Le Financement de la Presse Écrite en France: Sources et Enjeux

La presse écrite joue un rôle essentiel dans l'information des citoyens et la diffusion des idées et des opinions. C'est pourquoi l'État français s'engage depuis longtemps à soutenir ce secteur vital. Cet article examine en détail les différentes sources de financement de la presse écrite en France, en mettant en lumière les aides publiques, les revenus publicitaires et les contributions des lecteurs.

Kiosque à journaux à Paris

Kiosque des Abbesses, Paris.

Les Aides Publiques à la Presse

Le dispositif général des aides publiques à la presse est fort ancien. Dans son principe, l’aide postale remonte à la période révolutionnaire. D’autres mesures s’y sont progressivement ajoutées. En comptant les aides directes et les aides indirectes, comme les mesures fiscales, le total des aides publiques à la presse s’élève à 367 millions d’euros en 2021.

Ces aides sont diverses, pour ne pas dire disparates. Certaines sont directes, d’autres indirectes. Au total, l’ensemble de ces aides représentait 118,1 millions d’euros, dans le projet de loi finances 2021, comme le relève un rapport d’information de juin 2021 du sénateur LR Roger Karoutchi.

Types d'aides directes

Dans les aides directes, il en existe plusieurs types, qu’on peut diviser en trois :

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  • Les aides à la diffusion
  • Les aides au pluralisme
  • Les aides à la modernisation

Dans le détail, les aides à la diffusion s’élevaient à 39,4 millions d’euros en 2021. Il s’agit aux deux tiers d’une aide au portage. Les aides au pluralisme totalisent 23,2 millions d’euros (aide aux quotidiens nationaux et régionaux à faibles ressources publicitaires, aide au pluralisme de la presse périodique régionale et locale, aide pour les titres ultramarins, aide aux services de presse en ligne).

Quant aux aides à la modernisation, à hauteur de 55,5 millions d’euros selon le rapport de la commission des finances du Sénat, elles couvrent aussi bien l’aide à la modernisation sociale, que l’aide à la modernisation de la distribution (27,8 millions d’euros fléchés vers France Messagerie, qui a succédé à Presstalis, après sa liquidation judiciaire en 2020), des diffuseurs, ou le fonds stratégique pour le développement de la presse et celui pour le soutien à l’émergence et à l’innovation dans la presse.

Aides à la presse

Infographie des aides à la presse en 2021.

Aides indirectes et dépenses fiscales

A ces 118,1 millions d’euros d’aides directes, il faut y ajouter les aides à la distribution, qui se traduit par une compensation versée à La Poste pour sa mission de distribution de presse, soit 87,8 millions d’euros en 2021. Il s’agit ici d’une aide indirecte.

Autre aide indirecte : les dépenses fiscales. En 2021, elles sont de l’ordre de 161 millions d’euros, toujours selon le rapport de Roger Karoutchi. On y trouve aussi bien le taux de TVA « super réduit » de 2,1 %, que les abattements pour les journalistes et les colporteurs, des crédits d’impôt pour les particuliers (pour un premier abonnement par exemple) et les entreprises.

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Au total, l’ensemble des aides à la presse, directes et indirectes, représentent donc 366,9 millions d’euros en 2021. A noter que suite à la crise sanitaire, qui est venue compliquer encore davantage la situation, le secteur a bénéficié d’aides conjoncturelles à l’occasion du plan de relance (à hauteur de 140 millions d’euros en autorisation d’engagement et 70 millions d’euros en crédits de paiement).

Comme le relève le rapport, l’argent public prend une place de plus en plus grandissante dans l’économie du secteur. « Hors dépenses fiscales, les aides à la presse représentaient, avant la mise en place de nouveaux dispositifs dans le cadre du plan de relance, 21,4 % du chiffre d’affaires du secteur, soit une progression de 6 points sur les dix dernières années », note le rapport.

Titres de presse les plus aidés

Depuis quelques années, le ministère de la Culture donne les chiffres précis des aides, selon les titres. Concernant l’année 2021, 431 titres ont bénéficié d’aides de l’Etat.

Toutes aides confondues, le titre de presse qui a touché le plus d’argent public est Aujourd’hui en France, avec 11.897.000 euros (+ 1.623.000 euros pour Le Parisien/leparisien.fr), soit environ 13,5 millions d’euros. Viennent ensuite Le Figaro, avec 7,7 millions d’euros d’aides, Libération (6,7 millions), Le Monde (5,9 millions), L’Humanité (5,1 millions), La Croix (4,9 millions), Ouest-France (2,3 millions), Les Echos (2,2 millions), L’Opinion (2,1 millions), Sud-Ouest (2,1 millions), Le Journal du Dimanche (1,9 million), Le Dauphiné Libéré (1,4 million).

