Financement de Projets Agricoles au Gabon : Exemples et Défis
Si l’agriculture au Gabon dispose d’un potentiel important eu égard à ses atouts naturels, elle ne contribue que marginalement, ainsi que le secteur de la pêche, à la création de richesses. Le contexte agricole gabonais se caractérise ainsi par une forte dépendance vis-à-vis de l’extérieur en denrées alimentaires. L’État cherche à inverser cette tendance et a développé depuis 2009 une réflexion stratégique dans le cadre du Plan Stratégique Gabon Emergent (PSGE), dont un des piliers est le plan « Gabon vert ». Les différentes coopérations, financées par les bailleurs de fonds, ont permis le développement ces dernières années de certains pans d’activité agricole. L’arrivée d’investisseurs asiatiques sur des créneaux spéculatifs (huile de palme - hévéa) a permis de dynamiser le secteur.
Malgré des atouts naturels (climat et abondance de terres arables), le secteur agricole gabonais reste à un état embryonnaire, faisant du Gabon un pays fortement dépendant d’importations alimentaires. L’agriculture ne contribue ainsi que marginalement à la création de richesses (environ 6% du PIB). De nombreux handicaps expliquent cette stagnation : population rurale peu nombreuse (14%), système foncier défavorable à un accès sécurisé à la terre, coût élevé de la main d’œuvre et manque d’attractivité des jeunes pour la profession, manque d’infrastructures de commercialisation et de transformation...
C’est dans ce contexte que le gouvernement a mis en place, fin 2014, le programme GRAINE (Gabonaise des réalisations Agricoles et des Initiatives des nationaux Engagés) pour développer le secteur, avec l’objectif de faire passer la contribution de l’agriculture au PIB de 5 à 20% d’ici 2020, tout en réduisant de 50% les importations (estimées à environ 300 Mds FCFA par an). Ce programme repose essentiellement sur (i) le soutien apporté à la création de coopératives agricoles industrielles au travers, notamment, de la distribution de parcelles de terre aux agriculteurs et (ii) la mise en place de modalités propres de préfinancement pour faciliter, en particulier, l’accès aux équipements.
Ce programme repose très largement sur l’implication financière du partenaire OLAM. En effet, entre 2011 et 2017, l’investissement cumulé d’Olam dans le secteur agricole aurait atteint 500 Mds FCFA, dont 4% pour le projet Graine depuis 2014 (environ 20 Mds FCFA). Dans le même temps, la part du budget national consacrée à l’agriculture entre 2011 et 2017 n’était que de 38 Md FCFA. Le programme GRAINE est actuellement en cours dans l’ensemble des neuf provinces du pays.
Atouts et Défis du Secteur Agricole Gabonais
L' Agriculture Dans L' Économie Gabonaise
Avec une réserve importante de terres arables (5,2 millions d’hectares) et un climat propice à l’activité agricole (pluviométrie annuelle de 1450 à 4 000 mm), le Gabon présente d’importants atouts naturels pour le développement de la production agricole. Pour l’heure, celle-ci ne contribue que marginalement à la croissance (3,8% du PIB). Dans les faits, la contribution de l’agriculture à la formation du PIB gabonais a progressivement décliné au cours des dernières décennies, suite à la découverte et l’exploitation des ressources pétrolières.
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Cette différence avec d’autres pays de la région dont la part de l’agriculture dans le PIB est bien supérieure (Cameroun en particulier) s’explique par des facteurs de production limités induisant une faible compétitivité des productions locales parmi lesquels : une population rurale peu nombreuse (14%), un système foncier défavorable à un accès sécurisé à la terre, le cout de la main d’œuvre (et le manque d’attractivité des jeunes pour la profession), un manque d’infrastructures de commercialisation et de transformation, et de financements.
Les différentes politiques ou programmes mis en œuvre par l’Etat ont privilégié, de surcroit, le développement de l’agro-industrie à base de matières premières importées, au détriment de l’agriculture paysanne.
