Financement de la santé en Afrique : Défis et solutions

Le secteur sanitaire en Afrique de l’Ouest est confronté à des défis majeurs, notamment l’insuffisance des infrastructures publiques. Plusieurs pays de la sous-région manquent d’infrastructures sanitaires pour couvrir les besoins de toutes les populations. Toutefois, celles existantes manquent le plus souvent d’équipement nécessaires pour fonctionner de manière autonome et le plus sûre. En plus, des problèmes d’électricité permanente, d’eau ainsi que d’assainissement constituent en partie des facteurs d’inefficacités de ces infrastructures sanitaires.

Les infrastructures sont également mal réparties et engendrent par conséquent des inégalités en matière d’accès aux soins. Ces inégalités sont reconnues le plus souvent en milieux urbains, périphériques et ruraux. Toutefois, les inégalités en matière de soin en milieu urbain ne résident pas nécessairement dans l’absence d’établissement public de santé, mais plutôt dans les inégalités économiques, notamment le coût des soins et des médicaments, sans oublier une faible couverture d’assurance maladie.

En effet, si le secteur est dans une certaine mesure pris en compte par les autorités de la sous-région ainsi que des organisations internationales, il faut reconnaître que le financement du secteur demeure encore faible. Ce manque ou insuffisance de financement du secteur se justifie par le non-respect des objectifs internationaux.

Par ailleurs, le groupe de la Banque Africaine de Développement précisait que les dépenses d’équipement des gouvernements africains dans le domaine de la santé se situent à un niveau faible par rapport aux autres régions du monde et montrent des signes de déclin progressif. La déclaration d’Abuja de 2001 avait fixé pour chaque État Africain, la consécration de 15% de son budget national pour la santé publique.

Cependant, après 25 ans d’engagement suite à la déclaration de l’objectif, la majorité des États africains ont trahi la déclaration, sauf un pays de l’Afrique de l’Est notamment le Rwanda avec 15,1% de son budget national alloué au secteur sanitaire. En Afrique de l’Ouest, la moitié des États sont largement en deçà de l’objectif. Ceci montre la place qu’accorde les dirigeants africains au secteur de la santé qui sans doute est moins importante dans leur stratégie de développement. Pourtant, le financement est un gage de développement du secteur.

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Défis liés au financement de la santé

Le secteur sanitaire en Afrique de l’Ouest manque de financement pour assurer une formation de qualité aux futurs et professionnels du domaine. Le financement constitue ici, un gage pour le développement de la formation des médecins. Ce manque de financement à la formation engendre en effet, une formation limitée dans le secteur, et occasionne par ricochet un manque de véritables compétences professionnelles.

Au-delà du manque de formation qualifiée, surgit également le problème d’emploi des jeunes diplômés dans le secteur. Ce manque d’emploi les emmène à immigrer vers les pays du nord (développés) afin de travailler et mettre en œuvre leur compétence.

Le secteur sanitaire en Afrique de l’Ouest regorge d’énormes défis sur le plan de la formation, de financement, d’innovation, d’infrastructure voire de couverture d’assurance maladie. Il est donc indispensable pour les dirigeants de la sous-région de mettre en place des politiques publiques sanitaires efficaces et efficientes avec une forte suivi évaluation.

Enfin, les dirigeants de la sous-région doivent prendre des mesures indéniables en matière de création d’emplois dans le secteur afin de limiter le départ des compétences vers d’autres horizons. Le secteur privé sanitaire doit également jouer un rôle important en matière d’investissement dans le domaine pour combler le déficit.

Les systèmes de santé africains sont soumis à des défis importants et nombreux dont entre autres une pression fiscale croissante dans un contexte de crises multiples, la flambée des prix des denrées alimentaires et de l’énergie, les niveaux d’endettement élevés, les budgets nationaux mis à rude épreuve et la diminution du financement de la santé. En conséquence et de manière générale, le financement de la santé est insuffisant malgré les engagements pris au plus haut niveau.

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Près de 20 ans après l’engagement pris dans la Déclaration d’Abuja de consacrer au moins 15 % des budgets publics à la santé, les gouvernements africains n’ont alloué en 2021 qu’environ 7,4 % en moyenne, soit à peu près la moitié de l’objectif.

Ces dernières années, les réductions du financement mondial de la santé ont exercé une pression considérable sur les pays africains pour qu'ils parviennent à l'autonomie financière dans le domaine de la santé. De nombreuses nations sont confrontées à ce défi tout en s'attaquant simultanément à des fardeaux élevés de maladies infectieuses et à des taux croissants de maladies non transmissibles. En réponse, les pays ont commencé à mettre en œuvre des réformes ambitieuses.