Le Point reçoit 1,1 million, Marianne 996.000 euros, L’Equipe 980.000, L’Express 811.000, 20 Minutes 577.000, Charlie Hebdo 304.000, Paris Match 287.000, Alternatives Economiques 250.000 euros et L’Obs 183.000 euros. A noter qu’à l’antépénultième place, Alternative Libertaire perçoit de l’Etat 1.898 euros. En dernière position, c’est L’Eco de l’Ain qui reçoit le moins de subsides publics, avec 1.162 euros en 2021.

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Si on ramène le niveau des aides en fonction de la diffusion annuelle, le titre le plus aidé est un quotidien : c’est L’Humanité, suivi d’Aujourd’hui En France, La Renaissance (hebdomadaire de Saône-et-Loire), de Sciences Humaines, d’Alternatives Economiques, de Stratégie, de la Tribune de Lyon. A noter que le Journal du Dimanche (JDD) arrive à la 8e place des titres les plus aidés en fonction de leur diffusion, suivi de Libération.

Toujours ramené à la diffusion, La Croix est à la 15e place, Marianne à la 20e, Le Point à la 32e, Le Figaro à la 33e place, L’Express à la 35e place, Les Echos sont 36e du classement. Sud-Ouest n’est qu’à la 99e place, L’Obs à la 147e.

Si l’on compte par propriétaire, pour ne pas dire par milliardaire, ce sont les titres détenus par le PDG de LVMH, Bernard Arnault (Le Parisien, Les Echos), qui sont le mieux lotis, avec un total de 15,7 millions d’euros.

Le groupe Le Monde, détenu par Xavier Niel et en partie par Daniel Kretinsky, totalise avec ses titres (Le Monde, Télérama, Courrier International, La Vie, Le Monde Diplomatique) 7.767.000 euros d’aides, auxquels s’ajoutent les aides à L’Obs (détenu par les mêmes actionnaires sans faire partie du groupe), avec 183.000 euros. Quant au Figaro, détenu par la famille Dassault, il a reçu 7.724.000 euros.

Détail des aides en 2023

Dans ce contexte, le ministère de la Culture a attribué en 2023 un total d’aides directes de 204,7 M€ dont 22,7 M€ au titre des six aides au pluralisme, 133 M€ pour les aides au transport et à la diffusion, 19,1 M€ pour les aides à l’investissement en faveur de la modernisation. De plus, 30 M€ ont été versés dans le cadre d’une aide exceptionnelle visant à compenser la hausse des coûts de production (« aide papier »).

Les aides au pluralisme

En 2023, le ministère de la Culture a versé 22,7 M€ à 374 titres dans le cadre des aides au pluralisme. Ces aides visent à garantir la diversité des médias, essentielle à un paysage médiatique libre et indépendant, constitué d’opinions et d’idées diverses. La préservation du pluralisme des médias répond à une exigence constitutionnelle. Les aides au pluralisme ont notamment pour but de compléter les ressources des titres de presse qui ne disposent pas de recettes publicitaires suffisantes de sorte que la pression des marchés publicitaires ne détermine pas les idées qui auront vocation à s’exprimer dans le débat public.

Parmi elles figurent :

  • l’aide aux quotidiens nationaux d’information politique et générale à faibles ressources publicitaires
  • l’aide aux publications nationales d'information politique et générale à faibles ressources publicitaires (PFRP)
  • l’aide aux quotidiens régionaux, départementaux et locaux d’information politique et générale à faibles ressources de petites annonces
  • l’aide au pluralisme de la presse périodique, régionale et locale (PPR)
  • l’aide au pluralisme des titres ultramarins
  • l’aide dédiée aux services de presse tout en ligne

Une attention particulière est apportée à la presse régionale et locale ainsi qu’à la diffusion dans l’ensemble des territoires. On peut ajouter aux six aides au pluralisme le fonds de soutien aux médias d’information sociale et de proximité (FSMISP), créé en 2016. Cette aide, qui n’est pas cumulable avec les autres aides au pluralisme, cible les médias de proximité et ne concerne pas seulement la presse écrite mais tous les services d’information diffusés par voie électronique (site internet de presse, infolettre, webtélé, webradio…). Cette aide s’inscrit bien dans l’objectif du pluralisme car les médias de proximité soutenus représentent un vecteur d’information et de cohésion sociale.

Les aides au transport et à la diffusion de la presse

Les aides au transport et à la diffusion, d’un montant global de 133 M€ en 2023, permettent de réduire le prix de vente final des publications ainsi que de favoriser la plus large diffusion des titres et donc des courants de pensée et d’opinion qu’ils véhiculent.

Fait notable en 2023, la nouvelle aide à l'exemplaire pour les titres de presse postés ou portés a été instituée. Elle vise à inciter à un recours accru au portage de la presse et remplace notamment l’avantage tarifaire postal en tant qu’aide indirecte qui ne figurait pas dans les précédents tableaux des aides.

