Financement Libyen de la Campagne de Nicolas Sarkozy : Enquête sur un Scandale d'État
L'affaire du financement libyen de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007 est l'une des plus folles que la France ait connue. Un ancien chef d’État français est soupçonné d'avoir été financé par un des pires dictateurs de la planète, Mouammar Kadhafi, qui était à la tête d'un État terroriste. Ce lundi s'ouvre un procès historique pour juger d'une affaire remontant à plus de 10 ans : celle du financement supposé de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007 par le régime libyen.
Vingt ans après le début de l’affaire, c’est à cette question que devra répondre le tribunal correctionnel de Paris au cours d’un procès historique. Treize personnes s’assiéront sur le banc des prévenus, pour trois mois d’audience, jusqu’au 10 avril. Nicolas Sarkozy est attendu en fin d’après-midi.
Moins d’un mois après la confirmation, par la Cour de cassation, de sa condamnation à trois ans de prison dont un ferme (aménageable avec bracelet électronique) dans l’affaire des écoutes, l’ancien président de la République est cette fois jugé pour « recel de détournement de fonds publics », « corruption passive », « financement illégal de campagne électorale » et même « association de malfaiteurs ».
À ses côtés, ses fidèles lieutenants, les anciens ministres Claude Guéant et Brice Hortefeux, sont soupçonnés d’avoir organisé le transfert de 6 millions d’euros d’argent public libyen, par l’intermédiaire de l’affairiste Ziad Takieddine, lui-même poursuivi.
Mediapart a enquêté sur cette affaire depuis plus de 10 ans. Quels sont les faits exacts reprochés à l'ancien chef de l'État et ses ministres ? Quels sont les documents rassemblés qui attestent de flux financiers autour de cette campagne en 2007 ? Qu'attendre de l'issue de ce procès qui devrait s'achever en avril 2025 ?
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Les Protagonistes
Dans le procès des financements libyens de la campagne présidentielle de 2007 de Nicolas Sarkozy, Yannick Kergoat cite les 12 accusés :
- L'ancien président de la République de 2007 à 2012, Nicolas Sarkozy.
- Claude Guéant, son directeur de cabinet puis secrétaire général de l'Élysée.
- Brice Hortefeux, ministre des Collectivités locales, devenu ministre de l'Immigration en 2007.
- Éric Woerth, trésorier de la campagne présidentielle, ensuite nommé ministre du Budget.
- Bechir Saleh, l'ex-chef de cabinet de Kadhafi.
- Des hommes d'affaires comme Ziad Takieddine et Alexandre Djouhri.
Après 13 années d'investigation et de rebondissements, ces figures se retrouvent face à la justice."
Les Faits
Tout commence en 2005. En Libye, Mouammar Kadhafi, le « Guide », qui a renoncé au terrorisme d’État, veut sortir son pays du ban des nations. Le ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy, lui, pense à l’élection présidentielle. Les deux dirigeants se rencontrent à Tripoli en octobre. Quelques semaines avant, son chef de cabinet Claude Guéant se rend en Libye pour une visite préparatoire. Il y croise Abdallah Senoussi, le beau-frère de Mouammar Kadhafi.
En décembre 2005, Brice Hortefeux, fidèle de Nicolas Sarkozy et ministre délégué aux Collectivités territoriales, rencontre aussi Senoussi. Pour les juges d’instruction, ce secret est « très difficilement compréhensible, sauf à considérer que cette activité dissimulait un secret et qu’il s’agissait en réalité d’obtenir des financements occultes pour la future campagne ».
C’est ce qu’assurent le traducteur qui a accompagné Nicolas Sarkozy et Mouammar Kadhafi, mais aussi Abdallah Senoussi et plusieurs membres du second cercle du régime. Selon eux, un accord a été scellé.
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Mouammar Kadhafi aurait assuré à Nicolas Sarkozy qu’il l’aiderait à financer sa campagne présidentielle. Ziad Takkiedine, qui a joué les entremetteurs, a fini par avouer, en 2016, avoir remis 5 millions d’euros en liquide à Claude Guéant et Nicolas Sarkozy. Des aveux pour lesquels il s’est finalement rétracté en 2019, au cours d’une étrange interview qui, selon les enquêteurs, a été orchestrée, moyennant paiement, par les proches de l’ex-président français.
Les Enjeux
Qu’aurait obtenu la Libye de Mouammar Kadhafi en échange ? D’abord, la fin du mandat d’arrêt international pesant sur le terroriste Abdallah Senoussi - ce qui expliquerait pourquoi l’avocat et ami de Nicolas Sarkozy Thierry Herzog a travaillé pour la défense de l’intéressé. En outre, cet accord aurait débouché sur un contrat d’exploitation pétrolière pour Total et des accords commerciaux comme la vente de matériel d’espionnage de la France à la Libye. Enfin, le but était aussi pour Tripoli de « s’allier à un pays européen et de gagner en respectabilité », estiment les enquêteurs.
Élu, Nicolas Sarkozy réserve sa première visite à l’étranger à Mouammar Kadhafi. Pour les juges d’instruction, il existe suffisamment d’éléments matériels prouvant que le fonds souverain libyen a versé, en trois tranches, près de 6 millions d’euros sur le compte d’une société de Ziad Takieddine - Rossfield - en décembre 2005.
Une note dans l’agenda de Thierry Gaubert porte la mention « Ns Campagne », juste avant la réception des fonds, en février 2006. À ces éléments, ces derniers ajoutent une « circulation anormale d’espèces non comptabilisées durant la campagne électorale » de 2007. Ils ont pu établir qu’à la fin de la campagne il restait au moins 250 000 euros en grosses coupures au siège de l’UMP, qui ont été versés en primes.
Pour démontrer la réalité des flux, le tribunal correctionnel va aussi devoir se pencher sur ce que les enquêteurs appellent des « tentatives de dissimulation de preuves ». D’une part, en révélant des « canaux de blanchiment » mis en place pour masquer les transferts venus de Libye, pas seulement pour la campagne de 2007 mais aussi pour de l’enrichissement personnel.
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L’enquête judiciaire a finalement révélé que ces 500 000 euros seraient le fruit d’un montage financier mis en place par Bachir Saleh, à la tête du fonds souverain libyen, avec l’aide de l’intermédiaire Alexandre Djourhi.
Des notes déclassifiées des services de renseignements et des écoutes ont permis de démontrer que cette fuite a été organisée en urgence par Alexandre Djouhri, avec l’aide active de Bernard Squarcini, directeur du renseignement intérieur et intime de Nicolas Sarkozy, et Claude Guéant. Pour les enquêteurs, cette exfiltration de Béchir Saleh a été organisée « afin qu’il ne soit pas en mesure d’éclairer la révélation desdits faits ».
Les Accusations
L’ancien chef d’État, aujourd’hui âgé de 69 ans, est jugé pour « recel de détournement de fonds publics », « corruption passive », « financement illégal de campagne électoral », « association de malfaiteurs ». Il est soupçonné d’avoir noué un « pacte de corruption » avec le dictateur libyen.
Selon l’ordonnance de renvoi, consultée par 20 Minutes, Mouammar Kadhafi aurait financé sa campagne présidentielle en 2007 avec des fonds publics en échange de « contreparties » :
- Diplomatiques : « le retour de la Libye sur la scène internationale ».
- Économiques : « contrat de matériel de surveillance du territoire libyen », « engagement sur le nucléaire civil », « contrat d’exploitation pétrolière » pour l’entreprise Total.
- Juridiques : l’ancien président se serait ainsi promis la levée du mandat d’arrêt d’Abdallah Senoussi, le beau-frère par alliance du « guide de la Révolution libyenne ».
Nicolas Sarkozy est aussi soupçonné d’avoir, « en toute connaissance de cause », laissé des proches agir « en qualité d’intermédiaires ». Des contacts « tantôt officiels », « tantôt officieux », avec les autorités libyennes.
Les Derniers Développements
Les trois mois d’audience du procès Sarkozy-Kadhafi ont contraint l’ancien président à changer de version sur quatre points majeurs de l’enquête. Les conseils de l’ancien président ont réclamé la relaxe de leur client, en faisant l’impasse sur plusieurs points durs de l’accusation. Dans ses derniers mots, Nicolas Sarkozy a dénoncé un « réquisitoire politique et violent ».
Au deuxième jour de ses réquisitions, le Parquet national financier s’est attardé sur la preuve « déterminante » que représentent les carnets de Choukri Ghanem. Au premier jour de ses réquisitions, le Parquet national financier a déjà réclamé la condamnation de Nicolas Sarkozy et de ses complices présumés dans l’affaire des financements libyens.
Le tribunal de Paris s’intéresse aux commissions occultes perçues par l’intermédiaire en marge de la vente d’avions de ligne au régime Kadhafi. Après le virement de 500 000 euros, la montre Patek Philippe à 11 300 euros offerte par Alexandre Djouhri, Claude Guéant, ancien secrétaire général de l’Élysée, s’est ensablé une nouvelle fois au procès des financements libyens.
Au dernier jour de son procès, Nicolas Sarkozy n'a pas beaucoup parlé, mais il a dénoncé un "réquisitoire politique et violent". Ses avocats vont plaider la relaxe mardi avant que le tribunal ne se retire pour délibérer.
Sherpa rappelle que jusqu’à ce qu’une éventuelle décision de condamnation soit définitive, toute personne accusée ou poursuivie par une juridiction nationale ou internationale est présumée innocente. À cet égard, une décision frappée d’un recours, par exemple un appel ou un pourvoi en cassation, ne constitue pas une décision définitive.
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