Le Rugby Sud-Africain à la Conquête de l'Europe : Franchises, Compétitions et Défis

L'intégration des franchises sud-africaines dans les compétitions européennes de rugby a marqué un tournant majeur, suscitant à la fois enthousiasme et scepticisme. Cet article explore les raisons de cette intégration, les compétitions concernées, les défis rencontrés par les équipes et les interrogations soulevées quant à l'avenir de cette collaboration.

Rugby Afrique du Sud

L'Intégration des Franchises Sud-Africaines

Au moment d’évoquer la pertinence de voir figurer des franchises sud-africaines dans les deux coupes d’Europe depuis maintenant trois saisons, il faut d’abord se souvenir que cette présence est liée à leur engagement en United Rugby Championship (URC), au côté des équipes irlandaises, galloises, écossaises et italiennes. Après son exclusion du Super Rugby (championnat désormais composé des franchises néo-zélandaises, australiennes et fidjienne) suite au Covid, il fallait sauver le soldat sud-africain. Qui se retrouve donc mêlé aux joutes continentales.

L'EPCR a officialisé l'intégration de franchises sud-africaines au plateau des Coupes d'Europe à partir de la saison prochaine. Les trois premiers nommés disputent en effet depuis la saison dernière l’United Rugby Championship avec des provinces irlandaises, galloises, écossaises et italiennes. Trois d'entre elles - les Stormers (basés au Cap), les Bulls (de Pretoria) et les Sharks (Durban) - seront engagées en Champions Cup, la principale épreuve continentale, remportée cette année par La Rochelle, tandis que les Lions (Johannesburg) et les Cheetahs (Bloemfontein) évolueront en Challenge européen, que Lyon vient de gagner.

Les Lions ont terminé 12e de l'URC et disputeront donc le Challenge. Tout comme les Cheetahs, qui évoluent actuellement en Currie Cup mais qui sont invités dans la « petite » Coupe d’Europe.

« (Ces arrivées) apporteront à nos tournois (...) des joueurs de renommée mondiale et de nouveaux supporters, a déclaré Dominic McKay, le président de l'EPCR (European Professionnal Club Rugby), l'instance qui organise les épreuves européennes.

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Même son de cloche du côté de la Fédération sud-africaine (Saru) : « Nos cinq franchises vont maintenant jouer dans deux nouveaux territoires (Angleterre et France) contre des adversaires que nous n'avons jamais rencontrés auparavant, a dit Jurie Roux, le directeur général. Nous avons déjà connu l'intensité de l'URC et, maintenant, nous allons aussi affronter les meilleurs clubs d'Angleterre et de France ».

Réactions Mitigées

Cet enthousiasme n'est pas forcément partagé par tout le monde. Le président de La Rochelle Vincent Merling, tout frais champion d'Europe, dénonce ainsi « une perte d'identité ». « Que les choses soient claires, je ne suis pas du tout, du tout, favorable à l'arrivée de l'Afrique du Sud dans le championnat d'Europe. Maintenant que l'Afrique du Sud participe à la Champions Cup, ce n'est plus la Coupe d'Europe.

Les franchises italiennes, écossaises et galloises, victimes collatérales car privées de places dans la "grande" Coupe d'Europe, auraient également des choses à redire. Les franchises italiennes, écossaises et galloises, qui voient ainsi leurs chances de participer aux Coupes d'Europe s'amenuiser avec cette concurrence nouvelle, sont donc victimes collatérales, tout comme les joueurs, face à la perspective de longs déplacements sur un autre continent, en plein coeur d'une saison déjà à rallonge.

Compétitions et Calendrier Surchargé

Les quatre grandes franchises sud-africaines, Stormers, Lions, Sharks et Bulls, jouent trois compétitions simultanément : à la fois la Champions Cup, le United Rugby Championship et la Currie Cup. La compétition domestique historique de l’Afrique du Sud, née en 1992 se déroule désormais de mars à juin.

