L'Impact de l'Immigration sur les Finances Publiques et la Pauvreté en France

La question de l’impact de l’immigration en France et de sa sélectivité est souvent posée. Il est essentiel de documenter son poids direct (immigrés) et indirect (descendants d’immigrés de 1ère génération) sur les dispositifs de protection sociale, ainsi que son exposition à la pauvreté.

Grâce aux études disponibles, il est possible d’avancer prudemment quelques chiffres : les populations immigrées et descendantes d'immigrés de première génération en France sont plus exposées à la précarité et au chômage, occasionnant des surcoûts par rapport au reste de la population.

La population immigrée pauvre est par ailleurs sur-représentée par rapport à la population totale, atteignant 4 millions d'individus sur les 9,5 millions de pauvres recensés, soit 42%.

Le collectif Alerte ! a publié un rapport, rédigé par le cabinet Oliver Wyman, intitulé "Lutter contre la pauvreté un investissement social payant !". Ce rapport détaille les coûts directs, indirects et induits de la pauvreté.

Le rapport retient un coût total de la population considérée comme pauvre (avec des revenus inférieurs à 60% du salaire médian), soit 9,145 millions de personnes, à 119 milliards d’euros. Toutefois, ce qui n’est pas analysé dans le rapport, c’est la composition de cette population pauvre au-delà de sa répartition par statut d’activité.

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En effet, cette population très fragile est nécessairement composée de personnes aux profils très différents : des personnes étrangères, des personnes immigrées, des personnes descendantes d’immigrés (selon l’INSEE de 1ère génération) et des personnes non immigrées.

S’agissant des personnes étrangères, leur taux de pauvreté n’est pas connu et l’on peut estimer qu’elles ne sont pas prises en compte dans les statistiques de la pauvreté classique suivie par l’INSEE lorsqu’elles sont nées en France. Lorsque ce n’est pas le cas en revanche, elles sont incluses au sein de la population immigrée.

En revanche les populations immigrées et descendantes d’immigrés de 1ère génération le sont, ce qui permet de connaître leur niveau de participation à la population réputée pauvre et d’avoir une idée sur la « qualité » de l’immigration française et de sa sélectivité.

Une population pauvre immigrée ou d’origine immigrée à hauteur de 42,4%

En utilisant les données de l’INSEE consolidées pour 2019, il est possible de déterminer au sein de la population sous le seuil de pauvreté de 60% en France (soit 8,921 millions de personnes), la proportion de personnes immigrées ou d’origine immigrées dans leur sein.

Il apparaît en particulier que la population immigrée ou descendante d’immigrée de 1ère génération est sur-représentée au sein de la population pauvre en France. Alors que cette population ne représente que 21,4% de la population totale en 2019, elle représente près de 42,4% de la population située sous le seuil de pauvreté relative de 60% (du revenu médian), soit près du double.

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Par rapport à la population immigrée elle-même, la population descendante de 1ère génération fait toutefois mieux que la précédente, mais sa situation semble toutefois très exposée à la pauvreté : 10% de la population totale pour la population immigrée avec un taux de pauvreté de 31,5% et une proportion de la population pauvre de 23,8% contre 11% de la population totale pour la population descendante d’immigrés de la 1ère génération pour un taux de pauvreté de 21,7% et une proportion au sein de la population pauvre de 18,5%.

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Tableau récapitulatif de la pauvreté selon l'INSEE (2019)

Population Taux de pauvreté Population pauvre % population pauvre
Population immigrée 31,50% 2 121 23,8
Descendants d'immigrés (1ère génération) 21,70% 1 660 18,6
Total partiel 26,3 % 3 781 42,4
Population totale 14,60% 8 921 100

Source : INSEE, calculs Fondation iFRAP octobre 2024

Des conséquences objectives sur les finances publiques de l’ordre de 16,2 Mds €

Il est par ailleurs possible de déterminer les montants de dépenses de prestations sociales et chômages mobilisés par ces personnes en 2019 via la composition du niveau de vie moyen selon l’ascendance migratoire (par individus et non par unité de consommation).

