L'Ascenseur Social en France : Définition et Réalités

L'ascenseur social désigne l'ensemble des mécanismes qui permettent à une personne ou à un groupe d'atteindre une classe sociale supérieure et d'améliorer ses conditions de vie. Ce phénomène peut se produire entre générations ou au cours de la vie d'un individu. Par exemple, un enfant peut réussir à obtenir un diplôme supérieur, tandis qu'un adulte peut changer de travail pour améliorer son salaire.

L'ascenseur social en France est ce qui permet à une personne d’une certaine catégorie sociale d’accéder à une catégorie considérée comme supérieure.

Malheureusement, on constate aujourd’hui que l’ascenseur social est « en panne ». Moins d’un enfant sur cinq issu de familles sans études supérieures parvient à obtenir un diplôme du supérieur. Les inégalités sociales ont tendance à se reproduire de génération en génération.

Selon l’Insee, les enfants de familles aisées ont trois fois plus de chances de rejoindre les 20 % les plus riches que ceux issus de milieux modestes. Selon l’OCDE, il faudrait jusqu’à six générations pour qu’un descendant des 10 % les plus pauvres atteigne le niveau moyen en France.

L'ascenseur social est-il bloqué en France plus qu'aux États-Unis ?

Les Inégalités et la Mobilité Sociale en France

Cet ouvrage dresse un panorama des inégalités sociales dans plusieurs domaines. La mobilité sociale intergénérationnelle est étudiée de longue date au niveau des catégories socioprofessionnelles, c’est-à-dire entre ouvriers & employés qualifiés ou non, professions intermédiaires, cadres, etc. La littérature sur le sujet fait état d’une reproduction sociale marquée (notamment pour les ouvriers, cadres et indépendants).

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Si on compare les 30 à 59 ans de 2014 avec la génération précédente en considérant les hommes et les femmes, la mobilité vers le haut continue très légèrement à prendre le pas sur la mobilité vers le bas : 23,9 % des personnes ont connu un parcours ascendant par rapport à la situation de leur père, contre 21,7 % qui ont connu un parcours inverse.

Le plus souvent, les analyses de la mobilité sociale portent sur la situation des fils par rapport à leur père. La difficulté d'intégrer les tables de mobilité des filles par rapport aux mères est qu'au cours des dernières décennies, le taux d'activité féminin a considérablement progressé. Les données sur la mobilité sociale portent sur de vastes ensembles (« cadres supérieurs », « employés », « ouvriers », etc.), qui rassemblent des millions de personnes, occupant des métiers très différents.

L'ascenseur social en France est ce qui permet à une personne d’une certaine catégorie sociale d’accéder à une catégorie considérée comme supérieure. La situation générale de l'ascenseur social en France est généralement vue comme médiocre. Comme le notait l'OCDE dans une étude de 2019, « il faut plus de 6 générations en France à une personne du bas de la distribution des revenus pour en rejoindre la moyenne », ce qui fait de la France le deuxième plus mauvais élève de l'Union européenne (derrière la Hongrie).

Selon les données de l’OCDE, un enfant de cadre a 2 fois plus de chances de devenir cadre qu’un enfant d’ouvrier, ce qui placerait en fait la France dans la moyenne des pays de l’OCDE. Mobilités intergénérationnelles selon la profession et selon les revenus ne recoupent cependant pas les mêmes réalités et ne sont pas forcément très corrélées.

En termes de mobilité des revenus, un chiffre très commenté est celui des « 6 générations pour grimper dans l’échelle des revenus ». Il vient d’un rapport de l’OCDE publié en 2019 (2018 pour la version en anglais), qui conclut que la mobilité intergénérationnelle des revenus est relativement faible en France par rapport aux autres pays.

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À partir de ces indicateurs, on conclut que la mobilité intergénérationnelle est plus forte en France qu’aux États-Unis (à âge égal, voir Chetty et al., 2014), mais moins forte que dans les pays nordiques, au Canada et en Suisse.