Types de Cultures et d'Élevage au Gabon
L’activité agricole s’articule autour de quatre types de cultures : maraichères, vivrières, fruitières et de rente. Les trois premières catégories sont destinées au marché local. L’élevage est aussi peu professionnalisé, hormis quelques unités industrielles à capitaux étrangers (volailles - bovins) et est marquée par la prédominance de petits exploitants fermiers, nationaux ou immigrés, qui travaillent de manière traditionnelle (divagation villageoise). La viande est ainsi le premier poste à l’importation de produits agricoles et agroalimentaires.
S’agissant des cultures dites de rentes, l’investissement depuis 2009 dans les cultures de l’hévéa et du palmier à huile a été important, en particulier à la faveur d’investisseurs étrangers (asiatiques), et le Gabon poursuit une politique de relance de la filière café et cacao à travers le renouvellement de petites exploitations familiales.
Le Secteur de la Pêche
Le secteur agricole (hors exploitation forestière) reste ainsi peu développé au Gabon, de même que le secteur de la pêche bien que le Gabon dispose là aussi d’atouts importants : une façade maritime étendue (800 kms de littoral) et un large plateau continental (40 000 Km2). Le développement du secteur de la pêche a été fortement ralenti par manque de financements et d’infrastructures. La pêche est artisanale et essentiellement côtière et on ne dénombre que de rares armateurs, d’origine étrangère. Mais le potentiel est important et les ressources halieutiques variées.
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Déficit Commercial et Importations
La balance commerciale gabonaise de produits agricoles et agroalimentaires est donc structurellement déficitaire. Les exportations du pays sont marginales et composées essentiellement de produits de la pêche. Les importations de produits agricoles et agroalimentaires sont, en revanche, en progression constante : à 370 Mds FCFA en 2015, elles ont représenté 21% des importations totales du pays. Elles totalisaient quelque 200 Mds FCFA en 2008.
Les viandes, les céréales, les préparations à base de céréales, de farines, le lait et produits de la laiterie, les boissons et alcools représentent les 2/3 des importations gabonaises. La France est un fournisseur majeur du Gabon, car elle fournit le quart environ de ses importations de produits agricoles et agroalimentaires (92 Mds FCFA).
Entreprises Agro-Industrielles
Un certain nombre d’entreprises agro-industrielles privées ont trouvé à se développer au Gabon suite à une vague de privatisations dans les années 2000. Elles sont toutefois peu nombreuses. L’implantation des entreprises françaises du domaine est stratégique dans les produits de base (farine, œufs, sucre, boissons). Parmi ces sociétés, le groupe CASTEL et SOMDIAA (SUCAF - SMAG) sont le fer de lance des intérêts français au Gabon et leur implantation se révèle stratégique économiquement et socialement.
SMAG (Société Meunière et Avicole du Gabon) est la filiale Farines de SOMDIAA. La société d’exploitation du parc de la Lekedi (filiale du groupe ERAMET) produit quant à elle 120 tonnes de poissons d’élevage par an. Parmi les autres sociétés, on relève notamment la Gabonaise de Chimie (GCIAE) qui importe des engrais pour l’agriculture, et la société SIGALLI qui détient une franchise Yoplait depuis 1991. De nouveaux acteurs sont apparus, enfin, il y a quelques années, comme le groupe singapourien OLAM, dans une logique toutefois spéculative.
Initiatives Gouvernementales et Programmes de Développement
Le programme GRAINE, bien qu’initié par un investisseur privé, d’une part, et le « Plan National d’Investissement Agricole et de Sécurité Alimentaire et Nutritionnelle » adopté en 2015, d’autre part, sont les deux principaux volets d’une politique agricole qui reste peu développée. Une réflexion spécifique s’agissant de la filière Pêche et Aquaculture a, par ailleurs, été menée par le gouvernement et a suscité l’émergence d’un plan « Gabon Bleu » à côté du plan « Gabon Vert », pilier du Plan Stratégique Gabon Emergent qui est la feuille de route adopté par l’Etat en 2011 pour conduire l’investissement.
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Un certain nombre de programmes menés par les bailleurs de fonds sont, par ailleurs, d’une importance essentielle dans la concrétisation des objectifs poursuivis par le gouvernement pour développer la production agricole.