Il faut comprendre que les Blue Bulls, les Stormers ou Western Province, les Natal Sharks et les Lions ont gagné 78 des 90 éditions de la Currie Cup : une compétition qui a toujours énormément de prestige, même si elle en avait perdu avec la naissance du Super Rugby.

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Le dilemme est énorme pour ces quatre provinces, elles se retrouvent désormais avec deux matchs programmés en même temps ou presque, du jamais vu. Les Blue Bulls par exemple, ont affronté Toulouse à Toulouse dimanche, mais aussi les Griffons à Welkom vendredi. Samedi, les Stormers affrontaient aussi bien les Harlequins que les Griquas. Les Natal Sharks recevaient le Munster tout en se déplaçant chez les Golden Lions.

Voilà comment les staffs sud-africains sont obligés de faire des choix, des impasses ou des équipes mixtes. "Il est très dur d’avoir assez de réserve à certains postes très spécialisés comme demi de mêlée, pilier ou talonneur. Il faut avoir six joueurs dans chaque position pour faire face aux forfaits de dernière minute", expliquait Neil Powell, entraîneur en chef des Sharks. Ce n’est vraiment pas facile de jouer plusieurs compétitions en même temps et surtout dans des endroits différents."

Les Bulls ont essayé de proposer deux équipes mixtes ces dernières semaines sans grand résultat, on l’a vu contre Toulouse : "C’est difficile c’est sûr, on essaie certaines choses, mais à force de bricoler tout le temps, on perd en cohésion. Nous devons faire face à trois compétitions en même temps en rencontrant des adversaires comme les Pumas qui ont cinq mois pour se préparer uniquement pour la Currie Cup", a déclaré Jake White, manageur des Bulls.

La situation est tellement difficile qu’en 2022, on a vu les Pumas (de Nelspruit) justement gagner la première Currie Cup de son histoire. Cette province jugée secondaire a bénéficié du fait que les « cadors » jouaient la Ligue Celte (mais pas encore la Coupe d’Europe) .

Les finales de Coupe d’Europe sont prévues le 20 mai et la finale de Ligue Celte (URC) le 27 mai, il y aura chaque fois une journée de Currie Cup à honorer ces fins de semaine là. C’est assez incroyable. Les finales de la Currie Cup sont en revanche prévues les 18 et 25 juin, sans concurrence, ouf !.

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C’est parce qu’elle a décidé de calquer ses saisons sur le calendrier nordiste pour offrir une coupure de deux mois de vacances aux joueurs sud-africains. Les négociations avec le syndicat des joueurs ont imposé ça, sinon les joueurs des grandes provinces joueraient douze mois sur douze.

Bilan Sportif et Défis de Compétitivité

Sportivement, un premier bilan décevant Avec un titre (Stormers en 2022) et deux finales (Stormers en 2023 et Bulls en 2024), les franchises sud-africaines font plus que bonne figure en URC. C’est beaucoup plus mitigé en Champions Cup, où elles ont perdu presque autant de matchs (18) qu’elles en ont gagnés (19). Deux quarts de finalistes en 2023, deux huitièmes de finalistes l’année suivante. Ils ont donc l’assurance de jouer leur huitième de finale contre une grosse équipe en Europe, avec ce que cela implique de temps de trajet et d’adaptation à la météo.

Sur 18 rencontres disputées sur le vieux continent, les franchises sud-africaines n’en ont gagné que quatre. Cette saison, elles ont fait l’impasse sur certains déplacements. De quoi s’interroger au sujet d’une compétition un brin faussée selon le moment (et le lieu) où on les affronte : par-delà l’aspect environnemental, cela a-t-il vraiment un sens sportif ?

