Histoire des cosmétiques : évolution, techniques et usages, de la Préhistoire aux innovations contemporaines

Le domaine de la cosmétique, plonge ses racines dans les profondeurs de l’Histoire, témoignant d’une quête millénaire de beauté, de bien-être et parfois de spiritualité. Des pigments rudimentaires des cavernes préhistoriques aux formulations de pointe du XXIe siècle, l’histoire de la cosmétique est une fascinante odyssée marquée par l’évolution des civilisations, les avancées scientifiques, et l’émergence d’un cadre réglementaire qui évolue régulièrement.

L’histoire de la cosmétique est un reflet de l’humanité elle-même : une quête incessante d’embellissement, de bien-être, et, plus récemment, de responsabilité. Très tôt, l’Homme s’est soucié de son apparence.

Aux origines : de la Préhistoire à l’Antiquité

Les vénus prennent des formes variables. Elles sont tout en seins, fesses et cuisses pour les vénus germaniques (vénus d’Hohle Fels et de Willendorf), le corps strié de scarifications, ou bien longilignes à l’extrême pour la vénus impudique de Lauguerie-basse. La beauté est déjà plurielle.

Avulsions dentaires, scarifications, tatouages, trépanations, la mode en matière esthétique est des plus brutales. Le tressage des cheveux, la réalisation de colliers à base de coquillages ou de produits de maquillage à base d’argile constituent des moyens moins traumatisants mais tout aussi efficaces pour circonvenir aux critères de beauté en vigueur.

Les cosmétiques les plus anciens ont été retrouvés dans les sépultures en Égypte et remontent à la 1 ère dynastie (vers 3100-2907 av. J.-C.). Déjà dans l’Égypte ancienne, la cosmétique revêtait une importance capitale, en étant bien plus qu’une simple parure. Le khôl, à base de galène, protégeait les yeux du soleil intense et avait des vertus antiseptiques.

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Si pendant longtemps, les parfums étaient réservés au culte des dieux, très vite, dès cette époque, les femmes se mirent à utiliser des onguents parfumés à base d’huiles végétales mélangées à des herbes aromatiques pour protéger leur peau du vieillissement. L’huile de ricin servait d’hydratant et de protecteur solaire.

Le maquillage raffiné du visage apparaît ensuite. Grâce aux techniques actuelles, notamment la microscopie électronique à balayage, il a été montré que les fards de l’époque étaient des mélanges complexes à base de dérivés du plomb. L’utilisation de la diffraction des rayons X a par ailleurs permis d’identifier quatre minéraux comme constituants principaux des phases minérales de ces fards.

Grèce et Rome : hygiène, parure et savoir-faire

De l’Homme des cavernes aux grecs antiques, si l’obsession de la beauté demeure, les moyens mis en œuvre se raffinent. Pour le poète Anacréon (550 av. J.C. - 464 av. J.C.), la beauté est une arme spécifiquement féminine.

De la gymnastique pour sculpter le corps, des cosmétiques pour parer aux disgrâces naturelles. Une épilation soigneuse réalisée de mains de maîtres par des professionnels hors pair, un peu de pommade ou de cérat pour raviver la couleur des lèvres, des sels de plomb pour blanchir la peau. Tels sont les maîtres mots.

Si les grecs ont inventé la beauté comme le pense Jean d’Ormesson, les romains se sont, quant à eux, passionné pour les cosmétiques. Ovide dans « L’art d’aimer » et « Les cosmétiques » n’est pas avare de conseils.

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Propreté (du corps, des dents), et blancheur éclatante sont recommandés. Le bain obéit à un rituel bien précis ; les parfums sont consommés sans modération et parfument aussi bien l’atmosphère que l’eau du bain. Il est de bon ton de ne pas « offenser l’odorat » de son voisin.

Corne de cerf, graisse de crocodile (les jusqu’aux-boutistes parlent même d’excréments de crocodile !) entrent dans la composition des préparations destinées à éclaircir le teint. Œufs de mouches et de fourmis sont les ingrédients d’une poudre noire qui permet de maquiller les sourcils trop peu fournis.

Les belles romaines dilatent leurs pupilles grâce à un collyre contenant de l’atropine extrait de la belladone. On est, alors, fort peu regardant en ce qui concerne le profil toxicologique des ingrédients utilisés.

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Moyen Âge : retenue, pragmatisme et artifices

Au Moyen Âge, l’usage ostentatoire des cosmétiques a été freiné l’Église chrétienne, méfiante à l’égard de la vanité. Néanmoins, des pratiques discrètes perduraient, notamment à base de plantes médicinales.

Au Moyen Âge, on est pragmatique. Les Romans de la table ronde décrivent une beauté pleine de verdeur.

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Un peu plus tard, on sera plus exigeant. Le front se devra d’être haut (on l’épile à l’extrême) et bombé. Les lèvres sont teintées à l’aide d’une pommade colorée au carmin de cochenille. Un teint de lait est obtenu grâce à la céruse. Il convient de se préserver des effets du soleil.

