Financement et coût des méga-bassines agricoles : enjeux, impacts et controverses
Les méga-bassines agricoles sont des retenues artificielles d'eau de grande taille, imposantes par leur démesure et leur vocation à stocker de l'eau pour l'irrigation. Ces infrastructures, souvent appelées « réserves de substitution », sont présentées par leurs promoteurs comme une réponse à la raréfaction de la ressource en eau accentuée par le changement climatique. Pourtant, leur financement, leur coût, leurs impacts environnementaux et sociaux suscitent de vives contestations et interrogations.
Qu'est-ce qu'une méga-bassine ?
Les méga-bassines sont des réservoirs artificiels d’eau conçus pour stocker de grandes quantités d’eau pompée dans les nappes phréatiques ou les cours d’eau en période hivernale, période où l’eau est supposée être en excès. Contrairement aux retenues collinaires ou barrages classiques qui se remplissent naturellement grâce à l’écoulement ou au ruissellement, les méga-bassines sont imperméabilisées par des bâches et entourées de talus construits à partir de la terre excavée sur le site. Ces bassines ne longent pas nécessairement les cours d’eau et ne s’appuient pas sur du relief.
Par exemple, la méga-bassine emblématique de Sainte-Soline (Deux-Sèvres) couvre une superficie de plus de quinze hectares, soit une surface équivalente à dix-sept terrains de football et peut stocker l’équivalent de près de 300 piscines olympiques d’eau.
À l’échelle régionale, plusieurs bassines sont programmées, avec environ 150 prévus dans le centre-ouest de la France. Ces infrastructures sont principalement situées dans des zones relativement planes, telles que la Nouvelle-Aquitaine, les Pays de la Loire, la Bretagne et plus récemment la région Centre.
Coût et financement des méga-bassines
Le financement de ces méga-bassines mobilise une part conséquente de fonds publics. Par exemple, le projet de seize bassines dans les Deux-Sèvres a vu son coût réévalué à 76 millions d’euros, soit 20 millions de plus que les estimations initiales. La Coop de l'eau 79, porteuse du projet, assure que 70 % du financement est couvert par des fonds publics, provenant notamment de l’Agence de l’eau Loire-Bretagne et du Plan de Relance.
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L’Agence de l’eau Loire-Bretagne est le principal financeur, collectant des redevances sur les factures d’eau pour soutenir les politiques nationales et européennes liées à la gestion de l’eau. Les financements proviennent aussi du Fonds Européen Agricole pour le Développement Rural (FEADER) ainsi que d’une participation directe de l’État.
| Source de financement | Part du financement |
|---|---|
| Agence de l’eau Loire-Bretagne | 53 % |
| Fonds Européen (FEADER) | 10 % |
| État français | 5 % |
| Agriculteurs | 32 % |
En plus du financement public, les agriculteurs doivent contribuer au coût, mais la majoration de subventions publiques attire des critiques quant à l’utilisation des deniers publics pour un modèle agricole très controversé.
Les critiques autour du financement et du coût
Les méga-bassines sont dénoncées comme un accaparement des ressources en eau, où une faible minorité d'agriculteurs bénéficie directement des infrastructures financées majoritairement par la collectivité. Par exemple, dans le sud des Deux-Sèvres, seulement 7 % des agriculteurs bénéficient effectivement des bassines, ces derniers étant principalement des exploitants de grande taille engagés dans des cultures intensives telles que le maïs.
Outre cette concentration des bénéfices, les détracteurs dénoncent l’« entrave à la diversité agricole » puisque ces infrastructures servent majoritairement l’agro-industrie et pas les petites exploitations maraîchères ou biologiques. De plus, le modèle agro-industriel soutenu par ces bassines est jugé dévastateur tant par ses impacts sociaux (le fort taux de suicides chez les agriculteurs) qu’environnementaux.
La Confédération paysanne et plusieurs associations dénoncent que les bassines bénéficient de financements publics alors que l’eau pompée, bien commun, est privatisée au profit d’une minorité d’irrigants. Cette situation génère un immense débat public sur la légitimité de ces investissements. L’UFC Que Choisir des Deux-Sèvres considère que ces projets sont « économiques privés, sans intérêt pour la collectivité ».