Le sentiment d’inégalité des chances peut d’abord être lié à un sentiment de déclassement. La mobilité « absolue » des revenus, cherche à répondre à la question : les enfants ont-ils un revenu supérieur à celui de leurs parents au même âge ? Selon une récente étude, la part des enfants gagnant davantage que leur parent a baissé pendant la 2e moitié du 20e siècle en France et dans tous les pays développés (de plus de 90 % à environ 60 %).

Par rapport aux données du début des années 2000, les évolutions sont très faibles. La reproduction sociale a très légèrement baissé chez les cadres puisqu’à l’époque 52 % des enfants de cadres sup étaient eux-mêmes cadres, mais inversement les enfants d’employés et de professions intermédiaires deviennent un peu moins souvent cadres supérieurs. Compte tenu des marges d’erreur, il est difficile d’y voir une évolution nette, ce qui était déjà la conclusion de l’Insee en 2006 pour la période 1977-2003.

« L’égalité des chances », proclamée de façon répétée par la République, reste donc une fiction. Certes, l’ascenseur social n’est pas bloqué : un tiers des fils d’ouvriers sont devenus cadres supérieurs ou professions intermédiaires. Mais il s’élève plus lentement qu’auparavant du fait du ralentissement des créations d’emplois. Et encore, les derniers chiffres de l’Insee portent sur des personnes âgées de 30 à 59 ans en 2014. Elles sont donc nées au plus tard en 1984 et au plus tôt en 1955. Ces chiffres « moyennisent » des générations aux destins très différents et ne disent rien des générations nées à partir du milieu des années 1980, celles qui notamment ont dû entrer sur le marché du travail en plein marasme économique à la fin des années 2000.

Mais la reproduction sociale est forte. Selon l’Insee, « les enfants des familles aisées ont trois fois plus de chance de faire partie des plus hauts revenus que ceux issus des familles modestes ».

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Le fait de grandir dans un foyer monoparental pénalise l’ascension sociale. D’après l’Insee, « les enfants des familles monoparentales ont une probabilité de mobilité ascendante élargie significativement plus faible que les enfants de couples ayant un ou deux enfants, et un risque de mobilité descendante plus élevée ».

Mobilité sociale selon la profession des parents

Les tables de mobilité deviennent complexes à représenter, mais prennent de l’intérêt. Nous avons figuré dans le tableau ci-dessous en bleu les trois catégories les plus souvent occupées par les fils d’une CSP donnée (ce tableau se lit aussi horizontalement, les chiffres des colonnes correspondent aux intitulés des lignes).

Mobilité sociale selon la profession des parents

Les enfants d’agriculteurs deviennent agriculteurs, mais encore plus souvent ouvriers. Les enfants d’artisans deviennent plus souvent ouvriers qualifiés qu’artisans, les enfants de commerçants plus souvent cadres supérieurs ou professions intermédiaires, etc.

Une partie non négligeable des enfants d’ouvriers bascule vers le monde des employés de la fonction publique ou occupe un emploi de service aux particuliers, ce qui résulte de la prise en compte des filles dans la mesure. La catégorie « employés » est en effet très fortement féminisée et l’on y trouve des emplois peu différents en termes de rémunérations et de conditions de travail de l’univers ouvrier, comme le rappelle le sociologue Camille Peugny.

Ceux qui restent le plus souvent cadres sont les enfants de professions libérales : 3 % seulement sont devenus ouvriers. « Il s’agit de loin de la catégorie socioprofessionnelle dont les destinées des descendants sont aujourd’hui à la fois les plus favorables mais aussi les plus balisées », indique Cédric Hugrée.

Un quart des enfants d’employés administratifs est en ascension, vers un emploi de profession intermédiaire dans la fonction publique ou cadre du privé.

Mobilité des revenus entre générations

En reliant pour la première fois le revenu des enfants à celui de leurs parents, l’Insee vient de publier une étude qui met pourtant en évidence de nombreux mouvements dans l’échelle des revenus d’une génération à l’autre. L’Insee publie cette semaine pour la première fois une étude sur le sujet en reliant directement les revenus des parents à ceux de leurs enfants. Cette étude compare le « classement », dans l’échelle des revenus individuels, des enfants (autour de 28 ans) à celui de leurs parents. Ainsi, les revenus des enfants ne sont pas complètement déterminés par ceux de leurs parents.

