Le Financement Innovant du Groupama Stadium : Un Modèle Unique pour l'Olympique Lyonnais

Le Groupama Stadium marque un événement dans le football français, représentant un développement unique en Ligue 1. C’est l’aboutissement de 15 ans de tractations, de négociations et d’investissements. Voilà 8 ans que la première pierre de la construction du nouveau stade de l’Olympique Lyonnais a été posée.

Quand le nouveau stade de l’Olympique Lyonnais est inauguré le 9 janvier 2016, le président du club Jean Michel Aulas déclare à la presse « C’est un moment inouï dans ma carrière. C’est peut-être le plus beau jour de ma vie ». Car le nouvel écrin de l’OL avait un but : projeter sportivement le club de Lyon dans une autre galaxie, celle du top 20 européen. Et dans cette bataille comme dans toutes les autres, l’argent est le nerf de la guerre.

L’Olympique Lyonnais est précurseur en France en ayant son propre stade, tout en devenant propriétaire de son outil de production. La filiation entre le nouveau stade de Décines dans la banlieue lyonnaise et les plus grands clubs européens eux aussi propriétaires de leurs stades (Arsenal, Bayern Munich, Real Madrid…) est évidente et a toujours été assumée par les dirigeants de l’OL.

Mais ce nouveau stade s’inspire aussi et surtout des nouveaux schémas de développement du secteur du divertissement. Depuis une dizaine d’années, les acteurs de ce secteur cherchent à mettre en place de nouveaux modèles de croissance, plus complets et plus diversifiés. Les parallèles entre le Groupama Stadium et un projet comme Europacity sont en effet nombreux. Les deux infrastructures misent sur une diversité des activités proposées, pour être rentables 365 jours par an.

Fini les sorties au stade qui se résument uniquement aux gradins, ou les sorties dans les boutiques qui se réduisent aux allées des centres commerciaux. L’objectif est de proposer une myriade d’activités qui s’étalent sur toute la journée, dans un seul lieu. Le stade de l’OL est entièrement connecté et permet aux spectateurs venus assister aux matchs d’interagir avec l’ensemble de services proposés dans l’enceinte, comme commander leurs boisons en avance pour la mi-temps ou réserver une place dans l’une des brasseries du stade. Une dynamique qui s’appuie énormément sur les nouvelles technologies du digital.

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D’ailleurs, de nouveaux projets sont déjà dans les cartons de Jean-Michel Aulas pour accompagner le développement économique de son nouveau stade. À l’automne 2020, un centre de loisir, proposant notamment du surf sur vagues artificielles, doit ouvrir ses portes à proximité de l’enceinte. Une salle polyvalente, susceptible d’accueillir des concerts et des épreuves sportives est également prévue aux abords du stade. Enfin et surtout, 23 000 mètres carrés de bureaux devraient voir le jour, autour du Groupama Stadium. Autant de sources de revenus, mais aussi de flux de potentiels visiteurs supplémentaires. Un « effet boule de neige » dont bénéficie toute la région.

LIGUE 1 - A côté de son stade, Lyon va édifier tout un nouveau quartier de la banlieue lyonnaise. Avec pour ambition de tirer le maximum de profits des 45 hectares mis à disposition par la mairie. Un parc dont le club est 100% propriétaire.

Jean-Michel Aulas avec une photo du futur stade de l'OL

Lyon ne table pas seulement sur son stade. Pour augmenter ses recettes et permettre aux spectateurs d’enrichir leur expérience, c’est tout un quartier made in OL qui va sortir de terre à l’Est de la métropole : outre le centre d’entraînement des Gones, on pourra y retrouver un hôtel, des immeubles de bureaux et un grand centre de loisirs. "On a pris exemple sur le modèle américain, assure Thierry Sauvage, directeur général du club rhodanien. C’est un projet que nous avions depuis de nombreuses années. On attendait que la mairie nous propose des terrains pour pouvoir passer à la vitesse supérieure."