La première Conférence de haut niveau sur le Financement de la santé en Afrique a marqué un tournant stratégique. Le message est clair : la santé n’est pas une charge, mais un investissement structurant pour l’avenir du continent.

Objectifs de développement durable en Afrique

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Solutions et initiatives

Géré par AfricInvest, un groupe d’investissement panafricain, pionnier et leader du Private Equity en Afrique et opérant également en capital-risque et en dette privée, en collaboration avec la Health Finance Coalition, un groupe d’organisations philanthropiques, d’institutions internationales et de partenaires techniques de premier plan dans le domaine de la santé, le Transform Health Fund (THF) a dépassé son objectif initial.

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Le THF, dont la création a été annoncée en décembre 2022 lors du sommet des dirigeants américains et africains à Washington, a été conçu pour combler les énormes carences de l’Afrique en matière de financement et de compétences dans le domaine de la santé. Alors que l’Afrique subsaharienne abrite 14 % de la population mondiale et 20 % du taux de morbidité mondiale, seulement 1,6 % des investissements d’impact annuels ciblent le secteur de la santé sur le continent.

« Le financement des entreprises du secteur de la santé en Afrique par le biais de modèles de financement innovants tels que le Transform Health Fund est essentiel pour combler les carences en matière de financement et de compétences dans le domaine de la santé en Afrique, » a déclaré Ziad Oueslati, partenaire fondateur d’AfricInvest. « En s’associant avec des leaders du secteur privé, le Transform Health Fund est devenu un modèle reconnu pour le passage à l’échelle de solutions de santé locales à travers le continent. »

« Le Transform Health Fund démontre que les entreprises de santé au service des communautés les plus vulnérables peuvent effectivement faire l’objet d’investissements nécessaires, » a déclaré Martin Edlund, PDG de Malaria No More et directeur exécutif de la Coalition pour le financement de la santé (Health Finance Coalition). « Dans un contexte de stagnation des financements des bailleurs de fonds en faveur de la santé et celui d’un endettement difficilement soutenable pour les pays africains, l’investissement privé dans des services de santé à fort impact devient plus nécessaire que jamais.

Françoise Lombard, directrice générale de Proparco, a déclaré : « Proparco est ravie de participer à la levée finale du fonds panafricain Transform Health Fund (THF) géré par AfricInvest. En parfaite cohérence avec la stratégie de Proparco, ce fonds novateur, consacré à la dette en blended-finance visant à soutenir les petites et moyennes entreprises dans le domaine de la santé, contribuera à renforcer les systèmes de santé en Afrique subsaharienne tout en réduisant les inégalités et en améliorant l’accessibilité financière et géographique à des infrastructures et des produits de qualité.

Lors du sommet de l'UA, qui s'est tenu parallèlement à la 38e session ordinaire de l'Assemblée des chefs d'État et de gouvernement de l'Union africaine à Addis-Abeba (février 2025), le président rwandais Paul Kagame a exhorté les dirigeants africains à élaborer des solutions de financement de la santé fondées sur le principe de l'autosuffisance.

Donald Kaberuka, ancien président de la Banque africaine de développement et ancien membre du Conseil d'administration du Fonds mondial, a ouvert la session avec la franchise qui le caractérise : « Nous avons passé trop de temps à analyser un problème que nous aurions dû régler il y a des années. » Il a critiqué la tendance à se lamenter sur les décisions des donateurs, soulignant que les nations occidentales redéfinissent leurs priorités budgétaires sous la pression géopolitique.

« Les États-Unis et l'Europe réduisent leur aide pour augmenter leurs dépenses de défense. C'est leur choix. Le nôtre est d'agir. Le Dr Kaberuka a cité le Nigeria en exemple : « Avec 25 milliards de dollars de recettes annuelles (7 % du PIB), le Nigeria pourrait doubler ses dépenses de santé s'il améliorait l'efficacité de la collecte des impôts et garantissait une répartition équitable du budget ».

Il a lancé un défi clair aux dirigeants africains : « La liste des solutions est longue. L'Éthiopie illustre la transition difficile à laquelle de nombreux pays sont confrontés lorsque le soutien des donateurs passe du renforcement des systèmes à une aide basée sur les produits. En réponse, l'Éthiopie a adopté une stratégie à plusieurs volets. Tout d'abord, le ministère de la santé a entamé des négociations de haut niveau avec le ministère des finances afin de garantir le financement national des fonctions essentielles du système de santé, bien que le remplacement du soutien extérieur perdu reste une tâche difficile.

