Flux de marchandises à haute valeur ajoutée : définition géographique

Le terme de chaîne de valeur, ou chaîne de valeur ajoutée, est issu de l’économie ou de la gestion (management et organisation des entreprises) dans les années 1980-1990. Il recouvre les différentes étapes de production d’un bien, matériel ou immatériel, ou d’un service complexe au sein d’une entreprise. Celle-ci déploie une chaîne de valeur qui peut être soit interne, soit externe, en faisant dans ce deuxième cas appel à des fournisseurs et sous-traitants.

Qu’est-ce qu’un flux de marchandises à haute valeur ajoutée ?

On appelle flux l’écoulement, le transfert, d’une certaine quantité (de personnes, de véhicules, d’informations, de marchandises…), transportés en suivant un axe, lequel peut faire partie d’un réseau. La différenciation spatiale engendre nécessairement des flux entre des espaces complémentaires. Pour mesurer les flux, il faut tenir compte de la quantité transportée et de la distance franchie : passagers/km ou tonnes/km. Le flux est un déplacement d'un point A à un point B sans prise en compte de la contrainte spatiale ; c'est une quantité, qu'on représente par une ligne géométrique sur la carte.

Les flux de marchandises à haute valeur ajoutée s’inscrivent généralement dans des chaînes de valeur où des étapes différenciées (conception, assemblage, transformation, marketing, distribution) ajoutent de la valeur au produit. Ces différentes étapes des entreprises multinationales (conception, assemblage, commercialisation, etc.) constituent des chaînes de valeur ajoutée, à différentes échelles. Dans le domaine industriel, en internationalisant leur production, ces grandes entreprises jouent un rôle crucial dans le commerce mondial : la conception des produits est souvent maintenue dans le pays d’origine pour valoriser l’image de l’entreprise, alors que l’assemblage final est souvent réalisé dans des pays à faible coût de main-d’œuvre.

Dimensions géographiques des flux de haute valeur ajoutée

En géographie, le terme de chaîne de valeur ajoutée est d’une utilisation beaucoup plus récente. Les géographes préfèrent encore parfois mobiliser des termes moins économiques et financiers, mais tout aussi efficaces, pour décrire et analyser les réalités contemporaines, comme systèmes, réseaux ou tissus productifs. Ceux-ci renvoient en effet aux liens multiformes - économiques, juridiques, techniques, logistiques, sociaux - tissés par les firmes transnationales dans l'espace mondial et dans (ou entre) ses différents territoires productifs, et ce à toutes les échelles d’analyse.

Les espaces productifs sont répartis dans le monde entier, et génèrent de nombreux échanges. Les nombreuses entreprises multinationales s'appuient sur un réseau international de production. Leurs fonctions sont dispersées dans le monde suivant des stratégies de répartition géographique des étapes de production. Il existe plus de 100 000 entreprises multinationales dans le monde qui s’appuient sur un réseau international de production constitué de plus de 900 000 filiales. La répartition géographique de ces espaces, ainsi que l’économie numérique engendrent donc des flux matériels ou immatériels toujours plus importants.

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Acteurs et nœuds territoriaux

Les entreprises multinationales (EMN) : elles sont les principaux acteurs du commerce international, réalisant une part importante des exportations et des importations mondiales. Les ports et les aéroports sont des nœuds essentiels de ces réseaux. Les compagnies comme UPS, Fedex ou DHL assurent le transport et la livraison de ces produits, dans le monde entier, en plus des services postaux classiques redynamisés par l’économie numérique. Les États : ils jouent un rôle important en négociant des accords commerciaux, en fixant des normes et en réglementant les échanges. Les organisations internationales : l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) est l'institution centrale du système commercial multilatéral.

Échelles spatiales et itinéraires logistiques

La circulation des produits agricoles et alimentaires se fait à plusieurs échelles : locale, régionale, nationale, continentale et internationale, en réponse aux besoins des acteurs privés et des bassins de consommation. La mondialisation des échanges a rendu accessibles des denrées exotiques aux consommateurs européens, dans des quantités croissantes, et à bas prix.