Du stade au centre d’entraînement en passant par les hôtels, le centre commercial ou encore les immeubles de bureaux, tout sera exclusivement mis en service par l’OL. Les sociétés souhaitant s’y implanter paieront un loyer au club. Un moyen de financement unique en Europe. En comparaison, Arsenal n’a pas la place dans le nord de Londres de faire construire un tel complexe. Le Bayern n’a rien installé près de son stade. C’est la grosse plus-value de l’OL. Et c'est ce qui doit lui permettre d’entrer définitivement dans la cour des grands.

Défis et Solutions Financières

Un financement qui n’a pas été sans encombre : le stade a coûté aux alentours de 380 millions d’euros, une somme très importante lorsque l’on considère que le chiffre d’affaires de l’OL gravitait autour de 130 millions d’euros avant l’inauguration de l’enceinte. La réalisation n’a pas été simple, perturbée par un certain nombre de recours juridiques. Il a fallu des sources de financement externe importantes, des frais via une augmentation de capital.

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Ces dernières semaines, plusieurs annonces et communiqués financiers ont rythmé la vie de l’OL. Nous avons repris point par point les dernières actualités de l’Olympique lyonnais sur ce sujet afin de décrypter la situation du club rhodanien au 19 novembre.

OL : le plus gros hold-up financier du foot moderne ?

Le 8 novembre dernier, l’OL a annoncé qu’il avait trouvé un accord avec “avec un groupe d'institutions financières mondiales” (plusieurs banques, NDLR) pour refinancer une “grande majorité de sa dette et de celle de sa filiale Olympique Lyonnais SASU”. Concrètement, la société devait trouver pour 2024, 320 millions d’euros pour rembourser divers prêts comme les PGEs, le stade et d’autres créances dues à des parties privées (dont Holnest). Une bonne nouvelle à l’instant T pour l’entreprise.

“Franchement, j’étais très sceptique sur la capacité de l’OL à réaliser une telle opération, et surtout, à un taux aussi bas (5,8%), nous a confié David Gluzman, banquier spécialisé en financement structuré. Désormais, il faudra sortir 18 millions d’euros par an sur les 20 prochaines années. Un total qui pourrait par exemple être réduit si l’on incorpore la future vente de l’OL féminin, ce qui ferait économiser 15 millions d’euros en coût de fonctionnement annuel. De plus, avant cette opération, le Groupe était tributaire de l’avis d’une douzaine de banques pour agir.

OL Groupe annonce la finalisation du refinancement global de sa dette à hauteur de 385 M€ et la première titrisation pour un club de football français Lyon, le 7 décembre 2023. Dans le prolongement de la communication du groupe du 8 novembre dernier, OL Groupe a le plaisir d'annoncer la finalisation du refinancement de la majorité de sa dette et de celle de sa filiale Olympique Lyonnais SASU pour un montant total de 385 M€.

La mise en place de ce refinancement global a d'ores et déjà permis à OL Groupe et à sa filiale Olympique Lyonnais SASU de rembourser l'encours de la dette long terme « stade », de sa ligne RCF (Revolving Credit Facility) et des prêts PGE contractés pendant les années COVID. Ce refinancement permet également de rembourser d'autres dettes long terme subordonnées, y compris des dettes souscrites auprès de parties privées.

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Ce refinancement global s'articule autour de deux nouveaux financements distincts au profit d'Olympique Lyonnais SASU :

  • une levée de fonds d'un montant total en principal de 320 M€ amortissable sur vingt ans, structurée autour d'un fonds commun de titrisation dédié de droit français dont les titres, adossés à des créances commerciales cédées à titre de garantie, essentiellement générées par l'activité du Groupama Stadium, ont été souscrits par des investisseurs institutionnels de premier plan essentiellement situés aux Etats-Unis.
  • une levée de fonds complémentaire de 65 M€ à cinq ans de maturité (2028) auprès de banques étrangères de renommée internationale sous forme d'un prêt à terme à taux variable d'un montant total en principal de 32,5 M€ remboursable in fine et d'un prêt renouvelable à taux variable d'un montant total en principal de 32,5 M€.

Le closing de ces deux nouveaux financements est intervenu le 7 décembre 2023. La banque Goldman Sachs est intervenue en qualité d'arrangeur mandaté. Le groupe était accompagné par les cabinets Stephenson Harwood et Reed Smith.

