Classement des pays par fonds propres nationaux: panorama, enjeux et dynamiques
Un fonds souverain est un fonds d’investissement détenu ou contrôlé par un État. Ce sont des États riches en matières premières comme le gaz et le pétrole qui possèdent la plupart des plus gros fonds. Avec un poids de plus de 13 500 milliards de dollars en 2023 selon le Sovereign Wealth Fund Institute, les fonds souverains sont parmi les grands acteurs de la globalisation financière avec les fonds de pension, dont les actifs totalisent 32 000 milliards de dollars (source OCDE).
Les ressources des fonds souverains Proveniennent principalement des ressources pétrolières (plus de 50 % des fonds) et des excédents commerciaux des pays asiatiques (40 % des fonds). C’est donc logiquement que les principaux fonds souverains sont originaires du Moyen-Orient ou de pays riches en matières premières. En France, la Banque publique d’investissement (BPI) peut être considérée comme un fonds souverain. C’est à ce titre qu’ils font l’actualité, d’autant que la nature politique de ces fonds peut alimenter des craintes sur la souveraineté du pays.
Grandes puissances et orientations récentes
Le fonds norvégien, le plus grand au monde, qui gère près de 1 796 milliards d’euros d’actifs, a décidé en 2019 de se débarrasser de 12 milliards d’euros d’investissements dans les énergies fossiles. De plus, sous mandat du parlement, le fonds doit investir massivement dans les énergies renouvelables, en particulier dans l’éolien et le solaire dans les pays développés. Ces fonds souverains, en plus de pouvoir agir en tant que coussins contracycliques en cas de récession, possèdent la capacité de devenir des acteurs majeurs de l’économie mondiale, spécialement sur les marchés financiers, en encourageant les investissements « verts » et les entreprises innovantes, entre autres.
Le fonds chinois CIC gère environ 1 332 milliards de dollars et vise à diversifier les réserves de change de la Chine. SAFE Investment Company (Chine) dispose d'actifs estimés à 1 090 milliards de dollars et gère une partie des réserves. Abu Dhabi Investment Authority (Émirats arabes unis) et Kuwait Investment Authority (Koweït) dépassent chacun les 1 000 milliards de dollars, témoignant de l’envergure régionale du pétrole dans l’architecture des fonds.
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Rôles et cadres internationaux
Les fonds souverains, en plus d’agir comme stabilisateurs, peuvent devenir des instruments d’investissement public de longue haleine. Leurs objectifs incluent la stabilisation économique, la diversification du PIB, le financement d’infrastructures et le soutien aux technologies stratégiques. L’objectif final est d’assurer aux générations futures des ressources stables et de soutenir l’économie nationale en période de crise.
Deux questions centrales traversent le débat: leur utilité économique face aux crises et leur éventuelle ingérence politique. Certains observateurs estiment que les fonds peuvent déporter l’allocation du capital vers des objectifs géopolitiques, tandis que d’autres soulignent leur rôle potentiellement stabilisateur lors des chocs exogènes comme la crise de 2008. Les attaques critiques portent notamment sur l’opacité et les influences politiques potentielles, surtout dans les fonds du Golfe et en Chine.
Pour améliorer la transparence, une trentaine d’entre eux ont adhéré aux principes dits « de Santiago » pour une bonne gouvernance. Cependant, la réalité est loin d’un modèle idéal: l’opacité demeure chez plusieurs fonds du Golfe et dans certains fonds non occidentaux, selon les rapports d’évaluation tels que Geoeconomica.
Cas par région: Afrique et Moyen-Orient
Les fonds souverains africains comptent neuf entités en 2013, gérant près de 156 milliards USD, soit environ 3 % du total mondial. En Afrique, les revenus reposent majoritairement sur les ressources pétrolières ou minières, avec quelques exceptions comme le Botswana (Pula Fund, diamants). Le Libyen Investment Authority, l’Algérie (Fonds de Régulation des Recettes), et d’autres jouent des rôles variés entre diversification et financement de projets stratégiques.