La logistique désigne « l’organisation de la distribution des marchandises », dans une perspective d’optimisation des flux, de maîtrise des coûts et d’ajustement à diverses contraintes, notamment réglementaires. La logistique alimentaire utilise des circuits et des relais communs à l’ensemble des marchandises, et elle se déploie à l’échelle internationale. La première partie est consacrée aux évolutions des itinéraires parcourus par les produits.

Historiquement conditionnés par le caractère saisonnier, périssable et local des produits agricoles, les itinéraires parcourus par les denrées alimentaires se sont constamment allongés dans le dernier demi-siècle. Les circuits de distribution se sont standardisés, en s’appuyant en particulier sur le triptyque camion-route-entrepôt et en accompagnant l’essor des bassins périurbains de consommation. La mutualisation des approvisionnements s’est développée, permettant le fonctionnement en flux tendu d’entrepôts dont l’aire de distribution est devenue régionale.

Rôle des infrastructures et de la performance des réseaux

Plus le réseau est performant (transport rapide et bon marché), plus les flux sont importants : le trafic induit est alors généré directement par les infrastructures. Ainsi, des flux de travailleurs qualifiés sont générés par les gares TGV ou les aéroports. Par ailleurs, la concentration et l'interconnexion des infrastructures sur un axe ou dans un lieu donné a des effets cumulatifs sur les flux : plus on perfectionne un réseau, plus le trafic y est dense.

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L’efficacité d’un système logistique dépend de l’articulation de ses différentes échelles et de la cohérence d’ensemble de ses diverses composantes : continuité des voies d’approvisionnement et intermodalités (route, fer, air, mer), distribution géographique des équipements de stockage (silos, entrepôts, etc.), cohérence réglementaire. La gestion des infrastructures et la protection de l’environnement se pensent aujourd’hui principalement à l’échelle européenne, alors que la distribution au plus près des consommateurs relève plutôt de l’échelon régional ou local.

Organisation de la production et flux tendus

L'organisation post-fordiste de la production repose, en partie, sur la pratique des flux tendus permettant de livrer le produit en juste-à-temps (JAT ou Just-in-time - JIT). Le juste-à-temps consiste à s'approvisionner au jour près, la demande une fois connue, puis à produire et à livrer dans les délais les plus brefs possibles. Ainsi les stocks sont réduits. La recherche d'itinéraires logistiques optimaux, notamment du point de vue économique, a contribué à opérer une sélection des produits les plus adaptés.

Dans certains secteurs à haute valeur ajoutée comme l’électronique ou l’automobile, la division internationale du travail est particulièrement poussée : la conception peut rester dans le pays d’origine tandis que l’assemblage final est délocalisé, et la commercialisation s’effectue souvent par voie maritime.

Numérisation, traçabilité et flux immatériels

La mobilité et l'instantanéité sont, de nos jours, tout particulièrement l'apanage de biens immatériels tels que les flux financiers ou les flux d'information. Les outils numériques et robotiques utilisent et produisent des données, tout le long de la chaîne alimentaire, qui assurent la traçabilité des produits, et facilitent les opérations de manutention et de distribution, et la communication précise avec les consommateurs. Cette figure illustre un exemple de numérisation de la traçabilité d’un poulet.

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Longtemps, la circulation des flux d'information supposait le déplacement d'un bien ou d'une personne. Les révolutions technologiques dans les domaines des télécommunications et de l'informatique ont largement dématérialisé cette circulation : des « autoroutes de l'information » assurent la transmission immédiate de grandes quantités de données de toute nature d'un point à l'autre de la planète.

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Contraintes, externalités et enjeux environnementaux

Les flux commerciaux ne sont pas uniformément répartis à travers le monde. On observe une concentration des échanges entre les pays développés (Amérique du Nord, Europe, Asie de l'Est) et les pays émergents, notamment la Chine. Les impacts environnementaux : le transport des marchandises est une source importante de pollution atmosphérique et maritime. Le transport des marchandises agricoles et alimentaires représente environ 20 % du total des émissions de gaz à effet de serre du système alimentaire français. La part du transport routier y est largement prépondérante, représentant plus de 90 % de la logistique alimentaire, du fait notamment des livraisons du dernier kilomètre, non accessibles à d’autres véhicules.

