La Finance Fantôme Française: Comprendre le Shadow Banking
La « finance de l’ombre », également connue sous le nom de « shadow banking » ou « finance fantôme », est un système parallèle au système bancaire traditionnel. Il s'agit d'un système puissant et multiforme qui joue un rôle de plus en plus important dans l'économie mondiale. Bien que son fonctionnement soit souvent opaque, il est devenu indispensable au bon fonctionnement du système capitaliste actuel.
Ce terme regroupe les entités et activités qui agissent comme intermédiaires hors du système bancaire classique, mais qui participent au financement de l’économie. Concrètement, la « finance de l’ombre » correspond aux activités financières qui ne sont pas menées par des banques, mais par d’autres institutions peu ou pas régulées comme les hedge funds.
Qu'est ce que le Shadow banking (la finance fantôme) ?
Les Acteurs du Shadow Banking
Parmi les principaux acteurs de la « finance de l’ombre », on retrouve des structures bien connues, notamment :
- Banques d’affaires
- Hedge funds
- Fonds monétaires
- Fonds de pension
- Fonds d’épargne de l’assurance-vie
- Fonds négociés en Bourse
- Sociétés de garantie de crédit
- Trusts de gestion d’actifs
- Entreprises de capital-investissement
- Sociétés d'affacturage (crédit inter-entreprises)
À la différence des banques traditionnelles, ces entités ne fonctionnent pas sur des dépôts des gens, mais sur le crédit. Ces entités, à la différence des banques traditionnelles, ne reçoivent pas de dépôts de la part des gens: elles ne fonctionnent que sur le crédit.
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Le Poids du Shadow Banking dans l'Économie Mondiale
Le Financial Stability Board (FSB), émanation du G20, tente à travers des rapports annuels de dresser le portrait de la « finance de l’ombre » depuis neuf ans. Selon le dernier rapport de Conseil de stabilité financière (FSB), le « shadow banking » serait en perte de vitesse. Ce terme, qui regroupe les activités financières réalisées en-dehors du système bancaire classique, pèse aujourd’hui 50.900 milliards de dollars dans le monde.
Si le dernier rapport FSB concernant la croissance du « shadow banking » fait part d’une légère baisse de régime, la finance non-bancaire, au sens large du terme, ne cesse de prospérer et représenterait actuellement 48 % des actifs financiers mondiaux. Les établissements non-bancaires, malgré leur opacité, jouent un rôle de plus en plus important dans l’économie mondiale.
Le Financial Stability Board (le Conseil de stabilité financière, créé en 2010 par le G20 après la crise des subprimes) a chiffré le marché à 75.000 milliards de dollars à fin 2013. C'est 5000 milliards de plus qu'en 2012. À fin 2014, il devrait avoir atteint les 80.000 milliards de dollars. Selon cette estimation, le «shadow banking» représente ainsi un quart des actifs financiers mondiaux, la moitié du poids du système bancaire traditionnel, et l'équivalent du PIB mondial annuel.
La Chine est le poids lourd du « shadow banking », suivie par les Iles Caïman, l’Irlande et le Luxembourg. Les États-Unis, la zone euro et le Royaume-Uni détiennent à eux seuls les trois-quarts des actifs qui relèvent du «shadow banking». Mais dans les BRICs et les pays émergents, particulièrement en Chine, en Inde, en Indonésie et en Russie, la «finance de l'ombre» progresse fortement.
Évolution du Shadow Banking
| Année | Estimation (milliards de dollars) |
|---|---|
| 2012 | 70,000 |
| 2013 | 75,000 |
| 2018 | 50,900 |
Les Risques et les Défis
Le risque majeur de ces pratiques réside dans le poids toujours plus important du shadow banking, car l’interdépendance rend le fonctionnement systémique : si la finance de l’ombre tombe, le système bancaire traditionnel tombe avec. Sans réglementation et sans supervision, il est presque impossible d’anticiper les réactions de cette facette de la finance.
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Le « shadow banking » présente deux problèmes majeurs: son poids dans le financement global de l'économie et l'interdépendance des acteurs du « shadow banking » entre eux et avec le système bancaire traditionnel international. Ce qui signifie que si le « shadow banking » est sytémique: s'il souffre, il entraîne avec lui le système bancaire « normal ».
La difficulté de mesurer et saisir les données permettant de mieux appréhender ce système parallèle réside dans le fait que la définition même de « shadow banking », ainsi que ses activités et ses acteurs restent flous. Étant un pendant du système financier actuel, il s’adosse au système bancaire traditionnel. Ainsi, tracer la limite entre la partie réglementée et celle qui ne l’est pas est difficile.
En multipliant les règles, le système réduit la marge de manœuvre des banques ainsi que leur rentabilité. Comment? En retirant de leurs bilans (et donc des écrans radars des régulateurs) leurs actifs les plus risqués, en les titrisant et en les revendant en «produits dérivés» sur les marchés financiers, par l'intermédiaire d'établissements financiers.
Bien que ce système soit fonctionnel, il n’est pas infaillible. Si la finance de l’ombre se développe autant, c’est que le marché financier s’appuie de plus en plus sur la titrisation pour mieux couvrir les risques liés aux variations des taux et du change. Mais ces montages financiers complexes sont aussi spéculatifs et donc risqués.
Cette interaction est l’une des causes principales de la crise des subprimes en 2007. En effet, les banques traditionnelles transforment les créances dites « à risques » de ses clients en titres financiers, ces derniers sont notées en fonction du niveau de risque puis vendus à des investisseurs, acteurs du shadow banking.
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Le FMI a souligné dans son rapport sur la stabilité financière en 2014, que le « shadow banking » se développait davantage en période de taux bas, lorsque les investisseurs cherchent de plus gros rendements et quand la régulation bancaire se durcit. La période actuelle est donc plus que jamais propice au développement de la finance de l’ombre.
La Réglementation et l'Avenir du Shadow Banking
À chaque crise financière, des mesures visant à mieux réglementer les banques voient le jour afin de s’assurer de la solvabilité et de la liquidité des établissements. Problème: cette régulation fait perdre des marges de manœuvre et de la rentabilité aux banques.
Cependant, certains experts avertissent sur le fait qu’une éventuelle régulation trop directe et trop dure du shadow banking pourrait avoir des conséquences néfastes sur le système, notamment l’apparition d’un « shadow shadow banking ».
Le risque de réguler trop fort et trop directement serait de voir se développer le «shadow shadow banking», comme l'évoquent Constantin Mellios et Jean-Jacques Pluchart dans un livre intitulé Le Shadow Banking publié en 2015: «Le chantier de la régulation du Shadow Banking semble devoir faire appel à un travail de l'ombre, austère, rigoureux et de longue durée, impliquant du courage politique, de la diplomatie internationale, et de l'expertise financière et comptable».
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