Au Moyen-Orient, les 14 fonds d’État tirent l’essentiel de leurs ressources des excédents pétroliers. L’allocation géographique des investissements s’est ajustée: la part européenne a été réduite au profit des marchés émergents et asiatiques, tandis que les investissements dans les énergies propres gagnent en importance dans les mandats récents.
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Exemples concrets et chiffres clés
- Norvège: Government Pension Fund - Global; 1990; assets 10 7 37,2 milliards d’USD (indice L-M: Pétrole).
- Chine: China Investment Corporation; 2007; environ 1 332 milliards USD.
- SAFE Investment Company; 1997; environ 1 090 milliards USD.
- Kuwait Investment Authority; 1953; environ 1 029 milliards USD.
- Public Investment Fund (Arabie Saoudite); 1971; environ 925 milliards USD.
- Singapore: GIC; 1971; environ 600 milliards USD.
- Hong Kong: Exchange Fund; 1935; environ 514 milliards USD.
Évolutions et enjeux futurs
La transition énergétique et l’émergence de l’économie 2.0 influencent les axes d’investissement: intelligence artificielle, énergies renouvelables, et technologies disruptives. Certains fonds, comme le Norvégien, accélèrent les désinvestissements dans les énergies fossiles; d’autres, notamment le CIC, poursuivent une diversification stratégique internationale vers des infrastructures et des industries clés.
Face à la montée des ambitions géopolitiques, la transparence et la gouvernance restent des indicateurs déterminants de la légitimité internationale des fonds. Des études récentes suggèrent qu’un niveau élevé de gouvernance et de démocratie limite l’opacité et augmente la légitimité internationale des fonds, tandis que les efforts d’internationalisation peuvent temporairement réduire la transparence avant d’évoluer vers des pratiques plus ouvertes.
En France, la réglementation s’est renforcée dans certains secteurs stratégiques depuis 2019, renforçant les contrôles des investissements étrangers dans l’aérospatial, la robotique et l’IA. Néanmoins, des participations de fonds souverains dans des fleurons nationaux restent notables (Total, AXA, Sanofi, BNP, L’Oréal, LVMH, etc.).
Historique et typologie
Le premier fonds souverain, Kuwait Investment Board, fut créé en 1953 au Koweït. Suivirent des fonds dans le Kiribati, puis une croissance lente jusqu’au « boom » des années 2000 et la crise de 2008 qui fit basculer l’attention internationale sur ces instruments. Le FMI a codifié les classifications de fonds en 2008: fonds de stabilisation, fonds de développement, fonds de réserve de pension, fonds d’épargne pour les générations futures, et fonds de placement des réserves.
Dans le cadre des investissements internationaux, des mécanismes tels que le Comité sur les investissements étrangers des États-Unis (CFIUS) encadrent les acquisitions sensibles. Au sein de ce système, la Chine et l’Arabie Saoudite illustrent que les fonds souverains peuvent être à la fois moteurs économiques et leviers diplomatiques.
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Les leçons de Monique - Les fonds souverains
Tableau récapitulatif: principaux fonds et actifs (hors Afrique et Moyen-Orient)
| Rang | Nom du fonds | Pays | Année de création | Actifs (approx.) |
|---|---|---|---|---|
| 1 | Government Pension Fund - Global | Norvège | 1990 | 10 737,2 milliards USD |
| 2 | China Investment Corporation | Chine | 2007 | 1 332 milliards USD |
| 3 | SAFE Investment Company | Chine | 1997 | 1 090 milliards USD |
| 4 | Abu Dhabi Investment Authority | Émirats arabes unis | 1976 | 1 057 milliards USD |
En 2023, les 176 fonds souverains recensés représentaient 11 200 milliards de dollars, montrant l’ampleur croissante de ces instruments. Le point commun est d’utiliser les excédents des balances commerciales et des ressources naturelles pour stabiliser les économies et soutenir les investissements climatiques et technologiques à l’échelle mondiale.
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