La transition écologique des transports peut également consister en un report modal, du routier vers le ferroviaire et le fluvial, ce qui nécessite des infrastructures, des réseaux de bonne qualité et la création de nœuds d’intermodalité. Néanmoins, ces solutions ne sont pas applicables à l’ensemble des trajets parcourus. La circulation des produits agricoles et alimentaires se fait à plusieurs échelles et cette articulation des échelles de distribution longue et courte sera un défi majeur.

Spécificités des produits agricoles et alimentaires à valeur ajoutée

La logistique agricole et alimentaire met en œuvre une succession d’étapes pour relier le lieu de production au consommateur final. La première contrainte, pour la logistique alimentaire, tient au caractère périssable des produits : fragilité physique des fruits et légumes mûrs, sensibilité microbiologique des denrées d’origine animale, etc. Lors de la collecte, du transport, de la transformation éventuelle, du stockage et de la distribution, les paramètres de température et d’hygrométrie doivent être maîtrisés.

Le conditionnement est une étape clé, puisqu’il protège les denrées (transport, stockage), facilite les opérations de manutention, mais aussi apporte des informations au consommateur via l’étiquetage. Le conditionnement est au cœur de multiples innovations, ces dernières années, qui témoignent de l’évolution de la consommation alimentaire. Un nombre croissant d’enseignes proposent ainsi des « paquets aliments-services », accessibles notamment grâce au e-commerce. Les préoccupations en matière d’impact environnemental des emballages ont, de leur côté, accéléré le remplacement des anciens emballages par des matériaux recyclables, ou la mise en place de circuits de « logistique inverse ».

Standardisation, diversification et enjeux de marché

La recherche d’itinéraires logistiques optimaux, notamment du point de vue économique, a contribué à opérer une sélection des produits les plus adaptés. Cette standardisation a reposé en particulier sur la sélection variétale. La reproductibilité des lots et la résistance des produits aux conditions de transport ou de stockage ont permis de diminuer les prix de vente, favorisant l’accès de la population à une alimentation plus diversifiée et moins coûteuse.

En réaction à ces tendances à la standardisation des produits, sont apparues des démarches plaçant la diversification au cœur de leur stratégie commerciale. Certaines filières cherchent ainsi à multiplier les gammes et à se positionner sur différents segments de marché, afin de répondre à une demande plurielle intégrant des exigences de qualités nutritionnelle, sanitaire, sociale et environnementale. Des offres alternatives de produits frais, toujours standardisés via des cahiers des charges, mais de qualité supérieure, se sont également développées.

Politiques publiques, gouvernance et avenir des flux de haute valeur

Avec l’essor du commerce international et l’internationalisation des firmes (nécessitant pour elles la mise en œuvre d’une Global Supply Chain, une chaîne logistique mondiale), de grands organismes comme l’OMC ont ensuite remobilisé la notion pour étudier les effets de la décomposition internationale de la chaîne de valeur sur la nature et la valeur des échanges entre États. La logistique alimentaire est de plus en plus un objet de politique publique au cœur des débats.

La transition numérique, mais aussi de nouvelles demandes des consommateurs en matière de bien-être animal ou de territorialisation (circuits courts), engendrent un renouvellement des enjeux de la logistique alimentaire et favorisent le développement d’approches alternatives. Sa transition devra s’intégrer dans une réflexion transversale d’aménagement du territoire, articulant divers échelons de décision, du local à l’international, et anticipant les réseaux et les connexions entre ces différents niveaux.

Dimension Caractéristique
Acteurs Entreprises multinationales, États, organisations internationales, prestataires logistiques
Infrastructures Ports, aéroports, entrepôts, nœuds d’intermodalité
Contraintes Périssabilité, réglementation, impact environnemental, coût du transport
Stratégies Flux tendus, mutualisation, report modal, numérisation, relocalisation partielle

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