Financement de la Campagne Présidentielle d'Emmanuel Macron : Sources et Enjeux
Une campagne présidentielle représente un investissement considérable. Les partis politiques sont tenus de rechercher des sources de financement tout en respectant les réglementations strictes en matière de financement de campagne, principalement mises en place au cours des trente dernières années pour améliorer la transparence. Cette démarche peut s'avérer complexe pour certains, tandis que pour d'autres, elle ne représente qu'une simple formalité. Cet article explique en détail comment fonctionne le financement d'une campagne présidentielle, en mettant l'accent sur les sources de financement et les dépenses autorisées, ainsi que sur les règles à respecter.
Quelles dépenses sont comprises dans les financements de campagne ?
Le financement de la campagne, tel qu'il doit être déclaré à la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP), englobe un large éventail de dépenses.
On peut notamment y retrouver celles liées aux réunions publiques, à l'impression et à la distribution de tracts, à la commande d'enquêtes et de sondages, à la création d'un site internet, à l'achat d'espaces publicitaires, mais aussi au salaire de conseillers en communication ou de toute autre personne recrutée pour la campagne. S'y ajoutent les frais de déplacement, de restauration, ou d'hôtellerie...
En revanche, l'État prend en charge directement les dépenses liées à la campagne officielle, qui débute deux semaines avant le 1er tour : les frais de la campagne officielle à la télé et à la radio, les frais d’impression et de mise en place des professions de foi ainsi que les frais d’impression et de pose des affiches destinées aux emplacements officiels.
A noter aussi que le financement des dépenses liées aux primaires des partis ne doit pas être pris dans les comptes de campagne sauf s'agissant du candidat finalement investi et si les frais avaient en fait pour finalité "l'obtention du suffrage de tous les électeurs lors de l'élection présidentielle à venir", précise le Conseil constitutionnel. Ces dépenses seront alors "considérées au cas par cas comme dépenses électorales remboursables à inscrire au compte de campagne". Les dépenses doivent être considérées comme des frais de campagne à partir du 1er juillet et jusqu'au dernier tour où le candidat est présent.
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Les comptes seront déposés au plus tard le 24 juin 2022 et le Conseil constitutionnel aura six mois pour évaluer le montant du remboursement par l'Etat.
Le rôle du médiateur du crédit
Jean-Raphaël Alventosa a été nommé par Emmanuel Macron médiateur du crédit aux candidats et aux partis politiques en août 2018 pour aider les partis à trouver une banque qui leur prêterait de l'argent. "Il est plus difficile en France de trouver de l'argent quand on fait de la politique parce que ces dernières années, beaucoup d'affaires ont défrayé la chronique. Et, du côté des banques, on a connu des crises car les banques prêtaient un peu n'importe comment", analyse ce haut fonctionnaire.
Pour le médiateur, la demande d'un prêt d'un candidat est comparable à celle d'un particulier qui voudrait acheter un appartement. "Si vous allez à la banque et que vous dites 'je veux de l'argent', en général, vous ne ressortez pas une heure après avec 200 000 euros dans la poche. Il faut construire un dossier. Pour les politiques, c'est pareil. L'argent ne coule plus à flot et y compris pour eux, même s'ils s'en étonnent", indique Jean-Raphaël Alventosa qui le martèle : il faut présenter un dossier solide.
Il rappelle des évidences, qui ne le sont semble-t-il pas pour tout le monde : "Il y a évidemment un premier critère qui est est-ce que vous allez gagner des voix aux élections ? Parce que si vous ne représentez rien, les banquiers ne vont pas prêter..." Alors, les établissements bancaires se réfèrent aux sondages. Si plusieurs enquêtes donnent le candidat dans les 8 %, ils pourraient accéder à sa demande. "Les banques demandent ensuite des garanties financières. Enfin, il faut voir ce que le candidat dit. S'il n'a pas de programme, le banquier va lui demander de revenir le voir quand il en aura un."
