manque d’organisation ? Manque d’harmonisation ? Manque de clarté dans la régulation ?
Finance Islamique et Éthique
La finance islamique propose une voie : concilier rentabilité et éthique, performance et cohérence. Accompagner les entrepreneurs, professionnels et familles dans une gestion éthique et performante de leur patrimoine.
Une banque islamique peut faire de la marge, s'enrichir et enrichir au même titre ses propres clients et ses actionnaires, à la condition qu'un travail ai été effectué par elle mais aussi par ses clients emprunteurs qu'elle accompagne. (...) La finance islamique est favorable et prône entrepreneuriat.
Pour les investisseurs, la finance islamique offre plusieurs avantages. Elle permet d'investir dans des actifs réels et productifs, réduisant ainsi l'exposition aux bulles spéculatives. La structure des produits islamiques, avec leur accent sur le partage des risques, peut également offrir une meilleure protection contre les crises financières.
L'Impact sur les Institutions Financières Conventionnelles
L'essor de la finance islamique a un impact croissant sur les institutions financières conventionnelles. De nombreuses banques internationales ont développé des divisions spécialisées dans les produits islamiques, reconnaissant ainsi l'importance de ce marché.
Pour les sociétés financières, l'intégration de principes islamiques peut offrir plusieurs avantages. Elle permet d'élargir leur base de clients, notamment dans les pays à majorité musulmane où la demande pour ces produits est forte.
Conclusion
La finance islamique représente aujourd'hui l'une des branches les plus dynamiques du secteur financier mondial. Fondée sur des principes éthiques et religieux, elle offre une alternative aux systèmes financiers conventionnels tout en répondant aux besoins d'une clientèle de plus en plus exigeante en matière de conformité avec ses valeurs.
Pour les étudiants en finance, comprendre les principes et les mécanismes de la finance islamique devient de plus en plus important. Cela ouvre non seulement des perspectives de carrière dans un secteur en pleine expansion, mais offre également une vision plus large des possibilités en matière de finance éthique et responsable.
| Instrument Financier | Description |
|---|---|
| Mourabaha | Vente à crédit où la banque achète un bien et le revend à son client avec une marge bénéficiaire convenue à l'avance. |
| Moudaraba | Partenariat d'investissement où la banque finance un projet et l'entrepreneur assure la gestion. |
| Moucharaka | Association entre deux parties dans le capital d'une entreprise ou d'un projet. |
| Ijara | Crédit-bail où l'institution financière achète un bien et le loue à son client. |
| Sukuk | Obligations islamiques adossées à un actif, permettant de rémunérer le placement en contournant le principe de l'intérêt. |
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