Renaissance et Ancien Régime : mathématique de la beauté et théâtralisation

La Renaissance marque un regain d’intérêt pour la beauté et l’esthétique. Durant la Renaissance, le Franciscain italien Fra Luca di Burgo propose de mettre la beauté en équation.

La perfection n’étant pas de ce monde, chacun cherche par un moyen ou par un autre à mettre en place les artifices qui conduiront à l’illusion de la beauté. Les cosmétiques constituent des artifices de choix. La quête d’un teint pâle est toujours d’actualité.

Louis XIV, « le Roi le plus doux fleurant », est un grand consommateur de cosmétiques. Teint pâle, lèvres rouges, le courtisan ainsi paré est prêt pour la représentation. Caché sous une épaisse couche de fard, il n’affiche plus ni âge, ni sentiments.

L’aqua admirabilis ou eau de Cologne est inventée par Paul Féminis. Elle va parfumer toutes les cours européennes et finira par se démocratiser et descendre dans la rue au XIXe siècle.

Puis, c’est Marie-Antoinette qui lance les modes avec frénésie. Elle est jolie et n’abuse pas de maquillage. Elle est moins raisonnable en termes de coiffures.

Des bouleversements aux renaissances : guerres, hygiène et naissance d’une industrie

Toute la mémoire de ce raffinement de soin et de maquillage a brutalement disparu avec les guerres incessantes et les incendies successifs de Rome après 390. La fin du XVIIIe et le XIXe siècle marquent un vrai retour de l’hygiène et l’apparition de nouveaux produits cosmétiques et parfumants, accompagnés de nombreux ouvrages sur les soins du visage et du corps.

La commercialisation s'est diversifiée au XVIIIe siècle, intégrant la vente à domicile et l'événementiel, malgré des coûts souvent plus élevés. Le XIXe siècle, marque un tournant avec l’avènement de la révolution industrielle.

La production de cosmétiques passe de l’artisanat à une échelle plus vaste. Des marques emblématiques commencent à émerger, proposant des savons, des crèmes et des parfums.

Le XIXe siècle : innovation, maisons de parfums et premiers instituts

Les Français sont pleins d’imagination. Le parfumeur Rimmel met au point une préparation pour le maquillage des yeux : le mascara est né.

Joseph-Albert Ponsin se lance dans la fabrication des fards. Son successeur fera fructifier la société Bourjois avec brio.

Pierre-François Pascal Guerlain compose des parfums hardis pour l’époque et inspire Honoré de Balzac pour son César Birotteau ; il sait se faire courtisan, offrant à Napoléon III, l’eau de Cologne impériale, à l’occasion de son mariage.

La poudre de riz constitue la base de tout l’arsenal féminin. Des actrices comme Sarah Bernhard en vantent les mérites. Une préparation à base de cire d’abeille, de beurre et de raisin est utilisée pour le maquillage des lèvres. Le bâton de rouge à lèvres moderne est en germe.

Les premiers instituts de beauté voient le jour, Klytia à Paris est l’un des tous premiers.

XXe siècle : science, industrialisation et démocratisation

Le XXe siècle est celui de la démocratisation et de l’innovation. L’apparition du maquillage de scène et de cinéma propulse la cosmétique dans la sphère publique.

Des figures comme Helena Rubinstein et Elizabeth Arden créent des empires cosmétiques, proposant des produits spécifiques pour chaque type de peau. Au XXe siècle, la publicité et la presse féminine ont considérablement favorisé le commerce et la popularité des cosmétiques.

1909 est une date importante dans l’histoire des cosmétiques puisque le chimiste Eugène Schueller fonde la « Société française de teintures inoffensives pour cheveux ». Après s’être attaqué aux teintures capillaires, Eugène Schueller mettra son expertise au service des autres branches de la cosmétologie.

Les vernis à ongles des frères Revson traversent l’Atlantique. Ils sont merveilleusement opaques et très couvrants. Le rouge à lèvres « Rouge Baiser » vient compléter la panoplie. Il résiste dit-on au baiser !

Les premiers shampooings modernes voient le jour. Le tensioactif qui le compose est obtenu par synthèse. Les crèmes Simon et Nivea sont de bons basiques qui protègent la peau tout en ayant des compositions très simples.

On commence à prendre goût au bronzage. Les premières huiles solaires voient le jour (Ambre solaire® est l’une d’elles).

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Révolutions de formulation : chimie, tensioactifs et colloïdes

Peu à peu, avec les progrès de la chimie et des sciences en général, les cosmétiques évoluent pour être de plus en plus sophistiqués. Les grandes révolutions en termes de formulation n’arriveront réellement qu’après la Première Guerre mondiale, grâce notamment à l’utilisation de dérivés issus de la chimie du pétrole puis, à partir de 1940, grâce à la synthèse de nombreux tensioactifs.

Les produits cosmétiques doivent leur évolution constante aux apports successifs de la chimie des solutions, de la chimie de synthèse, de la chimie des polymères et plus récemment, de la chimie des colloïdes. L’innovation technologique est le moteur constant de l’industrie cosmétique.