La réputation du candidat compte aussi. S'il a déjà été condamné, les banquiers risquent de se montrer réticents. Et puis, la décision des banques revêt évidemment un côté politique : "Aux élections européennes par exemple, si vous voulez faire campagne en disant que vous êtes contre l'Europe mais que vous voulez un prêt de la part d'une banque qui travaille avec l'Europe, le banquier ne va pas scier la branche sur laquelle il travaille..."
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Dans ce cas, le candidat aura le choix : adoucir ses propositions ou rester droit dans ses bottes mais renoncer à son prêt et s'en remettre aux dons de ses soutiens.
Pour cette élection présidentielle, qui sera sa première, Jean-Raphaël Alventosa est confiant : "Aux municipales, je n'ai eu aucun problème parce que les banquiers connaissent les hommes et les femmes qui se présentent : ce sont des résidants de la commune. Cette année, pour les régionales et les départementales, j'en ai eu un seul. Quand on a créé mon poste, je me suis dit : 'Oh là là, ça va être compliqué !' Mais, pour l'instant, je touche du bois, mais je n'ai pas de problème. Et ceux qui ont des problèmes, on sait pourquoi, c'est parce que le dossier n'est pas solide", répète-t-il encore.
Comment on finance une campagne présidentielle ?
Quel budget prévoir ?
Le budget d'une campagne présidentielle peut être très variable : en 2017, Emmanuel Macron a dépensé 16,8 millions d'euros tandis que la campagne de Jean Lassalle a coûté 257 289 euros.
Généralement, si le candidat a le vent en poupe, il obtient des financements, ce qui aide à avoir le vent en poupe... Mais ce n'est pas une garantie de succès : en 2017, Benoît Hamon, le candidat du Parti socialiste, avait dépensé 15,2 millions d'euros pour sa campagne, se classant ainsi deuxième candidat le plus dépensier... pour finir cinquième, à 6,3 % des voix !
Les candidats à la présidentielle ne peuvent pas dépenser à tout va, "tant pour éviter l'escalade et la surenchère médiatique que pour assurer plus d'égalité entre les candidats, indépendamment de leur fortune personnelle", indique le Sénat. Un plafond de dépenses est donc fixé en fonction de l'évolution de l'indice des prix.
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Pour l'élection présidentielle de 2022, il sera de 16,851 millions d’euros pour les candidats présents au premier tour et de 22,509 millions d’euros pour les deux candidats présents au second tour. En 2017, aucun candidat n'a atteint le plafond (qui était le même), peut-être pour trancher avec la campagne de 2012 où Nicolas Sarkozy avait dépensé 42,8 millions d'euros. Le financement illégal de sa campagne lui a valu d'être condamné dans le cadre de l'affaire Bygmalion.
D'où vient l'argent ?
Les dépenses de campagnes peuvent être financées par les fonds propres de partis (les cotisations des adhérents, ce que reversent les élus de leur indemnité ainsi que les financements publics).
Les partis peuvent aussi s'appuyer sur des dons de particuliers, qui sont plafonnés à 4 600 euros. Ces derniers n'ont, en revanche, plus le droit de faire de prêt depuis 2001. Et, depuis 1988, les entreprises n'ont plus la possibilité de financer une campagne.
Enfin, les banques prêtent aux partis mais elles demandent des garanties solides, et notamment des sondages favorables. Leur image est également en jeu, ce qui explique que certains candidats comme Marine Le Pen, peinent à trouver un prêt. La candidate du FN aux élections de 2017 s'était notamment fait financer par une banque russe, la First Czech-Russian Bank, pour 9 millions d'euros, que le parti est toujours en train de rembourser.
Une option qui n'est plus envisageable pour la candidate du parti rebaptisé Rassemblement national : depuis 2017, les candidats n'ont plus le droit de souscrire un crédit auprès d'une banque extra-européenne.
Pour aider les candidats dans leur demande de financement, un médiateur du crédit aux candidats et aux partis politiques a été nommé en août 2018 (voir encadré).
