La Finance Islamique au Sénégal : Principes, Opportunités et Défis

La finance islamique, avec ses principes éthiques et ses mécanismes spécifiques, connaît un essor notable dans le monde, et le Sénégal ne fait pas exception. Cet article explore en détail les fondements de la finance islamique, ses applications au Sénégal, les acteurs clés de ce secteur et les perspectives d'avenir.

Dakar, Sénégal

Vue du centre-ville de Dakar, Sénégal.

Principes Fondamentaux de la Finance Islamique

La finance islamique repose sur un ensemble de principes édictés par la charia, qui interdisent notamment les intérêts (riba), la spéculation excessive (gharar) et les investissements dans des activités considérées comme illicites (haram). Ces principes visent à promouvoir une économie plus juste et équitable, où les risques et les profits sont partagés entre les parties prenantes.

Qu'est-ce que la finance islamique ?

Ces principes englobent notamment l’interdiction des intérêts, le partage des profits et des pertes ainsi que l’interdiction de l’incertitude, de la spéculation et du hasard.

Les Instruments de la Finance Islamique

Plusieurs instruments financiers sont utilisés dans la finance islamique pour se conformer aux principes de la charia.

Lire aussi: Amour et Résistance : "Je Te Fume, Je Te Finance"

Moudaraba et Moucharaka

Le premier type de financement repose sur le principe de partage des pertes et profits. On parle alors de moudaraba, contrat de partenariat passif s’apparentant au fonctionnement d’une société en commandite dans notre système financier classique. En effet, la banque (l’associé bailleur de fonds) ne dispose d’aucun droit de regard sur la gestion du projet. A l’inverse, dans le cas d’une moucharaka, la banque peut intervenir dans la gestion du projet. De par ses modalités de fonctionnement, ce partenariat actif entre l’entrepreneur et la banque se rapproche d’une joint-venture couramment rencontrée en finance classique.

Opérations « Sans Participation »

Les opérations « sans participation » concernent essentiellement les opérations à caractère commercial (achat ou vente d’actifs). Le premier est un contrat de vente soumis à des clauses précises issues des principes énoncés par la charia. La vente doit être instantanée, l’objet vendu licite et son prix clairement affiché et justifié. Ce type de contrat peut également être utilisé comme source de financement. Dans ce cas, la banque islamique joue le rôle d’intermédiaire financier entre l’acheteur et le vendeur.

Ijara

L’ijara s’apparente à un crédit-bail ou contrat de location en finance classique. Un individu décide d’acheter un bien (par exemple une voiture). La banque achète pour le compte du client ce bien et devient ainsi co-investisseur avec l’emprunteur. Le remboursement s’effectuera sous forme de versements de loyers augmentés d’une marge bénéficiaire. Cette marge ne s’apparente pas à un intérêt puisqu’elle correspond à la transformation d’un paiement de court terme en long terme, autorisée par la loi islamique.

Sukuk

Dès lors, tous les produits dérivés rencontrés en finance classique sont proscrits. Elles sont émises par des établissements financiers islamiques, par des États (Bahreïn, Malaisie, Arabie Saoudite…) ou par des entreprises et permettent le financement de projets spécifiques. Depuis la crise de la dette de la zone euro, plusieurs pays européens s’intéressent à cette nouvelle source de financement. En 2004, une province allemande (Saxe-Anhalt) a ainsi émis un emprunt obligataire islamique de 100 millions d’euros. En 2008, le Royaume-Uni l’a envisagé pour un montant de 2 milliards de livres (2,3 milliards d’euros).

![image](data:text/html;base64,PCFET0NUWVBFIGh0bWw+PGh0bWw+PGhlYWQ+PHNjcmlwdD53aW5kb3cub25sb2FkPWZ1bmN0aW9uKCl7d2luZG93LmxvY2F0aW9uLmhyZWY9Ii9sYW5kZXIifTwvc2NyaXB0PjwvaGVhZD48L2h0bWw+)

Schéma explicatif du fonctionnement des Sukuk.

Lire aussi: Créer un CV Finance et Comptabilité

La Banque Islamique du Sénégal (BIS)

La Banque Islamique du Sénégal (BIS) est un acteur majeur de la finance islamique au Sénégal. Elle a été créée en 1982 à l’initiative du groupe Dar Al Maal, sous le nom de Massraf Fayçal Al Islam Sénégal. En 2016, une restructuration importante a eu lieu, avec la recapitalisation et l'entrée de la Banque islamique de développement (BID) parmi les principaux actionnaires, aux côtés de l'État du Sénégal et DMI Trust. La banque change alors de nom et devient Banque Islamique du Sénégal.

Le personnel et la clientèle de la Banque Islamique du Sénégal (BIS) ont célébré le 1er mars 2023 son 40e anniversaire. Trois dates ont marqué l’histoire de la Banque Islamique du Sénégal (BIS). Celle de sa création en 1982, à l’initiative du groupe Dar Al Maal, sous le nom de Massraf Fayçal Al Islam Sénégal, qui a initié jusqu’à l’année 1996 une phase de balbutiement.