Le Programme GRAINE
Lancé fin 2014 pour palier dans une certaine mesure l’absence de politique sectorielle définie, le programme GRAINE, fruit d’un PPP entre l’Etat gabonais et le groupe Olam, s’est révélé très ambitieux. Ce projet structurant a dû faire face à des difficultés importantes qui ont nui à la réalisation complète de sa première phase, qui s’achèvera courant 2019. La phase 2, en cours d’études actuellement, devra prendre en considération les errements du passé pour s’intégrer dans une nouvelle politique sectorielle qui semble plus volontariste.
Le programme est mené par la société SOTRADER, issue d’un partenariat entre le gouvernement gabonais (51 %) et le groupe singapourien OLAM (49 %). Il a été lancé officiellement par la Présidence en décembre 2014, avec une campagne de communication de grande ampleur. Il repose essentiellement sur le soutien apporté à la création de coopératives agricoles industrielles sur le plan national, au travers notamment de la distribution de parcelles de terre aux agriculteurs et la mise en place de modalités propres de préfinancement pour faciliter en particulier l’accès à de l’équipement moderne.
Plusieurs productions sont concernées : banane, manioc, piment, tomate et huile de palme. Le PNIASAN est le cadre de collaboration avec les partenaires au développement pour le secteur agricole. Le coût global du programme est estimé à 400 Mds FCFA pour la période 2014 - 2020.
Projet d'Appui Technique à la Stratégie de Transformation de l’Agriculture
En effet, la BAfD a lancé, en avril 2018, le « projet d’appui technique à la stratégie de transformation de l’agriculture ».
Projets Prioritaires et Financements
Vis-à-vis d’une filière pêche en souffrance, l’Etat souhaite se donner les moyens de poursuivre les réformes indispensables pour structurer le secteur dans le cadre d’une gestion durable (renforcement du cadre juridique et institutionnel). L’accent est mis par ailleurs sur un certain nombre de projets prioritaires. Le projet s’intègre dans le Plan Stratégique Gabon Emergent. D’un budget total de 20 M€, il est financé à hauteur de 20% par l’Etat gabonais et 80% par l’AFD sous forme de prêt. Les cibles du projet sont des petits et moyens producteurs agricoles qui s’inscrivent dans une logique entrepreneuriale avec une attention particulière pour les femmes et les jeunes.
Entre 2011 et 2016 (1ère phase du projet), près de 1 000 exploitations (maraichères, vivrières, élevages, ateliers de transformation) ont ainsi été installées permettant une production de 7 000 tonnes/an pour un chiffre d’affaire annuel de 2,9 Mds FCFA. Le projet est entré dans sa dernière année de réalisation et s’achèvera en mai 2017. Certains sites et ateliers de transformation peuvent déjà afficher des résultats de production intéressants et prometteurs en termes de durabilité économique et d’extension des activités. La suite de ce projet, avec une ampleur accrue, est en cours d’instruction et devrait faire l’objet d’une décision début 2017.
Pacte National et Défis du Programme GRAINE
A noter que le Gabon a signé en 2013 le Pacte national « Programme détaillé pour le développement de l’agriculture en Afrique » (PDDAA). Ce programme est un volet agricole du NEPAD (Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique). Il est mis conjointement en œuvre par les pays de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique Centrale (CEEAC).
Les deux premières années effectives du programme (2015-2016) ont été consacrées à l’aménagement de 1500 ha de terres cultivables et à l’adhésion des petits exploitants agricoles. Le bilan du démarrage est plutôt mitigé, loin des objectifs initiaux. La Sotrader a dû faire face à des difficultés importantes qui n’avait pas toutes été mesurées au préalable : problèmes d’acceptation globale au plan local, sujets de gestion du foncier rural, création ex-nihilo de coopératives, défaillance actuelle du système de crédit agricole, conflits homme-faune dans certaines régions etc.
Pour la seule année 2018, 210 coopératives agricoles ont été accompagnées dans leur création et 30 agréments d’exploitants agricoles ont été délivrés.
| Programme/Investissement | Montant (FCFA) | Période |
|---|---|---|
| Investissement d'Olam dans l'agriculture | 500 Mds | 2011-2017 |
| Budget national consacré à l'agriculture | 38 Mds | 2011-2017 |
| Coût global du PNIASAN | 400 Mds | 2014-2020 |
| Budget du projet AFD | 20 M€ | N/A |
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