Vente d'Actifs et Stratégies Financières

L’Arena, que les joueurs ont visité cette semaine, accueillera bientôt un premier match de l’Asvel. Mais la salle décinoise pourrait ne pas rester très longtemps dans le giron de l’Olympique lyonnais. Cela veut dire que pour le moment, l’Arena appartient à deux tiers aux banques ayant prêté l’argent. La société rhodanienne gagnerait du cash dans l’opération, mais sur le long terme, ce choix peut interroger.

“Je suis assez sceptique car ce projet était décorrélé des cycles de l’activité principale, ce qui peut fournir une source de revenus non négligeable et régulière, peu importe les résultats sportifs, explique David Gluzman.

Suite à la vente de la section féminine à Michele Kang, les Fenottes intégreront d’ici peu une organisation multi-clubs avec Washington Spirit nommée Kyniska Sports. Concernant l’OL Reign, une cession est obligatoire afin d’éviter le conflit d’intérêt par rapport à Washington. La franchise finaliste de la NWSL doit bientôt être vendue, les discussions s’étant dernièrement accélérées avec un investisseur. Une manière aussi pour le patron d’Eagle Football de trouver de l’argent où il peut.

“Il cherche en vendant les actifs tout un tas de solutions financières afin d’étaler les remboursements, confirme un expert-comptable lyonnais réputé. Un constat que pose également David Gluzman. “L’OL Groupe enchaîne les exercices déficitaires. Le seul moyen pour lui de reconstituer sa trésorerie à très court terme, c’est de céder des actifs stratégiques, ce qu’il va faire d’ailleurs.

Comme il l’a plusieurs fois fait savoir, John Textor envisage que l’OL Groupe, ou une holding appartenant à Eagle, entre, au cours du 1er semestre 2024 à la bourse de New York. “Cela changerait des choses puisque il lèverait de l’argent sur les marchés financiers. Ce serait alors une manne supplémentaire qu'il pourrait utiliser pour rembourser la dette d’acquisition, baisser son exposition à Ares et pour investir, énumère David Gluzman. Mais il faut réussir à convaincre les investisseurs de lever des fonds.

Grâce à Ares Management notamment, qui lui a prêté une grande partie des fonds nécessaires afin d’acquérir l’OL (400 M€), John Textor a pu apporter de l’argent lors du rachat, ce qui a remboursé un peu les emprunts. Mais cela est à nouveau une dette pour l’Olympique lyonnais car il l’a apporté en compte courant et non en capital. Dès lors, Mark Affolter, partenaire associé au sein du groupe de crédits, pourrait être en droit de demander des comptes à son compatriote américain.

OL Groupe : situation financière et dette

Situation Financière Actuelle

Lorsqu’on lit les bilans annuels et trimestriels, il est facile de comprendre que la situation est délicate. Ainsi, lors de la saison 2022-2023, l’entreprise a perdu 99 millions d’euros au 30 juin 2023, et ce alors qu’il avait vendu pour 90,5 millions d’euros sur le marché des transferts. Au 30 juin 2023, le total des dettes financières de l’Olympique lyonnais s’élevait à 458,5 millions d’euros, principalement les PGEs (149,2 M€) et les CBI (104,5 M€). Avec son opération annoncée le 8 novembre, on sait qu’il a réussi à refinancer une partie de celles-ci.

Autres chiffres à prendre en compte, l’endettement net de trésorerie globale, qui était selon le dernier bilan de -404,4 millions d’euros (contre -330,8 M€ en 2022), incluant les contrats des joueurs. Ce nombre est à mettre en perceptive avec la trésorerie du Groupe, évaluée à 34,6 M€ (27,3 M€ en 2022), ainsi que les capitaux propres (105,4 M€, contre 78,1 M€ l’an dernier).