C'est un dernier week-end de phase de poule de Coupe des Champions qui pourrait être alléchant pour les mordus de rugby, avec ses trois duels franco sud-africains programmés samedi (Bulls - Stade Français et Racing 92 - Stormers) et dimanche (Bordeaux - Sharks). Las, la franchise de Pretoria a fait piètre figure depuis un mois, battue trois fois en autant de matches et humiliée samedi dernier à Castres (10-49). Quant aux équipes du Cap et de Durban, elles gardent bien une chance de se qualifier pour les huitièmes, mais leurs précédents déplacements dans la compétition le mois dernier avaient viré au calvaire, avec des Stormers fessés aux Harlequins (53-16) et des Sharks démantelés à Leicester (56-17). Jamais les clubs sud-africains n'avaient fait aussi pâle figure depuis qu'ils ont provoqué la transformation de la Coupe d'Europe en compétition transcontinentale, en 2022. Et ce manque de compétitivité a fait ressurgir toutes les questions qui se posaient alors. Quel sens sportif à leur invitation, s'ils ne jouent pas le jeu ?

Ce piètre bilan relance le débat sur leur présence, que ne justifie même plus un intérêt sportif. « Bien sûr qu’on se pose des questions sur la logique de la compétition », reconnaissait la superstar toulousaine Antoine Dupont, avant de plonger dans la moiteur de Durban, à plus de 10.000 km de l’hiver européen.

Mais entre les nombreux absents sud-africains et le jeu médiocre proposé, la montagne promise a accouché d’une souris, les Toulousains remportant sans bonus une rencontre terne (8-20).« Cela fausse cette compétition »Dans la même poule, Bordeaux-Bègles recevra dimanche des Sharks probablement remaniés. « Cela fausse cette compétition un peu, note d’ailleurs l’entraîneur des Rouge et Noir, Ugo Mola, qui refuse cependant de se plaindre. D’autres l’ont vécu l’an dernier, il n’y a pas de raison qu’on ne le vive pas. »

Déjà engagées dans l’United Rugby Championship, où elles affrontent Italiens, Écossais, Irlandais et Gallois, les franchises sud-africaines envoient régulièrement en Europe des équipes de seconds voire de troisièmes couteaux. « Les joueurs ne sont pas des robots », s’est défendu John Plumtree, l’entraîneur des Sharks.

À l'aube de la quatrième et dernière journée de la phase de groupes de la Champions Cup, le bilan des clubs sud-africains engagés dans la compétition est particulièrement mauvais. Trois saisons après leur arrivée, les franchises de la nation arc-en-ciel ne comptent que deux victoires en neuf matches.

Des mauvais résultats qui relancent un peu plus le débat sur la légitimité de leur présence, alors que les voyages à rallonge et le calendrier surchargé ne cessent d'être pointés du doigt.

« Bien sûr qu'on se pose des questions sur la logique de la compétition », reconnaissait la superstar toulousaine Antoine Dupont avant de plonger dans la moiteur (30 degrés, 80% d'humidité) de Durban, à plus de 10 000 kilomètres de l'hiver européen.

Sur le papier, l'affrontement du week-end dernier entre les Sharks et leurs Springboks (Kolisi, Etzebeth...) et des Toulousains champions en titre avait de quoi faire saliver.

Dans la même poule, Bordeaux-Bègles recevra dimanche ces mêmes Sharks probablement remaniés : un déséquilibre évident quand un point de bonus gagné ou perdu peut modifier considérablement la suite du tableau.

« Cela fausse cette compétition un peu », note l'entraîneur des Rouge et Noir, Ugo Mola, qui refuse toutefois de se plaindre. « D'autres l'ont vécu l'an dernier, il n'y a pas de raison qu'on ne le vive pas. »

Champions Cup

Aspects Financiers et Soutien Populaire

Depuis 2023, le nom de la Champions Cup est complété par celui d’une marque, Investec, un groupe bancaire dont le siège est à… Johannesbourg. La conclusion de ce partenariat est directement liée à l’intégration des franchises sud-africaines.

Selon Yann Roubert, « certains diffuseurs télé à l’étranger sont restés alors qu’ils avaient prévu de partir » grâce à ces équipes, qui abritent quelques champions du monde. Le groupe SuperSport a signé un contrat à plusieurs millions d’euros pour retransmettre la compétition en Afrique du Sud.

Toujours selon Yann Roubert, « la fédération sud-africaine paie davantage à l’EPCR que les coûts représentés par l’intégration des franchises », notamment les surplus liés aux déplacements, assumés par l’organisateur.

