Financement de la guerre en Israël : Sources et implications

Le conflit israélo-palestinien, exacerbé par les événements récents, soulève des questions cruciales sur les sources de financement qui soutiennent l'effort de guerre d'Israël. Cet article examine en détail les différentes sources de financement, allant des banques françaises aux entreprises internationales, en passant par le soutien massif des États-Unis.

Drapeau d'Israël

Les grandes banques françaises dans le viseur

Les quatre grands groupes bancaires français - BNP Paribas, Crédit Agricole, Société Générale, Banque Populaire Caisse d’Épargne (BPCE) - et leurs filiales sont notamment liés, via leurs financements et investissements, à au moins 30 entreprises israéliennes, européennes et internationales qui opèrent avec les colonies israéliennes ou leur fournissent des services. La plupart de ces entreprises sont issues de la base de données des Nations Unies sur les entreprises impliquées dans des activités liées aux colonies israéliennes dans les territoires palestiniens occupés.

Exemples d'entreprises impliquées

  • Carrefour: En 2022, Carrefour a signé un accord commercial avec deux entreprises israéliennes pour étendre la présence de ses franchises et produits en Israël et au sein des territoires palestiniens occupés. En mai 2023, Carrefour a établi un partenariat avec six start-ups israéliennes, dont une entreprise spécialisée dans la sécurité et active dans les colonies israéliennes.
  • Elbit Systems: Elbit Systems est la plus grosse entreprise israélienne d’armement. Elle fournit de nombreux produits et services à l’armée, à la police et au ministère de l’intérieur israéliens.
  • Cisco Systems: La filiale israélienne du groupe américain, Cisco Israël, coopère largement avec l’armée israélienne. Elle collabore aussi avec le gouvernement israélien pour établir des hubs technologiques, dont trois ouverts en octobre 2022 et situés dans les territoires palestiniens occupés.
  • Delek: Delek est la première entreprise pétro-gazière israélienne, et est impliquée dans l’extraction de gaz fossile dans des zones maritimes contestées. Delek Israel fournit également des services et des équipements nécessaires au maintien des colonies. Elle exploite notamment plusieurs stations-service à l’intérieur et autour de colonies israéliennes.
  • Caterpillar: Les machines et engins de chantier fabriqués par l’entreprise américaine Caterpillar sont largement utilisés par l’armée israélienne, comme des chargeurs sur roues, des excavateurs et des bulldozers. Ces bulldozers auraient été utilisés à de multiples reprises pour des opérations illégales de démolitions dans des villes et villages palestiniens.
  • Alstom: Alstom est une entreprise française du secteur de l’énergie et des transports. Elle est impliquée dans le tramway de Jérusalem - Jerusalem Light Rail (JLR) -, qui relie les colonies illégales de la partie orientale occupée de Jérusalem à la partie occidentale de la ville.
  • Vinci: L’entreprise française Vinci a racheté Semi en 2021, qui faisait alors partie du groupe espagnol ACS. Comme Bombardier Transportation et Alstom, Semi collabore avec les chemins de fer israéliens, ayant remporté d’importants appels d’offre pour l’électrification du réseau ferroviaire israélien.
  • CNH Industrial: Au cours de la dernière décennie, des équipements industriels de CNH Industrial ont été identifiés dans la construction de colonies israéliennes, de zones industrielles et d’infrastructures connexes dans les territoires palestiniens occupés, ainsi que dans la construction du mur de séparation illégal.
  • Eni: Le 29 octobre 2023, le ministère de l’énergie israélien a accordé à la major italienne Eni, ainsi qu’à d’autres entreprises pétro-gazières, plusieurs licences d’exploration de gisements de gaz. Ces champs se situent en eaux profondes au large de Gaza, dans des zones considérées comme des zones maritimes palestiniennes en vertu du droit international.

Le génocide en cours du peuple palestinien s’enracine dans des décennies d’un régime d’occupation et d’apartheid imposé par Israël au peuple palestinien, et dont les colonies israéliennes, leur maintien et leur expansion constituent un élément clé. Ces colonies permettent la poursuite et l’escalade de la violence des colons soutenue par l’État d’Israël, et se caractérisent par des violations généralisées et systématiques des droits humains à l’encontre des Palestinien·nes.

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Le rôle des États-Unis

Depuis le début de la guerre qui a éclaté le 7 octobre, le soutien américain à Israël a été franc et massif. Les États-Unis en soutiennent ouvertement le but proclamé, l’éradication du Hamas, et bloquent les appels au cessez-le-feu votés par une grande majorité de pays aux Nations unies. En agissant ainsi, les États-Unis ont militairement couvert Tel-Aviv à l’échelle régionale afin de lui permettre de consacrer l’essentiel de ses forces à une guerre contre Gaza. L’objectif déclaré a d’emblée été l’éradication du Hamas, un but soutenu par Washington et par d’autres pays occidentaux.

Outre l’appui tactique régional, la responsabilité des États-Unis dans ce massacre comprend aussi la fourniture à Israël d’une grande partie des moyens qui ont servi à le commettre. Entre le début de la guerre et fin novembre, Washington a livré à son allié 57 000 obus d’artillerie et 15 000 bombes, dont plus de 5 400 BLU-117 et 100 BLU-109 (bunker buster) - des projectiles de près d’une tonne chacun. Au 25 décembre, Israël avait reçu 244 livraisons d’armement par avions-cargos, auxquelles se sont ajoutées 20 livraisons par navires.