Le Zimbabwe est devenu un exemple remarquable de la manière dont les ressources nationales peuvent être mobilisées pour compenser la diminution de l'aide des donateurs. Au cœur de ce modèle se trouve la taxe de 3 % sur les revenus des particuliers et des entreprises, établie de longue date, qui finance les programmes de lutte contre le VIH/sida depuis plus de vingt ans.

Au-delà de la fiscalité, le Zimbabwe a recherché des options de financement innovantes pour les infrastructures. Le gouvernement a obtenu un prêt de 200 millions de dollars auprès de banques sud-africaines, assorti de garanties de crédit à l'exportation, pour construire 30 mini-hôpitaux et six hôpitaux de district.

En complément de ces efforts, le Zimbabwe a donné la priorité à la production pharmaceutique locale afin de réduire sa dépendance à l'égard des fournitures médicales importées et de renforcer la résilience de son système de santé.

Les participants ont insisté sur l’importance de bâtir des systèmes de santé résilients et durables, capables de faire face aux pandémies, aux menaces sanitaires liées au climat et aux maladies non transmissibles. Plusieurs intervenants ont plaidé pour une réorientation des investissements vers les soins de santé primaires, visant à atteindre une couverture sanitaire universelle en Afrique.

La conférence a mis en évidence le rôle crucial de la technologie, de l’intelligence artificielle et des solutions numériques pour améliorer l’accès aux soins de santé, suivre les patients et fournir des soins de suivi, en particulier dans les zones reculées.

L’importance de la collaboration entre les gouvernements, le secteur privé, la société civile et les partenaires internationaux a été soulignée pour relever les défis complexes de la santé en Afrique.

Région africaine de l'OMS

Région africaine de l'OMS

Impact du paludisme sur le financement de la santé

Modéré par Franz Okey, Conseiller régional à Speak Up Africa, le panel s’est ouvert sur un constat préoccupant : « Chaque minute, un enfant meurt du paludisme. Et chaque année, ce sont 4,3 milliards de jours de travail et plus d’un milliard et demi de jours d’école qui sont perdus », a-t-il rappelé. Des chiffres lourds de conséquences pour les économies africaines.

Mais cette ambition est fragilisée par un contexte de baisse des financements. « Le retrait progressif de certains bailleurs, comme l’USAID, et l’ajustement des dépenses du Fonds mondial dans plusieurs pays de la région sont des signaux d’alerte », a prévenu Franz Okey. À l’approche de la prochaine reconstitution du Fonds mondial, où 18 milliards de dollars sont attendus, des incertitudes planent.

Constant NAHUM, Coordonnateur du Caucus parlementaire pour l’élimination du paludisme, a pour sa part mis en avant certains actes majeurs. ‘’Il y a la création du caucus parlementaire dotée d’un plan triennal 2025-2028 assorti de son règlement intérieur, qui marque une nouvelle étape’’. a-t-il fait savoir. L’objectif est de mobiliser davantage de ressources internes après les bonts budgétaires significatifs enregistrés ces trois dernières années.

De son côté, Dr Annabelle Ekué, Directrice de la Pharmacie Camp Guézo et championne de lutte contre le paludisme, s’est attardée sur ce qu’induit le paludisme dans la productivité des entreprises. ‘’Chaque salarié touché s’absente en moyenne 15 jours par an, soit une perte directe de productivité estimée à 12 milliards de dollars par an’’. En plus de représenter la première cause de consultation dans les hôpitaux, il est également la première cause d’absence dans les entreprises. « Le poids du paludisme est lourd », a-t-elle insisté.

Le coordonnateur national du PNLP, Dr Codjo Dandonougbo a abondé dans le même sens que ses co-panélistes. Chez les enfants de moins de 5 ans, le paludisme représente encore 33 % des admissions en consultation, 31 % des hospitalisations et 21 % des décès. « Cela équivaut à un décès d’enfant toutes les quatre heures au Bénin », informa t-il.

Les panélistes ont salué la création du Fonds Zéro Palu, soutenu par le ministère de la Santé, comme une plateforme de financement innovante et inclusive.

Dépenses de santé en Afrique
Pays % du budget national alloué à la santé (2021)
Rwanda 15,1%
Moyenne des pays africains 7,4%

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