Financement de l'OMS : Contributions par pays et enjeux

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) fonctionne grâce aux contributions financières des États membres et d’acteurs privés. Son budget pour le cycle 2024-2025 repose sur plusieurs sources de financement, combinant des contributions obligatoires et volontaires.

Siège de l’Organisation mondiale de la santé, à Genève (Suisse).

Siège de l’Organisation mondiale de la santé, à Genève (Suisse).

Structure du financement de l'OMS

Le financement de l’OMS se compose de deux grandes catégories :

  • Les contributions obligatoires: calculées en fonction de la richesse et de la population d’un pays.
  • Les contributions volontaires: laissées à la discrétion des donateurs.

Depuis plusieurs années, l’OMS dépend de plus en plus de ces dons volontaires, qui représentent environ 80 % de son budget.

Principaux donateurs de l'OMS

Les États-Unis restent le premier contributeur, avec 958,5 millions de dollars pour la période 2024-2025, combinant contributions obligatoires et volontaires. Historiquement, Washington représente environ 20 % du budget total de l’OMS. Parmi les autres principaux donateurs figurent des institutions privées comme la Fondation Bill & Melinda Gates, qui est l’un des plus grands bailleurs de fonds non étatiques, ainsi que l’Alliance GAVI, spécialisée dans la vaccination mondiale.

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Fondation Bill & Melinda Gates

Défis et enjeux financiers

En janvier 2025, le président Donald Trump a annoncé le retrait des États-Unis de l’OMS, mettant en péril environ 20 % du financement de l’organisation. Les Etats-Unis avaient déjà entamé les démarches pour quitter l'OMS lors du premier mandat de M. Trump en 2020. Les Etats-Unis étaient de loin le plus grand contributeur au budget de l'OMS: sur le dernier cycle budgétaire de deux ans, pour 2022-23, ils ont apporté 16,3% des 7,89 milliards de dollars de budget total de l'organisation.

En janvier, le président américain Donald Trump avait justifié sa décision en janvier de retirer son pays de l’OMS par l’écart des contributions financières américaines et chinoises, accusant l’organisation d’ arnaquer son pays.

« L’annonce des États-Unis, combinée à des réductions récentes de l’aide publique au développement de certains pays pour financer une augmentation des dépenses de défense, a rendu notre situation beaucoup plus critique », a encore expliqué M. Tedros. « Depuis lors, les perspectives de l’aide au développement se sont détériorées », a rappelé M. Tedros. Mi-mars, M. Les combats menés depuis des années contre certaines pathologies en seraient gravement affectés, avait-il mis en garde, citant la rougeole, la polio, ou encore le sida.

Réformes et nouvelles orientations

Pour répondre à ces interrogations, la 75ᵉ Assemblée mondiale de la Santé de 2022 a établi de nouvelles lignes pour l’organisation : viser une augmentation des contributions des pays, afin que ces dernières atteignent d’ici à 2030 50 % du budget de l’OMS. Dans l’une des principales recommandations du rapport du Groupe de travail à l’Assemblée de la Santé, les États Membres visent une augmentation progressive de leurs contributions fixées (cotisations des pays) pour représenter 50 % du budget de base de l’OMS d’ici le cycle budgétaire 2030-2031 au plus tard.

Le rapport comprend d’autres recommandations, notamment une étude de la faisabilité d’un mécanisme de reconstitution des fonds pour élargir la base de financement. En outre, le Secrétariat de l’OMS est prié de collaborer avec un groupe de travail des États Membres en vue de renforcer la gouvernance de l’OMS, et celui-ci formulera des recommandations sur la transparence, l’efficacité, la responsabilité et la conformité.

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« De nombreux experts ont mis en évidence le fait que le modèle de financement actuel de l’OMS présentait un risque pour l’intégrité et l’indépendance des activités de l’Organisation. La forte dépendance de l’OMS à l’égard des contributions volontaires, dont une grande partie est affectée à des domaines de travail spécifiques, entraîne un décalage persistant entre les priorités organisationnelles et la capacité de les financer.

Il est prévu que l’augmentation progressive des contributions fixées commencera avec le budget 2024-2025 de l’OMS, avec une augmentation proposée de 20 % par rapport aux contributions fixées dans le budget de base approuvé pour 2022-2023. L’objectif est d’atteindre 50 % du budget de l’OMS d’ici 2028-2029 si possible, et d’ici 2030-2031 au plus tard, par rapport au pourcentage actuel de 16 % en 2020-2021.

Un financement plus prévisible et durable pour l’OMS est judicieux sur le plan économique pour les contributeurs de l’Organisation, en effet son nouvel argumentaire d’investissement intitulé : « Un sain investissement : argumentaire pour financer durablement l’OMS » indique que chaque dollar investi dans l’OMS rapporte un retour sur investissement d’au moins 35 USD.

« Cette décision répond de front au défi que l’OMS a dû relever depuis des décennies en matière de financement prévisible, souple et durable. • Communiqué de presse OMS, 24 mai 2022.

Contributions volontaires et leur utilisation

Chaque année, l’Organisation mondiale de la Santé reçoit deux types de financements, détaillés sur leur site : des contributions fixées, payées par les pays membres, et renégociées tous les deux ans, et des contributions volontaires, qui peuvent venir à la fois des États, mais aussi d’acteurs privés, comme des entreprises ou des fondations. Les contributions fixées couvrent environ 20 % du budget total de l’OMS.

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Ces contributions volontaires sont elles-mêmes séparées en trois catégories, selon la liberté dont jouit l’OMS pour les utiliser. Ces fonds peuvent être libres d’utilisation, thématiques, ou “à objet désigné”. Selon leurs propres dires, 88% de ces fonds sont “à objet désigné”. C’est-à-dire que sur l’ensemble du budget de l’OMS, qui s’élevait en 2023 à 7,9 milliards de dollars, 6 milliards ne peuvent être dépensés que pour les objectifs désignés par les donneurs.

En 2023, la fondation Bill et Melinda Gates a donné 830 millions de dollars à l’OMS, un montant important qui fait d’eux les deuxièmes donateurs les plus importants derrière les États-Unis (environ 1 milliard de dollars en 2023). L’ensemble de ces dons sont “à objet désigné”, et visent majoritairement à combattre le développement de la poliomyélite, une maladie infantile qui entraîne des paralysies irréversibles. C’est un combat de longue date pour la fondation Gates, qui a investi massivement pour faire disparaître cette maladie, par le biais de l’Initiative mondiale pour l’éradication de la poliomyélite (IMEP), créée en 1988 sous l’impulsion entre autres de l’OMS. La fondation Gates influence en effet le fonctionnement de l’OMS, en dirigeant ses fonds vers une problématique qui lui est chère.

Mais pour Nathalie Ferrière, maîtresse de conférences à Sciences Po Aix, cela ne pose pas de problème de gouvernance : “L’OMS va substituer certains de ses financements pour couvrir d’autres objectifs moins dotés.

Une vision contestée par Kenneth Haar, chercheur au Corporate Europe Observatory, une ONG de surveillance du lobbyisme dans les instances européennes. Pour lui, il existe en effet un problème de privatisation des politiques de santé publique mondiales : “La fondation Gates a une voix très importante dans le fonctionnement de l’OMS.

Contribution de la France

L’accord-cadre entre la France et l’OMS pour la période 2020-2025 garantit un financement durable des programmes de santé prioritaires, aligné sur les priorités de l’Organisation. « Engagée en faveur de la santé mondiale, la France soutient l’action de l’OMS dans les crises et au bénéfice des plus vulnérables », a déclaré l’Ambassadeur Jérôme Bonnafont, Représentant permanent de la France auprès des Nations Unies.

En 2020-2021, la République française a versé plus de 143 millions de dollars à l’OMS (y compris les contributions obligatoires et volontaires), dont 76 % de fonds flexibles et thématiques.

Les accords prévoient un financement de 4,5 millions d’euros pour le Compte des contributions volontaires de base (CVCA) de l’OMS ; il s’agit de fonds entièrement flexibles qui permettent à l’OMS d’affecter des ressources aux priorités clés énoncées dans son Programme général de travail.

Une partie importante de la contribution (6 millions d’euros) vise à couvrir la réponse humanitaire dans plusieurs pays : 2 millions d’euros serviront à renforcer les initiatives de santé mentale en Ukraine ; 0,35 million d’euros à soutenir la réponse à l’épidémie de choléra au Malawi ; 1 million d’euros à soutenir la réponse humanitaire de l’OMS à Gaza, avec 2 millions d’euros supplémentaires consacrés au renforcement des activités techniques et humaines du Bureau de l’OMS dans les territoires palestiniens occupés.

« L’une des plus grandes économies de la planète, la France a un rôle déterminant à jouer pour la santé mondiale.

Drapeau de la France

Critiques et controverses

Déjà très critiquée pendant la période Covid, l’OMS est régulièrement la cible des anti-vaccins qui l’accusent notamment d’être contrôlée par des acteurs privés, dont notamment la fondation de Bill Gates, un de leurs donateurs les plus importants. Comme ils l’ont fait lors de la crise Covid, les anti-vaccins profitent de ces moments d’inquiétude pour semer le doute sur les organisations internationales, qui seraient selon eux contrôlées par des intérêts privés.

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