Selon cette étude, un enfant d’une famille parmi les 20 % les plus aisées a en moyenne trois fois plus de chances d’être parmi les 20 % les plus aisés de sa génération qu’un enfant de famille modeste : il existe donc bien une reproduction partielle des inégalités d’une génération à l’autre. Mais l’étude met aussi en évidence que près de 3 enfants sur 4 sont dans un cinquième de revenu différent de leur parent, et 12 % grimpent toute l’échelle : du plus bas au plus haut cinquième de revenu.

Mobilité des revenus entre générations

L’étude met en évidence de nombreux mouvements dans l’échelle des revenus d’une génération à l’autre. Les revenus individuels des parents influent en partie d’une génération à l’autre. En moyenne, pour deux jeunes adultes pris au hasard, l’écart entre leurs rangs dans la distribution des revenus est de 3,3 déciles. La position des parents influe sur le rang de leurs enfants dans la distribution des revenus. Un enfant dont les parents sont situés en haut de la distribution est en moyenne classé entre 2 et 3 déciles plus haut qu’un enfant dont les parents sont situés en bas de la distribution. Il existe une forte reproduction des inégalités de revenus entre générations.

En moyenne, 72 % des enfants de 28 ans appartiennent à un cinquième de revenu différent de celui de leurs parents. 15 % font une mobilité très descendante vers le plus bas cinquième. A contrario, 12 % connaissent une mobilité très ascendante vers le plus haut cinquième.

Les enfants d’immigrés nés en Asie ont la plus forte probabilité de mobilité ascendante (16 %, contre 10 % pour les autres). L’écart au bénéfice de leurs enfants « s’explique d’abord par des choix de localisation : les immigrés résident souvent dans les plus grandes villes et les territoires les plus dynamiques, ce qui leur permet d’accéder à davantage d’opportunités d’emploi et de possibilités de s’élever sociale, à position des parents fixée », écrivent les auteurs. Mais « ce résultat reste vrai à caractéristiques comparables, dont la localisation géographique ».

Facteurs influençant la mobilité sociale

Pourquoi ces inégalités se reproduisent-elles ? Ces inégalités trouvent leurs racines dans la transmission inégale du capital humain - les connaissances, compétences et qualifications nécessaires au bien-être personnel et social. Les ménages les plus modestes font souvent face à des contraintes financières qui limitent les investissements dans l’éducation de leurs enfants. En conséquence, les enfants de parents moins éduqués ont moins de chances de poursuivre des études supérieures et d’accéder à des postes bien rémunérés.

Connaissances et savoir-faire se transmettent de façon très variable en fonction des milieux sociaux, en fonction des décisions prises par les parents en matière de dépenses et de temps passé dans l’éducation de leurs enfants. Loin des ambitions, le système de nivellement de l'éducation par le bas rabaisse les élèves venant des classes les plus fragiles, et laisse aux enfants de familles éduquées leurs avantages.

Si les revenus des parents influencent en moyenne les revenus des enfants, ils ne les déterminent pas : seule une faible partie des revenus des enfants est liée au revenu, à l’éducation ou à la profession des parents (Abbas et Sicsic, 2022). Or, l’influence de la famille peut passer par de nombreux autres facteurs que le revenu ou le diplôme des parents, et peut ne pas être captée par la mesure de la mobilité intergénérationnelle.

En s’appuyant sur les revenus d’une fratrie, on estime que l’écart entre le « rang » de revenu des frères et sœurs est 30 % plus faible que celui pour deux personnes prises au hasard : 70 % de la variabilité des revenus d’une personne serait donc liée à d’autres facteurs que le milieu familial d’origine.

Les solutions pour relancer l'ascenseur social

Ainsi, l’ascenseur social joue un rôle crucial dans la lutte contre les inégalités. Il est vital d’œuvrer pour qu’il redémarre et que chacun ait la possibilité de s’élever dans l’échelle sociale. Des actions ciblées, comme le soutien aux jeunes défavorisés, sont essentielles pour favoriser une mobilité ascendante.

La France souffre aujourd’hui d’une inégalité des chances qui perpétue les situations économiques et sociales de génération en génération. Ensemble, luttons contre ce déterminisme social !

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