Fondées au départ sur des ingrédients naturels bruts, les formulations ont progressivement intégré des composés synthétiques permettant une plus grande stabilité, des textures plus agréables et des performances accrues. La biologie moléculaire et la biotechnologie ont révolutionné la recherche, permettant de développer des actifs ciblés pour des problèmes spécifiques : anti-rides, hydratation profonde, réparation cutanée, etc.

Fonctions et définitions : ce qu’est un cosmétique

Le concept de cosmétique s'enracine dans l'histoire et la langue grecques, avec le terme κοσμητικὴ τέχνη (kosmetikē tekhnē), traduit par « technique de l'habillement et de l'ornement ». Selon la définition en France, un produit cosmétique est toute substance ou mélange destiné à être mis en contact avec les parties superficielles du corps humain (l’épiderme, les systèmes pileux et capillaire, les ongles, les lèvres et les organes génitaux externes) ou avec les dents et les muqueuses buccales.

Son objectif principal est de nettoyer, parfumer, modifier l’aspect, protéger, maintenir en bon état, ou corriger les odeurs corporelles, ce qui distingue les cosmétiques des compléments alimentaires. Un cosmétique ne soigne pas, ce n'est pas un produit thérapeutique et médicamenteux.

Entre nature et science : naturalité, bio et technologies

On a vu se développer récemment des produits cosmétiques « Bio » ou « Naturel ». L'appellation « Bio » est réservée à des produits cosmétiques dont les ingrédients sont issus de l'agriculture biologique.

Les cosmétiques dits « naturels », sans définition précise, correspondent en général à des formulations exemptes d'ingrédients d'origine pétrochimique. La revendication « naturel » ou la certification « Bio » portent sur l'origine des ingrédients utilisés et leur traçabilité.

Bien que la dénomination « d'origine naturelle » soit encadrée par des normes, certaines marques basent leur stratégie de communication sur cet argument, sans le respecter entièrement pour autant. Il est donc important d'évaluer la composition des produits afin de s'assurer que la formulation soit réellement d'origine naturelle. Elle n'apporte à elles-seules aucune garantie sur la sécurité ou l'efficacité du produit.

La tendance depuis 2010 est au développement des parfums dits biologiques ou naturels. La cosmeto-food est une technique cosmétique qui consiste à exploiter les bienfaits des fruits, légumes, épices et autres ingrédients dans des soins beauté, mélangés à des huiles naturelles.

Réglementation et sécurité : un pilier moderne

Face à la complexité croissante des formulations et aux préoccupations de santé publique, la réglementation est devenue un pilier essentiel de l’industrie. En Europe, le Règlement Cosmétique (CE) n° 1223/2009, par exemple, établit des exigences strictes en matière de sécurité, d’étiquetage, de traçabilité et d’évaluation des produits.

Le domaine des cosmétiques est régi par une législation relevant en Europe autrefois de la Directive européenne 76/768/CEE amendée sept fois depuis 1976, et maintenant du Règlement (CE) no 1223/2009 applicable dans tous les pays membres de l'Union européenne). En Europe, la sécurité des produits cosmétiques et de leurs ingrédients est surveillée par le SCCS (Scientific Committee for Consumer Safety), instance rattachée à la Commission européenne pour l'évaluation scientifique de la sécurité des produits de consommation.

Elle évalue toutes les nouvelles données scientifiques susceptibles de concerner les produits cosmétiques. Elle émet également des recommandations en vue d'adapter le Règlement à ces nouvelles données.

En France, la loi la plus récente et significative qui impacte directement les cosmétiques est la Loi n° 2025-188 du 27 février 2025 visant à protéger la population des risques liés aux substances perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées (PFAS : les polluants éternels utilisés dans les cosmétiques pour leurs propriétés filmogènes, résistantes à l’eau) dans les cosmétiques mais aussi les vêtements, les chaussures et les farts pour les skis à partir de 2026. Cela représente une mesure forte de la France, plus stricte que la réglementation européenne actuelle sur ce point précis.

Controverses, risques et évaluations

Diverses substances toxiques (plomb, certains éthers de glycols) sont maintenant interdites dans la plupart des pays, et les fabricants effectuent des tests de tolérance des cosmétiques pour éliminer les produits toxiques, allergènes, photosensibilisants, etc. de leurs gammes de produits. Ces dernières années, c'est le « Paraben » qui était utilisé comme conservateur (bactéricide) dans presque tous les produits cosmétiques.

Il existe plusieurs types de parabens, mais le plus nocif a été interdit et/ou retiré de nombreuses formulations car perturbateur endocrinien voire potentiellement cancérigène. Ceci est devenu un argument de vente dans le marketing de produits cosmétiques dits « Sans Paraben ».

Certains cosmétiques provoquent parfois des réactions directes ou secondaires chez certaines personnes allergiques ou s'étant sensibilisées à un des ingrédients du produit, sans parfois que cela puisse être anticipé. Greenpeace reproche notamment aux autorités de santé de ne pas tenir compte des synergies entre produits chimiques (« effet cocktail ») ni du « fonctionnement de certains cancérogènes, ou de ces substances qu’on appelle « perturbateurs hormonaux ».

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