Financement de la Campagne de Jordan Bardella : Les Prêts Sous Surveillance

Le financement de la campagne des Européennes du Rassemblement National (RN), et plus particulièrement celui de Jordan Bardella, fait l'objet d'un examen minutieux. Une décision de la Commission nationale des comptes de campagne et de financement de la politique (CNCCFP) remet en question les comptes du RN lors des élections européennes.

Les décisions concernant les comptes de campagne aux élections européennes de 2024 ont été publiées à la fin du mois d’avril 2025 par la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques. Ces décisions avaient été rendues en décembre 2024, mais étaient restées sous silence avant leur publication révélée par Le Monde. Un paragraphe de ce document vient potentiellement remettre en cause les comptes de campagne de Jordan Bardella, tête de liste du RN, malgré leur certification par la commission.

Le président du RN dénonce une « opération de harcèlement » et « une volonté de mort financière » de son parti. A l'approche des élections, le parti d'extrême droite tente de se donner bonne mine. Mais le grand nettoyage promis épargne le bureau du président Bardella. Pas question de s'attaquer à son chef de cabinet, le jeune Arthur Perrier, qui s'est illustré en 2019 dans une expédition punitive contre des associations gays.

Quelles sont les règles de financement de campagne ?

Une Question de Prêts

Dans sa décision, la commission écrit que le candidat tête de liste, Jordan Bardella, « a emprunté la somme totale de 4 470 212 euros auprès de 225 personnes physiques. » En application des dispositions de l'article L., les prêts effectués auprès de particuliers comme l’a fait Jordan Bardella sont autorisés par le code électoral, à l’exception de l’élection présidentielle. D’ailleurs, d’autres candidats (Marion Maréchal, Raphaël Glucksmann…) ont eu recours à des prêts auprès de particuliers, mais dans des proportions bien moindres que le président du RN.

Pour le financement de sa campagne aux élections européennes de juin 2024, Jordan Bardella a emprunté près de 4,5 millions d’euros à des particuliers. Le Monde, qui rapporte cette information, explique qu’en France, les prêts octroyés par des particuliers français ou étrangers à des candidats ou des partis sont autorisés par la loi, à deux conditions : être réellement remboursés et ne pas être réalisés à titre habituel auprès d’un même prêteur.

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Dans une décision du 25 avril, la Commission valide les comptes du chef de file de l’extrême droite mais indique qu’il a "emprunté la somme totale de 4 470 212 euros auprès de 225 personnes physiques". Cependant, certains de ces prêteurs "ont déjà consenti des prêts à d’autres candidats de la formation politique soutenant la liste, voire à M.

Jordan Bardella

Le Concept de Prêt Habituel

La notion de prêt habituel est donc importante dans les comptes de campagne de Jordan Bardella. Ce critère avait été mis en place dans la loi du 15 septembre 2017 pour la confiance dans la vie politique. La Commission apportera à ses constatations les suites appropriées telles que prévues par les dispositions de l'article L. Concrètement, il est reproché à Jordan Bardella d’avoir emprunté à des particuliers qui auraient déjà prêté de l’argent au parti ou dans le cadre d’une précédente campagne.

Comment est défini un prêt habituel ? En détail, et selon la doctrine, le parquet doit être saisi "dès lors qu’un même prêteur a consenti au moins 5 prêts, répartis sur une ou plusieurs élections, d’un montant total égal ou supérieur à 75 000 euros". Si la Commission ne révèle pas l’identité des prêteurs de M. Le journal rappelle par ailleurs que le chef du parti d’extrême droite n’est pas le seul à avoir contracté des emprunts auprès de particuliers pour les européennes de 2024, mais qu’aucun autre candidat n’y a eu recours dans de telles proportions.

Affiches des élections Européennes 2024

Encadrement des Prêts et Législation

Depuis le 1er janvier 2018, un arsenal de règles vise à mieux encadrer les prêts effectués par des particuliers dans le cadre des campagnes électorales. Finie la possibilité de multiplier les avances discrètes, parfois à la faveur de relations personnelles. Les prêts doivent désormais être exceptionnels, limités à cinq ans, et soumis à des plafonds précis définis par décret. L’objectif est d’éviter les dons déguisés et de garantir l’indépendance des candidats.

Conformément à la loi pour la confiance dans la vie politique, si un particulier accorde un prêt à un taux inférieur au taux légal, la durée est encore plus limitée : 18 mois maximum. Quoi qu’il en soit, le montant total ne peut dépasser le plafond légal des dépenses électorales remboursables.

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Interdiction des « prêts habituels »

Une institution veille à ce que les règles soient respectées. Chaque contrat de prêt doit ainsi être transmis à la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP), qui est également informée de son remboursement. Une manière de suivre la trace de l’argent.

Par ailleurs, la loi interdit à une personne physique de prêter « régulièrement » de l’argent à des partis ou candidats. L’idée est simple : éviter la répétition des apports privés, qui pourraient devenir une forme indirecte de financement permanent par quelques mécènes particuliers, et empêcher certains particuliers fortunés de maintenir artificiellement à flot un parti ou un candidat. Selon les informations de Challenges, entre 2020 et 2023, 23 particuliers ont accordé de manière récurrente des prêts au Rassemblement national, pour un montant total de plus de 2,3 millions d’euros, que le parti tarde à rembourser.

CNCCFP

Prêts et Remboursements

Or, les règles de la loi de 2017 visent notamment à éviter les contournements des plafonds de dons par la voie de prêts qui ne seraient jamais remboursés. Le prêteur doit ainsi avoir l’intention de récupérer les sommes prêtées, et le bénéficiaire (parti ou candidat) s’engage à honorer les échéances. Si ces conditions ne sont pas respectées (par exemple, si aucun remboursement n’est constaté), le prêt peut être requalifié en don, ce qui expose le candidat ou le parti à des sanctions si le plafond des dons est dépassé ou si le donateur n’est pas éligible.

Les investigations doivent «permettre de déterminer si ces campagnes ont été notamment financées grâce à des prêts illégaux de particuliers bénéficiant au parti ou à des candidats du Rassemblement national, ainsi que par des surfacturations de prestations ou des facturations de prestations fictives ayant été intégrées par la suite dans les demandes de remboursement forfaitaire par l’État des dépenses de campagne», a précisé le parquet.

Réaction de Jordan Bardella

Le président du Rassemblement national Jordan Bardella, qui a lui-même révélé ce mercredi 9 juillet dans la matinée la perquisition alors en cours au siège du parti à Paris, a dénoncé une «opération spectaculaire et inédite» qui s’inscrit selon lui «dans une nouvelle opération de harcèlement». «C’est une atteinte grave au pluralisme et à l’alternance démocratique», s’est-il indigné, estimant que «jamais aucun parti d’opposition n’a subi un tel acharnement sous la Ve République».

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«L’intégralité des dossiers qui concernent les dernières campagnes régionales, présidentielles, législatives et européennes sont aujourd’hui entre les mains de la justice», a assuré Jordan Bardella dans un message sur X, expliquant qu’«une vingtaine de policiers de la brigade financière» et «deux juges d’instruction» menaient la perquisition. Le chef du parti de la droite nationale a assuré que cette perquisition avait commencé à 8h50 ce mercredi 9 juillet et a précisé qu’elle concernait aussi «les bureaux des dirigeants».

Le financement des campagnes électorales du RN était «parfaitement légal», a contesté Jordan Bardella, interviewé par l’AFP à Strasbourg où il assiste à la session plénière du Parlement européen.

Autres Irrégularités et Décisions

La Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP) a taillé à la serpe dans les dépenses des deux élus pour la campagne des européennes, en juin 2024. Factures gonflées ou frais injustifiés, l’instance de contrôle a retranché près de 400 000 euros des comptes de l’ex-zemmouriste et plus de 220 000 euros de ceux du lepéniste.

Le Conseil d'État a définitivement invalidé 55.000 euros de dépenses de campagne de Jordan Bardella lors des élections européennes de 2019. Environ 55.000 euros de dépenses de campagne de la liste de Jordan Bardella lors des européennes de 2019 ont été invalidés par le Conseil d'Etat, selon une décision révélé mercredi 26 mars. Les frais incriminés concernent 48.712 euros de primes versées à des salariés employés pendant la campagne mais non prévues dans leur contrat de travail, et 6.541 euros correspondent à des intérêts pour des emprunts réalisés auprès de sympathisants, sur un total de dépenses de plus de 3,4 millions d'euros.

Avec cette décision, la plus haute juridiction administrative tranche en faveur de la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP) et annule l'arrêt de la cour d'appel de Paris qui avait donné raison, fin 2023, au président du Rassemblement national, sur ces quelque 55.000 euros.

Tableau des Dépenses Invalides

Type de Dépense Montant Invalide (EUR)
Primes non prévues aux salariés 48,712
Intérêts pour emprunts auprès de sympathisants 6,541
Total 55,253

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