Ce que l'État rembourse
L'État donne une avance de 200 000 euros à chaque candidat officiel et va rembourser une partie des comptes de campagne, s'ils sont approuvés par la CNCCFP.
Les candidats ayant recueilli au moins 5 % au premier tour pourront recevoir jusqu'à 47,5 % du montant du plafond des dépenses (un peu plus de 8 millions d'euros). "En clair, ce dispositif permet au candidat de bénéficier d'une prise en charge par l'État de 100 % de ses frais de campagne, pour peu qu'il ait veillé à ne pas dépenser plus que 50 % du plafond autorisé", indique le Sénat.
S'ils n'atteignent pas ce score, ils recevront un remboursement dix fois moindre.
Focus sur le financement de la campagne d'Emmanuel Macron en 2017
Emmanuel Macron a-t-il été le "candidat des riches" lors de la présidentielle 2017 ? Jamais un candidat n'avait rassemblé autant d'argent auprès des particuliers en partant de rien.
Premier enseignement : le candidat a levé 15 994 076 euros entre la création d'En Marche en mars 2016 et décembre 2017 (certains ont encore donné après la campagne). Cette somme a été réunie grâce à environ 99 361 dons, ce qui semble accréditer l'histoire racontée par les responsables d'En Marche pendant la campagne, à savoir celle d'une mobilisation populaire autour du candidat.
Pourtant, à bien y regarder, le candidat n'aurait jamais pu financer sa campagne sans une infime fraction de donateurs fortunés. 48 % de ces 16 millions d'euros, ont été récoltés grâce à "seulement" 1 212 dons de 4 500 euros et plus. Ces gros chèques ont été d'autant plus essentiels qu'ils ont longtemps représenté l'essentiel des ressources dont disposait le candidat.
Quand il lance En marche, à Amiens, le 6 avril 2016, Emmanuel Macron a deux problèmes : son parti est jeune, donc il n'a pas accès au financement public dont bénéficient les autres candidats. Et il n'a pas d'actif immobilier qui pourrait servir de garantie pour un emprunt, donc les banques sont encore très réticentes à lui prêter de l'argent. Il n'a donc qu'une solution pour financer sa campagne : faire appel aux dons des particuliers. En Marche naît avec un petit pécule de 80 000 euros dans ses caisses.
Dès le début de la campagne, la stratégie fundraising (levée de fonds) de l'équipe Macron est clairement orientée en direction des riches donateurs : ceux capables de faire un chèque de 7 500 euros, le maximum qu'un particulier a le droit de donner à un parti tous les ans. Ce même particulier peut également donner jusqu'à 4 600 euros au candidat de son choix par élection.
L'immense majorité des dons (environ 15 millions d'euros) ont été collectés par En Marche. Seul un million d'euro a atterri directement sur le compte du candidat sous la forme de 251 dons, quasiment tous au plafond de 4 600 euros. L'explication est simple : ceux qui ont donné à l'association de campagne étaient ceux qui avaient déjà donné le maximum au parti.
| Source de Financement | Montant Collecté (estimé) | Pourcentage du Total |
|---|---|---|
| Dons de particuliers (plus de 4500€) | 7.68 millions € | 48% |
| Dons de particuliers (moins de 4500€) | 8.31 millions € | 52% |
| Total Collecté | 15.99 millions € | 100% |
En analysant l'origine géographique des dons, la donnée la plus frappante est la surreprésentation de Paris dans le total : 6,3 millions d'euros ont été donnés au candidat par un peu plus de 15 000 habitants de la capitale. C'est quasiment la moitié des fonds collectés en France, alors que Paris intra-muros ne représente qu'un peu plus de 3 % de la population française.
Au total, Emmanuel Macron a reçu 2,4 millions d'euros de dons en provenance de l'étranger, soit 15 % de sa collecte totale ; 1,8 million émane de donateurs aisés (264 dons supérieurs à 4 000 euros). Sans surprise, le Royaume-Uni arrive en tête des pays donateurs. Emmanuel Macron a effectué au moins quatre voyages à Londres pour y lever des fonds.
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