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Un modèle coûteux et parfois inefficace face au changement climatique
Le coût important des méga-bassines s’accompagne d’une dépendance accrue des exploitations aux infrastructures d’irrigation. Les bassines incitent peu au changement des pratiques agricoles. Le ministre de l'Agriculture Marc Fesneau avait défendu le modèle en soulignant la réduction globale de la consommation d'eau grâce à ces réserves.
Cependant, un rapport récent de France Stratégie contredit cette assertion, prévoyant une baisse marginale - de l’ordre de 6 % - du pic de demande estivale même si le volume d’eau stockée est multiplié par quatorze d’ici 2050. En réalité, la disponibilité de la ressource en eau diminue déjà fortement, avec une baisse de 14 % en vingt ans et une perspective d’une réduction de 30 à 40 % d’ici 2050.
En outre, certaines méga-bassines ne pourront pas être remplies faute d’eau suffisante, selon une étude pilote dans le bassin de la rivière Clain. Trois unités de gestion sur onze ne garantiraient pas les débits minimums des cours d’eau, deux autres pourraient être remplies au prix de sacrifier d'autres usages de l'eau. Ces prévisions ne prennent souvent pas en compte l’aggravation du changement climatique dans les années à venir.
Par ailleurs, le mode même de fonctionnement des méga-bassines engendre des pertes importantes par évaporation, allant de 20 % à 60 %, une proportion qui pourrait augmenter avec la montée des températures. L’eau exposée en surface stagne, favorisant le développement d’algues, de bactéries et détériorant à la fois la quantité et la qualité de l’eau stockée.
Des impacts sociaux et environnementaux lourds
Les méga-bassines alimentent essentiellement des cultures très gourmandes en eau, notamment le maïs destiné à l’élevage intensif ou à l’export, ce qui accentue la pression sur la ressource. Dans la région de Sainte-Soline, seuls douze agriculteurs, avec des exploitations très vastes (moyenne de 147 hectares) en bénéficient, principalement des céréaliers et éleveurs conventionnels, sans aucun engagé en agriculture biologique.
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Le secteur agricole est par ailleurs responsable de 22 à 37 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, facteur clé du réchauffement climatique. Le recours accru à l’irrigation intensifie donc un cercle vicieux, aggravant la rareté de l’eau et les impacts climatiques.
Enfin, les bassines pourraient couper davantage le robinet de la ressource en aval, affectant les autres usagers et les milieux aquatiques, et accentuer la fréquence et la durée des sécheresses pluriannuelles, créant ce que certains chercheurs appellent une sécheresse « anthropique ».
Alternatives et perspectives : vers une gestion durable ?
Face à ce constat, des voix s'élèvent en faveur d’un changement radical de modèle agricole et de gestion de l’eau. Des alternatives existent notamment à travers l’agriculture paysanne, biologique et les circuits courts, qui sont moins gourmands en intrants et en eau.
Pour garantir une meilleure qualité de l’eau, il convient aussi de réduire rapidement l’usage des pesticides, replanter des haies et arbres, et limiter l’artificialisation des sols pour favoriser l'infiltration et le stockage naturel de l’eau dans les nappes phréatiques, le meilleur réservoir à long terme.
Un moratoire sur la construction de nouvelles méga-bassines est proposé dans plusieurs instances, afin de suspendre les autorisations dans un contexte d’urgence climatique et de débat public insuffisant. Cette pause est essentielle pour repenser les pratiques agricoles et éviter de prolonger un modèle non durable.
Conclusion sur le financement et coût des méga-bassines
Le modèle de financement des méga-bassines repose largement sur des fonds publics, ce qui soulève des questions éthiques majeures sur la privatisation d’une ressource commune au profit d’une minorité. Le coût, élevé et réévalué à la hausse, alimente un débat intense avec des associations, collectifs et experts qui appellent à plus de transparence et un arrêt des subventions destinées à ces infrastructures. De plus, le rapport coûts/bénéfices est questionné, notamment au regard des futures pénuries d’eau aggravées par le changement climatique. La contestation souligne également les effets pervers du modèle agro-industriel soutenu par ces bassines, qui ne garantit ni la souveraineté alimentaire, ni une gestion durable et équitable de l’eau.
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