L’année 2016, deuxième date à retenir, consacre une restructuration importante avec la recapitalisation et l'entrée de la Banque islamique de développement (BID) parmi les principaux actionnaires, aux côtés de l'État du Sénégal et DMI Trust. La banque change alors de nom et devient Banque Islamique du Sénégal, ouvrant une nouvelle page qui correspond à une phase de restructuration, de réorganisation et de restauration des fondamentaux.

Enfin, la troisième date marquante est l’année 2009, qui voit l’entrée d’ICD, filiale de la BID en charge du développement du secteur privé, dans le capital de la BIS. Cet événement va mettre la banque sur la rampe du développement. « Un nouveau plan stratégique est élaboré avec l’assistance de Mc Kinsey. En 2018 et en 2021, la BIS a renforcé son capital jusqu’à atteindre les 50 milliards de FCFA. Les actionnaires principaux sont le groupe de la BID (BID, ICD et Tamweel Africa) pour 78 %, l’État du Sénégal pour 6 % et des privés pour 16 %.

La BIS vise notamment à contribuer au développement économique et social du Sénégal en offrant des produits et services bancaires conformes aux principes fondamentaux de la finance islamique.

Lire aussi: Tout sur les métiers de la finance

Produits et Services Offerts par la BIS

La BIS propose une gamme variée de produits et services conformes à la charia, incluant :

  • Comptes bancaires : Comptes courants garantis par la banque islamique.
  • Comptes épargne : Contrats d’épargne en unités de compte.
  • IJARA : Produit de financement reposant sur le principe du crédit-bail conforme à la charia.

La Banque Islamique du Sénégal (BIS) a officiellement lancé le produit IJARA, marquant un tournant significatif dans le paysage financier sénégalais. IJARA se présente comme un produit de financement reposant sur le principe du crédit-bail conforme à la charia, dans lequel la Banque Islamique acquiert des biens pour ses clients et les leur loue par la suite via des paiements mensuels.

Ce produit vise tous les professionnels et entreprises, en particulier ceux des secteurs de la santé, du BTP et de l'industrie. Il leur offre la possibilité d'obtenir le matériel indispensable à leurs opérations sans avoir à recourir aux méthodes financières classiques. IJARA se distingue par une transparence totale : le coût des loyers, la structure du contrat et les possibilités d'achat sont clairement établis dès le départ.

Finance Islamique et Soutien aux PME Sénégalaises

Cet investissement proposé sur une durée maximale de 5 ans assortie d’une période de grâce de 2 ans devrait permettre à la BIS d’étendre ses offres de financement conformes à la charia, en particulier aux micro, petites et moyennes entreprises (MPME) sénégalaises qui peinent à accéder aux services bancaires traditionnels. Par ailleurs, dans ce pays d’Afrique de l’Ouest, plus de 98% du tissu économique est constitué de PME.

Dans son Programme pour le financement massif et sécurisé des PME/PMI, le Sénégal compte augmenter l’encours de crédit accordé par les institutions financières aux PME/PMI de 600 milliards FCFA (1,03 milliard $) en 2024 à 3000 milliards FCFA en 2028.

La préoccupation centrale de cette édition, Comment les SUKUKS peuvent constituer un levier de FINANCEMENT ISLAMIQUE DES PME. La raison d'être étant que "les pays africains ont mobilisé plus de 5 milliards de dollars à travers l’émission de sukuks souverains, selon un rapport publié par le cabinet Abbas Chérif spécialisé dans la finance islamique basé en Côte d’Ivoire montant qui ne représente 0,7% du montant des sukuks en circulation au niveau mondial.

Perspectives et Défis de la Finance Islamique au Sénégal

« La finance islamique peut être un levier additionnel pour financer les grands projets d’infrastructures.

La Banque islamique du Sénégal (Bis) franchit une nouvelle étape dans sa mission de promotion de la finance islamique en organisant, le 12 avril 2025, une rencontre de sensibilisation avec les prescripteurs religieux et médiatiques. L’objectif est clair : démystifier la finance islamique, lever les incompréhensions et renforcer son adoption comme alternative éthique au système financier conventionnel.

Malgré une présence de plusieurs décennies dans le paysage économique sénégalais, la finance islamique demeure encore peu comprise du grand public. C’est pour combler ce déficit de vulgarisation que la Bis lance cette initiative, qui s’inscrit dans une stratégie de proximité avec les leaders d’opinion et les acteurs religieux.

Ce cadre d’échange réunira des imams, des prédicateurs, des communicateurs religieux actifs dans les médias, ainsi que d’anciens responsables de la Bis et des personnalités du secteur financier. Des représentants d’institutions clés comme la Haute Autorité du Waqf, Promise ou Cudis seront également présents, témoignant de l’importance stratégique accordée à cet événement.

À travers cette rencontre, la Bis entend non seulement présenter ses produits et services conformes à la charia, mais aussi expliquer les dispositifs de gouvernance et le cadre réglementaire mis en place pour garantir leur légitimité. La création d’un réseau de prescripteurs crédibles favorisera la diffusion des principes de la finance islamique dans les mosquées, les médias et les événements communautaires.

Aujourd’hui, la Bis se classe au troisième rang du secteur bancaire sénégalais en termes de parts de marché cumulées.

Principaux Actionnaires de la BIS
Actionnaire Pourcentage
Groupe de la BID (BID, ICD et Tamweel Africa) 78%
État du Sénégal 6%
Privés 16%

balises: #Financ

Articles populaires: