Financement du Rassemblement National et ses Liens avec la Russie

Le Rassemblement National (RN) se retrouve une fois de plus au centre des controverses concernant ses liens avec la Russie, suscitant des interrogations sur son financement et son influence potentielle. Une enquête du Washington Post a relancé ces accusations, pointant du doigt des liens persistants avec Moscou et une stratégie orchestrée pour affaiblir le soutien à l'Ukraine. Le parti, quant à lui, dénonce une "cabale" et réaffirme sa volonté de reconsidérer les sanctions imposées à la Russie.

Rencontre entre Marine Le Pen et Vladimir Poutine

Les Accusations du Washington Post

La polémique a pris de l'ampleur avec la publication d'une enquête du Washington Post, accusant le parti de Marine Le Pen et Jordan Bardella de jouer un rôle clé dans une stratégie russe visant à déstabiliser l'Europe et à "saper le soutien à l'Ukraine". Cette stratégie impliquerait l'utilisation de réseaux sociaux, orientés par des "fermes à trolls", et la coopération de partis d'extrême droite. Le quotidien américain s'appuie sur des "documents du Kremlin obtenus par un service de sécurité européen".

Catherine Belton, la journaliste à l'origine de l'article, est une spécialiste du pouvoir russe, auteure du livre Les Hommes de Poutine : comment le KGB s’est emparé de la Russie avant de s’attaquer à l’Ouest. Selon l'enquête, la France serait particulièrement ciblée, identifiée en 2022 par Moscou comme "vulnérable à l'agitation politique", bien que l'Allemagne et l'Italie soient également concernées.

Jean-Luc Schaffhauser au Cœur des Accusations

Jean-Luc Schaffhauser, ancien député européen sous la bannière du Front puis du Rassemblement National, est une figure centrale de cette affaire. Il est mis en cause par le Washington Post pour son lien avec un représentant du Kremlin en France. D'après le quotidien, Jean-Luc Schaffhauser "loue un étage de sa résidence" à Strasbourg au numéro deux de l'ambassade de Russie en France, Ilya Subbotin, qui siégeait au Conseil de l'Europe jusqu'à son exclusion en mars 2022. Un simple "arrangement commercial" par l'intermédiaire d'une agence, tempère l'ancien eurodéputé.

Le Washington Post nous apprend également que Schaffhauser a proposé de lancer, avec le soutien financier de Moscou, une fondation qui plaiderait en faveur d’un cessez-le-feu en Ukraine, le Kremlin conservant son emprise sur les régions orientales du pays en échange d’un nouveau rapprochement avec l’Occident et d’une sortie de son alliance de plus en plus étroite avec la Chine. M. Schaffhauser a expliqué agir dans l’intérêt de la France et non de la Russie.

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La Position du Rassemblement National

Si le parti a finalement reconnu la Russie comme "l’agresseur" dans le conflit en Ukraine, il continue de qualifier "d’inutile" les embargos imposés à Moscou, sur le gaz et le pétrole notamment. Des éléments de langages élaborés par "les stratèges du Kremlin" selon le Washington Post, et repris par le parti dans le but de discréditer les sanctions européennes de plus en plus sévères.

Par ailleurs, la rhétorique affirmant que "la France doit s’affirmer comme une grande puissance et rétablir ses relations avec la Russie" gagne du terrain, pointe la journaliste d'investigation.

Carte de l'Ukraine

Les Réactions Politiques

Dans le camp d'Emmanuel Macron, Renaissance y voit au contraire une preuve de plus que "le RN est bien le porte-parole du Kremlin en France". Il "joue un rôle prépondérant pour relayer la propagande de Poutine", écrit le parti sur X. L'accusation est récurrente depuis l'annexion de la Crimée en 2014, après un référendum controversé que Marine Le Pen avait jugé "sans contestation possible", six mois avant de contracter le prêt auprès de la banque tchéco-russe, que son parti a finalement remboursé en septembre dernier.

La triple candidate à l'élection présidentielle avait aussi nourri les critiques en rencontrant Vladimir Poutine au Kremlin en 2017, un mois avant le scrutin. Autant d'éléments retenus par la rapporteure macroniste d'une commission parlementaire qui a qualifié, en juin, le RN de "courroie de transmission" de la Russie, même si le parti a changé de discours depuis l'invasion de l'Ukraine début 2022 et reconnait que Moscou est "l'agresseur".

Laurent Jacobelli, porte-parole du RN, a dénoncé une "cabale", assurant que pour le RN "l'objectif final c'est la paix" et que "l'Ukraine retrouve son indépendance, sa souveraineté et ses frontières" en passant par "la voie diplomatique".

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Le Prêt Russe et ses Conséquences

Depuis 2014, et la contraction d’un important prêt auprès d’une banque russo-tchèque, jusqu’à septembre 2023, date à laquelle a un lieu un remboursement anticipé intégral, le parti d’extrême droite a régulièrement été accusé de subir l’influence de Moscou. «Vous parlez à votre banquier quand vous parlez de la Russie», avait ainsi lancé Emmanuel Macron à Marine Le Pen lors du débat de l’entre-deux-tours de la présidentielle 2022.

En dix ans, Mediapart a ainsi consacré une trentaine d’articles à ce dossier, avec, récemment, la révélation de l’implication directe d’un conseiller de Poutine dans la négociation du fameux emprunt, qui confirmait l’intérêt tout particulier du pouvoir russe pour le parti français. Marine Turchi, journaliste de Mediapart qui a signé la plupart de ces enquêtes, note auprès de CheckNews que «la ligne pro-russe» a été, durant toutes les années suivant cet évènement, «la politique officielle du parti».

Chronologie des évènements clés liés au financement russe du RN :

DateÉvénement
1996Jean-Marie Le Pen apporte son soutien à Vladimir Jirinovski.
2011Marine Le Pen déclare admirer Vladimir Poutine.
Novembre 2014Le FN obtient un prêt de 9 millions d’euros provenant de la First Czech Russian Bank.
Mars 2015La créance du RN est rachetée par la société Conti.
Juillet 2016La First Czech Russian Bank fait faillite et est liquidée.
Juin 2016Marine Le Pen signe une troisième demande de prêt avec une banque russe pour trois millions d’euros.
Septembre 2023Le Rassemblement national rembourse par anticipation son emprunt.

En 2019, la Direction générale de la sécurité intérieure avait noté que les rares relais d’opinion français de la Russie au sein du Parlement étaient tous liés au RN. Dans le rapport parlementaire sur l’ingérence étrangère remis à l’Assemblée début juin, une vingtaine de pages étaient consacrées au «cas particulier du Rassemblement national» quant à son positionnement résolument pro-russe.

Le Front national emprunte 9 millions à une banque russe

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