Néanmoins, le temps presse. “Au 30 juin 2023, la situation est inquiétante, et les résultats, avec près de 100 millions de pertes sèches, malgré la vente pour 90 M€ de joueurs, sont inquiétants. Il poursuit : “L’Olympique lyonnais a fait de très lourds investissements (Arena, stade…), ce qui l’a chargé en emprunts. Pour faire une analogie, c’est comme si vous étiez en ménage, avec un revenu de 3.000 euros, mais que vous ne gagniez rien à cause des charges diverses chaque mois. Comment faire alors pour rembourser les emprunts ? Vous allez chercher à faire refinancer votre dette sur 10-20 ans, ou bien, vous vendez un tableau de votre grand-mère ou la montre de votre grand-père. Comme nous l’avons écrit, John Textor cherche par tous les moyens à trouver des fonds.

Une tactique nécessaire aujourd’hui, mais qui pourrait ne pas être payant plus tard. “J’ai l’impression que l’on sacrifie le moyen-long terme pour des objectifs sur le court terme, et je trouve cette stratégie scabreuse. Toutefois, il faut prendre les problèmes les uns après les autres, nuance David Gluzman. Tout d’abord, le refinancement de la dette, ensuite le passage devant la DNCG et en troisième, rétablissement de la situation sportive. Le reste, c’est négociable.

Il est difficile de se projeter dans l’avenir sur plan financier, puisque selon les résultats en fin de saison de l’Olympique lyonnais, la donne sera totalement différente. Actuellement dernière, la formation de Fabio Grosso vient de remporter sa première rencontre à Rennes (0-1). Parviendra-t-elle à échapper à la relégation ? Une chose est certaine néanmoins, c’est que maintenant, “l’OL va être soumis aux résultats du terrain uniquement, note David Gluzman. Il va falloir de la stabilité financière, managériale et sportive.

Or, le début d’exercice ne laisse rien présager de bon, ce qui impacterait le prize money obtenu en Ligue 1, mais aussi la part des droits TV reçue. Enfin, il existe une très forte probabilité que les septuples champions de France (2002-2008) ne soient pas en coupe d’Europe en 2024-2025.


Poste Montant (millions d'euros)
Dettes financières totales (30 juin 2023) 458,5
PGEs 149,2
CBIs 104,5
Pertes saison 2022-2023 99
Ventes de joueurs saison 2022-2023 90,5
Refinancement global de la dette 385

Impact Environnemental et Durabilité

Selon une étude publiée par l’association anglaise Sport Positive, l’Olympique Lyonnais serait le club le plus écologique de Ligue 1. Le site britannique a rassemblé des informations clés sur la durabilité environnementale pour chaque club de football du championnat français. Mais ce classement souffre d’un grand oubli : l’artificialisation des terres liée à la construction du stade de l’OL à Décines.

Jean-Michel Aulas, le président du club, a fait construire le Groupama Stadium à Décines, accompagné d’un véritable projet d’urbanisme et commercial : l’OL Vallée. Malgré tout, le club et son président Jean-Michel Aulas, pourront par la suite compter sur le soutien des collectivités locales. Du département, alors géré par Michel Mercier (UDI), à la Métropole de Lyon, présidée par Gérard Collomb (alors PS).

La création de l’OL Vallée sur un terrain de 51,5 hectares a impliqué la disparition de dizaines d’hectares de terres agricoles fertiles et l’expropriation d’une trentaine d’agriculteurs. L’OL Vallée comprend des infrastructures sportives, des bureaux, des commerces, des hôtels et même un centre de loisirs. Dans son dossier de présentation « projet OL land », l’OL Groupe chiffre l’artificialisation des sols à 13 hectares pour le stade (chiffre repris par la GMSI Conseils), le parvis et les équipements connexes, à 9 hectares pour les 16 000 places de parking ou encore à 9 hectares pour le centre d’entraînement.

Il faut ajouter à cela le projet de l’OL Arena, nouveau complexe qui accueillera les futurs matchs de l’ASVEL et certains évènements culturels. En prenant en compte la création de l’OL Vallée, le club lyonnais perdrait certainement quelques places au classement des clubs écolos. La surface qui a été bétonisée par la création de l’OL Vallée (environs 47,8 hectares) est l’équivalent d’un peu plus de 65 terrains de foot.

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