Il apparaît qu’en 2019, les populations immigrées et descendants d’immigrés de 1ère génération bénéficient d’allocations chômage de 13,1 milliards d’euros et de prestations sociales d’un montant de 33,3 milliards d’euros. Cela représente respectivement 36,5% des allocations chômage versées en 2019 (total de 35,8 milliards) et 9% des prestations sociales (total hors vieillesse et chômage de 369,2 milliards d’euros).

Attention cependant à ne pas stigmatiser ces populations, mais à chercher à juger de la qualité de l’immigration que la France accueille, ce qui suppose d’adopter une démarche différentielle, en prenant pour référence l’hypothèse selon laquelle ces deux agrégats de population auraient les mêmes recours aux allocations chômage et aux prestations sociales que le reste de la population.

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On peut alors identifier les « surcoûts » liés aux prestations sociales versées et aux allocations chômage payées aux populations immigrées et descendantes d’immigrés de 1ère génération. Cela représente +3,2 milliards d’euros du côté des allocations chômage, dont 1,4 milliard pour les immigrés (qui généralement travaillent rapidement, mais dans des emplois souvent précaires), et pour les descendants d’immigrés, +1,8 milliard d’euros.

Mais bien davantage s’agissant des prestations sociales où le différentiel atteint près de 16,2 milliards d’euros par rapport à leur montant si leur montant individuel était le même que celui du reste de la population. En additionnant les deux agrégats différentiels (chômage et prestations sociales) on aboutit à un « surcoût » global par rapport au reste de la population de 19,4 milliards d’euros.

Mais cela ne nous dit pas ce que les plus pauvres consomment de ces mêmes prestations. Si l’on considère que la proportion des publics les plus pauvres immigrés et descendants d’immigrés est homogène avec le reste de la population pauvre française, et que l’on retient que leur taux de pauvreté ne serait pas sensiblement différent en 2022 que celui enregistré en 2019 (les statistiques de l’INSEE sur le sujet ayant 4 ans de décalages), alors que la population immigrée pauvre en 2022 devrait représenter un coût de 12,1 milliards d’euros sur les 51 milliards identifiés par l’étude d’Oliver Wyman, tandis que la population descendante d’immigrés devrait représenter un coût de 9,5 milliards d’euros.

Ainsi le coût direct total de la population pauvre immigrée ou d’origine immigrée pour les finances publiques pourrait représenter près de 21,6 milliards d’euros en ordre de grandeur. Si l’on fait exception du minimum vieillesse classé dans les pensions et retraites (soit 3 milliards d’euros en 2022 et sans doute environ 1,3 milliard d’euros pour les immigrés et descendants d’immigrés), les dépenses de prestations sociales des immigrés et descendants d’immigrés pauvres représentent 43,8% de l’ensemble des allocations que ces populations perçoivent, quel que soit leur niveau de richesse.

Si les immigrés et descendants d’immigrés avaient le même taux de pauvreté que le reste de la population, le taux de pauvreté pour les finances publiques serait deux fois plus faible, atteignant 10,77 milliards d’euros (pour 2 millions de pauvres immigrées ou descendante de 1ère génération et non 4 millions comme actuellement). Soit un surcoût lié à leur surpauvreté de 10,8 milliards d’euros.

Pauvreté en France

Tableau : Écart de coût des allocations chômage et des prestations sociales (en millions d'euros)

Population Écart en euros/an/individu Allocations chômage Écart en euros/an/individu Prestations sociales Écart de coût Md € Allocations chômages Écart de coût Md € Prestations sociales
Immigrés 210 1 180 1,4 7,8
Descendants d'immigrés 240 1 100 1,8 8,4
Total 226 1 137 3,2 16,2
Français Ni immigrés ni descendants d'immigrés 0,0 0,0

Source : INSEE, calculs Fondation iFRAP octobre 2024.

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