Ces aides au transport et à la diffusion assurent le maintien d’un réseau efficace de distribution : l’aide à la distribution de la presse quotidienne nationale d’information politique et générale (27 M€ pour 9 titres) et l’aide à l'exemplaire pour les titres de presse postés (73,3 M€ pour 334 titres) ou portés (32,6 M€ pour 149 titres) permettent ainsi de réduire le coût du transport de la presse pour les lecteurs, qu’ils achètent au numéro ou qu’ils soient abonnés. Ces dispositifs permettent ainsi de sauvegarder le système de distribution et de garantir l’accès quotidien aux journaux sur l’ensemble du territoire.

Les aides à l’investissement en faveur de la modernisation

Le soutien de l’État vise également à renforcer la modernisation et l’investissement, à hauteur de 19,1 M€ au sein de la filière.

A travers le fonds stratégique pour le développement de la presse (FSDP), l’État cofinance ainsi des projets qui visent à répondre aux défis de la transition numérique et écologique grâce à l’innovation technique, par exemple en matière de développement de l’intelligence artificielle.

De plus, le soutien de l’État encourage la recherche et le développement ainsi que l’émergence et l’accompagnement de nouveaux acteurs. Enfin, les aides à la modernisation renforcent également le lien social inhérent à la présence de points de vente de la presse (kiosques, maisons de la presse, etc.) dans l’espace public, alors que leur nombre a diminué de - 30 % en dix ans (fermeture de 8 370 points de vente entre 2010 et 2020). Dans le cadre de l’aide à la modernisation des diffuseurs, 1 053 marchands de presse ont été soutenus financièrement en 2023 pour améliorer leur espace de vente et leur outil informatique.

L’aide exceptionnelle visant à compenser la hausse des coûts de production

Une aide exceptionnelle de 30 M€ a été instituée en mai 2023 à destination des entreprises de presse affectées par les conséquences économiques et financières de la guerre en Ukraine. Cette aide exceptionnelle vise à compenser en partie l’augmentation importante du coût du papier qui a durement affecté les entreprises de presse, poussant certaines d’entre elles à limiter leur pagination, supprimer des suppléments. Le dispositif mis en place a permis de soutenir 504 publications (204 IPG, 300 non-IPG) correspondant à environ 80% des volumes imprimés en France en 2021 et ainsi d’atténuer les conséquences de l’inflation pour le secteur de la presse.

Les aides indirectes

Les aides indirectes doivent enfin être mentionnées (84 M€): d’une part, la presse bénéficie d’un taux de TVA dit « super réduit » de 2,1 %, le ministère des finances estimant la dépense fiscale afférente à 60 M€ en 2023 contre 150 M€ en 2022 du fait d’un changement des modalités de calcul, auquel viennent s’ajouter plusieurs dispositifs fiscaux spécifiques, notamment en faveur des diffuseurs de presse, des vendeurs-colporteurs et des porteurs (24 M€). Enfin, la presse, IPG et non IPG, bénéficie de tarifs postaux privilégiés.

Au total, en 2023, ce sont 809 titres qui ont bénéficié d’aides à la presse (446 en 2022, 431 en 2021, 433 en 2020), en très forte augmentation par rapport à 2022 (+363 titres), en raison, d’une part, de la mise en place de l’aide « papier » et, d’autre part, de l’intégration en tant qu’aide directe de la nouvelle aide à l’exemplaire des titres de presse postés.

A rebours de l’idée souvent véhiculée d’une presse aidée aux mains de grandes fortunes, ce sont de nombreuses entreprises de taille modeste qui bénéficient d’un soutien décisif des pouvoirs publics pour assurer leur pérennité.

Autres Sources de Financement

Outre les aides publiques, la presse écrite en France dépend également des revenus publicitaires et des contributions des lecteurs.

Les sources de financement viennent à 23 % du consommateur final (abonnements et ventes au numéro de la presse, principalement), 35 % de la publicité et 32 % des financements publics (aides à la presse et financement de l’audiovisuel public).

Il est important de noter que les modèles économiques varient considérablement entre la presse et l'audiovisuel, la presse étant financée aux deux tiers par les ventes, tandis que l'audiovisuel l'est à 43 % par la publicité.

La presse papier est vendue deux fois, sur deux marchés distincts ; en amont aux annonceurs publicitaires (avec des prix déterminés par la place et la taille de la publicité dans le journal), en aval aux lecteurs (prix du journal au numéro ou à l’abonnement).

Presse : le papier, ça finit quand ?

Coût de Production de l'Information

Produire de l’information en France a coûté à l’ensemble des médias plus de 3 milliards d’euros en 2023, dont plus de 70 % viennent de la masse salariale, selon une étude publiée jeudi par les États généraux de l’information (EGI).

Elle chiffre à 3 milliards d’euros le coût de production de l’information en 2023 (2,4 milliards si on exclut les agences de presse et la presse professionnelle). Les médias grand public emploient plus de 27 000 collaborateurs (équivalents temps plein), dont 58 % de journalistes permanents et 18 % de pigistes. Cela monte à plus de 40 000 en incluant la presse professionnelle et les agences de presse.

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