Défis Logistiques et Impact sur les Joueurs

Quel coût écologique pour ces déplacements en avion qui, pour les Sud-Africains, impliquent en plus des escales au Moyen-Orient, avant de rebifurquer vers l'Europe ? « On voudrait amener nos meilleurs joueurs. Mais je dois prendre soin de ces athlètes. Ce ne sont pas des robots » John Plumtree, le coach des Sharks

Le technicien néo-zélandais traduisait ici le grand écart que le rugby sud-africain est obligé de faire depuis trois ans : ses clubs ont migré vers les compétitions de l'hémisphère Nord, quand sa sélection reste ancrée au Sud, où elle dispute toujours le Rugby Championship. Résultat, des saisons sans fin et sans pause pour les Boks restés au pays.

Alors, les Boks sont reposés quand ils sont en club, à la demande du staff de l'équipe nationale, et des matches s'en retrouvent sacrifiés. Et les franchises sud-afs n'ont pas les moyens économiques de bâtir des effectifs aussi étoffés que les grosses écuries en France, Irlande ou Angleterre, pour compenser ces absences.

D'où le choix de beaucoup d'internationaux d'évoluer au Japon (Kolbe, De Allende, de Klerk, de Jager...), avec une saison plus courte, qui n'empiète pas le calendrier international, avec de bons salaires, pour ne rien gâcher.

« On arrive en Europe le mercredi pour jouer le samedi. Ce n'est pas de la haute performance ! » John Plumtree, le coach des Sharks

Mais si les clubs européens abordent de mieux en mieux préparés ces déplacements vécus comme des aventures, les Sud-Africains paient eux les frais de ce casse-tête logistique.

Pistes pour une Meilleure Intégration

Regrouper les deux déplacements en Europe permettrait aux franchises de s’épargner un voyage énergivore mais les diffuseurs (et le public) sont attachés à l’alternance domicile - extérieur.

Il y a quelques jours, Jake White, manager des Bulls, répétait son souhait de voir « tous les joueurs sud-africains revenir au pays ».

Côté clubs, en revanche, la route est encore longue. Pour leur troisième saison en Champions Cup, les franchises sud-africaines peinent toujours à convaincre de leur légitimité.

« Si les Sud-Africains doivent continuer à exister dans cette compétition, il faut vraiment réfléchir au rythme du calendrier », lançait Ugo Mola, le manager toulousain, après la victoire de son équipe chez les Sharks le week-end dernier.

Le privilège accordé aux Springboks rend impossible une quelconque harmonisation. Et impossible de trop délaisser l’URC, puisque cette compétition permet d’accéder à la Champions Cup…

Si un Jake White, coach des Bulls, en appelle souvent au rapatriement des meilleurs joueurs au pays, ses compatriotes plaident pour d'autres pistes. « Tout le monde demande un calendrier global. J'espère que ça arrivera, a souhaité Eben Etzebeth dans une interview au Times la semaine dernière, où il disait aussi son attachement à la Coupe des Champions. Ça serait la seule chose qui fait sens. »

Mais ce serpent de mer du rugby international a autant de chances de montrer le bout de sa queue que le monstre du Loch Ness. Le coach du deuxième-ligne appelait, lui, à une réforme qui semble plus facile à mettre en oeuvre. « On arrive en Europe le mercredi pour jouer le samedi. Ce n'est pas de la haute performance ! râlait d'abord Plumtree, avant, plus constructif, de suggérer : peut-être qu'on devrait voyager ici pour jouer deux matches de rang et rester deux semaines. Ils devraient étudier ça. »

Il peut se rapprocher de quelques clubs de Top 14, qui confient en off qu'ils aimeraient bien donner un peu plus de continuité au calendrier de la Coupe des Champions. Quitte à changer encore une fois de format ou de formule.

Les franchises sud-africaines en PÉRIL ?

Tableau des Performances en Champions Cup

Saison Meilleur Résultat
2023 Quarts de finale (2 équipes)
2024 Huitièmes de finale (2 équipes)

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