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Pour financer ce soutien massif, dès le 20 octobre, l’administration de M. Biden soumettait au Congrès une requête extrabudgétaire de 105 milliards de dollars, dont 61,4 milliards pour l’Ukraine, 14,1 milliards pour Israël et 13,6 milliards destinés au renforcement de la lutte contre l’immigration clandestine. Afin de parvenir malgré tout à ravitailler Israël en obus destinés à ses chars Merkava, la Maison Blanche a contourné le Congrès en faisant passer en mesure d’urgence, le 9 décembre, une livraison de 14 000 projectiles pour 106,5 millions de dollars. Elle a récidivé le 30 décembre pour un montant de 147,5millions de dollars.

Rencontre Biden-Netanyahou

Le Hezbollah et ses sources de financement

Le Hezbollah, fondé en 1982, est la principale organisation armée opposée à Israël dans la région. Le Hezbollah tirerait principalement ses financements de l’Iran. Les armes et équipements utilisés proviennent de Téhéran, et les munitions transitent par la Syrie, où le parti de Dieu est l'un des principaux alliés du régime de Bachar Al-Assad.

Depuis 2019, le Liban n’est plus bancarisé, ce qui signifie que tous les échanges se font en espèces. Une «cash economy» qui a forcé le Hezbollah à adopter une nouvelle stratégie de captation des rentrées d’argent venues de la diaspora ou des touristes. Parmi la diaspora libanaise, estimée entre 12 et 18 millions de personnes à travers le continent sud-américain, le Hezbollah s'est concentré dans la région des trois frontières (Paraguay, Brésil, Argentine), où le blanchiment d'argent, le narcotrafic et le banditisme prospèrent.

L'économie israélienne face à la guerre

Comme toutes les guerres, celle que mène Israël contre Gaza coûte extrêmement cher économiquement et la croissance est en chute libre. Toutefois, si elle ne s’effondre pas, c’est grâce à l’aide publique et privée des États-Unis, mais aussi de l’Union européenne qui a poursuivi ses échanges commerciaux comme si de rien n’était. Sans oublier l’Inde et la Chine.

L’économie israélienne a enregistré une chute de 21 % du produit intérieur brut (PIB) au dernier trimestre 2023 (comparé à celui de l’année précédente), soit deux fois plus que ne le prévoyait la banque centrale, après le 7 octobre. Les conséquences vont surtout peser sur l’industrie technologique. Depuis la fin de 2022, les investissements dans les hautes technologies n’ont cessé de s’affaisser, et fin 2023, la chute a atteint 20 % par rapport aux chiffres déjà faibles de l’année précédente ; les investissements étrangers ont dégringolé de 29 %.

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Facteurs de résilience de l'économie israélienne

  1. La profondeur des marchés de capitaux israéliens permet à la coalition au pouvoir de financer localement une grande partie de ses projets militaires.
  2. La solidité de ses relations extérieures lui apporte des appuis en tout genre : des flux financiers au commerce, en passant par le soutien logistique, sans oublier les armées de réserve de main-d’œuvre.

Une vaste constellation d’acteurs américains, publics et privés, soutient actuellement financièrement l’État, l’armée et l’économie. Les flux provenant du gouvernement fédéral demeurent les plus importants. La subvention annuelle du Programme américain de financement militaire à l’étranger - 3,3 milliards de dollars par an depuis l’administration Obama - couvre, en général, 15 % de ses dépenses de défense. En avril dernier, le Congrès américain a voté la loi sur la sécurité nationale accordant 13 milliards de dollars d’aide supplémentaire.

Au-delà de leur valeur matérielle pour Israël, ces achats constituent un engagement important de la part de l’appareil d’État américain dans son ensemble. Le fait le plus marquant, cependant, a été l’opération menée par Bank of America et Goldman Sachs qui, en mars 2024, ont souscrit à la première vente internationale d’obligations israéliennes post-7 octobre.

Le flux ininterrompu d’exportations vers le marché européen, qui reste son principal partenaire, a joué un rôle essentiel dans l’excédent de 5,1 % de la balance commerciale d’Israël au cours du dernier trimestre 2023. Le maintien par Tel-Aviv de relations extérieures (secrètes et ouvertes) avec des économies non occidentales a également renforcé la viabilité de son économie de guerre.

Tableau récapitulatif des indicateurs économiques (2024-2025)

Indicateur Israël Iran
Croissance réelle du PIB (2025) 3,7 % (T1) 0,3 %
Chômage (2024) 3,0 - 3,5 % 9,2 %
Inflation (2025) 3,1 % 43,3 %
Déficit budgétaire (% du PIB) 4,9 % 6 %

Conclusion

La capacité d'Israël à financer son effort de guerre repose sur une combinaison de facteurs internes et externes, notamment le soutien financier et militaire des États-Unis, les investissements étrangers et la solidité de ses relations économiques. Cependant, à long terme, des éléments tels que la tendance au désinvestissement, une possible augmentation des impôts et les tensions sociales pourraient influencer la viabilité de cette économie de guerre. Pour la Palestine, et plus particulièrement pour les Palestiniens de Gaza, il y a urgence. Donc, quiconque espère mettre fin à ce génocide ne peut que prôner l’isolement de l’économie israélienne dans tous les domaines possibles, seul moyen d’y parvenir. Tant que les solides relations extérieures du pays ne seront pas affaiblies, voire rompues, les moteurs de la violence israélienne continueront à fonctionner sans le moindre crachotement.

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